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Full text of "Correspondance du chevalier de Sévigné et de Christine de France, duchesse de Savoie"

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GORRESPONDAJNGE 

DU 

CHEVALIER DE SÉVIGNE 

ET DE 

CHRISTINE DE FRANCE 

DUCHESSE DE SAVOIE 



MAÇON, PROTAT lUEIlES. IMPBIMEURS. 






CORRESPONDANCE 



DU 



CHEVALIER DE SÉVIGNÉ 

ET DE 

CHRISTINE DE FRANCE 

DUCHESSE DE SAVOIE 

PUBLIÉE 
PO LU L\ SOCIÉTÉ DE l'iIISTOU: E DE FRANCE 



Jean LEMOIjNK et Frédéuic SAULNIEll 







A PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

H. LAUUENS, SUCCESSEUR 

LIBRAIRIE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANCE 
RUE DE TOURNON, N^ (j 

M DCCCC XI 



355 



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EXTRAIT DU REGLEMENT. 

Art. 14. — Le Conseil désij^ne les ouvrages à publier, el 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans lautorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable portant que le travail 
lui a paru mériler d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que la Cor- 
respondance DU CHEVALIER DR SÉVIGNÉ ET DE CHRISTINE 

DE France, duchesse de Savoie, préparée par MM. Jean 
Lemoine et Frédéric Saulnier, lui a paru digne d'être publiée 
par la Société de l'histoire de France. 

Fait à Paris, le 30 décembre 1911. 

Signé : 
LÉON LECESTRE. 

Certifié : 

Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France. 
NOËL VALOIS. 



mTRODUCTION 



Le chevalier do Sévigné n'est pas un inconnu, quoique sa 
nièce, la spirituelle marquise, ne lui ait fait qu'une bien petite 
place flans son œuvre épistolaire. Quand on étudie de près et 
dans les pièces officielles Thistoire des guerres d'Allemagne et 
dllalie sous le règne de Louis XIII et pendant la minorité de 
Louis XTV. on appivud qu'il s'y distingua par sa bravoure, 
son élan intrépide et ses qualités militaires. On sait mieux 
encore, par les mémoires, chroniquos et pamphlets contempo- 
rains, qu'il prit une part personnelle aux mouvements de la 
Fronde. Ce n'est pas qu'il y brilla comme colonel du régiment 
de Corinthe ; mais la défaite un peu ridicule qu'il subit — la 
première aux Corinthiens, dit-on alors — n'est imputable qu'a 
la troupe trop récemment formée et tout à fait novice qu'il 
commandait. Et, pour peu qu'on se soit plû aux correspon- 
dances et aux récits jansénistes, on n'a pu ignorer que. dans 
la dernière partie de sa carrière, il édifia, par son ardeur et son 
humilité, Port-Royal de Paris et Port-Royal-des-Champs, qu'il 
fut compté parmi les pénitents les plus dévoués, les plus géné- 
reux, les plus pieusement dociles aux directions de ces Mes- 
sieurs et des Mères Angélique et Agnès Arnaukl. Le parti dont 
il épousa les doctrines et partagea les épreuves l'en récompensa 
en l'inscrivant dans ses mémoriaux et ses nécrologes. Mais rien 



II INTRODUCTION. 

ne faisait soupçonner qu'il eût joué, pendant la Fronde, un 
autre rôle que celui d'ami enthousiaste de son allié, le coadju- 
teur de Paris, qui fut ensuite cardinal de Retz, attisant les 
haines contre « le Mazarin », portant aux nues le prélat 
révolté, toujours disposé à lui prêter son concours et à tirer 
l'épéepour sa cause, la seule juste à ses yeux, la seule dont le 
succès assurât certainement la prospérité et la gloire de la 
France. Cette cause, nous le savons aujourd'hui, il trouva 
moyen de la servir par sa plume : il fit office de bon Fron- 
deur en informant, à son point de vue. de la politique du jour 
et de ce qui se passait à la Cour, une princesse qu'il admirait 
passionnément et à laquelle il voulait plaire. Parla correspon- 
dance que nous publions, à laquelle se mêlent quelquefois des 
confidences d'époux tendrement épris, on jugera de son honnê- 
teté, de sa bonne foi, de son désintéressement : son zèle pour 
ses amis, son souci consciencieux de la vérité, sa passion pour 
les intérêts de la Maison de Savoie, son horreui' pour la domi- 
nation mazarine éclatent à chaque page. Nous pouvons désor- 
mais, grâce à ces feuillets si heureusement retrouvés, présen- 
ter sous tous ses aspects ce personnage vraiment sympa- 
thique par sa sincérité et sa bonté. Il nous semble qu'on lira 
avec plus de fruit ses lettres à Madame Royale, lorsqu'on le 
connaîtra bien et qu'on sera initié aux phases consécutives de 
sa vie ^ . 

1. Les notices consacrées par les Jansénistes à la mémoire du 
chevalier de Sévigné ne constituaient pas de véritables biogra- 
phies, non plus que les pages par lesquelles des écrivains, à 
l'occasion des lettres de la mère Agnès Arnauld, ont réveillé son 
souvenir, au siècle dernier. C'est en 1865, pour la première fois, 
que cette figure intéressante a été esquissée tout entière par 
M. Saulnier, dans les Mémoires de la Société académique de Brest. 
Il l'a retracée encore, en 1885, plus exacte et avec plus de 
détails, à l'aide de documents nouveaux, dans la Bévue de Bre- 



I>TR0DUCTION. m 



I. 



Renaud de Sévigné — plus tard René-Renaud — naquit au 
château des Rochers, près Vitré, le 26 mai 1007 ^ Il apparte- 
nait à l'une des plus anciennes maisons de Bretagne, qui 
devait son nom patronymique à la terre seigneuriale de Sévi- 
gné en Cesson, auprès de Rennes ; elle la possédait de temps 
immémorial et la consei-va jusqu'à l'extinction des mâles dans 
la dernière branche aînée, au xviii' sièvde^. Sans refaire l'his- 
toire de cette famille, nous rappellerons brièvement qu'elle 
avait sa place dans laristocratie bretonne dès le xi" siècle, et 
quelle a pu. lors de la réformation de la noblesse de Bretagne 
ordonnée par Louis XTV en 1668. faire ses pi-euves de père 

tagne et de Vendée qui se puJjliait ù Nantes. Ce second essai, sous 
le titre de Notre Oncle de Sévigné, commençait une série d'études 
sur Les Sévigné oubliés ; il restait forcément incomplet, puisque 
l'auteur n'a connu que plus tard les correspondances conservées 
aux Archives de Turin et d'autres pièces inédites. M. J.Lemoine, 
empruntant à ces dernières sources si précieuses ainsi qu'aux 
autres ses éléments d'information, a pu faire connaître enfin 
toute la vie de ce personnage, étudiée dans son milieu, dans sa 
famille, dans son époque et dans .toutes ses phases : Le chevalier 
de Sévigné a été inséré très récemment dans le Correspondant 
m"** des 10 et 25 septembre 19H). Dans notre introduction, en 
nous aidant de ces différents travaux et de quelques documents 
non encore utilisés, nous avons tenté, sous une autre forme, de 
tracer une biographie exacte du correspondant de Madame Royale 
de Savoie. 

t. Voir l'acte de son baptême, célébré le 20 septembre 1607 
ci-après. Appendice, II, p. 262. 

2. Il y avait, en Gevezé, à quatre lieues de Rennes, une autre 
terre seigneuriale du même nom qu'on a quelquefois confondue 
avec celle de Cesson et qui n'a jamais appartenu aux Sévigné. 



IV INTRODUCTION. 

en fils jusqu'au commenoemeuL du xrv" siècle — (reiz(? ou 
quatorze générations et trois cent cinquante ans de chevale- 
rie. Sa fortune et ses services militaires la mirent en relief, et 
le rang qu'elle tenait lui pprmil de s'allier à de grands noms. 
La marquisede Sévigné, dans la lettre si connue, du 4 décembre 
1668, à son cousin Bussy-Rabutin. releva avec orgueil ce passé 
flatteur et insista avec complaisance sur ces brillantes alliances 
depuis les Rohan, les Clisson. les du Guesclin, les Montmo- 
rency jusqu'aux Vassé et aux Rabutin '. Deux branches se 
formèreiil à la fin du xV siècle: Jacques de Sévigné. ligueur 
déienniiié. représentait seul Tainée. cent ans plus tard, et 
mourut sans postérité, en 1599, ayant pour unique héritière 
Marie, sa sœur, mariée depuis l.*)84. à leur parent, Joacliim 
de Sévigné, baron d'Olivet. aine delà branche cadette. Ce der- 
nier, ligueur déclaré comme son beau-frère, fut un des maré- 
chaux de camp nommés par le duc de JMercœur ; mais il se 
soumit à temps, et TIenri IV le décora du collier de Saint- 
Michel. La nouvelle branche ainée dont il devint le chef 
recueillit, par suite de son mariage, tous les biens de l'an- 
cienne, les terres et seigneuries de Sévigné. des Rochers, de 
Champiré-Baraton et d'autres situées en Bretagne, avec tous 
leurs fiefs, rentes féodales et droits honorifiques. Deux fils 
et deux filles, nés de cette union, survécurent à leur père : 
c'est de son fils puiné que nous nous occupons-. 
Joachim de Sévigné mourut aux Rochers, le 19 mai 1612. 



1. L'arrOt de maintenue rendu par la Chambre de réformation, 
à Tiennes, le 7 novembre 1670, i! ■■•lara les comparants nobles, 
issus d'ancienne extraction noble et leur permit les qualités de 
chevalier et d'écuyer (Bi])lioth. nat. mss. fr. n° 8319, p. 30(i). 

2. Un talileau généalogique que nous avons dressé donne 
quelques détails sur la proche famille du chevalier (Appen- 
dice. II. 



J.\T!U)lMCTION. V 

laissant mineurs dos Piilfints quiiiio, décision de justice rendue 
sur avis de parents plaça sous la tutelle de leur mère, le 
3 août suivante Le chevalier navait alors que cinq ans : sa 
sœur aillée était déjà mariée à Claude de La Cressonnière; son 
autre sœur se maria depuis ; son IVèro aîné. Charles, baron 
d'Olivet. de neuf an? plus Agé que lui. épousa en 1621 , ^lar- 
guerite Grognet de Vassé, fille d'une Gondi, et devint ainsi 
l'allié d'une famille puissante — alliance qui certainement 
influa beaucoup sur laltilude que prirent, pendant la Fronde, 
son frère et son fils Henri, l'époux de M"" de Rabutin-Chantal. 
Destiné sans doute des son jeune âge au métier des armes, 
René-Renaud de Sévigné fut admis, le 28 décembre 1G22, 
comme chevalier de 7ninorité dans l'ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem et commença son apprentissage de la vie militaire-. 
Disons tout de suite qu'il n'était pas appelé à être riche, puis- 
qu'il n'avait d'autre perspective que de partager avec ses sœurs 
le tiers de l'héritage de leurs parents, le surplus appartenant à 
l'ainé. Vers 1633, ce dernier, héritier principal et noble, lui 
donna pour son partage dans la .succession échue de leur père 
et dans celle à venir de leur mère encore vivante la terre et 
seigneurie deChampiré-Baraton en Anjou : ce nom reviendra 
sous notre plume ^. Il était à cette époque, et dès 1630. capi- 
taine au régiment de Normandie, Tun des plus glorieux de 
l'ancienne armée. Les annales de ce corps d'élite, la Gazette de 
France, les mémoires d'Henri de Campion, son compagnon 

1. Archiv. de Maine-et-Loire {Dossier Crespy), E. îl.V.l. 

2. On trouve cette date avec rindication des quartiers généa- 
logiques dans le Catalogue des chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean 
de Jérusalem de la vénérable Langue de Finance du prieuré d'Aqui- 
taine... copié sur les registres de la dite langue à Malte, ms. in-f", 
p. 478 (Bihlioth. de l'Arsenal, n» 3679). 

3. Voir notre note sur la terre de Champiré, Appendice XII, 
p. 301. 



VI INTRODUCTION. 

(larmes et lieutenant au même régiment nous ont conservé le 
souvenir de faits où sa bravoure s'est brillamment affirmée * . 
T.a guerre de Trente ans. si tenace, si étendue, si meurtrière, lui 
on offrit plu? d'une occasion : c'est ainsi que pendant la cam- 
pasne de Francbe- Comté, en 1638. le 18 juin, à la tête du 
premier bataillon de Normandie, il força les retranchements 
du duc de Lorraine au-dessus de Poliçmy et y pénétra avec 
tant de foueue qup, les ennemis durent les abandonner, en y 
laissant deux canons et un drapeau : le 28 du même mois, à 
Tassautmême de Poliemy. il fut crrièvement blessé. En 1640. 
le 14 septembre, devant Turin, ayant reçu l'ordre de reprendre 
cinq redoutes que le prince Thomas de Savoie avait surprises 
à la pointe du jour, il se mit à la tête de cinquante mousquetaires 
(M. sous Ip feu violent des ennemis, sauta dan? Tune des 
redoutes, en poussant le cri célèbre de ralliement : Vive Nor- 
mandie! Ce coup de vigueur eut plein succès, et Ip? ouvrasses 
furent évacués. L'année suivante, le 8 septembre, il reçut une 
blessure en montant à l'assaut de Coni. En 1642. ce fut lui 
qui apporta au Roi la nouvelle de la prise de Nice de la Paille, 
dans le Montferrat : la Gazette de France, qui en fit part à ses 
Ipcleur? '26 septembre', annonça en même temps que le che- 



I. Histoire de t'infanterie franeaise. par Ip général Susaae (édi- 
tion in- 12). n, 410 Pt suiv. — Répertoire de la Gazette de France, 
par Ip M'« dp Grangpp dp Surprères. lY. col. ?80 Pt 281, aux noms 
dp S(''vif/né et Séviqny. — Mémoires d'Henri dp Campion. noTivellp 
édition par C. Morpau. Paris. 18.^7. in-16. L'autPiir y fait un 
peu la chroniqup du régimpnt de Normandie, pd donnant des 
exemples de la remarquable solidité de cette troupe si bien com- 
mandée, et rapporte notamment ce qui se passa, en 1639, au 
siège de Salées, en Roussillon, où les régiments envoyés à l'as- 
saut, trouvant une résistance aussi énergique que meurtrière, se 
replièrent de toutes parts, sauf celui de Normandie qui continua 
d'avancer en bon ordre. 



INTRODUCTION. VII 

valier était promu maréchal do bataille a l'annei.' dllalie. 
Le 18 décembre suivant, revenu à son poste périlleux, il se dis- 
tingua au siège de Tortone. 

A côté de ces traits qui font honneur à sa bravoure, les his- 
toriens de Port-Royal en rapportent un autre à léloge de sa 
bonté. Après la prise d'une ville qu'on ne nomme pas. il heurta 
du pied une petite fille de trois ou quatre ans que ses parents 
tués ou mis en fuite avaient abandonnée sur un fumier : 
obéissant à une inspiration de son cœur, il l'emporta dans son 
manteau et la fit élever dans un couvent où il paya sa pension 
et où elle fit plus tard ses vœux ^ — acte de charité d'autant 
plus louable que les soldes militaires, comme on le sait, se 
payaient fort irrégulièrement. 

D'éminenls écrivains qui ont parlé de M. de Sévigné, à pro- 
pos de Port-Royal, n'ont vu dans cette recrue du parti qui ne 
savait pas le latin et ne l'apprit qu"à plus de cinquante ans 
pour pouvoir comprendre les offices de l'Eglise, qu'un ancien 
soldat venu pour se délasser, dans un milieu tout diflerent, de 
la licence et de la grossièreté de la vie qu'il menait : ne suffi- 
sait-il pas de célébrer son passé de bi-avoure et de bonté ^"P Pour 
compléter le portrait, il faut ajouter que le chevalier était un 
esprit très ouvert et très cultivé, formé par ce qu'on appelle- 
rait aujourd'hui « un programme d'études modernes ». Il ne 
reçut dans son enfance que l'instruction nécessaire pour être 
admis dans l'armée ; mais il ne cessa, dès sa jeunesse, de la 
développer par le travail intellectuel et des lectures variées et 
sérieuses. L'inventaire de son mobiliei'. dressé au moment de 



1. Mémoires pour servir à nii.stoire de Purl-Roijul. par Fontaine, 
IV, 226 et s. 

2. Cousin, Madame de Sablé (éd°° de ISti.ji, iu-i2, 227 et s. — 
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, XIV, 159 et s. (Article sur les 
Lettres de la mère Agnès Arnauld). 



VIII INTRODUCTION 

son mariage, a passé sous nos yeux chez le notaire qui en con- 
serve la minute : il révèle que le chevalier possédait une col- 
lection assez nomhreuse de livres bien choisis en tout genre 
qu'il tenait même à accroître. Une de ses lettres informa la 
duchesse de Savoie qu'il était allé le jour même acheter des 
ouvrages italiens et espagnols à la vente que le Parlement 
faisait faire de la ))ibliothèque du cardinal Mazarin ;12 Janvier 
IG52). Un témoignage précieux sur ce point est fourni pai' un 
passage intéressant des Mémoires d'Henri de Campion, qui 
nous reporte au temps de la campagne de Franche-Comté ^ : 

Pendant ce repos, j'avais mes livres qui faisaient une partie 
de la charge de ma cliarretle. auxquels je m'occupais assez sou- 
vent, tantôt seul et la plupart du temps avec trois de mes amis 
du régiment (de Normandie), gens spirituels et fort studieux. Le 
chevalier de Sévigné, Breton et capitaine du corps, en était un : 
homme d'un esprit studieux qui avait beaucoup de lecture et qui, 
depuis son enfance, avait toujours été dans la guerre ou à la 
Cour... Après avoir raisonné ensemble sur les sujets qui se pré- 
sentaient, sans dispute ni envie de paraître aux dépens les uns 
des autres, l'un de nous lisait haut quelque bon livre dont nous 
examinions les plus beaux passages pour apprendre à bien vivre 
et à bien mourir, selon la morale qui était notre priucijiale 
étude. 

Les livres ne furent passes seuls maîtres : ce fut, à la Cour, 
où il venait dans les intervalles de ses campagnes, qu'il com- 
pléta son instruction, sa connaissance des hommes et son 
expérience. On ne peut douter iiu'il n'oljserNàt attentivement 
ce qui se passait, particulièrement dès le début de la régence si 
troublé(5 d'Anne d'Autriche : il y suivil, avec une cui-iosilé 
éveillée, la lutte des ambitions, le jeu des intrigues politiques 
ou galantes. L'opinion (ju'il se forma sur les affaires puliliqtics 

I. Mniiuirci, p. (ST. 



INTRODUCTION. IX 

cl siii- ciuix qui ) jouaient un iVdc fut certainement influencée 
par laseendanl qu'cxerra sur lui le futur cardinal de Retz, 
par sa vive intelligence et sa i)arole lacile. L'alliance créée 
entre leurs maisons par le mariage de Charles de Sévigné con- 
Iriliua à entraîner dans son orbite quelques-uns de ses alliés ; 
ses séductions personnelles tirent le reste. Le chevaliei" se 
trouva à Paris en 1611, Tannée même où labbé de Gondi. 
nommé dés Tannée précédente, prit possession de sa coadju- 
torerie, et il rerut Tliospitaliié chez lui, au petit arcbevêdié. 
ainsi ciue le mentionne une procuration qu'il donna à un man- 
dataire pour le représenter au contrat du mariage du marquis 
de Sévigné, son neveU; avec M"" de lîabutin-Cbantal. Les 
pourparlers commencés au mois de mars traînèrent en lon- 
gueur : un duel où le tùlur mari tut blessé et d'autres causes 
retai'dèrent l'accord détinitif. llenaudde Sévigné. rappelé à l'ar- 
mée d'Italie, ne put y apposer sa signature : son porteur de 
pouvoirs eut ordre de s'en rapporter à l'avis du Coadjuteur '. 
Promu maréchal de camp, le 1*'" mai 161G, il servit en cette 
(jualité, Tannée même, à la prise de Piombino. et au siège de 
Crémone, en 1647 : il était encore en Italie en 1648, fatigué, 
non de servir — depuis vingt ans il avait pris pari à toutes les 
campagnes, — maisTaJjandonoù on laissait les truii];es Dourries 
à grand'peine, sans argent, autre que celui que les généraux 
empruntaient sur leur vaisselle et leurs pierreries, le découra- 
geait ; il avait connu Le Tellier, intendant de Tarmée : il recou- 



I. Procuiation du IGniai 1644 reçue par deux notaires du Clià- 
telet. — Ces instructions furent aussi celles que Renaud de Sévi- 
gné de Montmoron, conseiller au parlement de Bretagne, curateur 
du marquis de Sévigné. donna au même mandataire. Jehan 
Lemoyne, Sï'de la Maisonneuve. secrétaire du Roi, par sa procura- 
tion du 26 juin 1644 iBertelot, notaire royal à Rennes). Ce dernier 
signa le contrat en juillet suivant. 



X INTRODUCTION, 

mt à lui lorsque celui-ci fut devenu ministre, avec une entière 
franchise, ne lui cachant ni ses impressions, ni sa manière de 
voir : il lui écrivit plusieurs fois, notamment le 8 août 1648, 
pour lui demander de le sortir d'une façon ou de l'autre de la 
misère où il était. LeTellier le rappela à Paris : ce fut, malheu- 
reusement pour lui, la fin de sa carrière militaire ^ La Fronde 
y grondait, et il s'y engagea à la suite du Coadjuteur, de son 
neveu et de quelques amis — lui. le brave officier général, 
sous le drapeau de la guerre civile. 



If. 



Pendant qu'il guerroyait au delà des Alpes, son service et 
les commandements dont il fut pourvu lui donnèrent l'occa- 
sion d'entretenir des relations personnelles avec Madame 
Royale, — Christine de France, sœur de Louis XIII, duchesse 



] . Voir ses lettres à Le Tellier que nous publions [Appejidice, IV, 
p. 263). — Ces documents montrent tout ce qu'il y avait en lui 
d'indépendance et de fierté naturelle : ainsi, très intimement lié 
depuis longtemps avec le président Barillon, un des magistrats 
les plus remuants du Parlement de Paris, plusieurs fois exilé dès 
I G.jl , et considéré comme assez dangereux pour que Mazarin le fit 
arrêter, le 29 mars 16-45. et conduire au château de Pignerol, le 
chevalier n'hésita pas, étant dans ces parages, à courir à son appel, 
à le visiter et à l'assister dans la maladie dont il mourut quelques 
jours ai^k-ès (30 août 1645). Le bruit courut à Paris, dans le groupe 
des opposants ([ue le premier ministre l'avait lait empoisonner, 
tant on s'imaginait que celui-ci avait intérêt à sa mort. Sans 
crainte d'avoir déplu, M. de Sévigné, dans les termes les plus 
francs, rendit immédiatement compte à Le Tellier de ce (ju'il avait 
fait (pages 263 et 264). 



ÏNTRODUCTlON. XI 

régente de Savoie <. Cette princesse, mariée en 1619, à Victor- 
Amédée, duc de Savoie, resta veuve, en 1637, chai-gée de la 
régence du duché. De deux fils quelle avait, le second, Charles- 
Emmanuel II, succéda à l'aîné dès 1638, et, devenu majeur, 
conserva à sa mère la direction du gouvernement. La tâche de 
celle-ci fut lourde, et, sans rechercher si sa conduite morale 
fut exempte de reproches, il faut reconnaître qu'elle ne faillit 
pas à ses devoirs de régente ^. Elle lutta éncrgiquement contre 
les Esi)agnols qui envahirent ses Etats et, dans sa capitale 
même, contre les frères du feu duc qui contestaient son auto- 
l'ité. Richelieu vint à son secours ; seulement elle dut accepter 
quune armée française continuât à occuper fortement le Pié- 
mont et eût une garnison dans la citadelle de Turin. Après la 
mort du grand cardinal, l'Espagne reprit ses incursions et 
assiégea plusieurs places, entre autres celle de Casai qui avait 
une notable importance et dont la résistance ne pouvait être 
indéfinie, malgré le courage et le ténacité des Français qui la 
défendaient. 

Par ailleurs, il n';y avait à opposer aux ennemis que des 
eflectifs réduits, difficilement nourris et rarement payés. 
Tel élait letat des choses en Italie quand le chevalier rentra en 

1. Christine ou Chrestieane, fille d'Henri lY et de Marie de 
Médicis, née au Louvre, à Paris, le 10 février IGOG, y fut mariée le 
10 février 1619 à Victor- Amédée, duc de Savoie, qu'elle perdit à 
Verceil, le 7 octobre 1637, et mourut à Turin, le 27 décembre 1663, 
ayant eu cinq enfants, deux fils et trois filles. 

2. Une note des papiers de Conrart (tom. XI) la dépeint grossiè- 
rement débauchée, cruelle, tyrannique, injuste, hypocrite [Cabi- 
net historique, XXII (1876), 85 et 94). Ce n'est pas le jugement 
définitif de la postérité sur cette princesse qui a exercé le pouvoir 
tlans des circonstances très difficiles et a eu beaucoup d'ennemis. 
On tirera des conclusions bien différentes du grand travail de 
M. G. Claretta {Storia délia RegenzadiCristina di Francia, duchessa 
diSavoia, Torino, 1868-1869, vol. in-8). 

b 



XII INTRODUCTION. 

France, laissant à Madame Royale le souvenir d'un otïicici' 
intrépide, loyal, intelligent, dévoué à ses intérêts, admirateur 
passionné des qualités viriles de cette femme supérieure, enfin 
iligne d'une entière confiance. Dans les entretiens qu'il avait 
souvent avec elle, il abordait toutes les questions politiques et 
militaires qui la préoccupaient : sa correspondance avec Le Tel- 
lier en fait mention, et l'on y voit qu'il se portait garant vis-à- 
vis de lui de son absolue loyauté envers la France. Ces conver- 
sations touchaient iiécessairemiînt à d'autres sujets, lorsqu'il 
revenait de la Cour, où il faisait provision d'observations inté- 
ressantes et d'anecdotes piquantes. Il était un correspondant 
tout trouvé pour le jour où elle aurait besoin d'être informée 
par un ami de Paris, à l'esprit curieux, avisé et pénétrant. — 
fùt-il franchement et ardemment partial, — des événements, des 
intrigues et des bruits dont il inipoilait qu'elle fùtinstruite. 

Le chevalier revint à Paris à la fin de 1648 : Olivier Le 
Fèvred'Ormesson dina avec lui, le 20 décembre, chez la jeune 
marquise de Sévigné : il y parla de la situation désespérée de 
Casai et de sa reddition prochaine * . De graves troubles se 
préparaient : le Coadjuteur, dont l'ambition visait au plus 
haut, travaillait depuis plusieurs mois, par ses intrigues et ses 
largesses, à devenir l'idole de la populace parisienne, avec la 
pensée de s'en servir en temps utile pour se faire proclamer le 
maitre de la capitale : le prélat avait, selon l'expression du 
chansonnier iNIarigny. « vendu sa crosse pour une fronde ». 
lîenaud de Sévigné, tout acquis d'avance à cette nuance de 
l'opposition, se joignit à lui à la suite de son neveu, et n'eut 
l»as longtemps à attendre pour affichei' ses préférences. On 
apprit, le6 janvier suivant, des le matin, que. la nuit précé- 
dente, la Pleine emmenant le Roi et suivie d'une partie de la 

1. Journal, 1, 578. 



INTRODLCTIO.X. XIII 

Cour, (luiLlant Paris clandestinement, s était rendue à Saint- 
C'.('rinain-(Mi-La)0, où elle établissait le siège du gouvernement: 
ce fut un grand émoi dans la population, parmi les Frondeurs. 
Aime d'Auti'iche invita un grand nombre de personnages de 
mnr(iue à venir sans retard la rejoindre, et. parmi ceux-ci, le 
Coadjuteur. {[u\ promit d'y aller, avec lintention formelle de 
n'en rien faire. Il joua la comédie de la soumission par un 
faux départ : après avoir vertueusement repoussé les instances 
qu'on lui fit de tous côtés pour le retenir, il monta ostensi- 
blement en voilure pour prendre la route de Saint-Germain ; 
mais des gens à lui arrêtèrent sa marche, battirent ses domes- 
tiques, renversèrent son carrosse : des femmes du Marché- 
Neuf « pleurantes et hurlantes » le rapportèrent chez lui sur 
un étal. Contraint et forcé en apparence, il resta à Paris et se 
contenta d'exprimer à la Reine et à Monsieur le Prince sa dou- 
leur d'avoir si mal réussi dans sa tentative : « La première, 
écrit-il dans ses Méritoires, répondit au chevaher de Sévigné, 
qui lui porta ma lettre, avec une hauteur de mépris. Le second 
ne put s'empêcher, en me plaignant, de témoigner de la colère. 
La Rivière éclata contre moi par des railleries, et le chevalier 
de Sévigné vit clairement que les uns et les autres étaient 
persuadés, qu'ils nous auroient dès le lendemain la corde 
au cou. » 

Paris n'avait guère à craindre un siège en règle ; mais l'ai'- 
mée royale qui n'était pas assez nombreuse pour l'assiéger, 
pouvait attamer la ville en l'empêchant de se ravitailler. Il fal- 
lait y aviser : les ducs d'Elbeuf, de Brissac et de Bouillon 
levèrent chacun un régiment pour assurer la sécurité des con- 
vois de denrées et de bestiaux. Le Coadjuteur, à leur exemple, 
en forma un de cavalerie, levé des deniers pubhcs, dont il con- 
fia le commandement à son allié le chevalier et auquel il donna 
le nom de son dirche\èché in par libus, avec cette devise : ///. 



XIV INTRODUCTION, 

corda inimicorum régis*. Le régiment de Corinlhe lui 1 objei 
de tous ses soins : « Il s'étoil efforcé de le rendre bon : il le 
voyoit souvent en bataille et le tournoit. bien monté, avec deux 
pistolets à l'arçon de sa selle pour lui inspirer de la bra- 
voure'^. » 

Le moment vint de faire appel aux services de cette troupe 
si peu exercée. Le jeudi, 28 janvier, dans la soirée, M. de 
Sévigné sortit de Paris, avec cent cinquante hommes de cava- 
lerie — on a aussi dit trois cents — et plus de cent hommes 
d'infanterie du régiment de Bouillon, pour aller i-ecevoir un 
convoi de vivres qui devait se rénnir à Longjumeau. Il se diri- 
gea vers cette localité, laissant en passant au pontdAntony. pour 
assurer son retour par cette route, son infanterie, qui s'y barri- 
cada dans une maison d'assez bonne défense. Ses mouvements 
n'échappèrent pas à la vigilance de Philippe de Olairambault. 
comte dePalIuau. mestre de camp général de la ca\alerie légère, 
qui commandait l'armée l'oyale. Ce qu'une reconnaissance bien 
conduite lui apprit, lui dicta ses dispositions. Il fit deux hgnes 
de sa cavalerie, prit la tête de la première, mettant son infante- 
rie à la droite, et donna le commandement de la seconde ligne 
à M. de Vallavoire. mestre de camp du régiment de cavaleiie 
du cardinal Mazarin : arrivé au pont d'Antony. il fit attaquer 
par son infanterie celle du régiment de Bouillon, qui refusa de 
se rendre et résista de son mieux ; le feu fut mis à la porte de 
la maison dans laquelle elle était barricadée ; (juinze des défen- 
seurs ayant été tués dans l'attaque, le reste se iTudit à discré- 
tion, avecles officiers et un sergent. 

Lorsque le comte de Palluau se fut assuré des prisonniers, 



1. Dubuissoij-Aubenay, Journal des guoirs civiles, p. 1-29. 

2. Nicolas Goulas, Mémoires publiés par la Soeiété de l'histoire de 
France, III, 2'i. 



INTRODUCTION. \V 

il marcha vers Longjumeau. M. de Sévigné revenait avec le 
convoi, soixante charrettes et chariots chargés de farine et cent 
pourceaux gras ; sa cavalerie était rangée en escadrons sur le 
pavé ; M. de Palluau, à la tête de trois escadrons, la chargea 
si vigoureusement qu'il la renversa et la mit en pleine déroute: 
deux officiers et cinquante cavaliers tués, trente faits prison- 
niers, cent cinquante chevaux et tout le convoi pris, tel fut le 
résultat de cette rencontre. Le hrouillard permit au reste des 
cavaliers parisiens de se sauver ^ . Quant au chevalier, il 
échappa par miracle à la mort ou à la capture ; son cheval 
l'ayant jeté dans un fossé, la cavalerie royale lui passa sur le 
corps. On le crut tué : de Paris on l'envoya chercher dans un 
carrosse ; il revint chez lui meurtri, mais non hlessé. Il y avait 
fête ce jour-là dans la capitale ; c'était le haptème du fils de 
M""" de Longueville que la Ville tenait sur les fonts baptis- 
maux à Saint-Jean-en-Grève ; on y commenta l'événement. 
Le Coadjuteur l'annonça lui-même à la séance du Parlement, 
avouant la mort de vingt de ses cavaliers et la débandade des 
autres ^. 

A Saint-Germain, on fut très joyeux de ce succès dont le 
récit assurément grossi y fut publié, dès le 30 janvier. On y rit 
de l'aventure du régiment de Corinthe, et ce fut peut-être au 
cercle de la Reine qu'on l'appela « la première aux Corin- 
thiens », bon mot qui fit fortune '■. La défaite de la cavalerie 

1. Nous avons résumé le compte rendu de cette affaire, pièce 
très rare imprimée le lendemain à Saint-Germain : La défaite 
d'une partie de la cavalerie du régiment de Corinthe et de celui d'in- 
fanterie du duc de Bouillon, au Pont Ajitoni et sur le chemin de 
Paris à Longjumeau, avec la prise d'un convoi de 60 charrettes 

chargées de farine. 100 chevaux et autre butin 1649, in-4<», 

8 pages. 

2. DuLuisson-Aubenay, ibid. 

3. Guy Jolv. Mémoires (éd. de Genève. 1779. 2 vol. in-iî), I, 61. 



XVI INTRODUCTION. 

parisienne fil l'objet de quelques lignes dans une dépêche de 
Brienne à lambassadeur de France à Turin : il y mentionna 
que le chevalier de Sévigné s'était sauvé et qu'on avait pris 
seulement deux capitaines prisonniers. On peut croire que le 
chevalier, qu'on savait bien connu à la Cour de Savoie, ne fut 
pas nommé sans intention ^ La Gazette même de Turin, en 
confirmant, le 15 février, la défaite des Corinthiens, appi'it à 
ses lecteurs qu'ils étaient commandés par le chevalier de Clie- 
vigni (5ic),qui se sauva par miracle 2. 

A Paris, en haut lieu, la vérité fut connue : mais les gazettes 
et autres pubh cations, qui s'adressaient à la masse des lecteurs, 
nu ne soufflèrent mot de cette déroute ou, par un procédé dont 
le secret ne se perdra jamais, transformèrent .les fuyards en 
soldats héroïques, presque en vainqueurs. Aussi, on lut. le 
29 janvier, dans la Suite et troisième nrriccc du Courrier 
Français apporianl toutes les nouvelles, que la nuit précédente, 
cent soixante cavaliers du régiment de Corinthe, étant sortis de 
Paris, furent rencontrés par six cents cavaliers et cent arque- 
liusiers à pied des troupes mazarines : « Ils se battirent si 
vaillamment qu'il en demeura sur la place plus des leui's que 
de cette petite troupe conduite par le s"" du Sévigny qui ramena 

1. Archives du ministère des Affaires étrangères. — Correspon- 
dance de Turin, vol. 44 (lG'i9-1650). 

2. Succesi del mondo, Gazette del signor Antonio Soccini, petit 
in-f<* (Bibliothèque nationale de Turin, IV, 10). — Voir Le cavalier 
desmonté (Paris, Vve Pépingué et Est. Mauroy, 1649, in-4° de 
S pages) : Un volontaire de l'armée du Parlement faisant partie 
d'une troupe envoyée pour protéger un convoi destiné au ravi- 
taillement de la capitale y fait le récit de sa mésaventure : « J'y 
allai, dit il, avec allégresse, mais je revins en fort mauvais 
équipage. » Il fut renversé de cheval, et toute la cavalerie enne- 
mie lui passa sur le corps. Le nom du régiment de Corinthe ne 
se trouve pas dans cette brochure ; mais cola ressemble singuliè- 
rement à la défaite des Corinthiens. 



INTHOUUCTION. XVII 

ses gens en sûrolé dans la ville, avec quelques paysans qui y 
apportèrent des vivres'. » Envers, le gazelier Saint-Julien, 
mentit moins effrontément -.après avoir parlé du baptême du fils 
de M""' d(^Lonirucvillc, il continua ainsi : 

La nuit devant (ju'il eut son nom. 
Les cliL'vau- légers de Corinthe, 
Crens à l'épreuve de la crainte, 
Sur le chemin de Lonpjumeau, 
Rencontrèrent, sous un ormeau, 
Cent deux hommes d'infanterie 
Et six cents de cavalerie, 
Hommes qui n'étoientpas pour nous, 
Sur lesquels, et boute à grands coups. 
Donna notre petite troupe. 
Qui pousse, qui bat et qui coupe. 
Qu'on pousse, qu'on coupe et qu'on bat. 
Qui livre et reçoit le combat 
Et fait joliment sa retraite, 
La partie étant trop mal faite, 
Sévigny commandant pour nous 2. 

Cette version, moins éloignée de la vérité et fournissant une 
explication honorable de rinsuccès, trouva naturellement faveur 
chez la marquise deSévigné, mal informée ou désireuse de sau- 
ver la réputation mihtaire deson oncle. LorsqueLe Fèvred'Or- 
messon,qui avait appris, le 30 janvier la défaite et ouï direquele 
chevalier avait été tué, courut aux nouvelles chez la jeune 
femme, celle-ci lui raconta qu'étant sorti de Paris avec cent 
quatre-vingts chevaux, il avait été attaqué par « cinq cents che- 
vaux et huit cents mousquetaires » ; qu'après la première 



1. 1649, in-4o, p. 5. 

2. Quatrième courrier français, iraiJiiil fidèlement en vers bur- 
lesques, 1649, in-4°, p. 4. — Voir aussi l'édition moderne des (7our- 
riers de la Fronde (18-57, 2 vol. in-1-2. IL 6). 



XVIII INTRODUCTION. 

charge, « ses gens s'en étoientfuis,ct, son cheval s'élanLabaLlu, 
toute la cavalerie lui avoit passé sur le corps, dont il étoit tout 
moulu, sans autre blessure * ». 

Même à Paris, malgré tout, il y eut des rieurs pour la mésa- 
venture du régiment de Corinthe ; le Coadjuteur n'en prit pas 
son parti, et cet incident ne figura pas dans ses Mémoires. La 
renommée du chevalier en souffrit, si le public, qui finit par 
savoir ce qui était arrivé, a jugé, comme Goulas, « qu'il étoit 
brave à la vérité, mais peu expérimenté capitaine^ ». Mais, en 
réalité, la considération dont il jouissait dans le cercle de ses 
relations n'en fut en rien diminuée : on comprit qu'une troupe 
nouvellement levée devait fatalement être battue par l'armée 
royale composée de soldats exercés et aguerris. Quant à M. de 
vSévigné, il resta attaché de cœur au Coadjuteur et dévoué à la 
cause de la Fronde dans laquelle il sengagea de plus en plus : 
il la croyait juste. Il avait signé, dès le 15 janvier, le traité con- 
clu entre les généraux, qui s'obligeaient, par un serment i-eli- 
gieux, « à faire tout ce qui sera nécessaire pour l'exécution de 
l'arrêt rendu le 7 du même mois, par le Parlement par lequel le 
cardinal Mazarin a été déclaré perturbateur du repos public » , 
promettant d'ailleurs leur obéissance comme fidèles sujets du 
Roi et de la Pieine régente ^ Néanmoins, pendant près de deux 
ans, on parla peu de lui: il fut compris, en mars 1649, dans 
une amnistie comprenant vingt-deux personnes, et proposé par 
le Coadjuteur, en janvier 1650, pour une indemnité de vingt- 
deux mille livrps. Quelques mois après, le marquis de Sévigné, 



i. Journal, I, 544. — On lit à la page suivante que, le lundi 
jer février, le chevalier qui était en état de sortir, vint le voir. 

2. Mémoires, III, 24. 

3. Mathieu Mole, Mémoires publiés par la Société de f histoire de 
France, III, 327. 



INTRODUCTION. XIX 

son neveu, quiavait fait sapaixavec laCour, obtinlle brevet de 
maréchal de camp ' . 

Dans cette dernière année, des préoccupations plus person- 
nelles le détournèrent momentanément do la politique active : 
il eut à négocier les préliminaires de son mariage. Le 20 dé- 
cembre 1649, les registres mortuaires de Saint-Sulpice de 
Paris avaient enregistré Tinhumation de « M. de La Vergne, 
maréchal des camps et armées du Roi, capitaine de la Marine 
et lieulenant de M. le duc de Richelieu au gouvernement du 
Havre- » : un an après, jour pour jour, sa veuve signa le con- 
trat de sa seconde union avec le chevalier de Sévigné. Elisabeth 
ou Isabelle Péna^, fille de François Péna, médecin du roi, d'une 
famille de noblesse provençale qui avait marqué au parlement 
d'Aix et s'était en partie transplantée à Paris et en Normandie, 
avaitépousé, en 1633, Marc Pioche, écuyer, sieur de La Vergne, 
veuf lui-même. De trois filles nées de ce mariage, deux étaient 
entrées en religion : l'ahiée, Marie-Madeleine, destinée à être 
une des femmes célèbres du xvii'^ siècle, sous le nom de M""" 
de La Fayette, vivait avec elle. Ce convoi fut, pour la société 
parisienne et pour la Cour, un événement notable que le gaze- 
tier Loret signala en ces termes à ses lecteurs : 



Madame, dit-on, de La Vergne, 
De Paris et non d'Auvergne, 
Voyant un front assez uni 
Au chevalier de Sévisni, 



1. C'est ce brevet du 8 juillet 1650 qui est reproduit dans nos 
pièces justificatives { Appendice. Yl,i^. 268). 

2. Biblioth. Nationale, mss. fr., n° 32.594. 

3. Elle est nommée tantôt '(Elisabeth >\ tantôt « Isabelle » dans 
les actes paroissiaux : dans le contrat de mariage du 20 décembre 
1650, elle est appelée « Elisabeth » et elle a signé « Isabelle » qui 
est le nom inscrit dans l'acte de son inhumation.- 



XX INTRODUCTION. 

Galant homme et de belle taille 

Pour aller à la bataille, 

D'elle seule prenant aveu, 

L'a réduit à rompre son vœu, 

Si bien, qu'au lieu d'aller à Malte, 

Auprès d'icelle il a fait halte 

lîn qualité de son mary. 

Qui n'en est nullement marry. 

Cette afiaire lui semblant bonne. 

Mais cette charmante mignonne 

Qu'elle a de son premier époux 

En témoigne un peu de courroux. 

Ayant cru, pour être fort belle. 

Que la fête seroit pour elle. 

Que l'amour ne trempe ses dards 

Que dans ses aimables regards ; 

Que les filles fraîches et neuves 

Se doivent préférer aux veuves 

Et qu'un de ces tendrons charmants 

^ aut mieux que quarante mamans ' 



C'était montrer 1res clairemeiil que le chevalier, quoique 
quadi'agéaaire. était encore fort séduisant, et annoncer indis- 
crètement que M""-" de LaVergne, avant ses dix-sept ans, aurait 
pris pour elle les attentions qui s'adressaient à sa mère, celle- 
ci d'ailleurs « fort belle- ». El ajoutons que M"" de La Vergue 
apportait une fortune à ^L de Sévigné qui en avait besoin, un 
hiMol rue de Vaugirard, d'autres propriétés, des rentes consti- 
tuées, et avec un important mobilier, une bibliothèque consi- 
dérable, celle du défunt, dans laquelle Fart, militaire, les ma- 



1. La Muze historique, janvi-; IGôl. — Ni le gazetier ni 
aucune pièce du temps, que nous sachions, n'a donné la date de 
la bénédiction nuptiale qui n dû suivre de près la signature du 
contrat. 

•2. Lettre du baron de Grésy à Madame Royale, Appendice, X\ , 
n° -i. 



i.N'iiîom CTio.N. XXI 

lliéiualiqiios, les beaux-arts, riiistoire et les belles lettres élaienl 
largement représentés : voilà ce que révèle Tinventaire dressé 
après le décès de ]M. de La \'erfrne et le contrat de mariage 
que nous publions^ assurait au futur, comme don de survie, 
on pleine propriété, une part d'enfant dans la succession delà 
future, avec le choix laissé à ses enfants d'abandonner au mari 
survivant l'usufruit de toute la fortune mobilière et injjnobi- 
lière. M""^ de La Fayette, seule héritière de sa mère, ayant opté 
dans ce dernier sens, le chevalier resta jusqu'à sa mort en j)os- 
session d'une très belle aisance. 

Cette union faisait en outre participer M. de Sévlgné à la 
haute protection dont une grande dame avait honoré sa femme 
et M. de La Vergue. Cedernier avait été le gouverneur d' Armand- 
Jean de Maillé de Bré/.é, fils du maréchal de France de ce nom 
et neveu du cardinal de Richelieu, et devint un des familiers de 
Marie-Magdeleine de A'ignerot, dame de Combalet. nièce de 
l'illustre ministre, faite duchesse d'Aiguillon en 1638. qui lui 
confia l'intendance de sa maison 2. Elle fut la marraine de sa 
fille aînée qu'elle suivit toujours avec intérêt ^. Elle continua 
sa bienveillance à la veuve remariée; sa grande signature s'étale 
au-dessous de celle du Coadjuteur au bas du contrat de mariage 
de 1650. De son côté le chevalier avait un lien d'alliance avec 
Marie-Françoise du Guémadeuc, mère du duc et du marquis 
de Richelieu, ses neveux : nous verrons plus loin avec quel 
empressement, à l'occasion de ce dernier, il s'employa pour 
rendre service à la duchesse. 



1. Appendice, YI, p. 261). 

2. D'abord capitaine au régiment de Picardie, puis capitaine 
entretenu sur l'état de la Marine, il dut à ses relations d'être lieu- 
tenant au gouvernement du Havre et promu maréchal de camp. 

3. Ce fut la duchesse d'Aiguillon qui obtint sans doute pour 
M>i« de La Vergue le poste de demoiselle d'honneur de la Reine, 
que la jeune fille garda de IG.jO à 1655. 



XXII INTRODUCTION. 

Une fois marié, Tancien chevalier de Malte jugea que la for- 
tune qu"il devait à son mariage, ses relations et son grade mili- 
taire comportaient un litre nobiliaire. Il fallait lintervention de 
la puissance publique pour ériger une terre en dignité ; mais le 
Roi. Fusage et la société sanctionnaient les titres personnels 
que des membres de la noblesse, grandis par leurs alliances, 
leurs richesses ou leurs emplois, accolaient à leur nom, de leur 
propre autorité, pour confirmer et soutenir leur nouvelle situa- 
tion. C'était ainsi qu'Henri de Sévigné, fils du baron d'Olivv'ît. 
peu avant d'épouser ]\I"'= de Rabutin-Chantal, s'était titré mar- 
quis sans que nul protestât. Il était chef de la branche aînée ; 
aussi son oncle, comme cadet, aurait pu se contenter du titre 
decomte; ce futsansdoute pour plaire à sa femme que lui aussi 
se titra marquis, afin qu'elle fût marquise comme sa jeune 
nièce. Nous en trouvons la preuve dans les pièces que nous 
publions: mais les mémoires contemporains, l'acte d'inhuma- 
tion de M™^ de Sévigné. les actes relatifs à la succession de son 
mari sont muets sur ce point : aussi nous conservons à René- 
Renaud de Sévigné son ancien titre, sous lequel il est connu de 
la postérité '. 

Il y eut donc pendant quelque temps une nouvelle marquise 
de Sévigné — « l'ancienne « . comme on disait, pour la distinguer 
de l'autre. — qui ouvrit sa maison à de nombreux amis qu'atti- 
raient les grâces de la dame du logis ; l'abbé Costar et Scarron 
lui adressaient des lettres qui ont été imprimées, ce dernier 
parle dans lune d'elles « des beaux esprits et des beaux hommes 
qui faisoient chez elle de grosses assemblées ». Les charmes de 
sa fille, dont l'instruction avait été soignée, n'étaient sans doute 

I. Nous signalons cependant un reçu notarié d'arrérages de 
rentes sur les Aides, du 30 janvier 1664. donné par « Arnault 
(5tc)-René de Sévigné, chevalier, marquis rie Sévigné » (Biblioth. 
nationale, Pièces originales, vol. '?. 699. dossier 59.942. n" •2\\. 



INTRODUCTION. XXllI 

pas étrangers à cet empressement ; mais on peut croire quelle- 
même ne manquait ni d'esprit ni d'agrément dans sa conversa- 
tion; on pourra la juger par ce que nous avons retrouvé de sa 
correspondance avec Madame lîojalo et par ce que son mari 
dit délie dans sa lettre ci-après du 1" décembre 1651 à laquelle 
la duchesse de Savoie a répondu avec tant de bonne grâce. L<> 
cardinal de Retz la dépeint « bonne personne, hoimèle Jemnie, 
vaniteuse, assez naïve et fort empressée ». Cette appréciation, 
peu bienveillante dans la pensée qui la dictée, jtourrail avoir 
quelque poids venant de lui, car il a beaucoup fi-équenlé sa 
maison et a été à même de l'étudier de près. Son jugement ne 
fut-il pas intluencé par des ressentiments personnels "? Il lui 
tint peut-être rancune de la résistance inébi-anlable que M"*^ de 
la Loupée qu'il rencontrait souvent chez M""= de Sévigné, en 
1651, opposa, à cette époque, à une entreprise galante, con- 
duite cependant avec un grand art. Cette jeune fille, amie in- 
time et la plus proche voisine de W^'' de La Vergue, qu'elle 
voyait constamment, lui semblait dune conquête facile: il com- 
ptait pour y parvenir sur l'attachement du chevalier, l'habitude 
qu'il avait dans sa maison et ce qu'il savait de l'adresse de sa 
femme, — c'est lui qui le dit cynicjuement dans ses Mémoires. 
L'échec complet qu'il subit lui tut très sensible. Ce ne fut pas 
tout : étant détenu, en 1654, au château de Nantes, il y reçut 
la visite de M""" de Sévigné et de sa fille : M"" de La Vergue, 
qui lui plaisait beaucoup, lui témoigna une grande froideur ; 
il pensa que peut-être elle n'avait pas d'inclination pour lui et 
qu'aussi sa mère et sou beau-père l'avaient depuis Paris pré- 
munie contre ses propos galants, en lui révélant ses incons- 
tances et ses fréquentes amours. Il se consola de sa cruauté, 

l. Catherine-Henriette d'Angennes. plus tard comtesse 
d'Olonne, que la chronique médisante n'a pas épargnée. 



XXIV INTnODLCTIO. 

(lil-jl; mais s'en coiisola-L-il sans en vouloir a la mère avisée 
et prudente? 

Quoi qu'il en soit, le chevalier trouva le bonli<Hir dans cette 
union, qui ne datait que de quelques semaines lorsqu'un évé- 
nement inattendu le frappa dans ses affections de famille : son 
neveu, le marquis de Sévigné, prodigue et libertin, qui s'épre- 
nait si facilement des femmes des autres et négligeait la sienne 
parce qu'elle était à lui. fut entraîné à croiser le fer. le 4 février 
16.5 1 , avec le chevalier d'Albret, qui le blessa mortellement. Marie 
de Rabutin-Chantal restait veuve à vingt-cinq ans. avec deux 
jeunes enfants, — son lîls Charles, et sa fille Françoise-Mar- 
guerite, qui fut M^Me Grignan. — dont le plus âgé n'avait pas 
quatre ans et demi. L'assemblée des parents se réunit devant 
un juge du Chàtelet, au mois d'avril suivant, pour pourvoir à 
la tutelle des mineurs ; leur mère fut élue tutrice, et l'on dési- 
gna, selon le vœu delà loi, leur grand-oncle paternel. Renaud 
de Sévigné, seigneur de Cbampiré, l'un des plus proches dans 
la ligne paternelle, pour être leur subrogé-tuteur ou curateur *. 
La marquise eut pour l'aider dans la reconstitution de sa for- 
tune, que les prodigalités de son mari avaient sensiblement 
diminuée, à Paris, le concours dévoué et infatigable de son 
oncle l'abbé de Coulanges, en Bretagne, à l'occasion, celui d'un 
\\n\\ cousin de la branche cadette, le conseiller Renaud de 
Sévigné de Moutmoron; le chevalier s'acquitta aussi conscien- 
cieusement des obligations qui lui incombaient. Il sut défendre 
on outre intrépidement l'honneur de sa nièce. Lorsque celle-ci, 



I . Ceux qui ii'ussistènuit pas personnellement à cette assemhlco 
s'y firent représenter : c'est ainsi que Jean-François de Gondi. 
archevêque de Paris, grand-oncle des mineurs du côté de leur 
aïeule iiaternelle, donna procuration notariée, le 7 avril I(i51, à un 
mandataire chargé d'all(>r à sa iilace élire tutrice leur mère, et 
subrogé tuteur le chevalier de Sévigné. 



INTRODUCTION. XXV 

l'année suivante, après lexpiration de son grand deuil, fut ren- 
trée à Paris, elle ouvrit de nouveau sa porte aux visiteurs 
aimables qui firent assaut de soins et d'attention: mais la paix 
ne irL'na pas toujours entre ceux-ci. Un jour de juin 165:?, le 
duc de Rohan-Chabot et le marquis de Tonquedec, ses alliés, 
échangèrent chez elle des propos assez vifs, et M""" de Kohan 
s'en mêla, en jetant quelques impertinences à la jeune veuve. 
Les amis de la marquise prirent fait et cause pour elle contre 
Kohan. et le chevalier, se croyant insulté dans la personne de 
sa nièce, lui envoya un cartel, ainsi que lannonça le gazetier 

Lorel : 

Le cliovalipr fie Sévigny, 
Ayant un dépit infini 
Par l'action peu révérento 
Qu'on fit chez sa belle parente. 
Voulait faire, le jour de Saint-Jean. 
Appeler Monsieur de Rohan '. 

D'après Conrart qui en parle dans ses Méritoires, ce dernier 
accepta le cartel, et tous deux se rencontrèrent hors de la ville 
où, au moment où ils allaient se battre, ils furent arrêtés par 
un exempt du duc d'Orléans, qui les confia chacun à un garde; 
l'alTaire en resta là. Le gazetier la raconta autrement : le duc 
de Rohan. arrêté au (ommencement dun précédent duel avec 
le marquis de Tonquedec et surveillé par un garde, n'aurait pu 
tromper sa vigilance qui : 

A rendu jusques ici vaines 
Ces tentatives, soins et peines, 
Tant de lui que de l'appelant 
Que l'on dit être un vert galant. 

La provocation du chevalier neut pas d'autres suites. 
1. La Muze historique, 25 juin 1(J52. 



XXVI INTRODUCTION. 

Revenons à l'année 1651, au commencement de laquelle, il 
signa, à côté de son neveu, le traité conclu avec les représen- 
tants des Princes incarcérés au Havre. Il restait, malgré tout, 
invariablement attaché à la jtersonne et à la cause du Coadju- 
teur. toujoui's prêt à marcher auprès de lui et à le soutenir, 
comme il le fit lors des démêlés de son ami avec Monsieui- le 
Prince. Les Mémoires du cardinal de Retz le nomment parmi 
les gentilshommes qui se partagèrent les hommes et les postes 
pour garantir la sécurité de Paris contre un coup de main de 
Condé; deux jours après, il accompagnait le prélat qui, avec 
trente ou quarante curés de la capitale, conduisait la procession 
de la Grande Confrérie; il put voir, sur le parcours, le carrosse 
du prince la rencontrer et s'arrêter, et celui-ci en descendre et, 
aventure assez plaisante ^. recevoir à genoux la bénédiction 
archiépiscopale. 



III. 



Nous arrivons au moment oii le chevalier a accepté la tâche 
d'informer la duchesse de Savoie de tous les événements poh- 
tiques et militaires qui se croisent à cette époque de la Fronde 
où la guerre civile sévil de tous côtés, où les intrigues et les 
compétitionsdes chefs départi sont de plus en plus inquiétantes 
pour la monarchie ; la première lettre que nous avons de cette 
époque est du 21 septembre ; c'est à partir du 24 novembre que 
commence pour nous celle chronique pleine dinlérèt. ce jour- 
nal hebdomadaire qui, jusqu'à la fin de décembre 1652;don- 

1. C'est ainsi que la qualifie le cardinal de Reiz. — Voir sur 
ces incidents ses Mémoires (éd. Cluimpi)lliou-Figeac, III, '214, 
231 et 232). 



INTRODUCTION. XXVU 

liera a Madame lîoyale la physionomie de la situation, qu'elle 
a besoin de bien connaître pour loi'ientalion de sa politique, 
— cequise passe, quelleestla faction qui a des chances de triom- 
pher'. Son ambassadeur, qui entretient avec la Cour des rela- 
tions officielles, la met au courant de ce qu'il voit, de ce (j[u"il 
apprend et de ce qu'il devine; mais les lettres du chevalier 
sont un précieux élément de contrôle, d'autant plus qu'il est 
l'ami du Coadjuteur, du futur cardinal qui. pourvu de la 
pourpre, peut, à un moment donné. s'ini])oser à la Cour et 
devenir premier ministre, arbitre de la politique extérieure. 
Aussi, tout en se maintenant avec Mazarin et avec la Reine sur 
le pied des relations les plus amicales, elle en a de non moins 
amicales avec leur adversaii-e, soit directement, soit surtout 
par l'intermédiaire du chevalier, son ami et admirateur, qui 
travaille à son élévation, dont le succès le comblera de joie, et 
dont l'échec définitif sera pour lui un effondrement. 

Nous n'avons rien appris des pourparlers à la suite desquels 
il devint le correspondant attitré de ^Madame Royale ; c'est pro- 
bablement lui qui, la sachant avide de nouvelles, s'offrit à rem- 
plir cet office avec le dévouement et le désintéressement qui le 
caractérisent. Les lettres de la duchesse que nous reproduisons 
et certainement celles dont les minutes manquent encore, mais 
dont nous avons la trace, l'en remercièrent, presque chaque 
fois, avec effusion. M"'^ de Sévigné écrivit aussi à Madame 
Royale, non seulement pai- devoir de déférence, pour lui « rendre 
ses très humbles services ». mais en outre, sur sa demande. 



1. Nous signalons avec regret que les premières chroniques 
n'ont pas été conservées. Les remerciements que Madame Royale 
a adressés au chevalier, le 17 novembre, les 2 et 9 décembre 1651, 
se réfèrent à quatre lettres de celui-ci, dont trois nous manquent, 
celles des 3, 10 et 17 novembre ; celle du 2-i novembre a seule été 
retrouvée. 



XX VIII IM'ltODUCTION. 

pour suppléer son mari parti en exil : de ce commerce épislolaire, 
les archives de Turin ne conservent que trois lettres publiées 
ci-après : les autres eussent été intéressantes à lire *. La cor- 
j'espondance du chevalier a pourprincipal mérite dètre lœuvre 
dun homme consciencieux et véridique qui, laissant aux autres, 
c'est lui-même qui Tavoue à la duchesse, « le partage de bien 
écrire », ne visait qu'à « celui décrire sincèrement et vérita- 
blement ». Il peut être, sur certains points, naïf, confiant, cré- 
dule, mais ce qu'il dit avoii- vu de ses yeux et entendu de ses 
oreilles, on ne saurait douter qu'il ne l'ait vu ou entendu ^ 
Prenant au sérieux son rôle d'informateur de Madame Royale, 
il n'hésite pas à lui faire part de nouvelles encore secrètes 
qu'il confie à sa discrétion, à la condition de pas laisser traîner 
sa lettre « sur la table d'argent de son cabinet rond ». sur 
laquelle il avait « eu l'honneur d'y lire maintes relations ». ce 
qui montre en outre, sur quel pied de confiance et d'estime il 
avait été reçu à la Cour de Turin ^. 

Pendant quatorze mois, le chevalier de Sévigné ne prit, 
pour ainsi dire, aucun repos. La tâche qu'il avait assumée le 
tint toujours en éveil, l'esprit tendu, l'oreille aux écoutes, les 
yeux ouverts pour ne rien perdre des conversations instruc- 
tives, des bruits utiles à recueillir, des comédies sous lesquelles 
se cachaient tant de fourberies, des nouvelles de la Cour et de 
celles de Paris, ainsi que de la province, — émeutes de la rue, 
séances du Parlement, guerre civile. Il fallait qu'il suivît dans 
leur jeu tous les acteurs principaux de cette grande scène : la 
Reine et Mazarin, que celui-ci fût près d'elle ou au loin; le 
duc d'Orléans, ce premier prince du sang de qui le Coadjuleur. 

1. Lettres de Madame Royale, 18 janvier et 8 février 1653, 
pages 234 et 235. 

2. Lettre du 22 avril 1652, p. 95. 

3. Lettre du !» janvier 1652, p. 46. 



IMT.O DICTION. XXIX 

le Pai'lement et nombre de Frondeurs attendaient le coup d'au- 
dace qui les rendraient maîtres de la situation et forcerait le 
ministre abhorré à une retraite déiînitivc; la Grande Mademoi- 
selle, dont son père avait peur et qui agissait au gré de ses 
caprices ; le prince de Condé, qui a déjà traité avec TEspagne et 
que son ambition et sa fierté blessée mèneront si loin ; le duc 
de Lorraine, et les autres princes, et les agents d'intrigues et 
d'accommodement. Il avait aussi à mettre la duchesse au cou- 
rant (les faits, gestes et démarches de celui qui, dans sa pensée, 
devait nécessairement remplacer Mazarin à la tète des affaires, 
et qu'il présentera toujours sous le jour le plus favorable, 
sauf cependant lorsqu'il le soupçonnera d'intentions qui blessent 
ses principes. Et chaque semaine, généralement le vendredi, 
rassemblant ses souvenirs, ses notes, les renseignements 
venus de ses amis, les feuilles volantes les plus récemment 
parues, il eut à composer une chronique plus ou moins longue, 
selon rimportance et l'abondance des nouvelles ; il ne se prive 
pas d'y insérer, outre des protestations de dévouement à la 
liaison Royale de Savoie, ses appréciations personnelles, ses 
jugements sur les hommes et sur les faits ; la duchesse qui 
connaissait l'intensité de ses haines et de ses passions poli- 
tiques, sut bien certainement ce qu'elle en devait prendre ; des 
médisances mondaines et des anecdotes piquantes y trouvaient 
])lace de temps en temps, pour égayer son auguste correspon- 
dante. Celle-ci, à qui « l'ordinaire » du jour môme ou un cour- 
rier d'occasion apportait la lettre de son fidèle chroniqueur, 
entretint son zèle et son ardeur pai- des réponses reconnais- 
santes, gracieuses, tlatteuses pour lui, pour sa femme et i)our 
son ami. Et le secret de ces relations resta si bien gardé que 
les écrits contemporains n'y firent pas même une allusion ; le 
cardinal de Retz, qui y collabora par ses informations, jugea 
inutile d'en parler dans ses Mémoires, et Mazarin, s'il en fut 
informé, apprécia peut-être que c'était sans importance. 



\XX INTRODUCTION 

Nous n'aiialj serons pas celle correspondance; ce serait; à 
propos du chevalier de Sévigné, refaire Thistoire de la Fronde 
pendant ces quatorze mois. Nous nous arrêterons seulement à 
quelques faits auxquels, sans parler de ceux qui le concernèrent, 
son attention et son intérêt s'attachèrent plus particulière- 
ment, et tout d'ahord à la promotion du Coadjuteur au cardi- 
nalat, résultat, longtemps douteux, de longues et lahorieuses 
négociations; elle fut faite le 19 février 1652 et, dès le 28. un 
courrier expédié par le Grand-Duc de Toscane en porta la nou- 
velle à Paul de Gondi qui s'empressa d'eu faii'e informer le 
chevalier : « J"en ai une très grande joie, écrivit celui-ci à 
Madame Royale, parce que cela l'attachera dans le service du 
Roi ^» La vérité était que cette dignité lui donnait plus de 
chances dohtenir le poste qu'il visait, s'il demeurait vacant ol 
si le nouveau promu réussissait à s'imposer ; Mazarin. qui 
voyait cela, aussi bien que lui et ses amis, fut dès ce moment 
résolu à employer tous les moyens pour annihiler son ennemi 
ou pour rabattre. Quant au chevalier, il fut heureux du triomphe 
de son ami, heureux aussi des félicitations si chaleureuses 
dont la duchesse de Savoie se hâta, à la première heure, 
d'honorer le cardinal de Retz 2. Laissons de côté un incident 
protocolaire soulevé par un secrétaire de Tambassade à Paris, 
au sujet de la forme de la lettre officielle adressée par le Car- 
dinal au duc de Savoie pour lui notifier sa promotion : il s'en 
expliqua avec l'ambassadeur lui-même et l'incident i'ul (•los•^ 
Dans les mois qui suivirent, il n'y eut pas d'événement déci- 



\. Lettres des 1" et 15 mars 16.')?, pages 76 et 79. 

2. Lettres de Madame Royale au clun aller. 6 avril 16.r2, p. 04, 
et au cardinal de Retz. Appendice, XIV, a°* 2 et i. 

3. Lettres du chevalier, 2G avril, 3 et 10 mai 1652, pages lOi, 
114 et 118. — Lettre de l'abbé d'Aghé à Madame Royale, 3 mai 
1652, Appendice, XÎU, p. 308. 



INTRODUCTION. XXXI 

sif pour la pacification du royaume ; mais les nouvelles ne 
manqueront jamais : faits lamentables de guerre civile ; une 
émeute parisienne ; le Parlement de plus en plus séditieux ; son 
iransfcrement à Pontoise où les magistrats fidèles au Roi for- 
mèrent le Parlement royaliste ; lutte à coups d'arrêts entre les 
deux Compagnies ; tentatives répétées d'accommodement des 
Princes avec la Cour et annonces prématurées de traités qui 
ne furent jamais conclus; désaccord grave entre Monsieur et 
Monsieur le Prince, qui d"autre part poursuivit de sa haine le 
cardinal de Ptctz ; départ de Mazarin : trahison du prince de 
Condé qui prend les armes contre sa patrie. Tout cela occupa 
vivement les esprits, sans préjudice des nouvelles mondaines, 
telle que celle du retour en France du duc de Guise, de ses 
amours avec M"^de Pons et de son refus de reconnaître la com- 
tesse de Bossu pour sa femme. Le chevalier s'efforça d'être un 
chroniqueur le mieux informé possible ; il continua son rôle 
de minutieux historiographe de tous les mouvements de Paul 
de Gondi. pour qui, après la question du chapeau, vint celle 
du bonnet. Le nouveau cardinal, de peur d'un piège, n'osait 
pas sortir de Paris et aller à la Cour, mais comme le Roi 
répondit toujours par des refus lorsqu'il lui demanda la per- 
mission de recevoir le bonnet d'une autre main que de la 
sienne, il se décida, au mois de septembre, à se rendre à Com- 
piègne oi^i eut lieu la cérémonie, en même temps que la récep- 
tion d'une députation du clergé au cours de laquelle il fit une 
harangue pour solliciter le Roi de revenir à Paris ; le chevalier, 
qui avait tenu à accompagner son ami, en fut ravi^ Ce dernier 

1. Lettre du 20 septembre 1652. p. 179. — Le chevalier n'a pas 
fait l'éloge du discours de remerciement du cardinal soit qu'il ne 
l'ait pas entendu, soit qu'il l'ait jugé sans importance, comme 
étant de pure forme : c'est la harangue prononcée par son ami à la 
tête de la députation du clergé de Paris qu'il a admirée. 



XXXII INTRODUCTION. 

partageait alors ses sollicitudes entre la France et le Piémont, 
où les Espagnols assiégeaient limportante place forte de Casai 
quune garnison française livrée à ses seules ressources défen- 
dait énergiquement ; il était fatal qu'elle succombât, malgré 
l'héroïsme de ses défenseurs, si elle n"était pas secourue à 
temps. Ce fut pour le correspondant de Madame Royale dans la 
dernière phase du siège et lors de la reddition de la forteresse, 
Toccasion de témoigner de sa passion pour les intérêts de la 
Savoie et daccuser la politique mazarine de honteuse indiffé- 
rence ' . 

Il faut arriver au -21 octobre pour voir s'éclaircir l'horizon 
politique. Ce jour-là. le Roi rentra à Paris « avec toute l'au- 
torité qu'il eût pu avoir dans un autre temps », aux applaudis- 
sements delà population parisienne revenue de bien des rêves '-. 
Il y eut une amnistie, mais les plus remuants parmi les membres 
du Parlement et les partisans les plus dévoués des Princes 
en furent exceptés et durent s'éloigner. M"^ de ]vIontpensicr 
n'alla pas à l'armée, comme on le croyait, et se réfugia à la 
campagne ; son père, à la suite d'un traité, se retira dans son 
château de Blois, malgré les conseils du cardinal de Retz qui 
était fort intéressé à ne pas rester seul, sans un appui, vis-à- 
vis de la Cour. La Fronde était donc décapitée. 

Ce fut peu après que le chevalier eut à mettre sa bonne 
volonté au service de la duchesse d'Aiguillon dont un neveu, 
le marquis de Richelieu, venait de faire un mariage qui la 
révoltait : légalement assisté, il avait épousé, avec l'assenli- 
mcntde la Reine, M""" de Beauvais. fdle de sa première femme 
de chambre. M""" de Beauvais, maltraitée dans la correspon- 



1. Lettres des 18 et 25 octobre 1652, pages 191 et 195. — LPttre 
de Madame Royale du 23 octobre 1652. p. 194. 

2. Lettre du 25 octobre 1652, p. 195. 



INTRODUCTION. XXXIIJ 

claiice (le M. de Scvignc, avait la double lare dune détestable 
réputation sous le rapport des mœurs et d'une origine modeste. 
Le jeune marquis enlevé par sa tante et conduit à Rueil. au 
sortir de léglise, puis chapitré par le chevalier, laissa, quoique 
très amoureux de sa femme, son autoritaire parente disposer 
de lui ; elle l'envoya en Italie, espérant que les séductions de la 
Cour de Turin le dégoûteraient de son alliance et le détermine- 
raient à demander la nullité de son union. ]\I. de Sévigné le 
recommanda chaleureusement à deux reprises aux bontés de 
^ladame Royale, et, si l'amour du marquis triompha de tous 
les obstacles, ce ne fut pas de sa faute '. 

A cette même époque où il recevait de la duchesse de Savoie 
les lettres les plus cordiales, une question de protocole faillit 
supprimer les rapports personnels qu'il avait avec l'ambassa- 
deur de son fds. L'abbé d'Aglié l'avait prévenu que, selon ses 
instructions, il ne devait plus donner la main à aucun maréchal 
de camp. Le chevalier qui estimait qu'il était par « ses quali- 
tés de naissance, d'honneur et de prérogative » d'un rang supé- 
rieur aux maréchaux de camp, fut froissé de ce procédé et cessa 
ses visites ; mais voulant, sans céder sur la question protoco- 
laire, continuer ses relations avec l'ambassadeur qui l'aidaient 
fort à biai remplir sa tâche de chroniqueur de Madame Royale, 
il fit proposer à l'abbé d'Aghé deles reprendre, sur le pied d'éga- 
lité, à titie privé. Cette solution laissa intactes les prétentions 
de l'un et «"e l'autre et termina l'incident-. 

Une question plus grave le préoccupa. La situation du car- 
dinal deRez restait indécise: celui-ci voulait qu'un traité lui 
donnât des garanties et assurât à quelques amis des avantages 
qui fussent a récompense de leur dévouement. A la Cour, on 



1. Lettres les 15 et 22 novembre 1652, pages 207 et 210. 

2. Lettres te l'abbé d'Aglié {Appendice, XIII, p. 305). 



XXXIV INTRODUCTION. 

ne s'y refusait pas, mais la conclusion se faisait attendre, à 
cause de l'absence de Mazarin dont on annonçait le retour et 
qui ne revint qu'en février 1653. Le chevalier voyait bien — sa 
correspondance en fait foi — qu'on se méfiait de son ami. Le 
cardinal, bien que prévenu quil se perdait, n'avait voulu ni 
se réconcilier franchement avec son rival ni accepter Tambas- 
sade de Rome. En réalité, on le considérait comme un adver- 
saire toujours dangereux, quoique sa conduite fût correcte. Le 
Roi et la Reine le recevaient avec des égards rassurants et 
semblaient rechercher ses conseils ' : rien ne pouvait lui faire 
soupçonner, non plus qu'à son ami. qu'ils oseraient attenter à 
sa personne et qu'ils dissimulaient, sous des dehors gracieux, 
le projet, déjà formé dans leur esprit, d'en finir avec lui par un 
acte de violence. La surprise fut d'autant plus grande. 



IV. 



Le 19 décembre, vers midi, le cardinal de Retz qui venait de 
passer une heure, sans aucune défiance, avec le Roi et la Reine, 
fut arrêté, au Louvre même, et conduit le même jour, vers 
quatre heures, au château de Vincennes. Le baron de Grésy 
qui, d'ailleurs, ne lui est pas favorable, écrivit, le S7, que ce 
coup de force n'avait pas soulevé l'émotion populaire ju'on pou- 
vait craindre : mais il va sans dire qu'il émut et irnta violem- 
ment ses amis, entre autres le chevalier qui, en informant 
Madame Royale de cet important événement, ne «acha pas sa 
colère. Son exaspération fut telle qu'elle lui suggéra une idée 
presque monstrueuse qu'il ne voulut pas comrainiquer lui- 

1 . Lettres des l^"" et 29 novembre 1652. 



INTRODUCTJON. XXXV 

même à la duchesse : il en chargea M. de Grésy qui la lui 
résuma (27 décembre). Il ne s'agissait rien moins que de déter- 
miner Madame Royale, s'il était vrai, comme le bruit en cou- 
rnit. ([u'elle eût signé un traitéavec l'Espagne, à unir les armes 
des deux États contre la France, défaire coopérer à l'invasion 
du royaume par les armées espagnoles le prince de Condé, les 
gouverneurs des places frontières, amis ou partisans du pri- 
sonnier et d'autres personnages, avec l'espoir de mettre le 
pays en feu. tout cela en réalité pour ouvrir à son ami les 
portes du château de Vincennes. La duchesse n'avait pas traité 
avec l'Espagne, le mirage s'évanouit et le cardinal resta en 
prison ; ses amis trop zélés, dont on redoutait les intrigues et 
les manœuvres, avaient déjà reçu des lettres d'exil. 

Le chevalier, dont le dévouement à la cause du prisonnier 
n'était ignoré de personne, eut ordre de quitter Paris dans les 
vingt-quatre heures, et de se retirer chez lui à la campagne ; 
en faisant part à Madame Royale de cette fâcheuse nouvelle 
(25 décembre), il affirma que son seul chagrin était de ne pou- 
voir plus lui envoyer d'informations ; il lui tut très dur de 
quitter sa femme, son hôtel confortable, sa bibliothèque, ses 
habitudes, ses nombreuses relations pour aller, à soixante 
lieues de là, s'enterrer au début de l'hiver dans une demeure 
longtemps inhabitée. Il partit le 26. 

La Reine fit dire à M™^ de Sévigné que l'ordre du Roi ne la 
concernait pas. Elle resta donc chez elle, rue de Vaugirard, 
recevant ses amis, écoutant ce qui se disait, chargée par son 
mari de recueillir le plus de renseignements possible pour les 
transmettre à Turin par l'intermédiaire du baron de Grésy. 
La correspondance de celui-ci avec sa Cour apprend qu'il lui 
fit plusieurs visites jusqu'à ce qu'il partit lui-même : il fré- 
quenta son salon, surtout aux heures où elle faisait défendre 
sa porte à d'autres, il lui remettait les lettres de Madame Royale 



XXXVI INTRODUCTION. 

adressées à elle ou au chevalier, recevait ses informations et se 
chargeait des paquets qu'elle avait à envoyer à la duchesse. 
Elle ne tarda pas à aller rejoindre à Gharapiré l'exilé qui était 
un peu malade et la réclamait; nous savons par M. de Grésy 
qu'elle dut arriver près de lui le 20 ou le 27 février'. 

Les détails nous manquent sur le voyage du chevalier, 
comme sur celui de sa femme, comme aussi sur le séjour des 
époux dans le vieux château féodal fort noir et délahré — 
vieille maison fortifiée, entourée de douves et de fossés, ho rdée 
d'un côté par une rivière, close de murs et de tourelles, com- 
muniquant avec la campagne par deux ponts-levis. Ce château 
en partie ruiné à la fin du xvif siècle disparut au xviii" -. 

Les doléances des exilés ne sont pas venues jusqu'à nous. 
Le chevalier dans ses lettres très espacées à Madame Royale se 
garda hi en de se plaindre^ ; il ne déplora son éloignement de 
Paris que parce qu'il le privait de lui rendre « ses respects 
avec assiduité » et lui communiqua de loin en loin les nouvelles 
qu'on lui écrivait. Le cardinal de Retz l'occupait beau- 
coup ; on lui parlait de propositions qui lui étaient faites et 
il s'indignait à la pensée qu'il pouvait les agréer : « Pour moi. 
dil-il. il mourra plutôt que de les accepter » i3 août 1653). 
Plusieurs mois se passent et les derniers courriers lui 
apprennent qu'il a vraiment « donné sa coadjutorerie pour sor- 
tir de prison » ; il eût juré jadis qu'il n'en était pas capable. 
« Mais, ajoute-l-il en faisant part decel)ruit à Madame Royale, 
comme les grands seigneurs ne se piquent pas de la probité 



1. Appendice, XV, n°s 17-2.'». 

2. Voir la note sur la terre de Champiré {Appendice, XII. 
p. 301). 

'.]. Toutefois, en datant df'u.\ de ces lettres, en tGô3, l'une « de 
ma solitude » (13 juin), l'autre « de mon désert » (3 août), il lui fît 
discrètement deviner combien Champiré était une triste demeure. 



liNTRODlCTION. XXXVIl 

et de la délicatesse dont les simples gentilshommes font i)rofes- 
sion, j'ai grand peur quil ne préfère sa liberté à son liunneur » 
(22 février 1654). Il revient à Tidée qu'il avait voulu, en 
décembre 1652, suggérer à la duchesse et se pei'sua(i(> que si 
elle avait été réalisée, le ro.yaume ne serait pas où il en est. rt 
il exhale eu invectixes sa haine contre Mazarin. 

Le 21 mars 1654, le cardinal succède à son oncle sur le 
siège de Paris et sent sous ses pieds un terrain plus solide pour 
la résistance parce qu'ayant pris d'avance ses mesures, il a pu, 
à la première minute pour ainsi dire, entrer en possession par 
procuration ; les agents de l'autorité royale sont arrivés trop 
lard pour s'y opposer. Il est légalement, indiscutablement, le 
pasteur de l'archidiocèse qu'il gouvernera par ses vicaires géné- 
raux : il ne cessera de l'être que par sa mort ou sa démission, 
à moins qu'on ne puisse ol)tenir sa déposition. On commence 
par essayer de l'amener à se démettre. Le chevalier croit à 
l'explosion d'une nouvollc Fronde; les informations affluent à 
Champiré : d'après elles, le cardinal aurait dit qu'il mourrait 
archevêque de Paris. Quatre jours après, autre nouvelle : sa 
liberté est prochaine ; le chevaher ne sait ciue croire et que 
penser ; il ne veut pas blâmer ouvertement le cai'dinal qui 
est son ami, ni non plus le louer, étant trop sincère pour cela. 
«La plus commune opinion, écrit-il, c'est qu'il a bien fait, 
l'événement le justifiera... L'on amène le prisonnier à Nantes 
qui n'est qu'à treize lieues d'ici, j'aurai la liberté de le voir, 
et. par conséquent, je saurai ses raisons « ;6 avril 1654;. 

Le nouvel archevêque avait en effet signé sa démission qui 
fut envoyée à Rome ; en attendant que le Saint-Père l'accep- 
tât — condition sine quâ non de sa mise en hberté. — on trans- 
féra le cardinal au château de Nantes, sous la garde du maréchal 
de La Meilleraye : il put y recevoir librement ses amis. Ses 
Mémoires relatent la visite qu'il reçut de M"'^ de Sévigné et de 



XXXVIII INTRODUCTION. 

sa fille : nous lavons mentionnée ci-dessus ; il n'est question 
que de M"*" de La Vergue dans les lignes qu"il y consacre. Il 
est muel sur celle que le chevalier lui fit et dont celui-ci ren- 
dit compte à Madame Royale, sans faire connaître s"il était 
accompagné dans ce voyage de sa femme et de sa belle-fille, 
sans non plus lui révéler les explications de son ami, tout en 
déclarant qu'il les trouvait justes '24 avril). Innocent X refusa 
d'accepter cette démission où le prélat avait vu le moyen de 
sortir de prison, sauf, une fois libre, à la révoquer ; il no 
resta plus au prisonnier qu'.à attendre les résolutions que le 
refus du pape suggéreraient à Mazarin ou à tenter une évasion. 
Il s'arrêta à ce dernier parti, et des parents, des amis et des 
familiers s'y employèrent avec tant de zèle et d'intelligence 
qu'elle réussit. Le cardinal s'échappa du château le 8 août eî 
huit jours après arriva à Belle-Isle où quelques-uns de ses 
proches et le chevalier débarquèrent avec lui : celui-ci lui avait 
prêté son concours dès la première heure et ne l'avait pas quitt<'- 
pendant cette fuite très mouvementée. Lorsque le fugitif se fut 
embarqué, le mois suivant, pour l'Espagne d'où il se rendit à 
Rome, son ami et les ducs de Retz et de Brissac, fort inquiets 
des conséquences de leur complicité, attendireutdans File que le? 
sollicitations de leurs puissants protecteurs eussent obtenu pour 
eux des mesures de clémence. Le cardinal relate dans ses 
Mémoires tous les détails de son évasion, il n'y laisse pas échap- 
per un mot de reconnaissance sincère pour ceux dont l'assis- 
tance, qui n'était pas sans risques, avait assuré le succèsde cette 
aventure : « Le chevaUer de Sévigné, dit-il après avoir narré son 
séjour à Belle-Isle. homme de cœur, mais intéressé, craignoit 
qu'on ne lui rasât sa maison... >>. et après avoir reproché au 
duc de Brissac de désirer en finir, il ajoute : « Je navois pas 
moins d'impatience qu'eux de les voir hors dune affaire à 
laquelle ils n'étoient engagés que par amour pour moi. )^ Voilà 



liSTllODl CTION. XXXIX 

luuLlc ?uu\eiiii' que le grand aiubilieux, dérii tluiis se» liauls 
espoirs, conservait, vingt ans après, de l'ami et de l'allié qui 
s'étaient dévoués pour lui ' ! Nous n'avons pas à le suivre plus 
loin, car nous ne le rencontrerons plus dans la biographie du 
chevalier : lorsqu'il se décida après huit années d'une exis- 
tence errante et mouvementée, à donner sa démission de l'ar- 
chevêché de Paris et à s'accommoder avec le Roi. rien ne le 
rapprocha plus de son ancien ami qui avait renoncé aux vani- 
tés de ce monde et ne s'occupait que de son salut, sous la direc- 
tion de Port-Royal ■'^. 

M""® de Sévigné, qui avait, avec sa fille ^. partagé cette 
année l'exil de son mari, relata à Madame Royale l'évasion du 
cardinal, en le justifiant d'avoir manqué à sa parole (26 août). 
N'ayant plus rien à faire en Anjou, elle retourna à la Cour 
pour Y mettre en mouvement toutes les personnes dont la 
haute influence pouvait être utile au chevalier : elle deman- 
dait instamment qu'on lui permitde revenirà Paris, mais ne put 
l'obtenir ; tout ce qu'on accorda à ses sollicitations fut la per- 
mission pour lui de quitter Belle-Isle en sûreté et de rentrer au 
lieu de son exil ; il en fut de même d'ailleurs pour les ducs de 
Retz et de Brissac qui durent se rendre dans des maisons de 
campagne '4 décembre). Le chevalier qui comptait sur un meil- 



1. Mémoires (même édition I, IV, 211-220. 

2. Les archives de Turin conservent quelques lettres du car- 
dinal postérieures à l'époque de la Fronde, notamment celle qu'il 
a écrite en italien au duc de Savoie, le 27 février 16G2. pour lui 
annoncer son accommodpment avec la Cour Très Chrétienne. 

3. Le séjour de M'i« de La Vergne au lieu d'exil de son beau- 
père est attesté par la correspondance de l'abbé Costar qui doit 
dater de 1654. Il lui écrivait du Mans — l'Anjou et le Maine se 
touchent — et la louait de se passer si aisément de Paris, de n'être 
pas enchantée de la Cour et de faire des vœux pour pouvoir rap- 
procher Champiré du Mans, ou Le Mans de Chamjjiré. 



XL INTRODUCTION. 

leur résultat, revint donc sans obstacle à Champiré don il 
écrivit avec beaucoup d'amertume à Madame Royale : « Votre 
Altesse l^oyalevoit ou que mes amis ont peu de crédit, ou ont 
manqué de volonté pour me faire aller à Paris. Je vous ai- oui 
faire de si beaux discours de morale que je ne craindrai point 
de la supplier de faire réflexion sur l'infidélité des amis de 
Cour » (22 janvier 1655). Cette remarque ne s'adressait pas à 
la duchesse à laquelle il était passionnément reconnaissant des 
marques d'intérêt que, depuis son départ pour l'exil, elle n'avait 
cessé de lui faire parvenir, ainsi qu'à sa femme. 

C'est sur ces lignes mélancoli(iues qu'est close la correspon- 
dance du chevalier; s'il la continuée, les lettres qu'il a adressées 
ultérieurement à Turin n'y ont pas été conservées. La der- 
nière de celles qu'on y a gardées de M""= de Sévigné (1" jan- 
vier 1655), annonce le retour de son mari dans son « désert de 
Champiré » où elle tâchera, dit-elle, de Taller trouver dès 
qu'elle aura donné quelque ordre à leurs « misérables af- 
faires ». Elle n'} fait aucune allusion au grand événement qui 
devait la retenir à Paris jusqu'à ce qu'il fût accompli : la 
belle Marie-Madeleine de La Vergne allait, six semaines plus 
tard, devenir comtesse de La Fayette, nom sous lequel elle a 
conquis sa célébrité d'écrivain si distingué et de si fidèle amie 
de la marquise de Sévigné et de La Rochefoucauld. Son beau- 
l>ére demeura seul à Champiré. pendant que sa femme s'absor- 
bait dans les préliminaires et les préparatifs du mariage qui 
fut célébré en Saint-Sulpice de Paris le 15 février suivant. 

L'exil du chevaher dura encore longtemps ; il ne reste aucune 
liMce de l'emploi qu'il fit de ses longs loisii'S, ni des corirspon- 
dances qu'il entretint peut-être avec Turin, certainement avec 
Paris. Voulut-il être renseigné sur le séjour à Rome du cardi- 
nal de Retz pendant les deux annécsque celui-ci y passa, années 
d'intrigues et de luttes? Sut-il qu'il avait appolé près de lui. 



INTRODUCTION. XLI 



pour grossi I- son état-major, un jeune abbé de Sé\igné ? Nous 
ne savons rien de lui jusqu'au second mois de l'année suivante ; 
une cruelle épreuve Tattendait : une maladie, sur laquelle nous 
ne sommes pas renseignés lui enleva sa femme. M"'' de Sévi- 
gné, quil avait probablement conduite à Angers pour le >roin 
de sa santé, mourut dans cette ville et y fut inhumée, dans la 
paroisse Saint-Maurille, le 2 février 1656 '. Il restait seul, sans 
enfants : toute ambition politique lui était désormais refusée. 
Ses idées prirent un autre cours, et, de la Fronde, il alla à 
Port-Royal . 



V. 



Il n'est pas surprenant que le chevalier, de retour à Chani- 
piré en janvier 16.55, revenu de bien des illusions, touchant de 
plus près le néant des ambitions humaines, puis, l'année sui- 
vante, frappé cruellement par la mort de M'"^ de Sévigné, 
instruit par de sérieuses lectures, ait songé à finir chrétienne- 
ment sa vie : il y en a bien des exemples au xvii" siècle. Le 
début de cette œuvre de transformation intériouro or-t resté 
ignoré ; elleétait déjàbien avancée lorsqu'il écrivit, le3 novembre 
1656, à dom Luc d'Achéry, le savant bénédictin de Saint-Ger- 
raain-des-Prés, une lettre qui révèle toute la part que ce reli- 
gieux y avait prise. Après avoir fait, dans les termes les plus 
humbles, le tableau de ses chutes et de ses l'elèvements, en 
affirmant ses bonnes l'ésolutions et sa reconnaissance envers 
Dieu, il termina ainsi : « J'espère, avec laide de Dieu, mache- 
miner vers Paris, un peu après la Toussaint. Je soubaiterois 

1. Appendice. VII, p. 274. 



XL 1 INTRODUCTION. 

avec passion avoir li'ouvé mie humeur sorlable à la mienne 
pour établir une société permanente. Demandez ce bon ren- 
contre-là à Dieu, car il faut que ce soit lui qui fasse celle liai- 
son ^ . » 

II était donc sur le point de rentrer à Paris où il espérait 
trouver cette société qu'il clierchait pour assurer sa persévé- 
rance et guider ses progrès : ce fut Port-Royal qui la lui four- 
nit. Les documents jansénistes sont muets sur les premières 
relations qu'il eut avec ce parti dont les membres les plus esti- 
més étaient, dès 1650. fort liés a^ec le coadjuteur. Celui-ci 
ne songeait nullement à se convertir : il voulait faire, de sa 
liaison avec ces hommes austères et de leur appui moral, un 
levier pour ébranler l'État, selon l'expression de Mazarin ^; son 
ami a pu les rencontrer chez lui elles connaître. I! eut certaine- 
ment à celte époque des rapports mondains avec deux membres 
de la famille Arnauld — ceux-là n'étaient pas des plus aus- 
tères — quil revit à Paris, après son exil. Labbé Antoine 
Arnauld rappelle, dans ses Mémoires fort agréables, qu'étant en 
visite chez le chevalier, en 16Ô7. il vit la marquise de Sévigné 
pour la première fois : elle arrivait « dans le fond de son car- 
rosse tout ouvert, au milieu de Monsieur son fds et de Made- 
moiselle sa fille, tous trois tels que les poètes représentent 
Latone, au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane ' ». 



1. Cette lettre se trouve tout entière reproduite au tome I^"" de.s 
Lcllres de 31"^^ de Scvignr (édition Régnier), à la suite delà notice 
de M. Paul Mesnard. 

2. Voir le mémoire développé sur les relations entre le cardi- 
nal de Retz et les jansénistes, par M. Chantelauze, inséré par 
M. Sainte-Beuve, au tome V de Pori-ifoya/ (édition de 1G67, in-l:2). 
Appendice, 526-G05. 

3. Mémoires (Collection Petitot et Montmerqué, XXXIY. 3J4). 
— Antoine Arnauld, abbé de Chaumes (1616-16981, fils aîné de 
Robert Arnauld d'Andilly. 



INTRODUCTION. XLIII 

Bien des années après, la marquise, écrivanl à M""" de Gri- 
f nan, réveilla le souvenir dune rencontre qui parait se placer 
à la même époque, sinon le même jour : « Monsieur de 
Pomponne se souvient dun jour où vous étiez petite fille chez 
mon oncle de Sévigné ^ . » 

Ce ne furent sans doute ni l'abbé Arnauld ni M. de Pom- 
ponne qui conduisirent M. de Sévigné à Port-Royal; peu 
importe d'ailleurs par qui il y lut amené ou qu'il y soit allé de 
lui-même. Il prit le temps de réfléchir, car ce ne fut qu'à la 
fin de 1659 ou au commencement de 1660. semble-t-il, qu'il 
fit des démarches pour être admis dans ce groupe religieux 
dont la haute spiritualité et la rude austérité l'attirèrent, au 
lieu de le rebuter ; il remit le soin de sa conscience au sévère 
Singlin et se plaça sous la direction officieuse de la vieille 
abbesse, la mère Angéfique Arnauld, qui mourut l'année sui- 
vante et le légua à sa sœur, la mère Agnès qui ne fut pas 
moins habile à trouver le chemin de son cœur et à s'assurer 
sur son esprit une influence dominante, tout en paraissant 
s'effacer derrière le directeur en titre. Leur action s'exerça par 
des lettres qui ont été imprimées, auxquelles malheureuse- 
ment manque la contre-partie ; on ne peut que deviner par la 
correspondance des deux abbesses ce que le chevalier leur 
écrivait: c'est assez cependant pour juger avec quelle docilité 
il acceptait leurs douces réprimandes, combien il était recon- 
naissant de leurs encouragements et combien il admirait leur 
sainteté. Dès le commencement, il manifesta ce dernier senti- 
ment à la mère Angélique de la façon la plus naïve ; comme 
on lui avait ordonné de dire le chapelet, il lui demanda de lui 



1. Lettre du 15 janvier 1674 (même édition). — Simon Arnauld, 
M's de Pomponne (1618-1699), homme d'État, frère cadet de 
l'abbé. 

d 



XLIV INTRODUCTION. 

donner le sien qui devait avoir, pensait-il, une vertu supérieure. 
Ne pouvant pas déférer à son désir, elle le satisfit en lui adres- 
sant un autre chapelet. La môme lettre apprend qu'il lui 
exprimait aussi ses sentiments par des présents, de Targpnt, 
des parfums : on y lit encore qu'il était un peu repoussé par la 
froideur de Singlin, qu'elle lui dit être préférable à une fausse 
j)aix (13 novembre 1660) K 

Sa direction, par suite de sa mort, dura peu de temps ; celle 
de la mère Agnès se prolongea plus de dix ans. Il n'était pas 
pour elle un étranger, car elle correspondait avec lui depuis 
près de dix-huit mois, lorsque sa sœur lui légua, avec le gou- 
vernement de Port-Royal, le soin de certaines âmes qu'il ne 
fallait pas perdre de vue. Elle n'eut donc qu'à continuer une 
œuvre à laquelle elle avait travaillé et à la continuer avec plus 
d'autorité : elle s'acquitta de sa tâche avec tant de délicatesse, de 
prudence et une fermeté si douce qu'elle maintint jusqu'à la fin 
son empire accepté avec respect, ou, pour mieux dire, sollicité 
avec une déférente confiance et une constante admiration : il 
mettait quelquefois son humilité à l'épreuve en la qualifiant de 
sainte, mais elle savait répondre adroitement à ces embarras- 
sants comphments, comme elle savait aussi [le remercier des 
nombreux présents, témoignages de sa reconnaissance. Lorsque 
ce « cher frère», comme elle l'appelait quelquefois, habitué à 
se faire obéir de ses inférieui's quand il était à l'armée, mani- 
festa un jour de l'impatience, parce que Philippe de Cham- 
paigne, à qui il avait commandé pour la communauté un tableau 
du Bon Pasteur — allégorie qu'il affectionnait — ne se pres- 

1. Lettres (le la mère Marie-An(j(li(iue Arnauhl [V<[\\'^\\\, 174?- 
1744, 3 Yul. in-l?, III, 394). — Jacqueline-Marie-Augélique 
Arnauld, dite mère Angélique (1591-1()C)1), iirofesse dès 1600. — 
Le recueil imprimé de ses lettres n'en compte que neuf adressées 
à M. le marquis de Sévigné [sic) en IGOO et IGOl. 



INTRODUCTION. XLV 

sait pas de l'achever, elle le gourmaiida en lui rappelant qu'il 
avait « fort aimé à être le maitre' ». Nous ne pouvons ici 
qu'indiquer les lignes générales de cette direction et renvoyer 
pour la mieux connaître, ainsi que celui ([ui s"y soumettait, 
aux lettres de la mère Agnès reproduites à la fin de cette pu- 
blication ou au recueil complet de sa correspondance 2. 

Dès son admission dans cette société qui apparaissait à ses 
jeux comme une résurrection de la primitive Eglise, il voulut 
que sa vie se passât désormais à côté d'elle, dans l'enceinte 
même du monastère de Paris : il s'y fit bâtir, à côté de M"''' 
de Sablé, une maison « fort propre » qui revint plus tard aux 
religieuses de Port-Royal. Aussitôt qu'il put y entrer, il aban- 
donna son hôtel de la rue de Vaugirard, qu'il loua à M. et à 
M""*" de La Fa} ette, et ne quitta plus son nouveau logis que 
pour aller finir ses jours à Port-Royal-des-Champs. Il en avait 
à peine pris possession qu'il reçut le 25 juillet 1661 la visite 
domiciliaire du lieutenant civil qui lui enjoignit, le l''''août sui- 
vant, d'en faire murer la porte donnant dans la cour du monas- 
tère. Il eut aussi sa part des mesures de rigueur par lesquelles 
lepouvoir royal espérait vaincre ou voulut punir la résistance 
des religieuses : ce fut un lien de plus entre lui et celles qu'il ne 
lui venait pas à l'idée de considérer comme des révoltées et dont 
il admirait la ténacité. Pendant les années suivantes, il alla 



1. Lettres de la mère Agnès Arnauld, publiées par M. P. Fau- 
gère (Paris, 1858, 2 vol. in-8°). — Jeanne-Catherine Arnauld 
dite mère Agnès (1593-1671). — L'intérêt de cette correspondance 
alors inédite a été signalé par M. P. Varin dans La Vérité sur 
les Arnauld (Paris, 1847, 2 vol. in-8°), II, 310-327 : les lettres au 
chevalier de Sévigné y sont particulièrement notées (p. 319) ; 
elles sont au nombre de quatre-vingt-une dans l'édition de M. Fau- 
gère. — Voir aussi l'article de M. Sainte-Beuve sur cette corres- 
pondance dans les Causeries du lundi ( l''^ édition |, XIV, 148. 

2. Appendiee, VIII, pages 275-293. 



XLVI IMRODLCTIO>". 

quelquefois à Port-Royal-des-Cliamps. mais il conserva sa rési- 
dence à Paris où sa présence était utile pour faire passer là-bas 
des avis et des renseignements. Mais lorsqu'un acte de laulo- 
rité eût séparé entièrement les deux monastères, il fît le gr^ind 
sacrifice de quitter le voisinage de ces murs et de ce clocher qui 
lui étaient devenus chers : leur vue seule, lorsqu'il vint une 
fois à Paris, après une grave maladie, acheva de le guérir'. 
Son exemple ne réussit pas pour décider M"^ de Sablé à faire 
courageusement le même sacrifice : pour elle, ce qui lui coû- 
tait, c'était d'affronter les émanations des terrains marécageux 
qui entouraient l'autre monastère, sa peur de la mort était 
telle qu'elle ne put s'y résoudre : elle resta à Pai'is. malgré de 
pressantes lettres du chevalier qui . après avoir essayé de la ras- 
surer en lui faisant voir qu'il se portail très bien, en lui affir- 
mant que d'ailleurs Dieu ne pouvait « rien refuser aux saintes 
qui habitent au désert », lui cita d'effrayants passages des Écri- 
tures sur la nécessité de la pénitence (1" et 12 septembre 1669 -. 
Ce fut en 1 669 qu'il vint demeurer dans les dehors de Port- 
Royal-des-Champs. dont les constructions étaient délabrées. A 
Paris, il avait laissé un souvenir de sa générosité, une cha- 
pelle dite « chapelle de M. de Sévigné » bâtie ou réparée à ses 
frais. En arrivant dans sa nouvelle résidence, il annonça l'in- 
tention de faire rebâtir le cloître : on commença à travailler dès le 
mois de mai 1670. et le 6 août suivant, la première pierre en fut 
solennellement posée. Les relations jansénistes rapportent qu'il 
eut la permission d'y suivre les processions du Saint-Sacre- 



1. Sainte-Beuve a donué un précis très complet de cette 
phase de riiistoire des jansénistes dans son Port-Royal (3« éd.), 
V, 109 et s. 

2. Y. Cousin, Madame de Sable (éd. de 1865, in-lî), î^T-^SQ. — 
Les lettres du chevalier et celle de M^^e de Sablé y sont repro- 
duites. 



INTRODUCTION. XLVII 

ment, un cierge à la main, à la suite des ecclésiastiques. Ses 
dernières années s'écoulèrent, partagées entre les exercices de 
piété et les lectures recommandées par ses directeurs ^ , occupées 
par des correspondances et certainement aussi par le soin de 
ses aft'aires qu'il ne pouvait pas entièrement négliger, dans l'in- 
térêt même de ses amis qui profitaient largement de sa fortune 
ou plutôt de celle de sa femme. Une transaction avec M°"= de 
La Fayette et son mari — celle qu'autorisait 1o contrat de 
mariage de 1650. — remplaça le don de sui'vie en pleine pro- 
priété qu'il lui accordait par un usufruit portant sur toute la 
succession de M"° de Sévigné. Il se trouva donc liche : il avait 
un mobilier luxueux, une belle argentei-ie qu'il sacrifia bientôt, 
un carrosse et six chevaux qu'il conserva plus longtemps pour 
l'utilité de ces Messieurs et particulièrement de M. de Sacy. 
Enfin il se réduisit, pour accroître la part des pauvres, à 
n'avoir plus que son carrosse auquel, moyennant six cents 
livres par an, il faisait atteler deux chevaux, deux fois par 
semaine, et encore en usa-t-il très peu lui-même. Une grande 
partie de son revenu passait en aumônes, sans parler des 
cadeaux qu'il envoyait aux religieuses. Dans les pages que 
Fontaine a consacrées à sa mémoire, il y a d'intéressants détails 
sur cet ancien officier, Frondeur, duelliste, « Corinthien », 
transformé en humble et pieux pénitent; elles fixent bien le 
souvenir qu'avait gardé de lui le groupe de Port-Royal ^. Les 
adversaii'es du parti ne se sont guère occupés du chevalier ^ 



1. Il ne faut pas oublier le fait relaté par ses biographies de 
Port-Royal que, n'ayant pas appris le latin dans sa jeunesse et 
voulant comprendre le texte des offices de l'Église, il se mit, à 
l'âge de cinquante-sept ans, à l'étude de cette langue morte, 
étude qui dut lui prendre beaucoup de temps. 

2. Appendice. XI, p. 297. 

3. Le P. René Rapin, dans ses Mémoires, publiés par M. Aubi- 



XLVIII INTRODUCTION. 

Ses rapports avec sa famille se ressenlirenl iialiii-ellemeiil 
de sa vie nouvelle. On le voit, avant 16G0, donner à sa belle- 
fille un témoignage de bonne amitié en tenant son second fds 
sur les fonts de Saint-Sulpice, avec la duchesse dAiguillon ' ; 
leurs inévitables règlements d'affaires ne firent naître, 
croyons-nous, aucun procès. Quant à leurs relations uUé- 
rieureS; nous les ignorons. On en sait un peu plus sur celles 
que la marquise de Sévigné a conservées avec lui. Lors du 
mariage de M""^ de Grignan, elle tint à ce que le grand-oncle 
honorât le contrat de sa signature : le notaire la relata sur 
l'acte du 27 janvier 1669. 

La grande admiration quelle professa pour Port-Royal est 
bien connue; elle se manifesta plutôt de loin, quoiqu'elle visi- 
làt quelquefois le monastère, ainsi qu'en témoigne une lettre 
delà mère Agnès ^. Le chevalier désirait amener sa petile- 
nièce à plus de ferveur, lui adressait des livres de piété et ser- 
monna même sa mère à ce sujet, avec tant d'insistance que 
celle-ci perdit patience: « Les meilleures choses, écrivit-elle à 
sa fdle, sont dégoûtantes quand elles sont jetées à la tète. Ah ! 
le l)eau sujet de faire des réflexions ! Votre oncle de Sévigné 
craindra bien pour votre salut jusqu'à ce qu'il ait compris 
cette vérité ^. » Ce mouvement d'humeur n'altéra pas ses sen- 

neau (Paris, 1865, 3 vol. in-8"), mentionne le « bonhomme Sévi- 
gny » parmi les adliérents du parti qui s'étaient, fait bâtir des 
maisons dans le dehors, autour de l'église (I, 173) : une autre 
fois il rapporte que le même « bonhomme », un jour de fête 
religieuse à Saint- Jacques-du-Haut-Pas, en mémoire de Saint- 
Cyran, le 28 octobre 1668, a reçu à dîner le célèbre Aruauld qui 
y avait officié et à qui on « fit un grand régal » (IIL -481). 

1. Armand-Renaud de La Fayette, baptisé le 18 septembre 
1659, a été le « marquis de La Fayette » dont la branche s'est fon- 
due au xvme siècle dans la maison de La Trémouille. 

2. Lettre du 9 septembre IQQi {Correspondance, IL 184). 

3. Lettre du 27 mai 1672 (édition Régnier). 



INTRODUCTION. XLIX 

timenls pour les PorL-Royalistes : une excursion quelle fit 
dans le voisinage lui donna l'occasion de visiter l'abbaye, ce 
dont elle ne manqua pas d'informer M""" de Grignan : « Je vis 
aussi mon oncle de Sévigné, mais un moment. Ce Port-Royal 
est une Tliébaïde, c'est un paradis, c'est un désert où toute la 
dévotion du christianisme s'est rangée » (27 janvier 1G74). 

Le silence que garde sa correspondance sur de nouvelles 
visites fait présumer qu'elle ne revit plus le chevalier. Le vieil- 
lard, éprouvé, pendant son séjour à Paris, par de graves mala- 
dies que mentionnent les lettres de la mère Agnès, souffrit 
peut-être plus que d'autres de l'humidité de l'air à Port-Royal- 
des-Charaps : une dernière atteinte qui fut mortelle l'emporta, 
le 16 mars 1676, dans sa soixante-neuvième année ^ Etroite- 
ment uni de cœur et d'àme aux habitants du monastère, il 
avait demandé, par son testament, la grâce de ne pas être 
séparé d'elles dans la mort. Suivant son désir, le 18 du même 
mois, il fut inhumé dans le cloître qu'il avait fait reconstruire; 
les regrets affectueux qu'il laissait se traduisirent en prières et 
en pieux honneurs funèbres ^. Les religieuses lui érigèrent, au 
heu de sa sépulture, un tombeau sur lequel une inscription 
latine composée par Hamon, l'un des plus renommés solitaires, 
rendit longuement hommage, sans oublier ni sa noblesse, ni 
ses glorieux services militaires, à la sincérité de sa conversion, 
à sa persévérance et à ses vertus. Il appartenait désormais à 



L Comme beaucoup d'hommes et de femmes de son temps, le 
chevalier n'était pas exactement renseigné sur la date de sa 
naissance ; il se croyait ou on le croyait plus jeune de trois 
ans : l'inscription gravée sur son tombeau le dit mort dans sa 
soixante-sixième année. 

2. Nous publions le compte rendu détaillé qui fut rédigé à ce 
moment dans le journal manuscrit de Port-Royal {Appendice, X, 
p. 295). 



L INTRODUCTION. 

l'histoire de Port- Royal : les jansénistes ne perdirent aucune 
occasion, surtout au xviii^ siècle, de signaler son nom à la 
vénération de leurs contemporains ^ 

M"" de Sévigné, informée tout de suite de cet événement, se 
contenta den faire part à sa fdle comme de quelque chose 
d'insignifiant : « Joubliais de vous dire que notre oncle de 
Sévigné est mort : Madame de La Fayette commence présente- 
ment à hériter de sa mère » (22 mars 1676!. Dans une lettre 
du 19 mai suivant, elle lui annonça qu'il lui reviendrait cinq 
à six cents pistoles (dix à douze mille livres) de cette succes- 
sion ; et ce fut tout. Quant à M""" de La Fayette, il est permis 
de penser que la satisfaction dentrer en possession, après 
vingt ans d'attente, de la fortune dont son beau-père avait 
l'usufruit, domina chez elle tout autre sentiment. 

Le testament du chevalier, daté du 1^'" mars 1674, dont il 
confia l'exécution à l'un des plus fidèles et dévoués agents 
de Port-Royal, M. Hilaire, économe du monastère ■■^, ne dut 
étonner personne : il porte la marque de son évolution reli- 
gieuse. De son avoir mobilier, sauf quelques legs particuliers, 
il ne fît qu'une masse, dont la valeur réalisée en argent fut 



1. Aux ouvrages mentionnés en note au n» XI de Y Appendice, 
p. 297, nous ajouterons le Nécrologe de Notre-Dame de Port-Roijal- 
des-Champs, 17î3, in-i", p. 115, qui reproduit l'inscription d'Ha- 
mon, et un Almanach de pratique pour 113k, calendrier janséniste 
(petit in-12 étroit, imprimé aux Granges près Yersailles), qui. à 
la date du 16 mars, relate la vie et la mort du chevalier. 

2. Cet agent de toute confiance ne devait rendre compte do 
son mandat qu'à l'abbesse et à M. de Sacy : connu seulement 
sous ce nom, il s'appelait en réalité Gharles-Hilaire Piel, sgr de 
Buontier. Nous le voyons comparaître en sa qualité, le 20 février 
1680, devant un notaire du Ghâtelet de Paris à un acte relatif à 
la fondation à Grugé de la rente de cent livres ordonnée par le 
testament de la nièce de ^M^edeLa Fayette (/îcin/c de l'Anjou, 18.52, 
n, 327). 



INTRODUCTION. LI 

attribuée aux religieuses, pour être par leurs mains distribuée 
aux pauvres. Quant à la terre de Champiré, son seul bien de 
famille, il n'en frustra pas ses bériliers, mais il la greva, par 
le même acte, de deux charges, principalement de la dette dont 
sa succession serait tenue vis-à-vis de M""' de La Fayette, lors 
du règlement des comptes de l'usufruit *. Et le testament ne 
mentionnait pas une autre charge établie sur la même terre, 
une rente annuelle de trois cents livres, créée au profit des reli- 
gieuses, dont il fallut assurer le service après sa mort 2. Nous 
ignorons la date des actes qui l'ont créée, comme aussi de ceux 
qui concernent la maison de Paris. Tout compte fait, ses héri- 
tiers, au nombre de huit, un neveu, quatre petits-neveux et 
trois arrière-petits-neveux, eurent à se partager un mince héri- 
tage. 

Ce n'est pas le chevalier de Sévigné qui a imprimé à son 
nom l'éclat dont il brille ; mais la gloire de sa nièce ne saurait 
entièrement éclipser sa modeste personnalité. Il était et il res- 
tera dans l'histoire de son siècle une figure d'ordre secon- 
daire, que son œuvre de chroniqueur défendra de l'oubli. Nous 
venons d'en retracer les traits les plus saillants, et nous 
croyons qu'elle ne peut que gagner à une étude consciencieuse. 
Les impressions qui se dégagent des pages qui précèdent et 
des documents qui suivent, doivent, selon nous, être très favo- 
rables à sa mémoire. Sans rechercher si ce vaillant soldat, si 

1. Yoir pour Ips détails le texte du testament {Appendice, IX, 
p. 295) et notre note sur la terre de Champiré {Id., XII, p. 301). 

2. Elle est mentionnée en termes précis sur une note non 
datée ni signée, émanant certainement du notaire, jointe à la 
minute de l'acte de vente de la terre de Champiré du 20 février 
1687 (Archives d'IUe-et- Vilaine, minutes Bretin) : les acquéreurs 
ayant refusé d'en prendre le service à leur charge, il n'en fut 
pas question dans l'acte ; mais les héritiers durent, d'une façon 
quelconque, l'assurer à leurs frais. 



LU INTRODUCTION. 

cet « homme de cœur », comme l'apprécie le cardinal de Retz, 
a toujours bien placé son admiration, s'il a bien ou mal fait de 
s'engager dans la Fronde, à la suite du coadjutcur, et de don- 
ner ses dernières années à Port-Royal, on a le devoir de rendre 
hommage à son sentiment élevé de Ihonneur du gentilhomme 
et à ses autres qualités morales parmi lesquelles domine la 
sincérité la plus droite et la plus loyale. 11 l'ut sincère dans son 
patriotisme et dans ses vues politiques, comme dans les juge- 
ments qu'il porta sur ses contemj)orains. quoique empreints de 
partialité et dictés par la passion ; sincère dans ses amitiés, 
sincère dans sa conversion, sincère dans sa piété et dans son 
liumble docilité de pénitent, c'est sincèrement qu'il se dévoua 
aux. causes qui lui semblaient justes et à ceux qui les person- 
nifiaient, et c'est tout cela qui assure à sa correspondance avec 
la duchesse de Savoie le caractère d'honnêteté et de véracité 
qui en fait la principale valeur. 



VI. 



La correspondance de M. de Sévigné avec Madame Royale 
présente un double intérêt historique. Elle apporte d'une façon 
générale, une contribution utile à l'histoire de la Fronde et à 
celle des relations de la France avec le duché de Savoie : elle 
complète aussi ce que l'on savait du cardinal de Retz et de ses 
intrigues pendant l'année 1652 ; plus spécialement encore, elle 
ajoute à la biographie du chcvn'ior beaucoup de faits restés 
ignorés, mais les pages qui précèdent les ont suflisammenl 
mis en relief pour qu'il n'y ait pas à y insister ici. 

Les documents inédits que nous reproduisons mettent à la 
disposition des historiens futurs de cette période de troubles 



I.NTHOIUCTION. LUI 

une suite de témoignages contemporains produits par un 
témoin digne de foi. Ce nest pas que les sources d'informa- 
tion fassent défaut : elles sont au contraire abondantes ; on ne 
peut guère les prendre toutes pour guide sans les soumettre à 
un examen critique minutieux. Les mémoires, par exemple, qui 
foi-menl toute une attrayante littérature, émanent en partie de 
personnages qui ont pris une, part active et souvent iinj)oi- 
lante aux événements, eî sont, par conséquent, susi)ecls de 
complaisance pour eux-mêmes et de malveillance injuste pour 
les autres. Il y a dinnombra])les mazarinades fort curieuses à 
consulter comme signes des temps et baromètres deTopiniou, 
mais dont la plupart sont mensongères. La Gazette, la Ynize 
historique de Loret. le Journal des Guerres civiles, œuvre pos- 
thume de Dubuisson-Aubenay, sont pleins de nouvelles, comme 
les lettres du chevalier : celles-ci cependant ne font pas double 
emploi avec ces publications. Bien des faits qu'il y raconte 
sont aussi narrés ailleurs, cela va sans dire ; il faut noter que 
quand il s'agit d'événements à sensation ou de journées tra- 
giques, comme il y en a eu en 16.5 "2. dont Tambassadeur de 
Savoie ne peut manquer d'informer avec détails Madame 
Royale, il se contente dune simple mention ; en revanche, sa 
satisfaction est grande quaiid il est à même d'iiislruire la 
duchesse de ce qui est encore secret et de ce qui se trame dans 
lombre. Et que de bruits il enregistre ! Et que d'intrigues et 
de compétitions il met en lumière ! On se rend bien compte, en 
le lisant, de l'incohérence, de la confusion, de l'anarcliie qui 
régnent dans les divers partis entre lesquels, à cette époque, se 
divise la Fronde ; la fin approche. On peut se fier à ses infor- 
mations : elles sont exactes et ont une valeur historique parce 
qu'elles ont été recueillies consciencieusement et données en 
toute sincérité. Restent ses appréciations personnelles qu'on 
n'est pas obligé d'accepter aveuglément, surtout lorsqu'elles 



LIV INTRODUCTION. 

jugent Mazarin. II est souvent question dans sa chronique des 
affaires du duché de Savoie, des incursions espagnoles, de la 
défense et de la prise de Casai ; aussi y a-t-il beaucoup à gla- 
ner, pour rhisloire de France comme pour celle du Piémont, 
laiil dans les lettres de M. de Sévigné que dans celles de 
Madame Royale et dans les documents diplomatiques qui font 
partie de nos Appendices. 

L'aulre inlérêl historique que présente particulièrement la 
correspondance du chevalier porte sur un point qu'on ignorait 
de la biographie du cardinal de Retz : elle révèle que ce dernier 
ne dédaigna pas d'employer ses services pour intéresser 
Madame Royale à ses hautes ambitions. Il fallait convaincre 
celle-ci que. s'il devenait premier ministre, tout changerait de 
face en Italio. pour le plus grand avantage du duché de Savoie ; 
le chevalier ne s'y épargna pas : il parla constamment à la 
duchesse de son ami et du dévouement sans bornes qu'il pro- 
fessait pour elle, la tenant au courant de ses actes publics et 
politiques, de son attitude et des procédés de la Cour à son 
égard. Quant au cardinal . il collabora aux lettres deM.de 
Sévigné. en lui fournissant des informations et en lui suggé- 
rant ce qu'il voulait ([u'on sût de ses intentions et de ses pro- 
jets. Voilà ce que ses Mémoires ont passé sous silence. 



vn. 



La correspondance que nous éditons a été découverte aux 
Archives de Turin, dans le fonds dénommé Archivio di Stato. 
Les lettres du chevalier (1648-1655) moins une \ et celles de sa 

1. Cellp (lu 31 mars IC53. qui a une autre origine. 



INTRODUCTION. LV 

femme ( 1 654-1655) sont conservées dans la série des « Lettres de 
particuliers » [Lettcre di parikolarï). Celles de Madame Royale, 
extraites des registres de minutes de sa correspondance, et celles 
de labbé d'Aglié (1651-1652) et du baron de Grésy ^1652-1653 
qu'on trouvera aux Appendices [n"' XIII et XV), proviennent 
de la série dite Lellere minulri ; enfin celles du cardinal de 
Retz sont empruntées au même fonds d'État. Les regrettables 
lacunes que nous avons dû signaler au cours de noire travail 
dans la correspondance principale seront-elles jamais comblées? 
Nous voudrions recouvrer quelques lettres qui nous en 
manquent et que nous savons avoir été écrites par M. de Sévi- 
gné avant le 24 novembre 1651 et après le 25 décembre 1652, 
comme par sa femme en 1651, et de 1652 à 1655. Nous n'avons 
non plus qu'une partie des minutes de Madame Royale. La 
perte de ces intéressants ùocumenls s'explique, soit par la 
négligence des secrétaires de la duchesse, soit mieux encoie 
parles déplacements que les archives de la Cour de Savoie ont 
subis depuis le xvii'= siècle. Si une lettre du chevalier pai'venue 
à destination, ainsi qu'en témoigne la mention inscrite sur la 
pièce même parle secrétaire, se trouvait à Paris, en 1886, dans 
la riche collection d'un amateur d'autographes, on admettra 
facilement que d'autres papiers ou documents ayant la même 
origine ont pu, à la faveur de quelque désordre, s'égarer ou 
être soustraits. Cela permet d'espérer que d'heureux hasards en 
feront, tôt ou tard, découvrir d'autres. Quant aux originaux des 
missives de Madame Royale que M. et M""^ de Sévigné rece- 
vaient avec tant de fierté reconnaissante, on ignore ce qu'ils 
sont devenus. 

Les lettres originales du chevalier qui ont passé sous nos 
yeux aux Archives de Turin, au nombre de soixante-huit, sont 
écrites sur du papier de format petit in-4". L'écriture ressemble 
à la plupart de celles de ce temps ; elle serait assez facile à 



LVI INTRODUCTION. 

liic. n'cLaienl les noms propres souveuL eslropiés, les abrévia- 
lions et les incorrections dorlhographe : c'était d'ailleurs fort 
urdinaii'e à cette époque. On en pourra juger par une curieuse 
li'tlre du 1" décembre 10.51 qui est, à titre de spécimen, Ipx- 
tuellenient reproduite aux Appendices (n° XIII). Les trois 
seules lettres que nous ayons de]M""' de tSévigné et les minutes 
de ia ducliesse appellent les mêmes remarques. Ces textes, dans 
notre édition, sont ramenés à peu près à l'orthographe mo- 
derne. 

Sauf les deux premières lettres du chevalier, sa correspon- 
dance et celle de sa femme ne sont pas signées * ; on ne peut 
du reste s'y tromper, le secrétaire de Madame Royale ayant 
eu soin de mentionner de sa main presque toujours au-dessous 
de la dernière ligne ou au dos, avec le nom du correspondant, 
la date de la missive et quelquefois celle du jour de la récep- 
tion - ; une fois (7 juin 1652), il y a ajoute : « Advis de Parh » 
et une autre fois \i^ août 1654) : « Advis d'un amxj ». Sur 
cette dernière lettre, comme sur celle du '2h août 1648, 
Madame Royale a écrit elle-même: « Saint-Thomas. répondre^^K 
Sur celle du 16 août 1652 dans laquelle le chevalier lui annon- 
(viit la mort de « M. de Valois », jeune enfant du duc d'Orléans, 



1. Mentionnons toutefois une lettre datée « de ma solitude, 
13 juin IGôlj )i, souscrite de l'initiale S. 

2. On lit sur la lettre du 24 novembre 1651 : « J/'' le t7iev" de 
Souvigny » : mais celle du 1«'" décembre '1651, comme les sui- 
vaiUes, porte : « Marquis de Sévigné «.Le correspondant de Madame 
iloyale s'était plaint, dans cette lettre même, de ce que son nom, 
sur les adresses des lettres qu'il recevait d'elle, était écrit « Soa- 
vigng », au lieu de « Sévigné » : il y déclarait eu outre qu'eu 
France les chevaliers n'étaient pas mariés et que par conséquent 
ce titre ne lui appartenait pas. 

3. Ce nom rappelle qu'un marquis de Saint-Thomas était, en 
1G79, secrétaire d'État de l'autre Madame Royale, veuve de son 
iils. 



INTRODUCTION. LVU 

on Irouve d'dle quelques lignes autographes, en partie indé- 
chiffrables : « Pour ra/fairc de mon frcrc avec M avec le 

Courier à paris envoie à Mons'^ mon frère. » 

Un certain nombre de ces plis ont conservé la feuille blanche 
sur laquelle est inscrite l'adresse : « A ^Madame Royale. A 
Turin ». Il en est dont les cachets de cire et les lacs de soie qui 
assuraient la fermeture subsistent encore ; les empreintes varient, 
ainsi que les couleurs de la cire et des lacs. Sur deux lettres du 
chevalier des 1*"" et 8 décembre 1651, ce sont deux faisceaux 
de torches enflammées réunis par un entrelac et un nœud, et 
autour, celle légende : « Vi, {lamma, sic cita parcs ». symboli- 
sant ainsi l'intimité de son union ; sur d'autres, ce sont, soit 
des entrelacs, soit une couronne, soit une fois (6 avril 1654) 
deux sceaux reproduisant les armes des Sévigné : « Écartelé 
de sable et d'argent ». Sur deux lettres de M"" de Sévigné, on 
trouve des entrelacs surmontés d'une couronne de marquis. 

Avant de clore cette introduction, nous tenons à affirmer le 
souvenir reconnaissant que nous gardons de MM. les Archi- 
vistes de Turin : nous sommes heureux de pouvoir les remer- 
cier ici du gracieux empressement qu'ils ont mis, non seule- 
ment à nous communiquer les documents dont nous connais- 
sions l'existence, mais encore à rechercher pour nous dans 
leur riche dépôt toutes les autres pièces historiques ([ui pou- 
vaient les éclairer ou les compléter. Ils auront contribué pour 
leur part à l'intérêt que présentera cette publication. 



CORRESPONDANCE 

DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ 

ET DE CHRISTINE DE FRANCE 

DUCHESSE DE SAVOIE 



I. 



RE.\E-RE.\A1 D DE SEVIGNE A CHRISTINE DE FRANCE, 
DUCHESSE DE SAVOIE, DITE MADAME ROYALE. 

Du Camp de Gruniel \ le 25 août 1648. 

Madame Royale, 

Le respect que j'ai toujours eu pour Votre Altesse 
et la passion que j'ai pour ses intérêts m'obligent de 
lui témoigner le sensible déplaisir que j'ai de la perte 
qu'elle fait en la personne de M. le marquis Ville-. 
Votre Altesse Royale est si généreuse et si recon- 
noissante des services que l'on lui rend qu'il est 

1. Grumello, ville d'Italie, voisine de Crémone. 

2. Le marquis Guide Villa, lieutenant général de la cavalerie 
piémontaise, avait été tué d'un coup de canon sous les murs 
de Crémone le jour précédent. Une lettre du colonel Monti à 
la duchesse de Savoie du 25 août 1648, publiée par M. Cla- 
rctta, donne sur les circonstances de cet événement les détails 
les plus précis G. Claretta, Storia del regno e dei tempi di 
Carlo Einanuele II, duca di Savoia, I, 29). 

1 



2 CORRESPONDANCE 

inutile de lui parler du zèle qu'il avoit toujours eu 
pour Votre Altesse Royale et celui de Son Altesse 
Royale voire fils. Mon seul dessein aussi en ce ren- 
contre est d'assurer Votre Altesse Royale que je 
n'omettrai aucun soin pour la conservation de la 
cavalerie de Son Altesse Royale et que je rechercherai 
toute ma vie, avec une passion très ardente, les occa- 
sions de lui témoigner qu'il n'y a point d'homme au 
monde qui soit avec tant de zèle et de respect, 
Madame, de Votre Altesse Royale, très humble, très 
obéissant et très fidèle serviteur, 

Le Chev. de Se vigne. 

II. 

M. DE SE VIGNE A MADAxME ROYALE. 

A Paris, ce 21 septembre (1651), à cinq heures du soir. 

.l'ai appris avec une joie extraordinaire que Votre 
Altesse Royale avoit recouvré sa santé, que je souhaite 
passionnément qui lui continue un siècle très parfaite. 
J'ai informé très parliculièrement M. deSénantes' 
de tout ce qui se passe ici pour en rendre compte 

1. François de Havart, marquis de Sénantes, iîls cadet de 
Nicolas, seigneur de Sénanles, et de Madeleine de Sallun, avait 
d'abord été gentilhomme de la maison de Gaston d'Orléans ; il 
passa ensuite en Piémont, où il devint mestre de camp d'un 
régiment du duc de Savoie, maréchal de camp en 164G, puis 
lieutenant général et capitaine des gardes du corps de Madame 
Royale. Il avait un frère aine, Nicolas, mort colonel de cava- 
lerie et d'infanterie, qui était entré comme lui au service de 
Savoie [Mémoires du comte de Som'igny, publics pour la Société 
de l'Histoire de France par L. de Contenson, t. II, p. 6). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 3 

à Votre Altesse Royale, et je l'ai supplié de reee- 
voir les commandements de Votre Altesse Royale 
et de me les faire savoir, la pouvant assurer qu'elle 
n'en honorera personne qui soit avec tant de respect 
et avec tant de passion de Votre Altesse Royale, 
Madame, le très humble et très obéissant et très 
fidèle serviteur, 

RR. DE SÉVIGNÉ. 

m. 

MADAaiE ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

18 novembre 1651. 

Monsieur le chevalier de Souvegny. Je ne veux 
pas laisser partir cet ordinaire sans vous remercier 
de la peine que vous avez pris de m'écrire par celui 
qui est arrivé de France la semaine dernière. Ce soin 
obligeant que vous voulez avoir pour me complaire 
me confirme dans les particuliers sentiments d'estime 
et de gratitude que j'ai pour votre personne et fera 
que, dans toutes les rencontres, je tâcherai de vous 
témoigner que je suis bien véritablement, etc. 

IV. 

31. DE SÉVIGiVÉ A MADAME ROYALE. 

Paris, 24 novembre 1651. 

J'ai reçu la lettre dont il a plu à Votre Altesse 
Royale m'honorer du 9'"® du courant. Si M. l'Am- 



4 CORRESPONDANCE 

bassadeur' avoit été visible, j'aurois eu l'honneur 
de le voir dès aujourd'hui afin de recevoir plus par- 
ticulièrement les ordres que vous lui aviez envoyés. 
Je supplie très humblement Votre Altesse Royale de 
croire que j'ai pour elle tout le respect dont un 
homme est capable et une véritable inclination et 
si passionnée de lui rendre toute sorte de services 
et d'obéissances très humbles que je ne trouverai 
jamais rien de difficile lorsque je pourrai lui per- 
suader cette vérité. 

Je laisse à la relation imprimée de vous instruire 
de ce qui s'est passé au combat de Cognac ^ ; il n'y a 
rien de particulier qui n'y soit, fors que Monsieur 
le Prince faisoit l'enragé sur le bord de la rivière et 
que ceux qui étoient auprès de lui eurent mille peines 
de l'empêcher qu'il ne se jetât dans un bateau pour 
aller secourir ses gens. Cette déroute lui a fait un tort 
qui ne se peut concevoir ; mais ce sera bien pis à 
présent que toute l'armée du Roi a joint le comte 
d'Harcourt. 

M. le duc d'Orléans a toujours empêché que l'on 



1. L'abbé d'Aglié, ambassadeur de Savoie en France de 1651 
à 1655. 

2. Le combat de Cognac avait eu lieu le 15 novembre. Les 
troupes des Princes qui attaquaient la ville étaient campées 
sur les deux rives de la Charente. De fortes pluies ayant amené 
la rupture du pont qui joignait les deux rives, le comte d'Har- 
court en avait profité pour attaquer et tailler en pièces la partie 
de l'armée des Princes campée sur la rive droite. On publia 
alors une relation particulière de ce siège intitulée : Le véritable 
Journal de ce qui s'est passé pendant le siège de Coignac, et 
comme quoi il a été levé en présence de M. le Prince, le 15 
novembre 16oI- 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 5 

n'ait vérifié la déclaration contre Monsieur le Prince ' . 
Aujourd'hui il a fait un grand discours au Palais. Il 
a dit que c'étoit la Reine qui vouloit faire déclarer 
ce prince criminel, afin de le pousser dans la néces- 
sité de s'accommoder avec le cardinal Mazarin et 
qu'il savoit assurément que mondit seigneur le Prince 
prendroit ce parti si le Parlement le condamnoit, 
qu'il prieroit la Compagnie de lui donner quinze jours 
et qu'il promettoit d'accommoder l'affaire dans ce 
temps-là. Il a demandé aussi que l'on délibérât sur 
cette affaire avant que de délibérer sur la déclaration ; 
mais il a passé au contraire et a été arrêté que, mardi 
prochain, sans remise, l'on délibèreroit sur les deux 
choses à la fois. Je crois néanmoins que la chose ne 
se terminera pas encore ce jour là, une des créatures 
de Monsieur le Prince m'ayant dit qu'il avoit quelque 
pensée de présenter requête afin de récuser le Premier 
Président^, disantqu'il ne peut pas être juge puisqu'il 
a scellé la déclaration ; nous verrons si cette chicane 
réussira. 

Le bruit couroit que le cardinal Mazarin étoit 
près d'entrer en France ; mais cela est faux ; ce n'est 
pas qu'il n'en ait la pensée et que ses confidents ne 
le flattent pas de cette espérance. 

Je crois que vous avez su que la reine de Suède 

1. Une déclaration, datée de Bourges le 8 octobre, déclarait 
criminels de lèse-majesté les princes de Condé et de Conti, 
Madame la Princesse, la duchesse de Longueville, les ducs 
de Nemours et de La Rochefoucauld et tous ceux qui les assis- 
teraient si dans un mois ils ne reconnaissaient leurs fautes et 
ne rentraient dans leur devoir. 

2. Mathieu Mole, premier président depuis 1641 et garde 
des sceaux depuis le 3 avril 1651. 



6 CORRESPONDANCE 

avoit fait faire quelques propositions aux États de ce 
pays-là de se démettre de la royauté, mais que, voyant 
que l'on la vouloit prendre au mot au contraire de 
ce qu'elle s'étoit imaginé, elle s'en veut dédire. Un 
homme de ce pays là m'a dit aujourd'hui que les 
États ne le vouloient pas souffrir et qu'il pourroit 
bien y aA^oir guerre civile en ce pays-là. 

Le voyage du Roi en est un peu retardé ; ses bons 
serviteurs souhaitent qu'il ne revienne point qu'il 
n'ait mis ses ennemis à la raison. 



M. DE SEVÏGNE A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 1" décembre 1651. 

Il y a quelques jours que M. le duc d'Orléans avoit 
envoyé un de ses gentilshommes nommé Verde- 
ronne ^ à la Cour pour supplier le Roi de surseoir 
l'enregistrement de la déclaration contre Monsieur 
le Prince. Cette nuit, il est arrivé un courrier du Roi 
au maréchal de l'Hospital-, qui lui commande d'al- 

1. Charles de l'Aubespine, seigneur de Verderonne, maître 
des requêtes, avait été fait chancelier de Monsieur à la place 
de M. Le Coigneux en 1635. En 1650, il avait été envoyé par 
Monsieur auprès de l'archiduc d'Autriche, gouverneur des 
Pays-Bas, en vue d'entamer des négociations avec 1 Espagne, et 
en 1651 député en Espagne au sujet de la mise en liberté du 
duc de Guise [Mémoires de Nicolas Gaulas, I, 253 et III, 256; 
Lettres de Mazarin, IV, 261). 

2. François du Hallier, dit le maréchal de l'Hospital, créé 
maréchal de France en 1643, avait été nommé gouverneur de 
Paris en 1650. 



DU CHEVALIER DE SEVIGNE. 7 

1er au Parlement et de dire que Sa Majesté se plaint 
du délai que cette Compagnie a apporté en cette 
affaire, qu'il a amplement informé le sieur de Ver- 
deronne des raisons qu'il a pour ne pas accorder à 
son oncle ce qu'il lui demandoit sur ce sujet et qu'il 
en demeurera satisfait. 

Le sieur de Verderonne devoit aussi demander au 
Roi s'il trouveroit bien que M. de Chavigny ^ allât 
trouver Monsieur le Prince pour travailler à un accom- 
modement ; je ne sais point quelle réponse l'on lui 
aura faite ; il faut attendre son retour pour l'ap- 
prendre. Les politiques de ce pays ne croient pas 
que l'on l'accorde. 

M. le duc d'Orléans a été ce matin au Palais et a 
prié la Compagnie d'attendre le retour du sieur de 
Verderonne avant que de délibérer. L'on a donné 
jusques à demain ; mais, comme ledit sieur ne sera 
pas venu, je me persuade que la chose sera remise à la 
semaine prochaine. L'on m'a assuré que M. le duc 
d'Orléans ne fait pas toutes ses démarches par amitié 
qu'il ait pour Monsieur le Prince, ains au contraire 
qu'il le hait beaucoup, mais qu'il le craint encore 
plus et par-dessus tout il ne peut se résoudre de se fier 
à la Reine, disant qu'elle l'a trompé plusieurs fois. 
Votre Altesse Royale voit que je n'en suis pas de 
même et que j'ai une entière confiance en sa bonté, 
puisque je ne lui cache rien. Le zèle et la passion 

1. Léon Bouthillier, comte de Chavigny, né en 1608, secré- 
taire d'Etat en 1632, surintendant des finances en 1635 et 
ensuite ministre des Affaires étrangères. Il prit pendant la 
Fronde une part des plus actives aux négociations entre la 
Cour, le duc dOrléans et Condé et mourut le 11 octobre 1632. 



8 CORRESPONDANCE 

que j'ai de la servir m'oblis^eront à en user toujours 
ainsi. 

Le mauvais temps a empêché que notre armée 
n'ait encore pu joindre tout à fait M. le comte 
d'Harcourt. Ce sont les dernières nouvelles que j'aie 
eues de la Cour, et que le Roi ne partira pas d'où il 
est que Ton ne voie si Monsieur le Prince veut donner 
bataille ; on fera tous les efforts possibles pour l'y 
obliger. On me vient de dire qu'il marche pour 
secourir La Rochelle et M. d'Harcourt pour l'en 
empêcher ; il ne se faut pas trop arrêter à tous ces 
bruits. C'est trop parler de guerre. Quelques gazettes 
de Poitiers portent qu'il y a plusieurs galanteries à 
la Cour ; mais celle qui y fait plus d'éclat, c'est de 
M™" de Beauvais ^ , qui a un œil de verre et plus de 
soixante ans, avec M. de Yardes ~, fils de feu M"^ la 
comtesse de Moret ^ et un des plus beaux gentils- 

1. Catherine-Henriette Bellier, née vers 1615, avait épousé 
en 1634 Pierre de Beauvais, dit le baron de Beauvais, écuyer, 
lieutenant général de la Prévôté de iHôtel. Première femme 
de chambre de la reine Anne d'Autriche, elle a laissé une grande 
réputation de galanterie. D'après Saint-Simon et Primi Vis- 
conti, elle aurait eu le pucelage du jeune roi, ce qui expli- 
querait la faveur dont elle jouit toute sa vie à la Cour. M. de 
Sévigné la vieillit beaucoup, puisqu'en réalité elle n'était âgée 
au plus que de trente- six ans en décembre 1651, et non pas 
de soixante ; son dernier fils avait alors un peu moins d'un an. 

2. François-René du Bcc-Crespin, marquis de Vardes, maré- 
chal de camp en 1640, lieutenant général en 1654, gouverneur 
d'Aigues-Morles en 1060, disgracié en 1665 à la suite de la 
découverte du complot qu'il avait formé avec le comte de Guiche 
et la comtesse de Soissons pour perdre M"*^ de La Vallière, 
mort en 1688. 

3. Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, une des maî- 
tresses de Henri IV, avait épousé René du Bec-Crespin, mar- 
quis de Vardes. 



DU CHEVALIER DE SEVIGXE. V 

homme*; de son temps. La dame est première 
femme de chambre de la Reine et fort riche. 

L'on croit ici qu'il y a deux princesses qui veulent 
épouser le duc d'York : c'est M""" de Longueville et 
M""" de Chevreuse '.M. le Coadjuteur, (jui en peut 
savoir des nouvelles, m'a assuré que la dernière n'y 
pensoitpas : en effet ce seroit mieux le fait de l'autre, 
qui a des biens excessifs. J'ai été plusieurs fois chez 
M. l'abbé d'Aglié ; mais il a toujours été malade ; 
j'en ai eu beaucoup de déplaisir, puisque cela m'em- 
pêche de recevoir plus particulièrement les com- 
mandements de Votre Altesse Royale. Il faudroil 
qu'ils fussent bien difficiles à exécuter si je n'en 
viens pas à bout. 

Je supplie très humblement Votre Altesse Royale 
de dire à son secrétaire que les chevaliers en France 
ne sont pas mariés el que je suis marié et que je 
m'appelle Sévigné, au lieu de Souvigni\ c'est qu'il 
y a des personnes ici qui ont ce dernier nom, et 
ainsi il se pourroit faire des équivoques '. 

1. Suivant le témoignage de M''"^ de Montpensier, le projet 
du mariage du duc d'York avec M"'^ de Longueville fut agité 
en même temps que celui de son propre mariage avec le 
futur Charles II, et elle ne cache pas qu'elle se montra nette- 
ment opposée à ce projet [Mémoires de Mademoiselle de Mont- 
pensier, édit. Chéruel, I, 332). 

2. La confusion entre les mots de Sévigné ou de Sévigny et 
celui de Souvigny s'explique par le long séjour qu'avait fait en 
Italie un Français, Jean Gangnières. sieur de Souvigny, devenu 
lieutenant général des armées du roi. Il avait été lieutenant du 
roi à la citadelle de Turin après la prise de cette ville en 1640 
[Mémoires du comte de Souvigny, t. I, p. 1 et suiv.). — Les trois 
premières lettres de la duchesse de Savoie que nous reprodui- 
sons sont adressées à « Monsieur le chevalier de Souvegny ». 



10 CORRESPONDANCE 

Si la femme que j'ai épousée ^ avoit l'honneur d'être 
connue de Votre Altesse Royale, je crois qu'elle auroit 
quelque bonté pour elle. Le récit que je lui ai fait 
de vos grandes vertus lui a donné une si grande 
vénération pour Votre Altesse Royale qu'elle a une 
passion extraordinaire de lui rendre toutes sortes de 
très humbles obéissances et respects. S'il métoit 
permis d'en dire du bien, je l'assurerois qu'il y a peu 
de femmes en France qui aient l'esprit meilleur ni 
plus solide. 

VI. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

2 décembre 1651. 

Monsieur le chevalier de Souvegny. Les deux der- 
niers ordinaires m'ont rendu vos lettres et je me 
sens conviée à vous remercier de l'assiduité de vos 
soins qui sont autant de témoignages de votre affec- 
tion. Je vous prie de croire que j'en fais tout l'état 
qu'elle mérite et que ce me sera une particulière satis- 
faction quand j'aurai lieu de vous donner des 
marques de mon estime et de paroitre aussi vérita- 
blement que je suis, etc.. 

1. René-Renaud de Sévigné avait épousé, par contrat du 
20 décembre 1050 (Arcli. nat., Y 188, fol. 46), Elisabeth ou 
Isabelle Pena, lille de François Pena, médecin ordinaire du 
Roi ; elle était veuve de Marc Pioche de La Vergne, qu'elle avait 
épousé en février 1633 ; elle mourut à Angers le 2 février 
1656. Il en est parlé dansllnlroduction. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. W 

vn. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, le 8 décembre 1G51), 

Samedi dernier, M. le due d'Orléans étant allé 
au Parlement pour prolonger la vérification de la 
déclaration, il amusa le tapis jusques à ce que 
dix heures eussent sonné, et au même temps, il se 
leva avec tant de précipitation qu'il sortit sans 
saluer la Compagnie, ce qui la choqua si fort qu'a- 
près un grand murmure elle résolut que le lundi 
ensuivant l'on ne sortiroit plus sans achever la 
délibération K 

Le lundi, M. le duc d'Orléans envoya son cham- 
bellan au Parlement, qui dit que Monsieur ne pou- 
voit pas être juge de cette délibération, puisque le 
Roi l'avoit fait arbitre du mécontentement de Mon- 
sieur le Prince. L'on passa donc outre, et elle fut 
vérifiée au Parlement ; il n'y eut que trente-six 
voix pour Messieurs les Princes. L'on y ajouta que 
l'on ne pourroit pas achever leur procès qu'en pré- 
sence du Roi et dans le Parlement. Devant que l'assem- 

1. En présence des efforts des gens du Roi pour faire enre- 
gistrer la déclaration contre Monsieur le Prince, « M. d'Orléans, 
écrit Dubuisson-Aubenay, a demandé à voir les registres des 
années 1615 et 1616 pour voir comme tout s'était passé en 
l'affaire du prince de Condé, ce qui a consommé l'heure jus- 
qu'à dix, que M. d'Orléans étoit hors de sa place et se prome- 
noit par la chambre » 'Journal des guerres c/c^7es de Dubuisson- 
Aubenay, II, 135). 



12 CORRESPONDANCE 

blée se séparât, il fut résolu que demain l'on travaille- 
roit à la continuation du procès du cardinal Mazarin. 
La Cour même en a fait faire les propositions dans le 
Parlement par les gens du Roi afin d'ôter tout pré- 
texte aux partisans de Messieurs les Princes. Cela 
n'empêche pas néanmoins qu'ils ne fassent courir 
le bruit que force troupes qui se lèvent sur les 
commissions du Roi se font pour rétablir le cardinal 
Mazarin, et qu'il en fournit l'argent. Autant que j'ai 
pu pénétrer, l'on ne peut s'imaginer que la Reine le 
fasse revenir, et, si elle le fait, je la tiens bien mal con- 
seillée, vous pouvant assurer qu'elle se perdra sans 
ressource. Le monde croit qu'elle passera par des- 
sus toute considération et que jVL le Coadjuteur lui 
a promis de la servir pour rétablir cet homme ; 
mais je sais de lui-même qu'il ne lui a pas pro- 
mis ; ains au contraire, il lui a dit qu'elle se per- 
droit si elle le faisoit revenir à présent et qu'il le 
frondera plus que jamais. Il a seulement promis de 
faire son possible auprès de Monsieur pour adoucir 
son esprit et le faire consentir à lui donner une 
place de sûreté. 

Il a couru un bruit que Damvillers ^ étoit en 
l'obéissance du Roi ; mais cette nouvelle n'est pas 
confirmée. Elle portoit que les soldats avoient tué 

1. Damvillers, chef-lieu de canton de l'arr. de Montmédy 
(Meuse). A la date du 3 décembre, Dubuisson-Aubenay notait 
également le bruit suivant pour le démentir aussitôt après : 
« Avis que la garnison de Damvillers s'étoit, comme l'an passé, 
saisie du commandant et même Tavoit tué, puis crié : « Vive le 
Roi » et envoyé vers Sa Majesté. — Faux » [Journal des guerres 
civiles de Dubuisson-Aubenay, II, 136). 



DU CHEVALIEH DE SÉVIGNE. 1 •'> 

le souverneur. Présenlment les tours de La 
Rochelle sont toutes au Roi, les soldats de la der- 
nière ayant jeté leur capitaine dans la mer pour 
obtenir leur grâce K Les simples soldats montrent 
l'exemple aux officiers et ont une chaleur très grande 
pour le service de leur prince. L'on dit que Mon- 
sieur le Prince en est au désespoir, et cela le fait 
résoudre de combattre. Pour moi, je ne crois pas 
qu'il le fasse parce que je ne crois pas qu'il le doive. 
Néanmoins, les lettres de la Cour du 2 portent que 
M. le comte d'Harcourt a passé la Charente et que 
les deux armées sont en présence l'une de l'autre ; 
il sera difficile qu'elles se séparent sans combat. 

Après la politique et la guerre civile, l'amour ; 
Mademoiselle se divertissant souvent avec le roi et 
la reine dWngleterre, l'envie a pris à cette Majesté 
de se marier et en a fait faire quelques propositions 
à Mademoiselle, quiledit à Monsieur, lequel repartit 
qu'il ne pouvoit pas y consentir en l'état qu'étoit 
le roi d'Angleterre ; la Cour en a eu quelque petite 
alarme ^. 



1. La Rochelle était alors occupée au nom des Princes par 
Louis Foucault, comte du Daugnon, maréchal de France en 
1653, qui accablait les habitants d'impôts de toutes sortes. 
Le 27 novembre, Barthélémy de La Rochefoucauld, baron 
d'Estissac, à la tète de six cents gentilshommes du pays et des 
bourgeois de la ville, forçait la garnison à se retirer dans trois 
tours dont deux furent prises aussitôt, et la troisième un peu 
plus tard par le comte d'Harcourt (Chéruel, Histoire de France 
sous le ministère de Mazarin, I, 43-45). 

2. Mademoiselle parle longuement dans ses Mémoires de ce 
projet de mariage qui, mis en avant par Henriette de France 
et vivement souhaité par le jeune prince d'Angleterre, aurait 



14 CORRESPONDANCE 

L'on a été fort longtemps à déchiffrer quelque 
lettre de M™* de Longueville à la marquise de Sablé 
où l'on croyoit qu'il y eut de grandes machinations 
contre l'Etat ; mais enfin l'on a trouvé que cette 
princesse faisoit confidence à l'autre que M. de 
Nemours lui avoit fait une déclaration d'amour ' ; 
cela pourra diviser les chefs de ce parti. L'on m'a 
assuré que cette princesse et l'autre du même 
parti ayant fait faire à Bordeaux un magnifique théâtre 
pour y faire représenter des comédies, un desjurats 
avec le peuple l'ont mis en mille morceaux, disant 
qu'il falloit prier Dieu et non pas se réjouir. 

Le Roi étant au bal, le petit Monsieur en dansant 
s'embarrassa dans les jupes d'une dame, qui le firent 
tomber, dont la petite Beauvais ~, fille de la première 
femme de chambre, se prit à rire avec un si grand éclat 
que Monsieur, frère du Roi, lui donna un soufflet. Tx 
Roi a voulu qu'il ait eu le fouet, s'en étant fait une 
alHiire d'Élat. 

échoué devant la mauvaise volonté du duc d Orléans et les 
résistances de la Cour [Mémoires de Mademoiselle de Mont- 
pensier, édit. Chéruel, I, p. 324-333). 

1. C'est pendant le voyage qu'ils firent avec la princesse de 
Condé du Berry à Bordeaux en octobre 1651 qu'éclata la pas- 
sion du duc de Nemours pour M'"'^ de Longueville, bientôt 
suivie d'une rupture éclatante de la part de La Rochefoucauld. 
D'après V. Cousin, le désir de gagner à son frère un allié précieux 
et la satisfaction de triompher de M'^*= de Chàtillon, qu'elle n'ai- 
mait pas, furent les deux raisons qui inspirèrent dans cette cir- 
constance M™*" de Longueville (V. Cousin, Madame de Longue- 
ville pendant la Fronde, 86-89). 

2. M. de Sévigné a dtijà parlé plus haut (p. 8) des galan- 
teries de M"" de Beauvais. M'"^ de Beauvais dont il est ques- 
tion ici est sans doute la même qui devait épouser quelques 



DU CHEVALIER DE SÉVIONÉ. 15 

Un nommé Varin, maître de la Monnoie ', a\ant 
marié sa fille avec un boiteux fort riche contre sa 
volonté, elle s'est empoisonnée huit jours après ; 
elle a t'ait mille reproches à son père en mourant. 

M. de Nantouillet 2, celui qui a eu l'honneur 
d'être connu de Votre Altesse Royale, un moment 
après être couché, vit entrer dans sa chambre un 
sien ami intime, nommé ïupigny, qu'il y a long- 
temps qui est mort. Il vint s'asseoir sur son lit et 
lui dit : « N'aie point de peur ». Nantouillet lui dit : 
« J'en ai un peu ; mais je te prie, dis-moi où tu es, et 
ce qu'on fait en l'autre monde ». Il lui répondit : 

mois plus tard le marquis de Richelieu et pour laquelle, s'il 
faut en croire la Muse Instorique de Loret du 4 février 1652, 
sa mère ne rêvait alors rien moins que le glorieux emploi de 
demoiselle d'honneur de la Reine : 

Un des plus violents souhaits 

De dame Catau de Beauvais 

Seroit que sa charmante lîllc, 

Qui tout de bon est fort gentille, 

Parvint au glorieux bonheur 

D'être une des filles d'honneur ; 

Mais la chose n'est pas aisée, 

Car à cela s'est opposée 

Avec grande aigreur et iierté 

La cruelle communauté. 

1. « Varin, de la Monnoye » figure dans les rôles des taxes 
levées à Paris, en 1649, par ordre du Parlement pour l'arme- 
ment et l'entretien des troupes chargées de la défense de la 
ville et s'y trouve taxé à 2000 livres pour l'armement et à 
300 livres par mois pour l'entretien (Dubuisson-Aubenay, II, 
320). 

2. Il est sans doute le même que le marquis de Nantouillet 
qui fut tué au combat de la Porte Saint-Antoine, le 2 juillet 
1652, en combattant dans les troupes royales. 



16 CORRESPONDANCE 

« Cela m'est défendu ; mais je t'apparoîtrai encore 
deux fois, l'une pour le donner conseil dans une 
grande affaire qui l'arrivera, et l'autre deux jours 
avant que tu meures ». Après cela, il lui dit adieu. 
Nantouillet dit qu'il le vouloit embrasser et que 
l'autre lui dit : « Cela m'est défendu ». Au même 
temps, Nantouillet se lève, va trouver Senas, neveu 
de M. de Saint-André ' et lui conte la chose. Pour 
moi, je crois qu'il dormoit, ou que quelqu'un lui a 
voulu faire peur ; car ils trouvèrent une place où il 
disoit que son ami mort s'étoit assis. 

Les agents de Monsieur le Prince ont envoyé force 
canailles au logis de M. le Premier Président pour 
lui faire peur ; mais ce ferme vieillard fit ouvrir 
toutes ses portes, leur demandant ce qu'ils vouloienl. 
Sa hardiesse les étonna et les fit retirer ^. L'on a 



1. Charles de Gérente, marquis de Senas, qui mourut en 
1697 brigadier des armées, était fils de Justine du Puy-Mont- 
brun, sœur d'Alexandre, marquis de Saint-André, lieutenant- 
général de ÎSivernais en 1048, qui avait servi en Piémont, et 
qui devint par la suite généralissime des troupes de Venise. 

2. Une foule composée d'environ trois cents personnes de 
la lie du peuple s'était d'abord portée au Luxembourg, deman- 
dant la paix et la diminution des impôts. De là, elle se rendit 
à l'hôtel du Premier Président. Le maréchal de Schônberg, 
colonel-général des Suisses, fît fermer les portes de la cour ; 
mais le Premier Président, dit Dubuisson-Aubenay, « les fit 
ouvrir afin que de cette populace qui voudroient entrassent ; 
et lui se tint en une fonèlre, parlant à M. du Plessis-Gué- 
négaud, secrétaire d'État... et à d'autres sans s'émouvoir ». 
(Dubuisson-Aubenay, II, 137). « Toutes lesquelles choses, 
déclare Talon [Mémoires, p. 452), furent faites et exécutées 
par les amis de Monsieur le Prince ; mais ce fut du consente- 
raentdc M. le duc d'Orléans. » 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 17 

aussi tiré un coup de pistolet dans le cairosse du 
premier surintendant des finances K 

Il y a force gens à la Cour qui s'entremettent d'ac- 
commoder Monsieur le Prince ; mais je ne crois pas 
que la chose soit mûre. Je n'ai pu encore voir 
M. l'Ambassadeur, à cause de sa maladie. Je m'ima- 
gine qu'il envoie tous les imprimés à Votre x4.1tesse 
Royale ; ainsi je ne les envoie pas. 

La reine de Suède a mandé à Mademoiselle qu'elle 
vouloit venir voir la France, sans être connue, et 
qu'elle la prioit de lui donner la maison d'une de ses 
amies. Elle lui a destiné celle de M™® de Choisy, de 
Caen -, femme du chancelier de Monsieur. Si elle 
vient, nous aurons bien des rois et des reines à Paris. 

J'attends avec impatience les commandements de 
Votre Altesse Royale . 



1. Charles, marquis, puis duc de La Vieuville, ancien surin- 
tendant des finances, disgracié en 1623 et rétabli en sep- 
tembre 1651 dans cette charge qu'il exerça seul jusqu'à sa 
mort en 1653. 

2. Jeanne-Olympe Hurault de Belesbat, arrière-petite-fîlledu 
chancelier de l'Hospital, mariée à Jean de Choisy, chancelier 
du duc d'Orléans, mère de l'abbé de Choisy. M™^ de Choisy 
était une des femmes les plus intrigantes de son temps, entre- 
tenant des correspondances suivies avec la reine de Pologne, 
la reine Christine de Suède et la duchesse de Savoie. Dans 
le rôle des taxes imposées en 1649 par ordre du Parlement, 
M. de Choisy est taxé à 2000 livres Dubuisson-Aubenay, 
II, 321). On l'appelait de Caen parce que son mari avait été 
receveur général des finances à Caen et pour la distinguer des 
autres Choisy. L'hôtel dont il est question était situé rue des 
Poulies et fut pris en 1657 pour l'agrandissement du Louvre. 



18 CORRESPONDANCE 

vm. 

MADAiME ROYALE A M. DE SÉVIGAÉ 

9 décembre 1651 

Monsieur le chevalier de Souvegiiy. Je vous 
remercie du soin que vous avez pris de me donner 
de vos nouvelles par votre lettre du 24 du mois 
passé. Je vous prie de me les continuer souvent et 
d'être assuré que je conserve bien chèrement le 
souvenir de l'obligeante inclination que vous avez 
pour celle qui sera toujours avec une affection par- 
ticulière, etc.. 

IX. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, le 15 décembre 1651. 

.T'ai vu M. l'Ambassadeur qui m'a fait entendre les 
intentions de Votre Altesse Royale : je l'ai assuré 
que j'avois une passion très forte de servir la mai- 
son royale de Savoie et une inclination très forte 
pour la personne royale de Madame et que, si je 
n'en venois à bout, ce seroit faute de pouvoir ou 
de lumière, qu'il pouvoit remédier à ce dernier en 
me faisant connoître les intérêts de son maître afin 
que je lui pusse donner les avis que je pourrai 
découvrir lui être utiles. 

Il me parla de mon ami qui, m'étant venu voir le 
lendemain malin, m'assura qu'il mourroit plutôt que 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 19 

de manquer aux choses qu'il m'avoit promises sur 
le sujet de Votre Altesse Royale et que je n'en pou- 
vois trop dire : ce sont ses propres termes. Il ne 
reste donc rien plus pour ma satisfaction entière, 
sinon qu'il soit dans un poste où il ait plus de pou- 
voir, la pouvant assurer que je ne souhaite rien au 
monde avec tant d'ardeur que de lui donner des 
preuves certaines de mon zèle pour son très humble 
service, etc. 

L'on donna avant hier un arrêt contre le Mazarin, 
dont je ne vous parle point, étant certain que 
M. l'Ambassadeur l'aura envoyé, puisqu'il est impri- 
mé ^ Il y eut dans l'assemblée un conseiller pen- 
sionné de Monsieur le Prince qui, enragé de voir 
M. le Coadjuteur opiner si fortement contre le Car- 
dinal, voulut invectiver contre ledit sieur le Coadju- 
teur disant qu'il y avoit des gens d'église qui se ser- 
voient de mauvais moyens pour s'élever aux dignités, 
ce que ledit sieur ne pouvant souffrir, il l'inter- 
rompit contre les formes, ce qui obligea aussi ledit 
conseiller à le nommer aussi contre les formes en l'ac- 
cusant et l'autre en lui donnant des démentis dans 
les formes ~. Le bruit des enquêtes termina le diffé- 
rend, et l'arrêt fut donné, comme vous verrez. 

1. L'arrt't donné, déclare Dubuisson-Aubenay, suivant les 
conclusions des gens du Roi, tendait à députer vei's le Roi pour 
le prier de maintenir sa déclaration du 6 septembre précédent 
et empêcher le retour du cardinal Mazarin [Journal des guerres 
civiles de Dubuisson-Aubenay, II, 140). 

2. C'est le sieur de Fleury-Machault, conseiller aux Requêtes, 
qui, une première fois en termes généraux, mais pourtant très 
clairs, et une seconde fois nommément, dénonça l'ambition et 
les intrigues du Coadjuteur [Œuvres du cardinal de Retz, lY, 
59; Dubuisson-Aubenay, II, 139). 



20 CORRESPONDANCE 

Le dernier combat de Monsieur le Prince a beau- 
coup diminué la réputation de son parti et ses 
troupes aussi. Le château de Dijon s'est remis dans 
le service du Roi ^ ; mais la nouvelle de Damvillers 
est fausse. 

L'on continue quelques négociations avec Mon- 
sieur le Prince et l'on m'a assuré que M. de Gra- 
mont le va trouver. 

Le bruit court aussi que Saint-Germain Beaupré ^ 
traite pour son frère du Daugnon et que l'on parle 
de lui donner le bâton de maréchal de France pour 
ce dernier, et pour un de leurs frères l'évêché de 
Poitiers, vacant depuis quelques mois ^. Je vous prie 
toujours de faire différence des bruits qui courent 
et des choses que je vous mande d'autre manière. Je 
ne doute point que Votre Altesse Royale ne soit 
dans la curiosité où est toute la France de savoir si le 
Cardinal reviendra. Toute la cabale de Monsieur le 
Prince publie qu'il est déjà entré ; ce bruit étant 
avantageux pour leur parti, jugez ce que produiroit 
l'effet. La Reine souhaite son retour ; lui-même le 
désire avec passion et ses amis particuliers aussi ; 
mais, avec cela, je ne crois pas qu'elle ose le faire 
revenir, puisque au même temps toute la France se 
rangeroit du parti de Monsieur le Prince. J'ai de 

1. Le château de Dijon avait été repris par les troupes du 
Roi le 8 décembre. 

2. Henry Foucault, marquis de Saint-Germain-Beaupré, 
mestre de camp d'un régiment d'infanterie en 1644, maréchal 
de camp en 1649, mort en 1678. 

3. L'évêché de Poitiers resta vacant quelques mois encore : 
c'est Antoine, cardinal Barberini, qui y fut nommé. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 21 

mon opinion beaucoup de gens que l'on tient très 
savants dans les affaires présentes ; l'événement fera 
voir qui a mieux jugé. 

Je viens d'apprendre d'un homme qui sort d'avec 
moi que, la Cour ayant refusé à M. le duc d'Orléans 
que M. de Chavigny allât trouver Monsieur le Prince 
pour négocier, l'on lui avoit accordé le maréchal 
d'Estampes ^ En effet, Monsieur le fait partir 
demain matin ; il va droit trouver Monsieur le Prince 
sans passer à la Cour ; mais M. [de] Damville ^ y 
retourne, qui doit porter le duphcata des dépêches 
dudit maréchal. 

M. de Beaufort avoit envoyé un gentilhomme en 
Cour demander les prises qu'ont faites certains cheva- 
liers françois ; l'on les lui a refusées. 

Les États de Bretagne ont donné au Roi un mil- 
lion quatre cents mille livres ; le Roi a évoqué à sa 
personne les différends du Parlement et des États de 
cette province-là. 

La marquise de Cœuvres mourut hier ; c'étoit la 
femme du fils aine du maréchal d'Estrées qui a aussi 
pensé mourir ; mais il se porte mieux. 

1. Jacques d'Estampes, né en 1590, d'abord connu sous le 
nom de marquis de La Ferté-Imbault, enseigne des gendarmes 
de Monsieur en 1610, capitaine de sa compagnie des gendarmes 
en 1626, lieutenant général des armées en 1645, maréchal de 
France en 1651. 

2. François-Christophe de Lévis-Ventadour, après avoir 
servi dans la plupart des opérations contre les protestants sous 
Louis XIII, avait été nommé premier écuyer du duc d'Orléans 
en 1640, maréchal de camp en 1646 et créé duc de Damville 
et pair de France en 1648. 



22 CORRESPONDANCE 

X. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE 

Ce 15 décembre (1651), à 9 heures du soir. 

Un de mes amis sort de chez moi, qui m'a dit 
savoir de très bonne part que le Cardinal a si for- 
tement écrit à la Reine que l'on la trahissoit sur son 
sujet et que ses meilleurs amis le fourboient aussi 
sur le sujet de son retour, et qu'il la supplioit de 
trouver bon qu'il se rendît auprès d'elle, et que tout 
son monde étoit prêt. Cet ami m'a ajouté qu'il 
eroyoit qu'elle y avoit consenti ^ et qu'ainsi il ne fai- 
soit nul doute que le Cardinal n'entrât en France au 
premier jour ; que même un de ses amis l'avoit 
assuré que le rendez-vous des troupes que le Cardi- 
nal a levées, tant François qu'Allemands, avoientleur 
rendez-vous^, que le Prince Palatin doit comman- 

1. Dès le 2 décembre, Millet écrivait à Mazarin, par ordre 
d'Anne d'Autriche : « La Reine... veut que vous veniez. » 
(Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, I, 
73.) D'autre part, le cardinal Mazarin écrivait de Dinant au 
maréchal du Plessis, le 11 décembre : « Il est tout à fait 
nécessaire que le Roy m'escrive une lettre contresignée par 
un secrétaire d'Estat par laquelle il m'ordonne que, sans autre 
réplique, je me rende auprès de sa personne et luy mène les 
troupes que j'auray mises sur pied... Si laReyne prend la peine 
de parler comme il faut à M. de 'Brienne, il fera sans doute la 
lettre de bonne grâce... » [Lettres de Mazarin, IV, 534.) 

2. Les mots avaient leur rendez-vous, sur 1 original, sont 
écrits à une autre page ; c'est une fin de phrase que M. de 
Sévigné croyait avoir commencée à la page précédente où une 
autre phrase commencée n'est pas finie. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 23 

der cette armée. Le même homme dit qu'auprès du 
Cardinal il y a déjà une grosse cour. Pour moi, je 
persiste en mon opinion, à cause des grands maux 
que je sais qui en arriveront. J'ai pourtant cru à 
propos d'en donner avis à Votre Altesse Royale et 
que M. Le Tellier va faire la charge. Ma femme qui 
revient delà ville me le vient de dire. 

XL 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE 
22 décembre 1651. 

Depuis le dernier ordinaire nous avons appris 
qu'il n'y avoit rien de si véritable que le Cardinal 
Mazarin avoit pris toutes les mesures pour revenir 
en France ; mais celles qu'il avoit prises pour cela 
ne lui ayant pas toutes réussi, son retour, grâce à 
Dieu, est un peu retardé. Je souhaite avec tous les 
bons François que ce soit pour toujours. 

Les troupes qu'il eroyoit avoir des ducs de T^une- 
bourget de Mecklembourg lui ont toutes manqué par 
les intrigues des Espagnols, et les françoisesquel'on 
lève pour lui ont grand peine à sortir du néant. 
Entre temps cela, le maréchal de l'Hospital a mandé 
à la Reine que si elle faisoit revenir le Mazarin, qu'elle 
verroit Paris et le Parlement tout en feu. Le garde 
des sceaux, quiavoitété mandéavec tout le Conseil, a 
supplié la Reine de considérer combien le Parlement 
troublera Paris et donnera lieu aux ennemis de Sa 
Majesté d'y semer la révolte, surtout si elle avoit la 
pensée de faire revenir le Mazarin, et qu'il ne parti- 



24 CORRESPO>DANCE 

roit point que par un second commandement M. le 
Coadjuteur,qui est venu céans ce matin, m'a juré 
qu'il avoit écrit à la Reine de proprio pugno ^ que 
ceux qui lui donnoient le conseil de faire revenir cet 
homme, non seulement éloient ennemis de l'État, 
mais encore plus de Sa Majesté et que la puissance 
du Roi ne lui pouvoit pas garantir qu'elle ne pérît 
avec lui ; enfin, il m'a dit que ce qu'il avoit fait pen- 
dant la guerre de Paris n'étoit rien auprès de ce qu'il 
feroit si le Cardinal revenoit. Il ne fait nul doute 
que Monsieur le Prince ne consente à ce retour et 
ne soit d'accord avec la Cour -. 

Tous les gouverneurs des provinces ont tous 
mandé les mêmes choses, et avec tout cela l'on croit 
que la Reine veut le retour et que cet homme veut 
revenir. S'il le fait, comme j'en veux douter jusques 
à ce que je le voie, c'est le plus méchant homme de 
la nature, puisqu'il veut ruiner le plus florissant 
royaume du monde, sans se faire aucun bien. M. le 

1. De proprio pugno, de sa propre main. 

2. Dans ses leUres à l'abbé Charrier, où, suivant la remarque 
de Chantelauze, se trahissent fidèlement ses pensées les plus 
intimes, le Coadjuteur exprime à plusieurs reprises la fâcheuse 
impression que lui cause ce retour de Mazarin et, suivant le 
sentiment de M. de Scvigné, en tire des conclusions sur une 
prétendue entente entre le Cardinal et le parti des Princes : 
« Sans ce maudit retour du cardinal Mazarin, écrit-il le 
18 décembre 1651, Monsieur le Prince étoit confondu ; il ne le 
sera peut-être pas moins, étant d'accord avec lui »; et le 
ô janvier suivant : « A l'égard de Monsieur le Prince, il étoit 
perdu sans réserve si ce maudit homme n'eiit pas entrepris de 
revenir, et c'est ce qui fait croire à beaucoup qu'il faut néces- 
sairement qu'il v ait quelque réunion entre les Princes et le 
Mazarin. » [Œuvres du cardinal de Retz, VIII, 1\-12.) 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 25 

Garde des sceaux a dit qu'il remettioil les sceaux, 
si cela étoit. 

M. le maréchal d'Estampes est allé à la Cour, contre 
ce que je vous avois mandé par ma dernière, et 
même porte ordre dans ses instructions de revenir 
si le Roi n'accorde ce que M. le duc d'Orléans 
demande, qui est que la Reine ôte d'auprès d'elle 
ceux qui lui persuadent de faire revenir le cardi- 
nal Mazarin, et que, si elle lui veut promettre 
de ne le point rappeler, qu'il obligera Monsieur le 
Prince de s'accommoder dans un mois, ou sinon 
qu'il s'engage de se déclarer son ennemi. 

Voilà la vraie face des affaires présentes, à quoi 
j'ajouterai que M. le duc d'Orléans court fortune de 
se voir trompé pai* Monsieur le Prince. Mais, si cela 
est, M. le Coadjuteur est résolu de n'abandonner 
jamais mondit sieur le duc d'Orléans, lequel a juré 
de faire tout ce qui se peut faire contre cet ennemi 
public. J'oubliois de vous dire que M™* de Lon- 
gueville a fort négocié avec cet homme et que Mon- 
sieur son frère fait semblant de n'en rien savoir. 

L'on dit que le Roi ayant écrit au cardinal Maza- 
rin et que, demandant l'avis du maréchal de Villeroy, 
il lui demanda si la chose étoit faite. Sa Majesté dit 
qu'oui, mais que c'étoit la Reine qui Tavoit voulu. 
Le maréchal lui repartit qu'il ne lui vouloit rien 
dire, mais qu'il supplioit Sa Majesté d'en parler à 
M. de Châteauneuf et que, le Roi l'ayant fait, ce 
vieillard lui dit : « Sire, en rappelant cet homme. 
Votre Majesté met sa couronne en danger ^ ». Je ne 

1. Châteauneuf s'opposait auprès de la Reine au retour pré- 
maturé de Mazarin sous prétexte que ce retour fortifierait le 



26 CORRESPONDANCE 

VOUS donne pas cela pour certain, mais bien que le 
Roi a été informé de la haine publique envers le Car- 
dinal. La Reine n'en est pas contente, non plus que 
du procédé de M. de Châteauneuf qui, à ce qu'on 
dit, quittera si l'autre vient. 

Je suis ravi de faire quelque chose qui soit 
agréable à Votre Altesse Royale. Je puis assurer que 
je continuerai jusqu'au dernier soupir de mon 
cœur. 

xn. 

M. DE SÉVIGNÉ A INLADAME ROYALE. 

A Paris, ce 29 décembre 1651. 

Par ma dernière, je vous ai mandé que M. le 
maréchal d'Estampes étoit allé à la Cour et les choses 
qu'il y devoit demander et aussi que M. le duc [de] 
Damville le précéderoit de quelques jours pour 
pressentir les sentiments de la Reine. Il a fait 
réponse à M. le duc d'Orléans qu'il lui avoit été 
impossible d'empêcher le retour du cardinal Maza- 
rin, mais qu'il supplioit Son Altesse Royale décon- 
sidérer qu'il ne falloit pas pour cela que le Roi ni 
l'État en pâtît, et le Cardinal est à Sedan, s'il n'est 
plus avant dans le royaume. 

Vous voyez, à mon grand regret, que ce n'est pas 

parti de Condé et jetterait dans les bras de celui-ci les parle- 
ments et la plus grande partie des anciens Frondeurs. D'après 
des déclarations postérieures du duc d'Orléans à Le Tellier, 
Viileroy était sur ce point d'accord avec Châteauneuf. iChéruel, 
Histoire de France sous le ministère de Mazarin, I, 69-71.) 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 27 

là le chemin de la paix. Aujourd'hui on a fulminé 
au Parlement contre ce retour avec toute la violence 
que l'on se peut imaginer de gens aussi animés 
qu'ils sont. Comme c'est une chose publique, je ne 
la manderois pas à Votre Altesse Royale sans qu'il 
y a toujours quelques particularités que tout le 
monde ne sait pas ' . 11 y a plusieurs chefs dans l'ar- 
rêté de la Compagnie. Le premier est que demain 
il partiroit un président et deux conseillers du Par- 
lement pour aller faire des plaintes à Sa Majesté de 
l'infraction de la déclaration qu'il avoit lui-même 
fait vérifier le jour qu'il avoit été déclaré majeur, lui 
remontrer les désordres du royaume et la perte très 
infaillible de son État, s'il suivoit plus longtemps 
les pernicieux conseils que l'onlui donnoit, et entre 
autres sur le retour du cardinal Mazarin ; que lesdits 
députés ne s'adresseront qu'au Roi ; 

En second lieu que défenses seroient faites à aucun 
officier ni membre du Parlement de sortir de Paris, 
sur peine de privation de leur charge, sous quelque 
prétexte que ce soit ; 

Que le Cardinal étoit criminel et sa tête mise à 
prix pour la somme de cent cinquante mille livres qui 
seroient pris sur sa bibliothèque, et, [ au cas] où elle 
ne suffiroitpas, que l'on saisiroit tous les autres effets 
dudit Cardinal, et, s'ils ne suffisoient pas encore, sur 

1. On trouve l'exposé de cette séance ainsi que l'arrêt du 
Parlement dans la brochure suivante : « Relation de ce qui s est 
passé au Parlement, toutes les Chambres assemblées, le ven- 
dredi 29 décembre 165i, ensemble l'arrêt contre le cardinal 
Mazarin et ses adhérents » (Paris, Imp. V Guillemot, 1651, 
in-4»^ 



28 CORRESPONDANCE 

les biens les plus clairs de ceux qui suivroient le- 
dit cardinal Mazarin ; commandement à tous les 
peuples de prêter main forte aux gens de guerre 
pour s'opposer aux passages des rivières, rompre 
les ponts pour empêcher l'entrée de cet homme ; 
que, si c'est un criminel qui tue ledit Cardinal, il 
sera absous de tous les autres crimes et ne lairra pas 
d'avoir l'argent, non plus qu'un étranger, bella 
botta ^ pour un INapolitain; 

Que M. le duc d'Orléans se serviroil de toute 
l'autorité royale et la sienne afin de s'opposer à la 
susdite entrée, et pour cet effet qu'il étoit sup- 
plié d'y employer tous ses serviteurs et amis ; que 
l'on donnera tous les arrêts nécessaires pour le loge- 
ment de ses troupes ; qu'il les logeroit aux lieux les 
plus à propos pour la sûreté de Paris, et bref que 
l'on autoriseroit toutes les actions de Son Altesse 
Royale qui concerneront la sûreté publique et la cause 
commune ; 

Que l'on écriroit à tous les parlements du royaume, 
et que l'on leur envoieroit copie dudit arrêt et qu'on 
les prieroit de s'unir avec celui-ci contre l'ennemi 
public. 

Voilà, Madame, tous les points que j'ai pu remar- 
quer ; si, dans l'imprimé, l'on y change quelques 
mots, cela se pourra bien, mais non pas du sens. 
Votre Altesse Royale pardonnera à un homme qui 
n'est pas du Palais. 

J'ai fort entretenu M. le Coadjuteur et je puis vous 
assurer que tout ce que j'ai mandé à Votre Altesse 

r 

1. Bella botta ^ beau coup. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 29 

Royale sur ce sujet est très vrai, qui est qu'il sera 
toujours ennemi de M. le cardinal Mazarin tant qu'il 
sera en France, qu'il sera toujours serviteur de 
M. le duc d'Orléans et inséparable de ses intérêts, et 
je sais que Son Altesse l'aime autant qu'il ait jamais 
fait. M'"" de Chevreuse a quitté Paris et n'y revien- 
dra pas. Cela la convainc d'être mazarine ; cela 
est cause aussi que beaucoup de gens ont soup- 
çonné que M. le Coadjuteur étoit dans les mêmes 
sentiments car il étoit accusé d'être amoureux de 
la fille ; mais ils se trompent pour le premier, et 
même ils se sont séparés assez mal, du moins il me 
l'a dit ^ et qu'il étoit assez malheureux poui' être 
abandonné de ses meilleurs amis parce qu'ils 
avoient leur compte ; néanmoins qu'il sera ferme 



1. D'après Guy Joly (t. I, p. 285 et 286), le refroidissement 
qui s'était produit dans les relations du Coadjuteur et de la 
duchesse de Chevreuse tenait à deux causes principales : la 
duchesse accusait le Coadjuteur de se laisser trop influencer 
par la Princesse Palatine, alors que de son côté le Coadjuteur 
reprochait à la duchesse de Chevreuse d'avoir fait de l'abbé 
Foucquet son principal agent à la Cour. Quant à M"® de 
Chevreuse, son intimité avec le Coadjuteur était alors connue 
de tous. Lorsqu'elle mourut presque subitement quelques mois 
plus tard, « le cardinal de Retz, dit Joly, reçut cette nouvelle 
avec tant d'indifférence que cela fit de la peine à ceux qui 
savoient la manière dont il avoit vécu avec elle ». — « M"* de 
Chevreuse, a écrit le cardinal de Retz dans ses Mémoires, 
n'avait que de la beauté, de laquelle on se rassasie quand elle 
n'est pas accompagnée. Elle n'avoit de l'esprit que pour celui 
qu'elle aimoit, mais, comme elle n'aimoit jamais longtemps, l'on 
ne trouvoit pas aussi longtemps qu'elle eut de l'esprit. » Le car- 
dinal lui reproche encore de l'avoir abandonné pour l'abbé 
Foucquet [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 226-230). 



30 CORRESPONDANCE 

jusqu'au bout ; qu'il est au désespoir que la Reine 
ne l'eût pas voulu croire ; qu'il l'avoit avertie cent 
fois du malheur qui lui arriveroit si elle faisoit reve- 
nir cet homme. Dieu veuille que le malheur ne tombe 
pas sur les innocents ! 

Nous avons mille fois souhaité ledit sieur et moi 
que la bonne Reine ressemblât à Votre Altesse 
Royale. Pour moi, j'en donnerois une main et m'es- 
timerois encore trop heureux de pouvoir respirer 
sous la plus aimable princesse de l'Europe. J'espère 
de sa bonté qu'elle me pardonnera la liberté qu'a 
pris ma femme de lui écrire : elle est si charmée de 
l'honneur que Votre Altesse Royale lui a fait qu'il 
est impossible de la tenir. Pour moi. toutes les 
grâces que vous nous faites ne nous surprennent 
point, connoissant les grandes qualités dont le ciel 
a pour\Ti si abondamment Votre Altesse Royale. Je 
la supplie encore très humblement qu elle ail la 
bonté de ne faire voir mes lettres qu'à ceux à qui 
elle se fie tout à fait à cause des particularités. 

Je viens de voir une lettre que M. de Châteauneuf 
fait écrire à un de ses amis intimes et lui mande 
les mêmes termes. Je ne puis répondre à votre der- 
nière à cause que j'ai été saigné deux fois pour une 
défluxion que j'ai; j'ai un peu d'émotion ; mais j'es- 
père que les remèdes empêcheront la fièvre de 
venir ; je souhaiterois que l'État ne fût pas plus 
malade. 

Nous sommes ici dans la plus grande consternation 
du monde, et il ajoute ' que hors ^TM. de Mercœur 2, 

1. M. de Châteauneuf, dont il est question dans le passage 
précédent. 

2. Louis, duc de Mercœur puis de Vtndôme, petit-fils de 



t)U CHEVALIER DE SÉVIGN'É. 31 

de Miolans ', Vardes -, l'amant de l'œil de verre ^ et 
un serviteur particulier de Votre Altesse Royale^, que 
tout ce qui est auprès du Roi a la mort peinte sur le 
visage. Enfin tous les véritables François et qui 
aiment plus le Roi que leur intérêt ont le poignard 
dans le sein de cette affaire et j'enrage que le dernier 
que j'ai nommé soit accusé d'être un des auteurs de 
ce conseil. Comme je sais que Votre Altesse Royale 
aime fort Monsieur son frère, je crois qu'elle ne me 
blâmera pas de le servir dans ce rencontre. Je quit- 
terois la France avec joie si je pouvois employer ma 
vie pour témoigner à Votre Altesse Royale le respect 
et la passion que j'ai pour sa personne. 



xni. 

MADAME ROYALE A. M. DE SÉVIGNÉ 

30 décembre 1651. 

Monsieur le marc[uis de Sévigné. J'ai reçu avec une 
singulière satisfaction votre lettre du 8 de ce mois. 

Henri IV, avait épousé l'année précédente LaureMancini, nièce 
de Mazarin, et était tout dévoué aux intérêts du Cardinal. 

1. Henri Mitte, comte de Miolans, fils du marquis de Saint- 
Chamond; il mourut en 1665. 

2. Le 1'^'' décembre 1651, Mazarin écrivait de Dinant au 
maréchal d'Hocquincourt que le marquis de Vardes lui avait 
offert de faire une bonne et prompte levée pour compléter son 
régiment [Lettres de Mazarin, IV, 526). 

3. Madame de Beauvais qui était « borgnesse », dit Saint- 
Simon. Voyez ci-dessus, p. 8. 

4. Il s'agit sans doute ici du prince Thomas de Savoie. Maza- 
rin écrivait à son sujet à Millet le 20 novembre 1651 : « M. le 



32 CORRESPONDANCE 

Elle contient diverses particularités qui, mêlant le 
sérieux avec le divertissement, la rende[nt] plus 
agréable, quoique je vous puisse assurer que tout ce 
qui vient de votre part est reçu de moi avec une 
égale estime qui prend son prix de celle que je fais 
de votre mérite. Je vous prie d'en être persuadé et 
que je suis aussi véritablement qu'on peut être, etc.. 



XIV. 

MADAME ROYALE A M-"" DE SÉVIGNÉ * 

6 janvier lô52. 

Madame la marquise de Sévigné, H n'y a point 
d'apparence que ce qui est si puissamment uni puisse 
souffrir aucune division et que des esprits bien faits 
comme le vôtre et celui de M. le marquis de Sévigné 
soient susceptibles d'une passion qui n'est pas légi- 
time ; l'envie n'aura donc point de force auprès de 
vous, et moi, partageant mon affection entre de[uxl 
d'une si parfaite intelligence, je prétends de joindre 
davantage vos volontés dans le commun désir que 
vous aurez de m'aimer également. Ce sera une 

prince Thomas a son bon sens, et, comme il est entièrement 
attaché à la Rcyne et autant mon amy qu'il ne l'est point de 
M. le Prince, je crois que Sa Majesté luy doit témoigner toute 
confiance et faire cas de ses conseils » [Lettres de Mazarin, 
IV, 515) . 

1. Les lettres de M'"'^ de Sévigné auxquelles a répondu 
Madame Royale par les lettres des 6 et 13 janvier 1652, 
18 janvier et 8 février 1653 que nous reproduisons, n'ont pas 
été retrouvées aux Archives de Turin. 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 33 

louable émulation et qui me conviera toujours davan- 
tage de mon côté à la sincère et véritable correspon- 
dance que vous devez attendre de celle qui estime 
parfaitement votre mérite et qui est, Madame, 
votre, etc. 



XV. 

M. DE SÉVIGiNÉ A MADAME ROYALE 
12 janvier 1652. 

Je suis très glorieux de pouvoir faire quelque chose 
qui soit agréable à Votre Altesse Royale ; je lui obéis 
avec joie, puisque c'est avec une inclination très 
forte, et je le fais avec toute sûreté, puisqu'il n'y a 
point dans l'Europe de princesse si généreuse qu'elle. 

Votre Altesse Royale me commande de lui dire 
mes sentiments ; je ne me sens pas assez fort pour 
les séparer du corps de ma lettre ; mais elle verra 
dans les nouvelles que je lui écrirai de mon chef 
sans mettre : l'on dit. Je souhaiterois être mieux 
informé afin de pouvoir mieux satisfaire sa curiosité, 
n'ayant pas de plus grande satisfaction que de lui 
pouvoir plaire. Et, afin de ne la point faire attendre 
les choses les plus importantes, je les mettrai les 
premières . 

La Reine, ayant une passion très grande de faire 
revenir en France le cardinal Mazarin, a cru ne le 
pouvoir mieux faire que dans le temps que tout y 
éloil dans la dernière confusion et dans le dernier 
désordre, croyant que cela ne pouvoil pas empirer 

3 



34 c;oRKESPO^■DA^•CE 

son marché, en quoi sans doute elle se trompe bien 
fort. 

Avant que de prendre les dernières résolutions 
sur ce sujet, elle envoya ici un nommé Bart€t * 
prendre les avis de M™* de Che\Teuse et de M, le 
Coadjuteur.La première lui dit que la Reine ne devoit 
encore penser à ce retour et que les choses n étoient 
pas encore en cet état. 

Le dernier lui parla bien plus fortement et repré- 
senta tous les inconvénients qui en arriveroient, et 
les avantages qu'elle avoit déjà emportés sur Mon- 
sieur le Prince et ceux qu'elle étoit prête de rem- 
porter. Toutes ces raisons ne satisfirent point la Reine 
et elle s'emporta fort contre eux, et, quoique la pre- 
mière eût promis de servir pourtant toujours Sa 
Majesté, elle ne laissa de dire que c'étoit une traî- 
tresse, et c'est ce qui a obligé cette dame de reve- 
nir à Paris ; néanmoins je crois qu'elle garde tou- 
jours quelque mesure avec la Cour, le sieur de 
Laigues ^, son favori, à qui elle a fait donner la 
charge de capitaine des gardes de Monsieur, frère du 
Roi, y étant allé depuis que le Cardinal est en France. 
Je crois même que M. le Coadjuteur n'est pas tout 
à fait brouillé avec la Reine ; toutefois, sans préju- 
dice de l'attachement qu'il a pour M. le duc d'Or- 

1. Isaac Bartet était 1 un des agents les plus fidèles et les 
plus intelligents de Mazai'in. Le Coadjuteur, dans ses Mémoires, 
ne fait aucune mention de cette démarche de Bartet auprès de 
lui. 

2. Geoffroy, marquis de Laigues, capitaine des gardes du 
duc d'Orléans. Il était en relations suivies avec le cardinal de 
Retz qui parle souvent de lui dans ses Mémoires. — Voir ci- 
après la lettre du 15 novembre 1652. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 35 

léans, pour lequel il choquera toute la terre, et en 
effet, il y est obligé, puisque Son Altesse Royale n'a 
jamais voulu l'abandonner, quelque instance qu'en 
ait faite Monsieur le Prince et tous ses serviteurs 
qui sont ennemis dudit, je crois que ce dernier sera 
bientôt raccommodé avec M. de Beaufort, M. le duc 
d'Orléans le voulant ainsi. Il veut aussi que ce pré- 
lat se raccommode avec Monsieur le Prince ; mais il 
a fait voir à Son Altesse Royale que ce ne pouvoit être 
une réconciliation entière, mais qu'il ne lairroit pas 
de s'unir contre l'ennemi commun ; voilà après quoi 
je crois que l'on travaille. Monsieur le Prince a écrit 
à Monsieur qu'il croyoit que Son Altesse Royale sera 
présentement persuadée qu'il avoit toujours eu rai- 
son de dire que le cardinal Mazarin vouloit revenir. 
C'est une marque que Monsieur n'étoit pas tout à 
fait dans ses sentiments et qu'ainsi la Reine a eu 
tort de leur donner un sujet légitime de s'unir plus 
fortement ; néanmoins, mon opinion est que Mon- 
sieur le Prince s'accommodera avec la Cour et que 
M. le duc d'Orléans en sera trompé. 

Le détail de ce qui s'étoit fait au Parlement vous 
pourra faire conjecturer assez clairement le reste de 
l'état des choses, tant générales que particulières. 

Hier, les chambres s'assemblèrent sur une requête 
qu'un clerc présenta contre un conseiller nommé 
Portail \ disant qu'il avoit fait friponnerie en la vente 

1. Paul Poi'tail, reçu conseiller au Parlement de Paris le 3 
mars 1623. Le conseiller Portail, auteur à^V Histoire du temps, 
du Discours sur la députation du Parlement à Monsieur le 
prince de Condé, de la Défense du Coadjuteur, fut un des meil- 
leurs libellistes de la Fronde [Œuvres du cardinal de Retz, 
II, 559-502, III, 330;. 



:16 CORRESPONDANCE 

des livres du cardinal Mazarin. Il fut dit que la requête 
seroit communiquée aux gens du Roi, afin défaire le 
procès à ce coquin qui avoiteu l'efFronterie d'accuser 
un de ces Messieurs. Outre cela, on cria fort contre 
un conseiller de la Grand'Chambre, disant qu'il avoit 
poussé ce coquin à présenter cette requête pour 
empêcher la vente de la bibliothèque, et il fut ordonné 
que, si aujourd'hui midi l on n'en trouvoit trente mille 
écus, l'on la vendroit en détail, ce qui s'exécute, et 
j'y ai été après dîner pour en avoir d'italiens et 
espagnols ^ M. le duc d'Orléans se plaignit aussi 
que l'on publioit une lettre que l'on disoit être du 
cardinal Mazarin à lui et qu'elle n'étoit point con- 
forme à celle qu'il en avoit reçue ; il fut arrêté que 
défenses seroient faites à tous colporteurs, sus peine 
du fouet, de plus rien vendre sous ce nom. 

Comme on finissoit cette délibération, il entra un 
gentilhomme de Monsieur le Prince, nommé de 

1. Le dimanche, 7 janvier, les commissaires pour la vente de 
la bibliothèque de Mazarin s'étant réunis, Gabriel Xaudé, le 
bibliothécaire, « les harangua, déclare Dubuisson-Aubenay, leur 
disant s'il étoit raisonnable qu'eux, gens de lettres, ruinassent 
en trois jours un trésor des lettres amassé par dix-sept ans 
avec tant de soins et de dépenses... » Cependant, dès le len- 
demain, on en vendit pour 1500 livres ; le 9, le sieur Gilbert 
Vialet, trésorier général de France à Moulins, présenta requête 
pour être reçu à acheter la bibliothèque en bloc; le 11, le 
même Vialet porta plainte de ce que M. Portail, conseiller 
aux Enquêtes et l'un des commissaires, lavait la veille « traité 
de Mazarin et mis sa personne en danger du peuple ». La vente 
continua pendant tout le mois de janvier, étant, écrit Naudc 
<' une désolation la plus étrange et la plus horrible que Ton ait 
jamais vue » [Journal des Guerres civiles de Dubuisson-Aube- 
nay, II, 148-119; Chéruel, Histoire de France sous le ministère 
de Mazarin,}, 101-103 . 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 37 

Sale * ; on le fit asseoir et couvrir ; puis il donna une 
[lettre] dudit prince pour la Compagnie, par laquelle 
il l'assuroit des mêmes choses dont il avoit assuré 
Alonsieur, qui est de s'employer lui et ses troupes et 
tous ses biens contre l'ennemi de l'État, et de plus 
qu'il les prioit de prendre créance à ce que diroit ce 
gentilhomme de sa part. Il lui fut dit d'exposer sa 
créance, ce qu'il fit par écrit, ayant eu peur de l'ou- 
Mier. L'on l'a lue, et il y avoit de plus que dans la 
lettre que l'entrée du Cardinal justifioit assez ses 
actions et qu'il les supplioit de lui faire justice sur 
une requête que l'auteur présenteroit de sa part, les 
fins de laquelle sont qu'il les supplie de surseoir les 
poursuites que l'on doit faire contre lui après le mois 
passé, attendu qu'il étoit prêt de se mettre dans son 
devoir, lorsque le Cardinal sera hors de France, qui 
est son ennemi. Il dit, dans le narré de sa requête, 
que la venue de cet homme justifie assez son procédé. 
Comme l'on vouloit opiner, un capitaine d'infan- 
terie du régiment de Languedoc, qui esta Son Altesse 
Royale, entra dans l'assemblée, qui dit qu'il étoit 
en garnison dans Pont-sur-Yonne, qu'ayant été 
averti que le cardinal Mazarin venoitpour y passer, 
il avoit rompu le pont et s'étoit mis en défense 
avec sa compagnie pour l'en empêcher, mais que les 
habitants ayant eu peur d'être pillés, ils s'étoient 

1. Gel officier est également appelé de Sales par Orner Talon 
et La Sale par Guy Joly. Le Coadjuleur rapporte qu'ayant 
demandé à M. Talon pourquoi le Parlement avait consenti à 
entendre cet envoyé de Monsieur le Prince, il lui fut répondu : 
« Nous ne savons plus tous ce que nous faisons; nous sommes 
hors des grandes règles » [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 74). 



38 CORRESPONDANCE 

mis contre lui et forcé de se rendre ^ ; que l'on l'avoit 
mené au maréchal d'Hocquincourl, qui commandoit 
ce corps-là ; qu'il y avoit vu MM. de Navailles, Bar, 
Quincé et deux autres lieutenants généraux-; qu'il 
V avoit \ai un conseiller du Parlement prisonnier, 
nommé Bitault ^, qui lui avoit donné charge de dire à 
la Clompagnie qu'allant pour exécuter les arrêts de la 
Compagnie avec son camarade Coudray-Geinier^, 

1. Le cardinal Mazarin, bien reçu par Fabert a Sedan le 
24 décembre, avait continué sa marche pour rejoindre la Cour; 
le 2 janvier 1652 il passait près de Reiras ; il était le 3 à Eper- 
nay, le 6 et le 7 à Arcis-sur-Aube, le 8 à Mérv-sur-Seine et le 
9 à Pont-sur-Yonne où les conseillers Bitault et Géniers du 
Coudray, députés par le Parlement et aidés de quelques troupes 
du duc d'Orléans, essayèrent vainement de l'arrêter. Le pre- 
mier fut fait prisonnier et le second réussit à s'enfuir. D'après 
les Mémoires de 3/"^ de Montpensier, le capitaine qui apporta 
cette nouvelle au Parlement s'appelait Morangé. ÎN ayant avec 
lui que cent mousquetaires de Languedoc pour défendre le 
passage de l'Yonne, il aurait résisté longtemps et « fait en cette 
rencontre une très belle action » (Mémoires de 3/"*^ de Mont- 
pensier, I, 334'. 

2. Philippe de.Montault, plus tard duc de Navailles et maré- 
chal de France, était alors gouverneur de Bapaume, et Guy de 
Bar, gouverneur de Doullens. Le cardinal de Mazarin avait en 
outre auprès de lui, .loachim de Quincé, lieutenant général, 
François-Marie, comte de Broglie, gouverneur de LaBassée, et 
Jean de Schulemberg, comte de Mondejeu, gouverneur 
d'Arras. 

3. François Bitault, reçu conseiller au Parlement de Paris 
le 24 mars 1623. Lors de la rentrée du Roi à Paris en octobre 
1652, il fut du nombre des conseillers exceptés de la déclara- 
tion d'amnistie et condamnés à quitter la capitale dans un délai 
de trois jours. 

4. Jacques Géniers du Coudray, reçu conseiller au Parle- 
ment de Paris au mois d'avril 1639, était conseiller en la pre- 
mière Chambre des Enquêtes. Contrairement à ce qu'annonce 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 39 

beau-frère de celui qui est nommé pour ambassadeur 
en Piémont, ils avoient été attaqués, lui pris et l'autre 
que l'on ne savoit s'il étoit mort. Nous avons su qu'il 
s'est sauvé. Cela causa grande rumeur, empéclia que 
l'on ne pût achever la délibération de la requête. 
Cela a été bien ce malin : l'on a accordé tout d'une 
voix les fins de la requête de Monsieur le Prince et 
l'on a dit que l'on recevra la déposition du capitaine 
pour ensuite poursuivre ceux qu'il nommeroit se 
trouver avec le cardinal Mazarin. Il faisoit état d'aller 
à Gien ou à La Charité; mais il a su que Monsieur 
y avoit mis deux régiments ; ainsi l'on m'a assuré 
qu'il va à Saumur. 

Les dernières nouvelles de Poitiers portent que le 
garde des sceaux y est arrivé, qu'il est mal à la Cour 
pour n'avoir pas voulu sceller la justification du 
Cardinal. Il n'y a rien de plus certain que tout le 
monde y enrage contre le retour du cardinal Mazarin, 
prévoyant bien que c'est la ruine de l'État et des par- 
ticuliers. Avec cela, il n'y en a pas un qui ne sacrifie, 
comme un coquin, et l'un et l'autre pour ses intérêts 
particuliers. Je n'envoie point à Votre Altesse Royale 
les copies de toutes les lettres dont je lui parle, car 
elles sont publiques. Je crois n'avoir rien oublié de 
ce qui vous peut faire connoître la face de nos affaires. 
Avec tout cela, je crois que le mal ne sera pas si grand 
que la menace, si du moins l'opinion des illuminés 

ici M. de Sévigné, aucun ambassadeur ne fut envoyé à Turin 
en 1652, Ennemond Servien, ancien président de la Chambre 
des Comptes de Dauphiné, lequel n'avait aucun lien de parenté 
avec le conseiller Géniers du Coudray, ayant été seul ambassa- 
deur de France à Turin de 1648 à 1676. 



40 CORRESPONDANCE 

arrive que le Cardinal ne peut s'établir et qu'il s'en 
ira ou périra. Ainsi soit-il. 

Je crois que M. de Beaufort commandera les troupes 
de Mgr le duc d'Orléans, s'il veut, sinon ce Sera 
le maréchal d'Estampes. 

L'on m'a assuré que Na vailles a des lettres de duc, 
que M. le Premier Président quittoit les sceaux, que 
l'on les donnoit à M. Le Tellier et la charge de celui- 
ci à Champlâtreux, fils du Premier ; mais,jusquesici, 
c'est favola. 

Le Cardinal n'a avec lui que de la cavalerie et des 
dragons. 



MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 
13 janvier 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, je nesaurois assez 
me louer de votre diligence et de votre affection. 
J'ai reçu les deux lettres que vous avez pris la peine 
de m'écrire cette semaine et l'autre. Je crois que 
comme les conjonctures présentes vous fourniront 
plus de matière de me faire savoir de vos nouvelles, 
qu'aussi ne perdrez-vous l'occasion de me faire part 
de ce qui sera plus curieux. Je vous en prie derechef 
instamment et de croire que je suis et serai toujours 
véritablement, etc.. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 44 

XVII. 

MADAME ROYALE A M-»* DE SÉVIGNÉ. 
13 janvier 1652. 

Madame la marquise de Sévigné, les marques de 
votre affection que j'ai lues dans la lettre que vous 
avez pris la peine de m'éerire me la rendent si chère 
que je ne vois rien qui puisse approcher de son prix 
que celle de M. le marquis de Sévigné : aussi 
vous puis-je assurer que, quand cette étroite liaison 
que je remarque entre vous ne se rencontreroit pas 
partout ailleurs comme elle est, je la trouverois tou- 
jours égale dans le rang que vous tenez tous deux 
en mon estime et du désir que j'ai de vous faire con- 
noître que je suis, etc.... 

xvm. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, le 19 janvier 1652. 

Je crois savoir aussi bien la vérité des choses que 
les autres; néanmoins j'avoue que, parmi tant de 
différents intérêts, il est difficile de discerner les 
bonnes nouvelles de celles qui ne le sont pas. Le 
bruit qui court nous annonce très souvent les choses 
qui arrivent ; mais le plus souvent aussi il est menteur ; 



42 CORRESPO>'DANCE 

c'est pourquoi il se peut faire que Votre Altesse 
Royale aura appris les nouvelles que je lui écrirai 
par d'autres que par moi. 

Comme, par exemple, il y a déjà longtemps que 
l'on croit que M. de Longueville se soit offert à M. le 
duc d'Orléans, et néanmoins il y a très peu qu'il l'a 
fait : je le tiens d'un fort bon auteur. L'on dit aussi 
que Priolo est à la Cour ^ , qui traite pour lui. MM. les 
ducs et pairs s'assemblent tous les jours pour fronder 
la principauté de MM. de Bouillon que le Roi leur 
veut donner, et même les maréchaux des logis de Sa 
Majesté ont ordre de mettre sur les logis qu'ils leur 
marqueront comme ils font aux autres princes-. M. le 
duc d'Orléans avoit envoyé un trompette au maréchal 
d'Hocquincourt pour lui demander le conseiller qu'il 
a pris prisonnier ; mais, ne l'ayant pas voulu rendre, 
le Parlement s'assembla mardi et résolut que l'on 
sommeroit encore une fois M. d'Hocquincoui'l de le 
rendre, à faute de quoi lui et sa postérité en demeu- 
reroient responsables. 

Si l'on vous mande que M. le duc d'Orléans ait 
signé aucun traité avec Monsieur le Prince, ne le 
croyez pas ; quand cela sera, je crois que je le saurai 



1. Benjamin Priolo, secrétaire du duc de Longueville. Maza- 
rin écrivait à SI. de Lionne dès le 6 juin 1G51 : u II faut que la 
Reyne caresse tous les grands et les unisse... et qu'Elle tasche, 
se prévalant de la mauvaise satisfaction que Ion dict que M. de 
Longueville a de M. le Prince, de l'engager à Elle. Je croy 
qu Elle l'y trouvera disposé et Prioleau pourra servir utile- 
ment en cecy » [Lettres de Mazai'in, IV, 244]. 

2. C'est-à-dire ce qu'on appelait le pour : voyez les Mémoires 
de Saint-Simon, éd. Boislisle, V, 357. 



DL CHEV.VLIEK DE SÉ VIGNE. 43 

des premiers ' . Le sieur de Gaucourt ^ est ici qui né- 
gocie puissamment pour cela. Jusques à présent, nous 
ne voyons encore rien, si ce n est une très grande 
animosité contre le retour du Clardinal et une très 
forte résolution de s'opposer de toute sa force à son 
rétablissement. 

M. de Ruvisfnv '^ arriva mercredi au soir en cette 
ville et parla hier au matin de la part du Roi à M. le 
duc d'Orléans et lui dit les mêmes mots que Sa 
Majesté lui avoit commandé de lui dire, qu'il n'avoit 
pas pu refuser au cardinal Alazarin la permission de 
se venir justifier et de lui amener un secours con- 
sidérable ; qu'il lui auroit plus tôt donné avis de la 
résolution qu'il avoit prise de le laisser revenir en 
France sans qu'il savoit l)ien qu'il s'y opposeroit ; 
mais, puisque c'étoit une chose faite, qu'il le prioit 

1. C'est le duc d'Orléans qui prit l'initiative des négociations 
avec Condé, ainsi qu'en témoigne un mémoire adressé à celui- 
ci par M. de Fontrailles et daté de Pons le 10 janvier 1652 
[Histoire des princes de Condé par le duc d'Aumale, VI, 506). 
C'est le 24 janvier 1652 que le traité entre le duc d'Orléans et 
Condé fut définitivement conclu par Joseph de Gaucourt, au 
nom du premier, et par le comte de Fiesque pour Condé. Les 
deux princes s'engageaient k ne déposer les armes qu'après 
l'expulsion de Mazarin et à convoquer les Etats-Généraux. 

2. Joseph-Charles, dit le comte de Gaucourt, mort en 1684. 
« Ce M. de Gaucourt, écrit le cardinal de Retz, estoit hommede 
grande naissance, car il estoit de la maison de ces puissants et 
anciens comtes de Clermont en Beauvoisis, si fameux dans nos 
histoires. Il avoit de lesprit et du savoir-faire, mais il s'estoit 
trop érigé en négociateur » [Souvenii's du règne de Louis XIV 
par le comte de Cosnac, II, 23). 

3. Henri de Massue, sieur de Ruvigny, marquis de Bonne- 
val, né en 1610, lieutenant-général en 1652 ; il fut délégué 
général des synodes protestants. 



44 CORRESPONDANCE 

d'envoyer ses troupes dans les quartiers d'hiver qui 
leur étoient destinés, et que s'il en avoit levé de nou- 
velles, qu'il vouloit qu'on les cassât. Cette dernière 
clause l'a si fort choqué qu'il lui a lépondu sur le 
champ que, sans le respect qu'il portoit à la lettre du 
Roi, il lui auroit témoigné trouver mauvais qu'il se 
fût voulu charger de lui faire un discours aussi imper- 
tinent que celui qu'il lui avoit fait. Ruvigny lui a 
reparti qu'il n'avoit recherché cette commission et 
que, s'il eût pu, il s'en fût excusé ; sur quoi. Monsieur 
ajouta : «La Reine veut perdre le Roi, son fils, en lui 
faisant perdre son Etat ; mais, après le Roi et Monsieur 
son frère, il n'y a personne qui ait si grand intérêt 
que moi qui suis son oncle ; c'est pourquoi je veux 
lui dire que je m'opposerai de toute ma puissance et 
que j'y périrai avec tous mes amis ou je l'en empê- 
cherai. » 

Tous les serviteurs trouvent que la Reine a eu tort 
de faire faire à Monsieur un discours si sec, et ils 
croyoient qu'ils dévoient nouer une négociation. 

M. de Nemours' est arrivé sur le midi chez M. le 
duc d'Orléans : il a été poursuivi par les troupes du 
Mazarin entre-ci et Briare, et, pour s'en sauver, il a 
été contraint d'en passer le canal. Je ne sais pas 
encore le sujet de son voyage ; mais je crois que c'est 

1. Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, ne en 1624, 
avait épousé en 1643 Elisabeth de Vendôme, sœur du duc de 
Beaufort. Il arriva à Paris le 19 janvier au soir, se reridanl en 
Flandre pour prendre le commandement des troupes que les 
Espagnols donnaient à Condé. Le Coadjuteur explique longue- 
ment les craintes que ce voyage causait au duc d'Orléans, lequel 
redoutait que ces troupes fortifiassent trop Monsieur le Prince 
[Œuvres du cardinal de Retz, IV, 77-85). 



DU CHEVALIER DE SEVIGNE. -l.> 

pour tâcher de i'aiie signer Monsieur. La dernière 
union avec M. le Premier est pour ajuster les autres 
traités de la ligue. 

Ruvigny, à son arrivée, a fait courre le bruit que 
cinq ou six des meilleurs régiments de Monsieur le 
Prince auroient été défaits ; mais l'on n'en sait rien. 
Les députés du Parlement furent fort bien reçus de 
Leurs Majestés. Le Roi leur dit que le Cardinal ne 
venoit pas pour se mêler d'affaires, mais seulement 
pour se justifier. L'on les a renvoyés fort sèchement, 
et l'on m'a assuré qu'ils revinrent fort mal satisfaits. 

Pour M. le garde des sceaux, il a calé la voile et 
a donné les mains au retour du cardinal Mazarin. 
C'est ce que vous en devez croire. Le bourgeois en 
fait un plaisant conte que la Reine lui ayant assuré 
que M. le Cardinal ne revenoit pas à la Cour pour se 
mêler d'affaires, il lui avoit répondu en levant les 
deux mains en haut, comme c'est sa coutume : « Hé ! 
Madame, hé ! qu'en voulez-vous donc faire ? » Se 
non è ifero, etc. 

C'est très grand dommage que cet homme ait fait 
cette bassesse : il étoit illustre sans cela ; mais il faut 
qu'il dise ce que dit Adam : « Seigneur, c'est le fils 
que tu m'as donné ». Car c'est la passion du Premier 
Président de faire la fortune de ses enfants ' . Je ne 

1. La tendresse de Mathieu Mole pour ses enfants était pro- 
verbiale. Loret la notait quelques semaines plus tard à l'occa- 
sion de la mort de son fils, l'évêque de Baveux : 
Ce père, tout blanc de vieillesse, 
Ayant toujours de la tendresse 
Pour tous les enfants qu'il a faits 
Ouoy qu'ils soient honnestement laids, 

(Loret, Muze historique^ I, 230). 



46 CORRESPONDANCE 

la trouve pas aussi excusable que celle de plaire à 
une femme. 

M. de Chavigny ^ est si bien avec M. le due d'Or- 
léans que l'on croit qu'il débusquera M. le Coadju- 
teur ; pour moi, je ne le crois pas. L'on dit que le 
Cardinal lui a offert [le poste] de secrétaire d'État de 
la guerre et la survivance pour son fils, et qu'il a 
refusé. 

M. de Châteauneuf ne quittera la Cour, non plus 
la Cour que le Garde des sceaux : sacro santo inté- 
resse"- gouverne tout le monde. 

Si Votre Altesse Royale veut que je lui fasse une 
briève réflexion, je la conjure de ne la point laisser sur 
la table d'argent de son cabinet rond sur laquelle j'ai 
eu l'honneur d'y lire maintes relations ; à cette con- 
dition, je commencerai par nommer tous les acteurs 
de la comédie, qui sont le Roi, la Reine, le Cardinal. 
M. le duc d'Orléans, Monsieur le Prince et ses 
adhérents, M. le Coadjuteur et AP^ de Chevreuse, 
M. de Beaufort et M"'^ de Montbazon. Le Roi fera 
tout ce que la Reine voudra, la Reine fera tout ce 
que le Cardinal voudra, et le Cardinal, pour s'établir, 
donnera à M. le duc d'Orléans, pour le gagner, le 
Roi à une de ses filles et tout le royaume à Monsieur 
le Prince. 



1. Léon Bouthillier, comte de Chavigiu , avait toujours exercé 
une grande influence sur l'esprit du duc d'Orléans et sur celui 
de Condé. Mazarin écrivait à labbé Fouoquet le 6 avril : « M. de 
Chavigny, avec ses adhérens, gagne pays furieusement, et, 
avec l'assistance de Monsieur le Prince, viendra à bout de tout » 
[Lettres de Mazarin, V, 72). 

2. Sacro santo interesse, l'intérêt sacro-saint. 



DU CHEVALIER DE SEVIGNE. 4/ 

Le premier ne s'y fiera pas par son humeur el 
pai'ce que sa fille n'est pas en âge nubile, et qu'ainsi 
il passeroit pour dupe et qu'il meurt de peur de la 
prison. 

Le second ne s'y fiera pas pour aller à la Cour se 
faire arrêter comme la première fois. Je ne fais nul 
doute néanmoins que, si l'on lui fait son compte 
assez avantageux pour qu'il soit en état de se 
défendre contre le Roi, toutes les fois qu'il voudra 
lui diminuer sa puissance, je crois, dis-je, qu'il s'ac- 
commodera et fera connoître à M. le duc d'Orléans 
qu'il n'a pu faire autrement. 

Pour le troisième, comme il est assuré que Monsieur 
le Prince ne lui pardonnera jamais V je doute qu'il 
se puisse réconcilier avec lui, puisque celui-ci croi- 
roit que l'autre ne le feroit que pour ne plus savoir 
quel parti prendre ; et ainsi il ne feroit nulle diffi- 
culté de le tromper et de le perdre, tellement que 
je crois que, s'il peut faire en sorte que M. le duc 
d'Orléans ne signe point de ligue offensive et défen- 
sive avec Monsieur le Prince, qu'il ne le fasse. De 
plus, je crois qu'il n'est pas mal à la Cour, mais 
non pas avec le Cardinal. Pour M""^ de Chevreuse, 
elle a vu Son Éminence en Picardie ; peu de gens le 
savent. Pour M. de Beaufort, il est fort intéressé 
pour la dame ; aussi elle lui fera faire ce que bon 

L L'inimitié du Coadjuteur et de Condé était alors au plus 
haut point. Celui-ci écrivait à Machault le 4 janvier : « Pour le 
Coadjuteur, il faut le décrier auprès de Monsieur, ...le décrier 
dans le Parlement et dans le peuple et tesmoigner à Monsieur 
que je ne le puis souffrir » [Histoire des princes de Condé, par 
le duc d'Aumale, VI, 505). , 



48 CORRESPONDANCE 

lui semblera. Voilà la face du théâtre, vous en juge- 
rez mieux que moi. 

Cependant Mademoiselle ne laisse pas que de 
jouer tous les soirs au eolin-maillart avec le roi 
d'Angleterre * : dernièrement quelqu'un disoit à 
cette Majesté qu'il commençoit à bien parler Fran- 
çois ; il répondit qu'il ne falloit point s'en étonner, 
puisqu'il avoit un maître et une maîtresse Françoise. 
Néanmoins, la demoiselle n'y pense plus : elle a 
d'autres pensées plus solides. Comme il n'est pas 
ordinaire aux grandes princesses de bien écrire, je 
vous envoie un manifeste qu'elle a fait sur ce que 
M™" de Fouquesolles - Taccusoit de lui avoir manqué 
d'amitié, après lui avoir promis de l'aimer toujours. 

1. Loret écrivait le 14 janvier : 

Au logis de Mademoizelle 
La compagnie est toujours bell»- 
Le monarque anglais, chaque jour, 
Y fait le mieux qu'il peut sa cour 
...Et tous les soirs presque on y joue 
A ce jeu plaisant et gaillard 
Qu'on appelle colin-maillard. 

2. Jeanne Lambert d'Herbigny, marquise de Fouquesolles, 
avec qui Mademoiselle avait été extrêmement liée et dont celle- 
ci a cité le nom plus d'une fois dans ses Mémoires. En 16.')2, 
leur liaison datait dune dizaine d'années, et Mademoiselle 
semblait alors très refroidie à son égard. Elle a écrit sa vie, 
probablement pour expliquer ce refroidissement, et c'est peut- 
être cela que M. de Sévigné appelle un manifeste ; il en 
existe une copie dans les manuscrits de Conrart (t. XII, 1375. 
Biblioth. de l'Arsenal). Surnommée la « trésorière des 
pauvres », M""® de Fouquesolles fut condamnée par contumace 
à une prison perpétuelle en 1667, pour s'être approprié près 
de sept cent mille livres qu'elle avait été chargée de distribuer 
en aumônes. — V. Mémoires de M^^^ de Montpensier, I, 55 et 
II, 33; Historiettes de Tallemant des Héanv, IV, 421. 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 49 

Il ne faut pourtant pas s'étonner si Mademoiselle 
a tant d'esprit, puisqu'elle est nièce de Votre x\llesse 
Royale qui est le plus grand génie que nous ayons 
dans l'Europe. .Te pense que je n'ai rien oublié et 
qu'elle aura sujet de contenter sa curiosité. 



XIX. 

MA.DAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

20 janvier 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, les nouvelles 
dont vous me faites part sont toujours des plus 
curieuses et des plus véritables et dont je fais le 
plus d'état, non seulement pour cette considéra- 
tion, mais pour la singulière estime que je fais de 
votre mérite et de votre affection qui paraît au soin 
que vous prenez de me les continuer. Je vous 
remercie de tout cœur et suis de même, etc.. 

XX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE 

Le 25 janvier 1652. 

Je mandai par ma dernière à Votre Altesse Royale 
que je ne croyois pas que Monsieur le Prince eût été 
battu ; il est vrai que cette nouvelle étoit venue si à 
propos qu'il y avoit grande apparence qu'elle étoit 
inventée. Néanmoins, elle ne l'est pas comme vous 
verrez par la relation ; je ne voudrois pas répondre 



50 CORRESPONDANCE 

qu'elle ne fût un peu amplifiée; mais il est toujours 
certain que Monsieur le Prince s'est retiré sur la 
Dordogne et même Ton dit jusques à Bordeaux*. 

S'il n'a pas tant perdu de monde que la Cour 
publie, l'artifice est inutile, puisque cela n'a pas 
empêché le Parlement de donner aujourd'hui un 
arrêt aussi vigoureux contre le cardinal Mazarin, 
comme si Monsieur le Prince eût été victorieux. Il 
est imprimé, aussi bien que la relation dont je vous 
parle ; mais je ne les envoie pas à Votre Altesse 
Royale parce que je crois que M. l'Ambassadeur le 
fait. 

M. le cardinal Mazarin avoit écrit une lettre à 
j^jme fl' Aiguillon -, avec défense qu'elle fût vue de 
M. le duc d'Orléans, par laquelle il disoit n'avoir 
d'autre dessein que de se justifier, et puis se retirer 
où il plairoil au Roi lui commander ; elle l'a mon- 
trée ; il en eut de la joie ; mais la harangue de Ruvi- 
gny a tout gâté. 

1. Condé avait été battu par le comte dHarcourt à Saint- 
André-de-Cubzac sur la Dordogne, le 16 janvier 1652, et forcé 
de repasser la rivière. 

2. Marie-Madeleine de V igncrod, dame de Combalet, duchesse 
d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, avait été, comme 
nous l'avons indiqué, la pi'incipale protectrice de M. et M™* de 
La Vergne et la man*aine de la future comtesse de La Fayette. 
M. de Sévigné la mentionnera encore plus d'une fois soit à 
l'occasion de ses négociations avec Condé et Chavigny, soit au 
sujet du mariage du marquis de Richelieu, son neveu, avec 
M"^ de Beauvais. A cette date, elle n'inspirait encore à la 
Cour qu'une confiance très limitée et Mazarin écrivait à Tabbé 
Foucquet, le 11 janvier : « J'appréhende bien que le crédit de 
Chavigny, assisté de M°*^ d'Aiguillon et de Fontrailles, ne pré- 
vaillc auprès de S. A. R. et qu'on ne la porte à faire la aer- 
nière liaison avec M. le Prince » \^Le tires de Mazarin, V, 4-5). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGMi. 51 

M. de Chavigny a eu une lettre de cachet qui lui 
commande de se rendre auprès du Roi ; mais il s'est 
excusé sur l'extrémité de maladie où est son père ; 
c'est plutôt le peu de sûreté qu'il y avoit pour lui 
qui l'empêche d'obéir. L'on dit que c'est le Coadju- 
teur qui lui a fait donner cette lettre ; toutefois, je 
sais que cela n'est pas. 

Le 26. 

Monsieur le Duc avoit envoyé deux gentilshommes 
à M. de Longueville pour le convier de signer la 
ligue ' ; sa réponse a été qu'il demandoit deux jours 
pour s'y résoudre et qu'au préalable M. d'Orléans 
eût signé, ce qui fut fait la nuit du jeudi en la forme 
qui s'ensuit : que Monsieur le Prince promet de 
s'unir inséparablement avec Son Altesse Royale 
pour chasser le Cardinal hors du Royaume, qu'il 
promet aussi de se rendre en son devoir aussitôt 
que ledit Mazarin sera ou mort ou chassé, et qu'il 
renonce à tout intérêt particulier de quelque nature 
qu'il puisse être ; moyennant quoi, mondit sieur 
duc d'Orléans s'oblige de ne point abandonner mon- 
dit sieur le Prince, renonçant toutefois de se servir 

1. Le même bruit se trouve mentionné par Loret dans sa 
Gazette du 11 février : 

On dit partout en cette ville 
Que Monseigneur de Longueville 
Est par Gaston sollicité 
De se ranger de son côté ; 
Que pour l'avoir de sa cabale, 
Sa susdite Altesse Royale 
Dépêche vers lui plusieurs gens... 



52 CORRESPONDANCE 

ni d'Espagnols, ni d'aucun autre ennemi de la France 
pour venir à bout du dessein qu'il a de chasser le 
Cardinal, s'engageant l'un et l'autre de ne se point 
accommoder avec la Cour que cela ne soit et sans 
leur commun consentement. 

M. le Coadjuteur, nonobstant tout cela, est fort 
bien avec Monsieur \ vous assurant que celui-ci n'a 
rien fait sans sa participation, comme vous pouvez 
voir par la modification dudit traité. Il n'est pas du 
tout accommodé avec Monsieur le Prince, et ainsi il 
ne paraît point dans ces traités ; mais il est attaché, 
comme je vous ai déjà mandé, avec Son Altesse 
Royale, lequel l'aime d'autant plus qu'il voit toute la 
cabale du prince déchaînée contre lui, mondit sei- 
gneur connaissant bien que c'est le seul homme qui 
soit à lui. L'on vous aura peut-être mandé que M. de 
Chavigny gagnoit l'esprit de Son Altesse Royale au 
préjudice du Coadjuteur ; mais cela n'est pas. Son 
Altesse le croyant fourbe et à Monsieur le Prince. 

Quelque mine que fasse M. le duc d'Orléans et 
quelque chose qu'il ait signé, il est toujours sur ses 
gardes et il avoue tous les jours à de ses domestiques 
qui ne sont pas de la cabale du Prince qu'il sait 

1. Le Coadjuteur écrivait à l'abbé Charrier, le 19 janvier : 
« L'entrée du Mazarin en France a fait ici de nouvelles affaires. 
M. le duc d'Orléans semble tourner du côté de M. le Prince et 
se vouloir présentement unir avec lui. .. Quant à moi, je périrai 
plutôt que de me raccommoder avec ce traître. Pour cela, je 
n'en suis pas moins bien avec Monsieur, au contraire, je vous 
assure que j'y suis toujours au meilleur état du monde et qu'il 
ma considéré comme celui qui doit empêcher M. le Prince, 
duquel il se défie fort, de lui mettre le pied sur la gorge » 
(Œuvres du cardinal de Retz, VIII, 77). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 53 

bien qu'il en a été trompé peu de jours après l'avoir 
sorti de prison. Voilà donc l'état de la maison de 
Son Altesse Royale divisée par les partisans du 
Prince, ceu\ qui ne sont qu'à lui, et aussi les amis du 
Cloadjuteur. Il y en a des plus sages de ces premiers 
qui voudroient bien que ce dernier fût de leur parti 
et disent que Monsieur le Prince y seroit assez dis- 
posé, à cause que la haine qu'il a n'empêche pas qu'il 
ne l'estime, mais que c'est Madame de Longueville 
qui ne peut souffrir ce prélat, parce qu'il a vilipendé 
M. de La Rochefoucauld et qu'il l'appela poltron en 
plein Parlement ' : elle met donc dans l'esprit de 
Messieurs ses frères une aversion pour lui effroyable. 
Un des confidents de Monsieur le Prince a dit à un de 
mes amis que mondit sieur de La Rochefoucauld étoit 
mal avec ladite dame et que, si cela étoit, il se van- 
teroit de faire le raccommodement : toujours, je suis 
certain que mon homme ne fera point de bassesses 
et qu'il ne s'y fiera que de bonne sorte, ayant été 
trompé par trois fois. Tout ce que j'écris d'aujour- 
d'hui est du plus fin secret ; mais je n'en aurai 
jamais pour Votre Altesse Royale puisque mon 
unique ambition est de lui plaire. J'ajoute que mon 
ami fait ce qu'il peut pour faire venir ici le duc de 
Lorraine ; si cela étoit, il ne craindroit plus ses 
ennemis dans l'esprit de Monsieur. 



1. D'après Guy Joly, le Coadjuteur, étant un jour entré en 
contestation au Parlement avec La Rochefoucauld, lui aurait 
dit : « Ami la Franchise, je suis prêtre et tu n'es qu'un pol- 
tron : c'est pourquoi nous ne nous battrons point pour cette 
affaire » (Mémoires de Guy Joly, I, 241). 



54 CORRESPONDANCE 

XXI. 

INIADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

28 janvier 1652. 

Monsieur le marquis deSévigné, je prends tant de 
plaisir à lire vos relations que les plus longues me 
semblent toujours les plus belles, comme celle que 
j'ai reçue du 12 de ce mois. Si je ne tirois quelque 
peine de celle que vous prenez pour m'obliger, je 
souhaiterois d'avoir souvent de semblables et si par- 
ticuliers avis des choses plus importantes qui se 
passent dans ces conjonctures ; mais je ne veux rien 
exiger de votre amitié que ce que vous pourriez 
m'en écrire sans incommodité ; cependant je vous 
prie de me croire véritablement, etc.. 

xxn. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 2 février 1652. 

Dans le traité qui a été signé entre M. le duc 
d'Orléans et Monsieur le Prince, il se remarque 
quelques circonstances assez considérables. Ce der- 
nier avoit demandé trois choses, dont l'autre n'en a 
accordé qu'une, qui est qu'ils ne pourroient s'ac- 
commoder l'un sans l'autre; et celles qu'il a refusées, 
c'est qu'ils ne poseroient point les armes que la 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 55 

paix générale ne fût faite et qu'il ratifieroit le traité 
que celui-ci avoit fait avec les Espagnols. 

Il est trop certain que, sans la venue du cardinal 
Mazarin, le Prince étoit perdu et que toute la France 
seroit présentement plus soumise sous l'empire du Roi 
qu'elle n'a jamais été et M. le duc [d'Orléans] se fût 
déclaré pour lui contre l'autre ; mais l'on commence 
de voirie changement que cela apporte aux affaires; 
car encore que Monsieur le Prince soit retiré à Bor- 
deaux et le Roi maître de la campagne, le Langue- 
doc ne laisse pas de prendre les armes pour Son 
Altesse Royale. M. de Rohan, gouverneur d'Anjou, 
s'est aussi déclaré et s'est rendu maître d'Angers, 
du Pont-de-Cé et de La Flèche; enfin, partout où l'on 
ne craindra pas la puissance de l'armée du Roi, ils 
seront du parti contraire ; et ce qui fait que le peuple 
de Paris ne témoigne pas tant de chaleur à prendre 
les armes, ce n'est pas qu'ils n'aient autant de haine, 
mais c'est que, le gain de leur trafic manquant, leurs 
familles souffrent, et cela leur fait souhaiter le retour 
du Roi, quand même il ramèneroit l'objet de leur 
haine ; et, pour preuve de ce que je dis et que leur 
cœur est ulcéré, je puis assurer Votre Altesse Royale 
qu'il n' y a point de maison dans Paris ni autre Heu 
où il y ait quatre hommes ensemble où l'on n'y 
déchire la Reine avec les dernières indignités : je 
dis même ceux qui sont les plus affectionnés pour 
le Roi ; et, ce matin, étant allé faire ma cour à Mon- 
sieur, il s'est approché d'un conseiller auprès de qui 
j'étois et nous a dit que la Reine avoit fait aller le 
Roi au-devant du plus infâme coquin de l'Europe. 

M. de Longueville n'a pas encore signé, et j'ai 



56 CORRESPONDANCE 

nouvelles de Rouen que la Cour l'a remis à huit jours 
après l'arrivée du cardinal Mazarin pour répondre 
aux propositions que Priolo va faire de sa part. 

Tout ce que l'on sait de Poitiers, c'est que le Car- 
dinal y est arrivé dimanche dernier ^ . Un hruit court, 
mais sans fondement jusqu'à cette lieure, que jNIM. de 
Châteauneuf et de Yilleroysont arrêtés-. Il doit arri- 
ver un courrier ce soir. S'il arrive, Votre Altesse 
Royale en saura des nouvelles plus assurées. 

J'ai reçu celles qu'il a plu à Votre Altesse Royale 
de m'éerire du 13 et du 20 du passé. Tous les 
humbles services que j'ai la volonté de lui rendre 
ne mériteroient pas la moindre des bontés qu'elle 
me témoigne, si ce n'est qu'elle ait celle de la rece- 
voir pour l'effet. Je ferai tous mes efforts pour m'in- 
former de ce que Votre Altesse Royale désire savoir. 
Tout ce que j'en ai pu apprendre, c'est que depuis 
que l'homme est arrivé à la Cour, l'on a remarqué 
que la Reine a toujours fait connoitre plus claire- 
ment le désir qu'elle avoit du retour du Cardinal, 
et l'on avoit toujours cru qu'il commanderoit son 

1. Mazarin, après un arrêt de plusieurs jours à Pont-sur- 
Yonne, avait continué sa route pour rejoindre la Cour. Le 17 jan- 
vier il était à Gien, le 20 à Aubigny, le 23 à Loches et arrivait 
le 28 janvier, à Poitiers, où il était reçu avec enthousiasme par 
la Reine, le jeune Roi et toute la Cour. 

2. Il fut en efFet un moment question d'arrêter Château- 
neuf qui demanda de son propre mouvement à se retirer. Aussi, 
écrivait Mazarin à l'abbé Foucquet le 10 février, « paroissant 
par là que son esprit n'éloit pas bien disposé, Sa Majesté 
auroit pris quelques autres résolutions à son égard, s'il n'avoit 
promis de demeurer à Tours et n'en partir sans permission « 
[Lettres de Mazarin, V, 40). — Quant à Villeroy, il ne fut pas 
inquiété et accepta la suprématie du Cardinal. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ . 57 

armée. Si nous n'étions point à cent lieues de la 
Cour, j'en saurois bientôt la vérité. 

M. de Nemours est arrivé de Flandre et il forme 
un corps d'armée qui sera assez considérable. M. de 
Beaufort doit partir dans peu pour aller se mettre à 
la tète des troupes de Monsieur, qui ne sont pas 
encore en grand nombre ; mais il en fait faire en 
Languedoc qui se mettront sur pied ; car il a donné 
de l'argent pour cela. 

Le maréchal de Turenne est parti d'ici pour aller 
à la Cour ^ Pour dire la vérité, les généraux qui 
savent leur métier sont de ce côté ; l'on dit que 
celui-là va achever de prendre Montrond, un château 
de Berry-. 

L'on travaille depuis trois jours pour accommo- 
der M. le Coadjuteur avec Monsieur le Prince ; mais 
l'on désire qu'il donne un écrit par lequel il se 
déclare contre le cardinal Mazarin, et il dit qu'il 
n'a que faire de se déclarer par écrit, qu'il l'a fait 
assez hautement et dans le Parlement et à Monsieur. 
Les partisans de Monsieur le Prince poussent Son 



1. Turenne arriva à Poitiers le 1'^'^ lévrier 1652, étant resté 
à Paris, explique-t-il dans ses Mémoires, un mois de plus qu'il 
n'eût désiré, pour l'aire aboutir au Parlement les affaires du duc 
de Bouillon, son frère [Mémoires du maréchal de Turenne, édit. 
de la Société, I, 176-177). 

2. Montrond ou Saint-Amand-de-Montrond, place forte du 
Berry appartenant au prince de Condé. Celui-ci y avait mis 
le marquis de Persan qui la défendit contre les troupes royales 
commandées par le comte de Palluau ; le siège durait depuis le 
mois d'octobre 1651. Ce n'est pas Turenne qui prit Montrond : 
cette place se rendit au comte de Palluau au mois d'août 1652. 
Voir ci-après la lettre du 6 septembre 1652. 



58 CORRESPONDANCE 

Altesse Royale là dessus pour lui faire connoître que 
ledit sieur a traité avec le Cardinal. Les apparences 
sont un peu de leur côté et pour parlement {sic) 
sincèrement, je crois qu'il a du moins traité avec 
la Reine ; mais, s'il découvre que la Cour prolonge la 
nomination des cardinaux, je crois qu'il prendra son 
parti, ce qui me semble assez difficile à cause que 
l'on le pressera si fort qu'il faudra ou qu'il se 
déclare contre ou qu'il montre son foible, et, s'il 
prend ce dernier parti, il se perdra, la Cour ne le 
considérant qu'à cause de Monsieur, et, s'il le quitte, 
ils le perdront comme un homme qui a forcé la 
Reine de chasser une fois le cardinal Mazarin et qui 
a fait garder le Roi dans Paris ^ Ce renseignement 
demande le secret. 



XXIII. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

3 février 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, je me confesse 
toujours plus obligée du soin que vous prenez de 
m'envoyer de vos nouvelles. Celles du 19 du passé 

1. La phrase suivante de Guy Joly exprime assez exacte- 
ment la conduite de la Cour et de Mazarin à l'égard du Coad- 
juteur pendant cette période : « Ce n'est pas que la Reine et 
le Cardinal se confiassent extrêmement au Coadjuteur ; mais 
ilsavoient si bien reconnu son crédit dans tout ce qui s'étoit 
passé qu'ils comprirent que c'étoit pour eux une espèce de 
nécessité de se servir de lui pour empêcher une révolution géné- 
rale » [Mémoires de Guy Joly, I, 255). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 59 

me sont d'autant plus chères qu'elles me donnent 
des marques particulières de votre confiance et du 
désir que vous avez de ma satisfaction. J'en rece- 
vrai une très singulière de vous pouvoir témoigner 
en toute sorte de rencontres le gré que je vous 
en sais et la parfaite volonté que j'ai de vous faire 
connoître par des effets que je suis, etc.. 

{De la main de Madame Royale.) J'ai trouvé 
l'écriture faite par ma nièce ' fort belle ; mais il ne 
faut point de justification aux princes avec des per- 
sonnes qui sont au-dessous d'eux et de qui les 
actions sont remarquées sur le théâtre du monde, 
toutes bien justes comme les fait ma nièce, qui 
n*agiroit guère bien si elle n'agissoit mieux que moi. 
Aussi lui cédé-je en tout. Si votre femme veut 
prendre la peine de m'écrire ces petites nouvelles 
pour vous en donner tant moins, elle m'obligera 
beaucoup. 

XXIV. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 9 février 1652. 

Je pense vous avoir écrit que M. le Coadjuteur 
avoit refusé les propositions que l'on lui avoit faites 
pour rentrer aux bonnes grâces de Monsieur le 
Prince, et, quoique je vous les aie mandées, il ne sera 
pas inutile d'en faire une récapitulation afin de 

1, Mademoiselle de Montpensier. Allusion au manifeste de 
ceUe princesse contre M"^^ de Fouquesolles dont il est question 
dans la lettre du 19 janvier 1652. 



60 CORRESPONDANCE 

mieux informer Votre Altesse Royale de toute cette 
négociation qui est sans doute assez considérable 
dans toutes ses circonstances. 

L'on lui avoit donc proposé d'aller trouver le 
nonce, lui déclarer qu'il ne vouloit être cardinal 
que par la voie de M. le duc d'Orléans et qu'il y 
renonceroit tant que le Mazarin seroit en France, 
et ils vouloient aussi qu'il écrivît la même chose au 
Pape ; de plus, qu'il montât en chaire pour prêcher 
contre le retour du cardinal Mazarin et qu'il aban- 
donnât M'"^de Chevreuse. 

Je vous ai donc mandé qu'il les avoit refusées 
en faisant eonnoître à M. le duc d'Orléans que 
Monsieur le Prince n'avoit dessein de le recevoir en 
l'honneur de ses bonnes grâces qu'en apparence, et 
pour le perdre avec plus de facilité, etc., mais qu'il 
aimoit mieux périr par une violence ouverte que 
non pas en passant pour dupe. Et sur ce que Son 
x\ltesse Royale lui répondit que cette division portoit 
préjudice aux affaires du parti et étoit cause que, 
n'agissant pas de concert, les choses ne réussiroient 
pas comme ils désiroient, il répliqua que pour lui 
faire voir qu'il ne prétendoit pas que sa personne 
servit de prétexte à certains esprits méchants et inté- 
ressés, pour persuader cela à Son Altesse, qu'il le 
supplioit très humblement de dire à ces Messieurs-là 
qu'il vouloit les faire de son conseil et qu'il offroit 
de ne s'y point trouver et discuter toutes les choses 
que l'on y auroit résolues contre le cardinal Maza- 
rin ; que Son Altesse savoit bien qu'il avoit absolu- 
ment refusé la nomination au cardinalat par autre 
voie que la sienne ; qu'il l'avoit déclaré à la Reine 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 64 

avant qu'elle partît ; que Son Altesse même avoit la 
bonté de tenir un abbé à Rome pour en solliciter 
le chapeau et qu'ainsi le pape n'en pourra douter ; 
que, pour prêcher, il le fera lorsque sa conscience le 
lui ordonnera et lorsque l'on voudra faire périr le 
peuple que Dieu lui a commis ; qu'il estime fort les 
bonnes grâces de Monsieur le Prince, mais pas au 
point de faire des lâchetés pour les avoir. 

Enfin les agents de Monsieur le Prince, voyant 
qu'il n'avoit pas voulu donner dans ce panneau, 
dirent à Son Altesse Royale que Monsieur le Prince 
se contenteroit que le Coadjuteur lui écrivît qu'il lui 
demandoit l'honneur de ses bonnes grâces et pardon 
de ce qui s'étoit passé, ce que celui-ci a refusé, assu- 
rant Monsieur qu'après avoir été trompé quatre fois, 
il ne s'y fieroit plus, que, pourvu que Son Altesse 
Royale l'honorât de sa protection, qu'il se console- 
roit de tout, et qu'il le serviroit très fidèlement ; il 
y a trois jours que cela se passa. Et hier au matin 
M. le duc d'Orléans dit au Coadjuteur qu'enfin ces 
Messieurs^ qui faisoient tant les affectionnés avoient 
refusé de se trouver dans son conseil et qu'il vo- 
yoit par là leur intention, que l'on lui avoit dit 
que ces Messieurs-là (sic) faisoient courir le bruit 
qu'il l'abandonneroit s'il n'écrivoit cette lettre, mais 
qu'il avoit dit tout haut qu'il ne le feroit jamais si 
le Coadjuteur ne devenoit Mazarin et qu'au même 
cas, il abandonneroit sa propre femme-. Celui-ci le 



1. En marge : Ces Messieurs, le chancelier et M. de Chavi- 

2. Le Coadjuteur écrivait k l'abbé Charrier le 9 février : « Je 



62 CORRESPONDANCE 

remercia fort : il vint hier au soir chez moi et me 
dit qu'il venoit de voir Monsieur, qui l'avoit encore 
fort assuré qu'il le croyoit tout à lui et que, tant que 
cela seroit, il l'aimeroit toujours. 

Je crois que si les longues relations sont agréables 
à Votre Altesse Royale, celle-ci ne lui déplaira pas; 
elle a trop de bonté et de circonspection pour un 
homme qui n'a point au monde de plus grande 
passion que d'obéir à l'honneur de ses commande- 
ments et qui n'aura jamais de peine à les exécuter, 
pourvu qu'il soit assez heureux pour lui plaire. Je 
continue donc sans crainte de lui être ennuyeux, 
la pouvant assurer qu'il y a peu de personnes à 
Paris qui sachent le vrai particulier de ce que je lui 
écris. 

Le lendemain que le (Cardinal fut arrivé à la 
Cour, l'on changea la résolution qui avoit été prise 
au Conseil où étoitM. de Chàteauneuf, ce qui donna 
sujet à celui-ci de demander son congé, que la Reine 
lui accorda. Il fit un discours au Roi par lequel il 
lui rendoit raison de l'état où étoient ses affaires 
lorsqu'il étoit entré dans le Conseil et l'état où il 
les laissoit. 

Le maréchal de Villeroy ^ n'en a pas fait ainsi ; 

suis toujours fort bien avec M. le duc d'Orléans. Les gens de 
M. le Prince l'ont fort pressé de faire mon accommodement avec 
M. le Prince ; mais n'ayant pas voulu, il n'en vit pas plus mal 
avec moi et leur a nettement déclaré que nonobstant cela, 
il ne romproit jamais avec moi quoiqu'ils l'en importunassent 
fort » [Œuvres du Cardinal de Retz, VIII, 88-89). 

1. Nicolas de Neufville, marquis puis duc de Villeroy, né en 
1598, mort en 1685, avait été nommé gouverneur de Louis XIV 
et maréchal de France en 1646 et ministre d'État en 1649. 



DU CHEVALIER DE SÉVlGiNÉ. 63 

l'on dit même qu'il a négocié auprès de la Reine 
qu'elle commandât au Cardinal de rentrer au Conseil ; 
car il avoitjoué la farce depuis son retour; mais elle 
est finie. Son Éminence a fait fort mauvaise mine 
aux commandeurs de Souvré • et de Jars^ et dit 
qu'il témoigneroit son ressentiment à tous ceux qui 
avoient été contre lui. 

En revanche, il récompense fort bien ceux qui 
l'ont servi en son retour, du moins il a assez bien 
commencé en la personne de M. d'Hocquincourt : 
il lui a donné la survivance du gouvernement de 
Péronne poiu^ son fils et y joint celui de la \i\\e de 
Ham ; de plus, il a donné à un de ses enfants 
l'abbaye de Corbie qui, en temps de paix, vaut 
soixante-douze mille livres de rente. L'on dit aussi 
qu'il promet à tous ceux qui lui ont rendu quelque 
assistance de les faire ducs. Et à ce propos, l'on 
conte qu'un gentilhomme, faisant bruit dans sa 
chambre de ce qu'on ne Tavoit pas payé de quelque 
argent qu'il avoit avancé, il lui dit : Taci, taci^ ti 



1. Jacques de Souvré, fils de Gilles de Souvré, marquis de 
Courtenvaux et maréchal de France, gouverneur de Louis XIII. 
Commandeur de l'Ordre de Malte, il fut nommé grand-prieur de 
France en 1667 et mourut en 1670. Parlant de Mazarin, M. de 
Souvré écrivait effectivement à Chavigny : « La réception qu'il 
m'a faite a été fort froide » (Chéruel, Histoire de France sous 
le ministère de Mazarin, I, 109). 

2. François de Rochechouart, chevalier de Jars, comman- 
deur de l'Ordre de Malte, mort en 1670. Il avait été mêlé aux 
intrigues de Marie de Médicis contre Richelieu, exilé en 
Angleterre après la Journée des Dupes, ensuite ai'rêté et enfermé 
à la Bastille en 1632, condamné à mort, puis gracié l'année sui- 
vante. 



64 CORRESPONDA.NCE 

farô diica'^. Si cela n'est pas vrai, il n'est pas mal 
inventé. 

La Cour est arrivée à Saumur. M. de Rohan est 
fort repentant de s'être déclai'é si tôt ; de l'heure que 
j'écris, il est accommodé-. M. de Beaufort est parti 
pour aller assembler les troupes de M. le duc d'Or- 
léans, afin de l'aller secourir, mais comme il n'y 
peut être d'un mois et que l'autre sera accommodé, 
je ne pense pas qu'il aille jusque-là, n'étant pas si 
fort et assez bon capitaine pour résister aux troupes 
du Roi. Il attendra, ainsi que je le crois, la venue 
de M. de Nemours qui amène cinq mille hommes 
eft'ectifs, la plupart espagnols ; quand ces deux corps 
seront réunis, ils seront assez considérables. Ce 
prince est très estimé et croit conseil ; si l'autre en 
faisoit ainsi, ils pourroient faire quelque chose de 
bon ; mais c'est le plus présomptueux et ignorant 
homme du monde. 

Le cardinal Mazarin commence de faire des tours 
à son ordinaire : il envoya hier un arrêt du Conseil 
par lequel le Roi commande que l'on retranche le 
paiement des rentes sur la Maison de Ville. Le Parle- 
ment s'assembla hier même et a donné un arrêt par 
lequel il ordonne que la déclaration seroit exécutée. 

1. Taci, taci, ti farà duca : Tais-toi, tais-toi, je te ferai duc. 

2. Henri Chabot, seigneur de Sainte-Aulaye, devenu duc de 
Rohan par suite de son mariage en 1645 avec Marguerite 
de Rohan, était gouverneur d'Anjou. Mazarin écrivait à 
l'abbé Foucquet le 31 janvier : « Leurs Majestés vont faire le 
voyage d'Angers en toute diligence pour tascher d'estouffer 
dans sa naissance l'émotion qu'y excite M. le duc de Rohan, 
lequel s'est desjà porté à tous les excès imaginables... » [Lettres 
de Mazarin, V, 34). 



DU CÎIEVALIER DE SÉVIGNÉ. 65 

que tous les arrêts donnés en faveur des rentes le 
seroient aussi, que défenses seroient faites à tous 
les maîtres des requêtes de n'exécuter aucune com- 
mission extraordinaire qui ne soit auparavant véri- 
fiée en la Compagnie ; qu'il seroit pareillement défen- 
du à tous les receveurs particuliers de se dessaisir 
des fonds qui sont destinés au paiement desdites 
rentes, sur peine d'en répondre, eux et leur posté- 
rité. C'est le suiintendant [Ce comjnencement 

de phrase qui termine la &^ P^g^ ^^ ^^^ lettre 
ne se continue pas à la page suivante.] 

Cette faute ôte le moyen à ceux qui veulent ser- 
vir le Roi de le faire ; car ce sont gens qui ne 
veulent ni ne peuvent abandonner les intérêts des 
peuples. Le Parlement de Rouen donna avant-hier 
un arrêt que l'on feroit des remontrances au Roi 
par écrit sur l'importance qu'il y avoit d'éloigner le 
cardinal Mazarin ; cela étonnera la Coiu", car ils 
faisoient état d'y aller pour justifier Son Eminence. 

J'ai vu une lettre de proprio pugno du duc de 
Lorraine à M'"" la duchesse d'Orléans, sa sœur, 
par laquelle il lui mande que ce fourlie de Mazarin 
l'avoit voulu séduire en lui faisant croire que M. son 
mari étoit d'accord avec lui, mais que, puisqu'elle 
l'assuroit que cela n'étoit pas, qu'il l'assuroit de lui 
envoyer cinq cent mille écus et ses troupes pour 
exterminer ce monstre de la Chrétienté, qui avoit 
jusquesici empêché la paix générale. Je prenois cela 
pour comptant ; mais mon ami me dit hier qu'il 
faisoit les mêmes offres à la Cour. Je trouve cela 
horrible qu'un homme de la race de Godefroy de 
Bouillon soit sans foi et sans probité. 



66 



CORRESPONDANCE 



L'on m'a assuré que M, de Longueville ne signera 
point le traité. Il n'y a rien de plus vrai que sa 
femme a rompu avec M. de La Rochefoucauld, 
celui-ci ayant témoigné grande jalousie de M. de 
Nemours K L'on m'a assuré que Son Eminence avoit 
raillé M. de Vardes de son intrigue avec M'"" de 
Beauvais, lui disant des choses assez piquantes 
et qui sentoient l'homme jaloux. 

Si pendant l'absence de M. l'ambassadeur il se 
présentoit quelque occasion de rendre mes très 
humbles services à Votre Altesse Royale et à la mai- 
son royale de Savoie, je me tiendrois le plus glorieux 
de tous les hommes si elle avoit la bonté de m'assu- 
rerdecet emploi, la pouvant assurer que, si je n'ai 
la capacité, j'ai l'affection et la fidélité aussi grandes 
qu'aucun des sujets de Son Altesse Royale, son 
fds. 

{Sur une feuille volante.) M. le duc [de] Damville - 
vient d'arriver comme je ferme mon paquet ; il porte 
quelques paroles de négociation, mais l'on ne peut 

1. M. de Sévigné avait déjà noté à la date du 25 janvier 
1652 ces dissentiments entre M. de Longueville et La Roche- 
foucauld, dissentiments que celui-ci a longuement exposés dans 
ses Mémoires. Il montre d'ailleurs que la coquetterie, plus 
qu'une véritable passion, fut la principale cause qui rapprocha 
pendant quelque temps M""^ de Longueville et le duc de 
Nemours (V. Cousin, Madame de Longuei'ille pendant la Fronde, 
p. 84-90). 

2. Mazarin écrivait à l'abbé Foucquet le 31 janvier : 
« Nonobstant les responces que S. A. R. a faictes à M. de 
Ruvigny, on fait estât de faire partir demain Damville afin de 
parler à Monsieur de la part du Roy et de la Reyne et tascher, 
par toutes sortes de moyens, de le ramener » {Lettres de 
Mazarin, V, 33). 



DU CHEVALIER DE SKVIGNÉ. 67 

pas encore savoir quelles elles sont. J'ai grand peine 
de croire que cela puisse réussir s'il est vrai que 
la Reine soit résolue de garder le cardinal Mazarin, 
Son Altesse Royale étant résolue de ne pas le souf- 
frir en France, tellement que, s'ils persistent, il fau- 
dra pour avoir la paix que l'un ou l'autre périsse. 

XXV. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

10 février 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, cette lettre vous 
donnera avis de la réception de la vôtre du 24 du 
mois passé '. Elle m'a été très agréable, comme 
seront toujours à l'avenir les autres que vous pren- 
drez la peine de m'écrire, vu même que vous aug- 
mentez l'estime que j'en dois faire par des circon- 
stances considérables dans la présente conjoncture ; 
aussi ne perdrai-je jamais l'occasion de vous témoi- 
gner le gré que je vous en conserve et comme je suis 
véritablement , etc . . . 

XXVI. 
M . DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

16 février 1652. 

Je mandai, vendredi dernier, à Votre Altesse 
Royale, que M. [de] Damville ne faisoit qu'arriver et 

1. La lettre à laquelle répond Madame Royale était d'abord 
datée du 24, d'où l'erreur du secrétaire de la princesse, qui n'a pas 
vu qu'une surcharge du 4avait changé 24en25. Cette lettre est 
donc, en réalité, du 25 janvier. 



68 CORRESPONDANCK 

qu'ainsi je ne pouvois pas lui mander la proposition 
qu'il apportoit de la Cour. J'ai su depuis, de l'original 
même, qu'il avoil offert à Monsieur, de la part de 
la Reine, la carte blanche, pourvu qu'il voulût souf- 
frir le cardinal Mazarin en France, et qu'elle le 
conjuroit de considérer l'état où il alloit mettre le 
royaume en l'en voulant chasser. Son Altesse Rovale 
s'est servie des mêmes arguments pour obliger la 
Reine de chasser le Cardinal, disant que le Roi avoit 
plus d'intérêt que lui en la conservation du 
royaume et que, pour faire voir qu'il n'avoit point 
d'autre intérêt que le bien public, il offroit la carte 
blancheàla Reine, si elle vouloit éloigner pour toujours 
Son Eminence et que même il sortiroit du royaume 
pour trois ans, si ce n'étoit pas assez de sortir de 
Paris ; que l'on pouvoit juger de son affection envers le 
Roi et la passion qu'il a pour l'État de refuser de si 
grands avantages, comme il les pouvoit espérer 
d'une proposition aussivagueque celle de M. [de] Dam- 
ville. Il fut hier au Parlement leur en dire le détail 
et leur rendre compte de celte négociation. 11 fut 
donné arrêt par lequel l'on informeroit contre la vio- 
lence de M. de Rohan, qui a arrêté le lieutenant gé- 
néral d'Anjou. Cela semble faire contre le parti ; 
mais c'est que ces Messieurs craignent la représaille 
contre quelqu'un de leur corps. 

Le Roi a fait alla(|uei' le fauboiu'g d'Angers, et il a 
été emporté ; le fils dxi maréchal d'Hocquincourt ', 
qui commande l'armée, \ a été tu('\ et le fils du maré- 



i. .Tacques de Monchy, seigneur dinquessen, fils de Charles 
de Monchy, maréchal d'Hocquincourt, et dEIéonore dEtainpes. 



DU CHEVALIER DE SK VIGNE. 69 

chai de Graneev blessé '. Je les tiens présenlement 
dans la ville, ee peuple étant le moins belliqueux du 
royaume '-. Peut-être M. l'ambassadeur, qui esta Sau- 
mur, où le Roi est demeuré, vous en mandera des 
nouvelles plus particulières ; jVn ai eu de quelqu'un 
qui me mande que lesallaiies sont fort brouillées à 
la Cour et que ceux dont nous désiriez savoir des 
nouvelles y sont fort bien connus, étant tout à fait 
adhérents du cardinal Mazaiin. 

Enfin, le raccommodement du Coadjuteur avec 
Monsieur le Prince est tout à fait rompu, et Son 
Altesse Royale a consenti qu'il demeurât en l'état 
qu'il est avec ce prince, le Coadjuteur lui ayant fait 
connoître qu'il ne ciovoit pas être moins utile et 
moins serviteur de Son Altesse Royale pour ne l'être 
pas de l'autre. Ce bruit ou plutôt mille bruits ont 
couru que Monsieur lui en vouloit mal ; mais cela a 
si peu paru que Son Altesse l'a mené une fois au bal 
chez Mademoiselle, et lundi, comme il sortoit du 
palais d'Orléans, un capitaine des gardes de Mon- 
sieur, accompagné de ses gardes, l'arrêta et lui dit 
qu'il avoit charge de le mener dans une chambre, 

1. Jacques Pvouxel, comte de Grance\' et de Médav} , cheva- 
lier des ordres du Roi, maréchal de France en 1651. Il avait 
épousé en premières noces en 1624 Catherine de Monchy, sœur 
du maréchal d'Hocquincourt. Le fils du maréchal de Grancey 
blessé à Angers est Pierre llouxel de Médavy, comte de Grancey, 
né en 1626, maréchal de camp en 1651, lieutenant-général en 
1653. Il avait accompagné le cardinal Mazarin depuis sa ren- 
trée en France jusqu à son arrivée à Poitiers. 

2. Ces opérations ont été lobjet d'une étude détaillée dans 
l'ouvrage de M. Debidour : T.n Fronde Angevine (Paris, 1877). 
Le duc de Rohan capitula le 28 février. 



70 CORRESPONDANCE 

ce qui fut vrai, mais ce fut dans celle où se repré- 
sentoit la comédie ; enfin, il me paroît mieux que 
jamais. 

M. le duc d'Orléans a donné ordre aujourd'hui à 
l'abbé Charrier ^ qui sollicitoitde sa partie chapeau 
du Coadjuleur, de s'en revenir, celui-ci l'en ayant 
prié, afin de faire taire les partisans des princes ; ça 
feroit voir qu'il n'est pas dupe. Avec cela, si vous me 
demandez s'il est bien à la Cour, je vous avouerai 
que je ne l'y crois mal, non pas qu'il n'ait toujours 
désapprouvé le retour du cardinal Mazarin, mais en 
cela il est du nombre de ceux qui y ont été con- 
traires, parce qu'ils croient qu'il ne peut demeurer en 
France sans en causer la ruine entière, et ils ne 
sont pas haïs de la Reine parce qu'elle croit que, s'ils 
pouvoient être d'une autre opinion, ils en seroient. 

Dieu est le maître de tout ; mais seulement humai- 
nement l'on ne prévoit aucune apparence d'accom- 
modement. La passion que j'ai pour la maison royale 
de Savoie me rendra soigneux de vous avertir de 
tous les événements extraordinaires. 

M. de Nemours étoit hier à Ribemont ^ avec le 
corps qu'il commande. 

1. Guillaume Charrier, né à Lyon en 1605, abbé de l'abbaye 
de Chaage au diocèse de Meauv, était le principal agent du 
Coadjuteur à Rome pour le cardinalat. La correspondance 
adressée par le Coadjuleur à ce personnage et découverte par 
M. Chantelauze, a été la principale matière de l'étude de ce 
dernier, intitulée : Le Cardinal de Retz et l'affaire du Chapeau 
(Paris, 1877). 

2. Le manuscrit porte Riblemont ; c'est Ribemont, chef- 
lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Quentin, dépar- 
tement de l'Aisne. 



DU CHEVALIER DE SÉ VIGNE. 71 

Mademoiselle fit mardi une grande débauche avec 
Monsieur son père et des dames et demoiselles de 
la Cour : il y en eut deux qui en prirent un peu 
plus qu'il ne falloit jusques à rendre compte, et 
Mademoiselle fut un peu plus gaiequ'à son ordinaire. 

[En marge, en face des trois derniers alinéas : 
Cela sent la prétention à la royauté de Hongrie ^) 



XXVII. 
MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

[Sans date — 17 février au plus tard]. 

Monsieur le marquis de Sévigné, l'état présent des 
affaires vous fournit autant de matière à m'écrire 
que j'ai de sujet de désirer la continuation de vos 
lettres. J'ai reçu celle du 2 de ce mois avec une 
très particulière satisfaction, et les témoignages que 
je reçois de votre confiance font une des plus agréables 
circonstances que j'y remarque. Je crois que les 
résolutions que prendra M. votre ami peuvent por- 
ter quelques conséquences considérables à l'état des 
choses, et vous me ferez plaisir de m'en tenir avertie. 
L'on m'écrit de Rome que le Pape a la disposition 
qu'il témoignoit ci-devant pour lui donner le cha- 
peau de cardinal. Je crois que la pourpre ne lui 
sauroit donner plus d'éclat qu'il en reçoit de sa vertu 
et de son mérite. Je suis, etc.. 

1. Cette phrase doit être prise dans un sens proverbial. 



72 CORRESPONDANCE 

XXVIII. 

M. DE SÉYIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, le 23 février 1652. 

Depuis vendredi, le Parlement s'est assemblé trois 
fois pour s'unir avec les autres compagnies souve- 
raines et pour se défendre du mal dont elles étoient 
menacées par un arrêt du Conseil qui vouloit que 
l'on retranchât quelque chose des rentes et quelque 
partie des gages des officiers ; mais le Conseil du Roi, 
voyant les inconvénients qui pouvoient arriver 
de cette union, ont {sic) envoyé un arrêt du Conseil 
tout conforme au dernier du Parlement, dont je vous 
envoie copie, portant défense aux receveurs de ne point 
détourner desfondsdestinés au payement des rentes 
sur l'Hôtel de Ville K Avec cela, les créatures de la 
Cour ont empêché jusques ici cette assemblée dans 
la Chambre de Saint-I^ouis,qui est le lieu où se sont 
fabriquées les frondes du temps passé, qui nous ont 
apporté tant de brouilleries et de confusion. 

1. M. de Sévigné a déjà noté plus haut, à la date du 9 
février, les dispositions du Conseil pour suspendre le paiement 
des rentes et les efforts du Parlement pour y remédier. Sui- 
vant le cardinal de Retz, le principal objet des assemblées du 
Parlement, du 15 janvier au 15 février, fut de « lancer des arrêts 
pour le rétablissement des fonds destinés au paiement des 
rentes de 1 Hôtel de Ville, que la Cour, selon sa louable cou- 
tume, retirait aujourd'hui pour mottre la confusion dans Paris 
et remettait le lendemain, de peur de l'y mettre trop grande » 
[Œitvrea du cardinal de Retz, IV, 96l 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 73 

Demain, le Parlement doit encore s'assembler, 
et ils menacent fort ; M. le duc d'Orléans s'y doit 
trouver. 

M. [de] Damville est toujours ici et il voudroit bien, 
avant que de s'en aller, emporter quelque proposition 
qui pût plaire à la Heine ; mais je lui ai ouï dire 
qu'il n'y avoit nulle espérance ; je le sais aussi d'ail- 
leurs, et que Monsieur ne consentira jamais que le 
Cardinal demeure. De plus, mon ami est tout à fait 
dans ce sentiment, quelque bruit que l'on fasse cou- 
rir au contraire ; ainsi je suis assuré qu'il faudra 
qu'il délogée. 

J'ai vu une lettre d'un homme de la Cour qui 
parle ainsi : « J'ai été contraint de casser ma table, les 
vivres étant ici fort chers et l'argent m'ayant manqué, 
ce qui nous a obligé, MM. les chevaliers de Guise ^, de 
Jars, de Souvré, de Roquelaure et plusieurs autres 
disgraciés pour avoir été contraires au retour du 
cardinal Mazarin, de vivre ensemble'' ; mais nous ne 
sommes pas guère plus mal avec SonEminence que ceu x 
qui lui ont servi ; car il leur fait fort mauvaise mine 



1. Rogoï' de Lorraine, fils de Charles de Lorraine, duc de 
Guise et de Henriette-Catherine, duchesse de Joyeuse, né en 
1624, mort le 6 septembre 1653. 

2. M. de Sévigné a déjà parlé du mauvais accueil fait par 
Mazarin, dès son arrivée à la Cour, aux commandeurs de Souvré 
et de Jars 'p. 63^. Dans la lettre du premier à Chavigny, 
que nous avons déjà citée, Souvré ajoutait en parlant de Maza- 
rin : « Il n'a point voulu voir Roquelaure et est plus fier que 
jamais. » Ce chevalier de Roquelaure est Antoine, frère cadet 
de Gaston, qui fit profession à Malte en 1626 et mourut en 
décembre 1660; il a son historiette dans Tallemant des Réaux, 
t. V. 13. 377. 



74 CORRESPONDANCE 

et se plaint de ce qu'ils lui ont mandé des choses 
qui ne sont pas vraies. » Il a couru force bruit de la 
prise d'Angers, mais ils se sont trouvés faux ; je crois 
pourtant qu'il tombera, M. de Beaufort n'étant pas 
assez fort pour le secourir et n'v pouvant pas être 
assez à temps. 

Pour M. de Nemours, l'on dit à Luxembourg qu'il 
est à Saint-Quentin; s'il est vrai, ce que l'on me vient 
de mander de Picardie, il aura peine de passer. 
C'est qu'il y a six cents gentilshommes du Vexin ré- 
solus de s'y opposer et font état de se jeter dans 
Mantes pour cet effet. L'on tient mon ami auteur 
de la ligue de ces gentilshommes K M. d'Elbeuf - a 
assemblé aussi les gentilshommes et les communes 
de la frontière qui sont fort aguerris, et s'est jeté dans 
Ham. L'on tient qu'il a bien près de quatre mille 
hommes, avec quelques troupes que l'on joint. Si cela 
est, il y a peu d'apparence que mondit sieur puisse 
joindre; àl'opposite, Tondit que le prince de Ligne 
esl dans le Boulonnois, qui empêche M. le maréchal 
d'Aumont de pouvoir assembler tpielques troupes 
qu'il levoit en ce pays-là. 

Pour Monsieur le Prince, s'il est viai ce que ses 
partisansen disent, il est maître de toute la Guyenne, 
et les autres disent que c'est le Roi. 

J'ai reçu la lettre qu'il a plu à Votre Altesse Royale 
dem'écriredu 3 de ce mois. Ma femme est si glorieuse 

1. Le cardinal de Retz ne fait, dans ses Mémoires, nulle 
mention de la part qu'il aurait prise à celte action des 
gentilshommes du Vexin. 

2. Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France, né 
en 1596, gouverneur de Picardie, mort en 1657. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 75 

de l'honneur qu'elle lui fait de lui commander 
quelque chose que cela l'a presque guérie d'un mal 
très violent qui l'oblige de se baigner deux fois le 
jour; aussitôt qu'elle aura eu un peu de relâche, elle 
lui obéira avec une joie et un zèle de lui plaire tout 
extraordinaires, et moi, tant qut- je vivrai, je lui ren- 
drai toute sorte de respects très humbles et très 
obéissants. 

XXIX. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 
24 février 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, je ne dois pas 
laisser passer cet ordinaire sans vous remercier, 
comme je fais avec affection, des nouvelles que 
vous m'avez données par s otre lettre du 9 de ce mois. 
L'absence de notre ambassadeur me les rendra 
d'autant plus chères qu'elles suppléeront à ce que 
je pourrois apprendre par son moyen pendant son 
séjour à Paris. Aussi je veux espérer que vous conti- 
nuerez à m'obliger en cette rencontre et que vous 
me croirez véritablement, etc.. 

XXX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce l^"" mars 1652. 

Je m'imagine que Votre Altesse Royale aura plus 
tôt su que nous la promotion de M. le Coadjuteur 



76 CORRESPONDANCE 

au cardinalat, puisque tous les courriers de Rome 
passent par Turin pour venir à Paris ^. Le duc de 
Florence lui a envoyé un courrier exprès, qui est 
arrivé à une heure après minuit et lui en a appris les 
premières nouvelles desquelles il m'a envoyé donner 
part par un gentilhomme. J'en ai une joie liés 
grande, sachant que cela l'attachera davantage dans 
le service du Roi et ôtera tout prétexte à ses ennemis 
de l'accuser de mazarinisme pour y parvenir. Je 
puis encore tout de nouveau assurer Votre Altesse 
Royale qu'il n'en est point entaché, mais au con- 
traire qu'il servira Monsieur dans le dessein qu'il a 
de chasser ledit cardinal Mazarin, mais qu'il servira 
la Cour très puissamment contre Monsieur le Prince ; 
car il est résolu de périr si l'on vouloit pousser la 
Reine, après qu'elle aura chassé le cardinal Maza- 
rin, pour l'en empêcher, afin de satisfaire aux obli- 
gations qu'il lui a. M. le duc d'Orléans a eu une 
joie de cette nouvelle qui ne se peut exprimer. 

Je me promenai liiei-, toute l'après-dînée, avec le 
nouveau cardinal, dans le parc des Chartreux, tous 
deux seuls. Il étoit bien éloigné de l'opinion qu'il le 
dût être si tôt ; il me dit des choses si curieuses et 
si belles que je voudrois pouvoir voler auprès de 
Votre Altesse Royale pour les lui dire ; je me vante- 
rois de la divertir très agréablement une heure 
durant. 

Angers n'est pas encore pris; mais on a piis une 

1. C'est le 19 février qu'eut lieu la promotion du Coadju- 
tcur au cardinalat. 11 en reçut la nouvelle le 28 février par 
un courrier que lui dépêcha aussitôt Ferdinand II, grand-duc 
de Toscane. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 77 

île sur la rivière, gardée par les habitants, qui empê- 
choit le canon qui venoit de Nantes d'y arriver ; 
mais il est présentement en batterie. La résolution 
avoit été prise de lever le siège, et le cardinal Maza- 
rin se vouloit mettre à la tête de l'armée du Roi 
pour combattre celles de M. de Nemours et de 
M. de Beaufort. Celle du premier de ces princes doit 
arriver ce soir auprès de Mantes pour passer la 
Seine. M. le duc de Sully ' s'est jeté dedans avec 
ses amis pour lui ouvrir les portes ; mais M. Digby, 
maréchal de camp des armées du Roi % y marche 
aussi avec huit cents chevaux pour se jeter dedans 
afin d'empêcher le passage ; cela dépendra de la 
bonne volonté des habitants. L'on me vient d'assu- 
rer que M. de Turenne a fait changer la résolution 
du cardinal Mazaiin et fait continuer celle du siège, 
qui sera une afl'aire de quatre ou cinq jours après la 
batterie faite. Le Roi a envoyé une lettre de cachet par 
laquelle il demande au Parlement de délibérer sur 
l'entrée des ennemis ; ils ne l'ont encore pu faire, à 
cause des cabales qui y sont. 

Le dessein du Roi, c'est de former un corps, le 
plus considérable qu'il pourra, et de venir, après la 
prise d'Angers, combattre l'armée de MM. de 
Nemours et de Beaufort. 

En l'absence de M. l'ambassadeur, si je pouvois 

1. Maxirailien de Béthune, duc de Sully, maréchal de P'rance 
en 1634, était gouverneur de Mantes. Accusé d'avoir livré 
passage aux Espagnols par le pont de Mantes, il ne rentra en 
grâce qu'à la fin de 1652 [Lettres de Mazarin, V, 590). 

2. Georges Digby, de Bristol, comte Digby, lieutenant général 
en 1651. 



78 CORRESPONDANCE 

rendre quelques services très humbles à Votre Altesse 
Royale, je serois plus content de ma fortune que M. 
le cardinal de Retz ne l'est de la sienne. 



XXXI. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

2 mars 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, votre ponctualité 
à m'obliger exige des sentiments de gratitude tout 
particuliers et me convie à vous remercier, comme 
je fais avec affection par cette lettre, de celle que 
vous avez pris la peine de m'écrire le 16 du mois 
passé, où je remarque avec un singulier contente- 
ment, le soin que vous prenez de me continuer vos 
nouvelles ; vous en aurez encore maintenant plus 
de sujet et de matière parmi les satisfactions de M. 
le cardinal de Gondi, la vertu duquel a enfin sur- 
monté tous les obstacles qui s'opposoient à sa pro- 
motion. J'attends cet effet de votre amitié, en 
l'absence de notre ambassadeur, par l'adresse de 
l'agent de Son Altesse Royale Monsieur mon fils à 
Lyon, Clerc, et que vous me croirez toujours, etc.. 

XXXII. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE, 

A Paris, ce 15 mars 1652. 

J'ai reçu trois lettres de Votre Altesse Royale tout 
à la fois : elles sont si obligeantes que je suis payé 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 79 

avec usure des nouvelles que je lui mande. M. le 
cardinal de Retz a écrit à Vos Altesses Royales pour 
leur donner part de la promotion '. Vous voyez que 
les avis que l'on vous donnoit de Rome n'étoient pas 
bons. Je les ai l'ait voir à Son Éminence qui a été si 
charmée de la très glorieuse opinion que vous avez 
de lui et de la galanterie avec laquelle Votre Altesse 
Royale en parle, qu'il m'a juré de ne l'être pas tant 
de sa dignité. 

Le gentilhomme qu'il avoit envoyé à Leurs Majes- 
tés revint hier au soir et lui en rendit des lettres de 
proprio pugno^ mais conçues en des termes si obli- 
geants, si pleins de confiance et si glorieux pour lui 
que je lui vis les larmes aux yeux en les lisant ^. 
Après qu'ils lui témoignent se réjouir que le Pape 
ait déféré aux prières qu'ils avoient faites pour lui, le 
Roi ajoute qu'il est assuré que cette dignité ne pou- 
voit jamais être donnée à personne qui en fût si 
digne, ni de qui il eût plus de sujet d'en espérer 

1. Nous reproduisons plus loin aux Appendices la lettre 
adressée par le nouveau cardinal à Madame Royale : celle qu'il 
avait écrite au jeune duc de Savoie fit l'objet d'un incident 
protocolaire dont il est question dans plusieurs lettres de M. 
de Sévigné (26 avril, 3 et 10 mai 1652j; il a dû en écrire une 
autre que nous n'avons pas. 

2. Il semble bien que le Coadjuteur ne se méprit point sur 
les sentiments de la Reine et de Mazarin àson égard. « Ce qui est 
constant, a-t-il écrit dans ses Mémoires, est ce que j'ai su depuis 
parChampfleuri, capitaine des gardes de Monsieur le Cardinal, 
qu'aussitôt qu il eut reçu la nouvelle de ma promotion, qu'il 
apprit à Saumur, il lui commanda, à lui Champfleuri, d'aller 
chez la Reine, en diligence et de la conjurer, de sa part, de se 
contraindre à en faire paraître de la joie » [Œuvres du cardinal 
de Retz, IV, 136). 



80 CORRESPONDANCE 

une véritable reconnoissance, qu'il en a des occa- 
sions très favorables en contribuant à la paix, ce 
qu il peut faire très avantageusement pour son 
État et très glorieusement pour lui. Les termes de 
la lettre de la Heine tendent aux mêmes fins ; elle 
ajoute seulement que, n'ayant rien considéré, 
lorsqu'elle lui a procuré cette éminente dignité, il 
ne doit point avoir aussi de raison (jui 1 empêche 
de servir le Roi. 

Il est très certain qu'il a des sejitimenls très pas- 
sionnés pour le bien de l'État et pour le service de 
Sa Majesté, qu'il n'a plus de haine contre le cardinal 
Mazarin, le «considérant comme une marque de son 
triomphe et non pas comme un ennemi redoutable ; 
que même, quand il en auroit encore quelque reste, 
qu il la quitteroit pour l'amour de la Reine, mais avec 
tout cela, ne pouvant servir le Mazarin, sans aban- 
donner le service du public et celui de M. le duc 
d'Orléans. Ainsi, il ne le fera jamais, tant que ces 
deux V contrarieront ensemble. 

Cle n'est pas qu il u ait beaucoup de chaleur 
pour le service du Roi contre Monsieur le Prince et 
qu'en son âme, il ne voulût que Son Altesse Royale 
s'en fût détachée ; mais c'est une chose qu'il tient 
impossible aux hommes ; ainsi il la faut attendre 
de Dieu. 

Voilà, Madame, les sentiments de ce cardinal : il 
m'a commandé de vous donner toutes les assurances 
que je pouvois de ses respects et de sa passion 
pour le service très humble de \ otic Altesse Royale 
et de la Maison Royale de Savoie. 

Enfin, l'assemblée de la Chambre de Saint-Louis a 



DU CHEVALIER DE SÉViGNÉ. 8l 

été résolue au Parlement. C'est comme une chambre ar- 
dente pour veiller aux affaires publiques ; néanmoins, 
lesplus clairvoyants disent que ces assemblées ne fe- 
ront pas grand mal à la Cour, à cause des différents 
intérêts qui la divisent. Le Roi est arrivé, le 13 du 
courant, à Amboise, auquel lieu il séjournera jus- 
qu'à ce que toutes ses troupes l'aient joint; et après 
il est résolu de marcher droit contre 1 armée de 
Son Altesse Royale pour la combattre. Celle-ci doit 
repasser la Seine à Mantes ; ils sont aux environs. 

Le comte d'Harcourt a secouru les régiments 
de Champagne et autres que Monsieur le Prince 
tenoit assiégés dans Miradoux, depuis quatorze jours, 
avec soixante pas de brèche ' . Cette action est fort 
glorieuse à ce comte ; car, pour la faire, il a passé la 
Dordogne et la Garonne, deux puissantes rivières. 
Ses deux régiments secourus, il n'y a eu que trente 
hommes tués de cette prétendue défaite de M. de 
Saint-Luc ~. 

Je sais que tous ceux de la Cour qui ne voient 
point le cardinal Mazarin, ne laissent pas d'être 
très bien vus du Roi et de la Reine. 

Je suis ravi de plaire à Votre Altesse Royale et 
qu'elle ait agréable mes petits soins ; elle peut être 



1. Miradoux, chef-lieu de canton du département du Gers. 
Cette place, située sur une hauteur, était défendue par le mar- 
quis de Saint-Luc, à la tète des régiments de Lorraine et de 
Champagne. Condé en commença le siège le 27 février et dut le 
lever le l.S mars devant les forces supérieures du comte d'Har- 
court. 

2. François d Espinay, marquis de Saint-Luc, lieutenant 
général du roi en Guyenne. 

6 



82 CORRESPONDANCE 

assurée que je ne discontinuerai point tant que Dieu 
me conservera de la santé. Je souhaiterois avec pas- 
sion que la Providence me fit naître des occasions 
plus importantes afin de vous témoigner mon zèle 
et mon respect pour Votre Altesse Royale. 

S'il lui plaît d'adresser les lettres qu'elle me fera 
l'honneur de m'écrire à M. Clerc afin qu'il me les 
fasse tenir directement sans les envoyer à M. l'am- 
bassadeur, si, pendant son absence, jepouvois quelque 
chose pour le très humble service de Leurs Altesses, 
elle me fera grand honneur de me commander, je 
lui obéirois avec plaisir et m'estimerois le plus heu- 
reux de tous les hommes. 



XXXIII. 

MADAME ROYALE A M. DE SE VIGNE. 

16 mars 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, la joie que je 
reçois de la promotion de M. le cardinal de Retz 
ne me permet pas de différer de lui en donner 
quelque marque, et j'ai cru de ne devoir pas faire 
tomber la lettre que je lui écris sur ce sujet en 
d'autres mains que les vôtres pour la lui présenter de 
ma part, comme son bon parent et ami *. Mais je 
vous prie de l'accompagner des plus vives expres- 
sions de mon affection et de mon estime, et de l'as- 
surer qu'il n'y a personne qui prenne plus d'intérêt 

1. Voir à ce sujet la leUre suivante de M. de Sévigné. 



DU CHEVALIER DE SEVIGNE. 



83 



que moi en tout ce qui le regarde. Après cette com- 
mission que je sais qui ne vous sera pas désagréable, 
je ne dois pas finir cette lettre sans vous remercier 
de la vôtre du premier de ce mois et vous confirmer 
de nouveau que je suis, etc.. 



XXXIV. 

M. DE SÉVIGNÉ A iVIADAME ROYALE. 
A Paris, ce 22 mars 1652. 

Nous avons quelquefois des abondances de nou- 
velles très grandes et quelquefois aussi nous en 
sommes très nécessiteux. Cet ordinaire, il n'y en a 
point du tout d'importance, ne s'étant rien passé 
depuis huit jours qui soit d'aucune considération. 

Le Roi est toujours à Blois ; il a été souvent près 
d'en partir ; mais les habitants d'Orléans ayant 
reftisé de recevoir le cardinal Mazarin, Sa Majesté 
a été contrainte de demeurer en cette ville-là, jusqu'à 
ce que toutes ses troupes soient jointes ensemble 
pour aller droit combattre celles de M. le duc d'Or- 
léans, qui sont à un lieu nommé Patay, trois lieues près 
d'Orléans, afin de donner chaleur aux peuples de 
cette ville qui sont favorables à Son Altesse Royale. 

J'ai appris que lecardinal Mazarin n'a point chan- 
gé de conduite et qu'il a désobligé ceux qui avoient 
davantage contribué à sou retour. Le Grand Conseil, 
qui suit le Roi, lui avoit donné un arrêt par lequel 
ils donnoient main-levée de tous les bénéfices qui 
avoient été saisis par le Parlement. 



84 CORRESPONDANCE 

Hier, les Chambres s'assemblèrent sur ce sujet. 
Son Altesse Royale présente, et il fut ordonné que 
non seulement l'arrêt du Conseil seroit cassé et tous 
les revenus desdils bénéfices saisis, mais même que 
tous les arrêts donnés contre ledit Mazarin depuis 
son retour en France seroient confirmés et que tous 
les mois le Parlement en useroit ainsi ; ensuite, on 
y a lu les remontrances que quelques conseillers 
ont dressées pour envoyer au Roi et l'on achèvera 
demain de délibérer si ce sont les gens du Roi qui 
les porteront ou si ce sont des députés du Parlement. 

Le comte d'Harcourt a fait plusieurs progrès en 
Guyenne et en Saintonge contre Monsieur le Prince, 
car il a secouru les régiments de Champagne et de 
Lorraine qui étoient assiégés, comme je crois vous 
l'avoir déjà mandé, et de plus il a repris Saintes et 
mis le siège devant Taillebourg, que je crois pris pré- 
sentement '. 

Plusieurs personnes espèrent que M. le cardinal de 
Retz travaillera à pacifier les choses afin de témoigner 
la gratitude qu'il doit au Roi et à la Reine ; mais, 
comme il en doit aussi à Son Altesse Royale, je ne 
pense pas qu'il puisse répondre aux espérances que 
l'on a de lui, à cause que les premiers sont résolus [à 
conserver] le cardinal Mazarin et l'autre à le chasser ; 
ainsi il m'a avoué qu'il ne voyoit nul jour d'accom- 
modement. 

Le bruit a couru que M. de Metz se dessaisit de 
son évêché et que le Uoi le donnoit à ce cardinal 

1. La ville de Saintes avait été prise le il mars et Taille- 
bourg le fut le 23. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNK. 85 

avec le gouvernement de la ville et citadelle diidit 
Metz et qu'il s'y retireroit ^ Nous ne serons pas 
assez heureux, étant fort à craindre que la justice 
de Dieu ne s'apaise pas à si bon marché pour la 
France et qu'il nous fasse sentir une partie des maux 
que nous avons fait soulfrir aux autres. 

Les aftairesde (Catalogne sontdésespérées. Le maré- 
chal de La Motte demande son congé, à cause que l'on 
ne lui a pas donné ce qu'on lui avoit promis pour se- 
courir Barcelone. 

Votre Altesse Royale se contentera, s'il lui plaît, 
de ce peu de nouvelles ; c'est tout ce qu'il y en a, 
au moins tout ce que sait son très humble et très 
obéissant serviteur. 

XXXV. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 29 mars 1652. 

J'ai donné à M. le cardinal de Retz la lettre 
de Votre Altesse Royale, qu'il a reçue avec tout 
le respect qui est dû à la plus aimable et à la plus 
grande princesse du monde ^. Il lui fera réponse 

1. Cet événement se produisit effectivement quelques mois 
plus tard. Henri de Bourbon, marquis de Verneuil, fils légitimé 
de Henri IV et de Catherine-Henriette de Balzac, pourvu de 
l'évêché de Metz en commende depuis 1612, le céda en août 
1652 au cardinal Mazarin, qui en eut des lettres du roi le 
29 novembre 1653, mais ne put jamais obtenir de bulles du 
pape et s'en démit ciii658iGalliaC/irif<tiana,XlU, col. 801-803). 

2. Nous publions plus loin aux Appendices la lettre de 
Madame Pioyale au cardinal de Retz et la réponse de celui-ci. 



86 CORRESPONDANCE 

et il m'a donné charge de l'assurer d'une très pas- 
sionnée obéissance et d'une très véritable inclination 
de lui rendre toutes sortes de très humbles services. 
Les nouvelles nous viennent par des canaux si cor- 
rompus que l'on a bien de la peine de discerner la 
vérité. 

Celle du combat de M. le comte d'Harcourt est 
très assurée, c'est-à-dire qu'il a eu tout l'avantage 
et qu'il est tombé au milieu des quartiers de Mon- 
sieur le Prince sans que les partis l'eussent découvert ; 
ainsi il y a mis tant de désordre qu'il a obligé mondit 
sieur le Prince de se retirer avec précipitation vers 
Agen et de passer une rivière en vue des ennemis ^ ; 
de savoir au vrai le nombre des morts, c'est ce qui 
ne se peut ; le Roi dit qu'il y en a seize cents et les 
autres qu'il n'y a pas eu six hommes de tués. 

Un des pensionnaires de ce prince me mande 
de Bordeaux, du 18 du courant, qu'il a perdu 
tous ses gardes et la plupart de son bagage. 

Lundi dernier, M. de Beaufort vint ici pour 
convier M. le duc d'Orléans d'aller en cette ville-là 
afin d'en obliger les habitants de donner passage à 
leurs troupes, en cas qu'ils voulussent éviter le 
combat. Toutes les créatures de Messieurs les 
Princes, comme MM. de Chavigny, de Rohan, de 
Tavannes et autres se trou^ èrent chez Son Altesse 
Rovale pour fortifier la prière de M. de Beaufort. 

1. Après la levée du siège de Miradoux, Condé avait vu sa 
garde surprise par le comte d'Harcourt à Astaflbrt (chef-lieu 
de canton de l'arrond. d'Agen) et avait dû se retirer précipi- 
tamment à Agen [Mémoires de La Rochefoucauld, II, 333-336; 
— Mémoires de Gourville, I, 59). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 87 

Dans le même temps que tous ces Messieurs parloientà 
Monsieur, il les quittoit souvent pour passer dans le 
grand cabinet de Madame, dans lequel il y avoit trois 
ou quatre des amis de M. le cardinal de Retz, ce 
qui avant été su de ces autres Messieurs, ils s'empor- 
tèrent de dire à cette Altesse qu'ils voyoient bien 
d'où venoit son irrésolution et que c'étoient cer- 
taines personnes qui en étoient cause et qui le tra- 
hissoient^ 

M. de Beau fort s'échauffa si fort dans ce reproche 
que Son Altesse Royale se fâcha et lui dit : «Je m'en 
fierois bien en vous de m'apprendre à connoître les 
gens » ; il ajouta qu'il savoit mieux ceux qui le 
servoient bien et ceux qui le vouloient surprendre et 
qu'on ne le vouloit faire aller à Orléans que pour y 
faire passer les troupes que commande M. de 
Nemours, afin d'aller trouver Monsieur le Prince. A 
quoi Tavannes ^ prit la parole et lui dit qu'il étoit trop 

1. Dubuisson-Aubenay montre sous le même jour le rôle du 
cardinal de R.etz dans cette affaire : « Dimanche 24, matin, ré- 
solution que Monsieur iroit à Orléans...; le soir, il change et 
fait résoudre sa fille d'y aller..., ce qui fut arrêté par le Con- 
seil, chez lui, où les sieurs de Chavigny et autres de la Fronde 
furent d'avis et soutinrent avec grande instance et crierie que 
Monsieur devoit aller à Orléans ; mais le coadjuteur de Paris, 
depuis peu cardinal de Retz, l'emporta. Madame favorisant son 
avis et Monsieur même y ayant de l'inclination » (Dubuisson- 
Aubenay, II, 188). 

2. Jacques de Saulx, comte de Tavannes, lieutenant général 
en 1651. Sur son rôle pendant la Fronde, il a laissé d'im- 
portants mémoires, publiés en 1691, sous le titre de : Les 
Mémoires de Messire Jacques de Saulx Tavannes, lieutenant 
général des armées du Roi, contenant ce qui s'est passé de plus 
remarquable depuis 16^9 jusquen 1653. Une nouvelle édition 
en a été donnée en 1857. 



88 CORRESPONDANCE 

liomme d honneur pour servir à une fourbe, que Mon- 
sieur le Prince lui avoit commandé de ne point quit- 
ter Son Altesse Royale qu'il ne lui commandât autre- 
ment; néanmoins, il persista dans son opinion, mais 
il accorda que Mademoiselle, sa fille, iroit, ce qu'elle 
a fait et est entrée dans ladite ville ' où le garde des 
sceaux et le reste du Conseil a été refusé. L'on dit 
qu'à Chartres l'on a refusé le comte d'Orval '^ qui v 
alloit de la part du Roi. 

Les sieurs de Vendôme, de Bouillon et du Ples- 
sis-Praslin sont ministres d'Etat ^, et l'on a vérifié à 
la Chambre des Comptes le don que le Roi a fait 
au second en échanoe de Sedan. Cela lui vaudra 
deux cent cinquante mille livres de rente. En voilà 
assez pour le Vendredi Saint. Je suis très obligé à 
Votre Altesse Royale de l'honneur qu'elle m'a fait. 

1. C'est le 27 mars que Mademoiselle, assistée de Mesdames 
de Fiesque et de Frontenac, Ht, par la brèche, son entrée 
triomphale à Orléans où elle ne put obtenir, néanmoins, de 
faire entrer les troupes des Princes [Mémoires de M^^ de Mont- 
pensier, édit. Chéruel, I, 360\ 

2. Premier écuyer de la Reine. 

3. Dubuisson-Aubenav enregistre le même bruit : « Lettres du 
23 de la Cour à Blois... que l'on a proposé de mettre les ducs 
de Vendôme et Bouillon dans le Conseil du Roi et les faire 
ministres comme aussi le maréchal du Plessis-Praslin, mais que 
le prince dHarcourt avant représenté les services de M. d'El- 
beuf, son père, et prié le Roi qu'il fût déclaré du Conseil du 
Roi ainsi que ces trois autres, on lui aurait répondu que cela 
n'était point fait pour les autres » iDubuisson-Aubena\ , II, 189.) 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 89 

XXXVI. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 5 avril 1652. 

Samedi dernier, sur les dix heures du matin, il 
arriva en cette ville un courrier de Monsieur le Prince 
qui, ayant été présentée Son Altesse Royale, lui donna 
un billet de mondit sieur le Prince qui portoit : 
« J'espère ce soir avoir l'honneur de vous voir et je 
dirai à Votre Altesse Royale le sujet démon voyage ^ . » 
En même temps, Monsieur, voyant auprès de luiun con- 
seiller du Parlement, ami du cardinal de Retz, il lui 
commanda de dire à ce cardinal queMonsieur le Prince 
s'en iroit à l'armée incontinent qu'il auroit conféré 
avec lui de ce qu'il y avoit à faire, qu'il venoit avec 
un esprit de soumission pour lui, mais que quand 
cela ne seroit pas, qu'il l'assuroit de n'abandonner 
jamais ses amis. J'y étois lorsque l'on lui fit ce dis- 
cours et, pendant que nous dînions, tous ses amis 
se rendirent auprès de lui incontinent après le 
dîner. Nous montâmes en carrosse, M. le duc de 

1. Loret écrivait le dimanche 7 avril : 

Monsieur le prince de Condé, 
Encor qu'on ne l'ait point mandé, 
Icy lundy se devoit rendre 
Et se fit très longtemps attendre. 

(Loret, Muze historique, I, 229.) 



90 CORRESPONDANCE 

Brissac et moi, seuls avec lui. Il pria tous ses amis 
de l'attendre chez lui et nous fûmes à Luxembourg, 
où il vit Monsieur dans le cabinet de ses livres. Il 
lui représenta que Monsieur le Prince perdoit le 
respect qu'il lui devoit de venir où il étoit sans lui 
en donner avis, que sa venue à l'improviste ne fai- 
soit pas paroître cette soumission dont il se vantoit ; 
qu'elle étoit contre les lois puisqu'il avoit intelligence 
publique avec les Espagnols et les Anglois,et qu'ainsi 
il ne crojoit pas que le Parlement ni la Maison de 
Ville le souffrissent à Paris ; que son intérêt ne 
l'obligeoit pas de dire toutes ces choses à Son 
Altesse Royale, puisqu'il se sentoit assez fort d'amis 
non seulement pour se garantir des entreprises de 
mondit sieur le Prince, mais même d'entreprendre 
sur lui s'il y étoit contraint ; que c'étoit donc le seul 
intérêt de Son Altesse Royale qui lui faisoit parler ; 
qu'il étoit clair que cette venue y étoit tout à fait 
contraire, parce que dans la confusion où cela met- 
troit la ville à cause de son intimité avec mondit 
sieur le Prince, Monsieur y perdroit son autorité ou 
ses amis, peut-être tous les deux ensemble ; qu'outre 
cela, il avoit dessein de s'aller mettre à la tête de 
l'armée pour se rendre le maître s'il gagnoit la 
bataille, et qu'après cela Son Altesse Royale seroit 
obligée de suivre ses sentiments, et en quelque sorte 
son esclave. Monsieur lui répondit qu'il voyoit bien 
qu'il avoit raison et qu'il connoissoit bien qu'il 
lui disoit la vérité, mais que l'ignorance de MM. de 
Nemours et de Beaufort eût tout perdu si ce prince 
ne fût venu pour commander cette armée-là et qu'il 
se tiendroit sur ses gardes et se précautionnera 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 91 

contre toutes les choses sur lesquelles ils avoient 
raisonné K 

Il est vrai que, sans la venue de ce prince, cette 
pauvre armée couroit grande fortune ; car, outre l'in- 
capacité des chefs, ils étoient tout à fait brouillés. 
Le sujet est (ju'étant au Conseil dans la 'chambre 
de Mademoiselle et au faubourg d'Orléans, M. de 
Nemours fut d'avis de passer la rivière de Loire et 
s'approcher de Monsieur le Prince qu'il savoit être 
pressé. M. de Beaufort fut d'avis contraire et d'aller 
à Monta rgis ; presque tous les chefs furent du même, 
ce qui obligea Mademoiselle d'en être aussi, sur 
quoi M. de Nemours, s'étant emporté, dit qu'il 
voyoit bien que M. de Beaufort traliissoit le parti ; 
celui-ci lui donna un démenti, et l'autre mit l'épée à 
la main, et Mademoiselle se mit entre leurs épées, 
qu'elle trouva fort insolentes de paroître nues devant 
elle ; néanmoins elle cacha son ressentiment et les 
fit amis^. 

Monsieur le Prince ne vint pas comme il avoit 
écrit à Monsieur, et prit le parti d'aller joindre l'ar- 
mée ; l'on ne sait pas au vrai ce qui l'obligea de 
changer. Il y en a qui croient qu'il a été en cette 
ville et qu'ayant vu que le prévôt des marchands 



1. Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires prétend que cette 
nouvelle de l'arrivée de Monsieur le Prince « fut un coup de 
foudre pour Monsieur » et que ce fut surtout à la demande ins- 
tante de ce dernier qu'il prépara dans le public et au Parle- 
ment un mouvement d'opinion contre ce voyage [Œuvres du car- 
dinal de Retz, IV, 177-181). 

2. Mémoires de ikf"^ de Montpensier, II, pages 13 et 14- 
Cette scène y est racontée un peu difiererament. 



92 CORRESPONDANCE 

avec les éehevins étoient allés trouver Monsieur 
pour lui dire qu'ils le supplioient de faire en sorte 
que Monsieur le Prince ne demeurât pas à Paris, à 
cause des désordres qui arriveroient par les divers 
intérêts qui feroient agir les peuples, Monsieur leur 
donna parole qu'il n'étoit venu que pour conférer 
avec lui et qu'il sorti roit peu de temps après ; ce 
qu'ayant vu mondit sieur le Prince, il auroit pris 
la résolution d'aller à l'armée ; il y arriva avec un 
habit de chevau-léger. Depuis son arrivée, il s'est 
saisi de Montai-gis, afin de ne pouvoir être contraint 
à combattre s'il ne le veut. I.e Roi n'est pas venu 
si tôt à Gien comme l'on croyoit; néanmoins l'on m'a 
assuré qu'il y est présentement, et un de mes amis, 
qui l'a laissé à Sully, m'a dit qu'ils y viennent avec 
une résolution très ferme de combattre et que M. de 
Turenne lui auroit dit qu'il croyoit avoir dix mille 
hommes. 

Un gentilhomme de Son Altesse Pioyale revint hier 
de trouver le duc de Lorraine. Il a assuré que son 
armée sera dans huit jours auprès de Rethel et a dit 
à un de ses intimes que sa personne sera ici peut- 
être dans six ; si cela se fait, ce sera par l'intrigue du 
cardinal de Retz qui a conseillé de le faire venir afin 
que sa puissance balance et soit même plus grande 
que celle de Monsieur le Prince, afin que Son Altesse 
Royale soit toujours le maître ' . 

1. Le cardinal de Retz prétend n'avoir fait cette démarche 
qu'à la demande expresse de Monsieur : « Il y avait assez long- 
temps, écrit-il en parlant du duc de Lorraine, que les Espa- 
gnols le pressaient d'entrer en France et de secourir Messieurs 
les Princes. Monsieur et Madame l'en sollicitaient avec empres- 



DU CHEVALIER DE SÉVIGMÎ. 93 

Le lendemain du jour que Monsieur le Prince 
devoit venir, l'on afficha des placards qui portoient 
qu'il venoit pour chasser plus tôt le cardinal Mazarin 
et qu'ils le trouveroient sur le Pont-Neuf pour leur 
dire ce qu'il falloit faire ; quelques canailles s'y trou- 
vèrent, tous ivres, car c'étoientgens gagnés ; ils firent 
mille insolences, arrêtant tous les carrosses et leur 
faisant dire mille injures du Mazarin '. Le lendemain, 
ils continuèrent; mais, sur le soir, l'île du Palais et 
le quai des Orfèvres prirent les armes, les attaquèrent 
et en prirent plusieurs prisonniers qui sont condam- 
nés à être pendus. 

Monsieur s'en plaignit hier au cardinal de Retz, 
croyant que cela s'étoit fait par ses ordres ; il lui 
répondit que, tant qu'il ne paroîtroit que les valets 
de Monsieur le Prince, il n'agiroit point, mais que 
lorsqu'il y seroil en personne, il s'y trouveroit aussi 
et qu'il ne souffriroit pas que l'on l'opprimât impu- 
nément. Voilà l'état des choses jusques aujourd'hui. 
L'on parle de quelque léger combat de quelques 
troupes du Roi qui auroient passé la rivière ; si cela 
est, ce n'est pas grand chose. 

Je supplie très humblement Votre Altesse Rovale 



sèment.... Monsieur me força un jour de dicter à Frémont 
une instruction pour Le Grand qu'il envoyait à Bruxelles pour 
le persuader » [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 250-251"i. 

1. « Mardi 2, toute la canaille s'est amassée sur le Pont- 
Neuf depuis deux heures de relevée, arrêtant les carrosses, fai- 
sant descendre ceux qui étaient dedans, prenant aux uns des 
manteaux, aux autres autre chose et menaçant de les jeter dans 
la rivière s'ils ne criaient : \\\e le Roi et les Princes, point de 
Mazarin » (Dubuisson-Aubenay, II, 195). 



94 CORRESPONDANCE 

d'avoir agréables les soins et les respects de son très 
humble et très obéissant serviteur. 



XXXVII. 
MADAME ROYALE A M. DE SE VIGNE. 

6 avril 1652. 

Monsieur le maixjuis de Sévigné, j'avoue avec 
vous que dans l'embarras où sont réduites les affaires, 
il est bien difficile de trouver le moyen d'établir la 
paix et la tranquillité du royaume avec la réconci- 
liation des deux partis qui témoignent tant d'animo- 
sité et qui sont si opposés en leurs sentiments. Tou- 
tefois, si quelqu'un doit prétendre à ce bonheiu", j'es- 
time que M. le cardinal de Retz plutôt que tout 
autre en doit avoir la gloire. Je souhaiterois que les 
conjonctures fussent telles ([u'elles vous donnassent 
lieu d'insérer cette bonne nouvelle parmi celles que 
vous prenez le soin de me faire savoir avec tant 
d'aff'ection et d'assiduité. Cela augmenteroit de beau- 
coup le plaisir que j'ai de les lire, mais non point 
la véritable inclination avec laquelle je suis, etc.. 

XXXVIII. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 12 avril 1652. 

Ma gazette de cet ordinaire sera un peu longue ; 
mais je m'assure que Votre Altesse Royale ne sera 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. Oo 

point importunée de la lire, quoique très mal écrite, 
puisque, étant tante de notre Roi et mère d'un prince 
si intéressé aux afl'aires de la France, il ne se peut 
faire qu'elle ne soit bien aise d'apprendre ce qui s'y 
fait. 

Je laisse aux autres le partage de bien écrire pour 
prendre celui d'écrire sincèrement et \éritablement, 
vous pouvant assurer qu'il faut que je sois persuadé 
d'une chose quand je la mande. 

Suivant ce que je vous ai mandé, l'on a fait le pro- 
cès à deux séditieux, qui ont été pendus, le bourgeois 
s'étant mis sous les armes pour en favoriser l'exécu- 
tion. Il y a eu une petite historiette dans la suite 
de cette pendaison ; mais, comme c'est une affaire 
de Pont-Neuf, je la laisse au secrétaire de M. l'am- 
bassadeur. 

Cette exécution est de très grande conséquence 
et qui a fait voir que le gros bourgeois de Paris ne 
veut point de sédition ^ ; ça a fait changer de style 
à Monsieur le Prince, comme vous verrez parla suite 
de ce discours, et a fait connoître au Roi qu'il a été 

1. C'est surtout grâce k l'attitude énergique du Parlement 
que les poursuites commencées par le bailli du Palais contre 
quelques-uns des émeutiers de la journée du 2 avril purent 
recevoir leur exécution. Il n'en est pas moins certain que, dans 
cette circonstance, le cardinal de Retz se montra nettement hos- 
tile à l'agitation créée par les partisans des Princes. Laigues, 
le confident de Madame de Chevreuse, écrivait à Mazarin le 
6 avril en parlant du cardinal de Retz : « Je suis oblige de 
dire à Votre Eminence que je l'ai trouvé dans toutes les meil- 
leures dispositions du monde pour le service de la reine et le 
vôtre particulier » (Chéruel, Histoire de France sous le ministère 
de Mazarin^ I, 155-159). 



% CORRESPONDANCE 

bien conseillé de s'acquérir tout à fait celui dont je 
vous envoie une lettre, puisque, tant qu'il a été dans 
d'autres intérêts, Ton n'a jamais pu faire des coups 
d'autorité semblables à ceux-ci. 

D'abord que Monsieur le I*rince eut joint l'ai-mée 
de M. le duc d'Orléans, elle commença d'agir selon 
les règles du métier, et, ayant su que l'armée du Roi 
étoit deçà la rivière de Loire et qu'il y avoit divers 
quartiers divisés par des canaux et par des petites 
rivières, il fit dessein de les enlever. La même nuit 
qu'il fit ce dessein, les marécbaux dcTurenne et d'Hoc- 
quincourt [qui] avoient eu avis que mondit sieur le 
I*rince s'en alloit à Montereau pour s'en saisir, en- 
voyèrent en toute diligence ordre aux troupes de se 
lendre à un rendez- vous général, et par hasard, en 
y allant, elles trouvèrent les ennemis au milieu de 
leur marche; mais, comme c'étoit de nuit que Mon- 
sieur le Prince les fit charger, il n'y a presque per- 
sonne de perdu, mais tout le bagage du maréchal 
d'Hocquincourt et de Broglio est tout perdu'. L'on 
a fait sonner ici cette défaite fort grande ; mais je 
vous en mande la pure vérité. Le lendemain malin, 
les deux armées se mirent en bataille en présence, et 
le canon de celle du Roi tua le sieur de Marey ^, 
maréchal de camp des troupes de Son Altesse Royale 

1. Il s'agit ici du combat du 7 avril, dans lequel Condé sur- 
prit à Bléneau les troupes dispersées du maréchal d'Hoequin- 
court et leur infligea une sanglante défaite dont les habiles dis- 
positions de Turenne purent seules atténuer les effets. 

2. Guillaume Rouxel de Médaw de Grancey, comte de Marey, 
frère du maréchal de Grancey, maréchal de camp depuis le 
30 mars 1649. 



\ 



inj CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 97 

et le sieur de Boisgeffroy ', qui [éloit] a la même 
armée. M. de Nemours est aussi blessé d'un coup de 
carabine ; mais on assure que cela ne sera rien. 

Après ce combat, Monsieur le Prince a mis ses 
troupes dans les mêmes postes, qui sont Chàtillon - 
et (liàteaurenard^, etest venu en cette ville. Il y arriva 
hier à cinq heures du soir. Son Altesse Royale fut 
au-devant lui jusques à Villejuif. Ce matin, il est 
allé au Palais, où les chambres étoient assemblées 
pour entendre la réponse que le Roi avoit faite à leurs 
députés, qui a été que Sa Majesté leur avoit témoi- 
gné grand mécontentement de ce qu'aucun de leur 
compagnie n'avoit suivi la conclusion des gens du 
Roi sur l'entrée des étrangers en France et qu'ils 
avoient fait voir qu'ils étoient fort mauvais François 
de souffrir qu'on roulât le canon dans la ville de 
Paris contre son service ; que pour ce qui rcgardoit 
le cardinal Mazarin, qu'il leur déclaroit qu'il étoit 
revenu en France par ses ordres ; qu'il leur com- 
mandoit de lui apporter les informations ; qu'il étoit 
majeur et qu il vouloit faire justice. 

Après cela. Monsieur le Prince a protesté qu'il 
étoit prêt de poser les armes aussitôt que le Roi auroit 
chassé le cardinal Mazarin, et qu'il supplioit la Com- 
pagnie de confirmer leurs arrêts contre lui^. L'on 

1. Pierre Mascarel de Boisgeffroy était maréchal de camp 
depuis l'année précédente, 1651. 

2. Châtillon-sur-Loing ou Châtillon-Coligny. 

3. Châteaurenard, dans l'arrondissement de Montargis. 

4. La majorité du Parlement se montra en cette circonstance 
favorable à Condé ; une certaine émotion se produisit toutefois 
après que le président Bailleul, répondant au discours du prince, 

7 



98 CORRESPONDANCE 

a commencé d'opiner ; mais l'on est demeuré aux 
présidents des enquêtes ; ainsi l'on ne peut pas juger 
absolument jusqu'où ira la délibération ; toutefois, 
jusques à présent, les opinions ne vont qu'à écrire 
au Premier Président afin qu'il insiste auprès du Roi 
qu'il lui plaise d'entendre lire les remontrances du 
Parlement suivant la coutume des rois ses prédéces- 
seurs. 

Le cardinal de Retz a été fort visité ce matin ; 
mais il a refusé de se faire accompagner chez Mon- 
sieur, où il a été une heure après midi ; il a parlé à 
Son Altesse Royale avec une fierté admirable. Mon- 
sieur l'a assuré que Monsieur le Prince s'en iroit 
demain et qu'il n'entreprendroit rien contre lui ; 
celui-ci lui a dit qu'il ne le craignoit point et, si ce 
n'étoit pour ne pas préjudicier aux intérêts de Son 
Altesse Royale, il l'auroit déjà fait sortir de Paris. 

Un de mes amis m'a dit que Fabert ' , qui est à la 
Cour, avoit été plus de quatre heures enfermé avec 
la Reine et le Cardinal et qu'il négocioit pour un 
accommodement ; il m'a aussi assuré que le Roi s'en 
venoit à Saint-Germain et qu'il étoit parti aujourd'hui 
avec quinze cents chevaux seulement et qu'il se met- 

lui eut déclaré « qu'il ne lui pouvoit dissimuler la sensible dou- 
leur que la Compagnie avoit de lui voir les mains teintes du sang 
des gens du Roi qui avoienl été tués à Bléneau » [Œuvres du 
Cardinal de Retz, IV, 190). 

1. Depuis plusieurs mois déjà Fabert, tout dévoué aux inté- 
rêts de Mazarin, rêvait d'un rapprochement entre la Cour et 
les Princes et, dans ce but, s'en était ouvert h. Chavigny. Au 
mois de mars, il était venu conférer avec ce dernier à Paris et 
ensuite à Biois avec Mazarin [Le Maréchal de Fabert, par 
J. Bourelly, I, 400-564). 



DU CHEVALIER DE SÉVIG.NÉ. 99 

troit à couvert dans la marche de la rivière de Loire ; 
que M. de Turenne demeureroit opposé à Monsieur 
le Prince et qu'il seroit plus fort que lui encore de 
deux mille hommes, outre ce que le Roi emmène- 
roit. Je ne suis pas caution de cette nouvelle, quoi- 
qu'elle vienne d'un demi-ministre, comme nous 
en avons grande quantité en France à présent. 

Je vous avois mandé que ]VIM. de Vendôme •, de 
Bouillon et de Praslin étoient ministres d'État ; 
il est bien vrai qu'ils ont été déclarés pour cela ; mais 
ils n'ont pas entrée encore dans le Conseil ; car le 
premier vint voir le Roi à Cléry ; mais il ne fut qu'un 
quart d'heure à la Cour et y vécut tout ce temps-là 
avec une grande froideur, et puis il s'en retourna à 
Mantes pour un grand armement qui s'y fait; nous 
ne savons pas pour quelle entreprise il est destiné. 
Les uns disent que c'est pour la Catalogne, les autres 
pour Brouage et les autres pour Bordeaux ; je trouve 
plus d'apparence à ce dernier, car cette première est 
presque réduite à l'obéissance, la ville d'Agen ayant 
prié enfin M. le prince de Conti de se retirer, et ils 
ont reçu le comte d'Harcourt -. Le due de Lorraine 
ou du moins ses troupes sont entre Avesnes et Rethel 
et elles marchent vers Guise. 

1. César, duc de Vendôme, était grand amiral de France 
depuis le 12 mai 1650. Mazarin écrivait à M. d'Estrades, gou- 
verneur de Dunkerque, le 2o avril 1652, que M. de Vendôme 
travaillait alors à « un puissant armement que le Roy a destiné 
pour la rivière de Bordeaux » [Lettres de Mazarin^ V, 96). 

2. Le comte d'Harcourt, après avoir battu les troupes du 
prince de Conti, avait fait son entrée solennelle dans Agen le 
4 avril [Souvenirs du règne de Louis XIV, par le comte de 
Cosmac, II, 413-425). 



100 CORRESPONDANCE 

M. le cardinal de Retz m'a chargé de témoigner à 
Votre Altesse Royale tant de respects et tant d'obéis- 
sances que je me sens incapable de répondre à ses 
sentiments avec des termes assez forts. Je la supplie 
d'avoir agréable le désir que j'ai d'y satisfaire et de 
contenter la passion que j'ai de faire, en tout le reste 
de mes actions, quelque chose qui puisse lui être 
agréable. .Te ne sais si j'ai mandé à Votre Altesse 
Royale que, Monsieur le Prince ayant vu que la 
sédition ne lui avoit pas bien réussi, il vit ici avec 
une grandedouceur. 

XXXIX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 19 avril 1652. 

Pour cet ordinaire, je satisferai en partie à la curio- 
sité et au plaisir que vous espérez recevoir de la lec- 
ture de mes relations, puisque vous y lirez qu'il se 
fait beaucoup de propositions de paix ; mais, comme 
M. le duc d'Orléans n'en est pas consentant et que 
ce ne sont que les ministres et confidents de Mon- 
sieur le Prince qui les font, il y a peu d'apparence 
qu'il en résulte un bon effet. Leur dessein est d'ar- 
rêter tous les articles avec la Cour, d'où l'on dit 
que le premier, c'est Téloignement de M. le cardi- 
nal de Retz, et puis Monsieur le Prince doit repré- 
senter à Monsieur les désordres de la guerre civile 
et la perte infaillible de l'État, si elle dure plus long- 
temps ; que le Roi est résolu de tout perdre plutôt 
que d'éloigner le cardinal Mazarin, et qu'il ne croit 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 101 

pas qu'ils le puissent obliger par force; enfin, s'il en 
vient là, il lui dira tout ce qu'il croira qui pourra per- 
suader Son Altesse Royale de s'accommoder par son 
entremise, afin que, si Monsieur est assez foible pour 
le faire, de se rendre maître des affaires. 

Je m'assure que sur ce raisonnement vous direz 
que M. le cardinal de Retz devra prévenir Son 
Altesse Royale et le persuader de tous les desseins 
de Monsieur le Prince et faire en sorte qu'il s'accom- 
mode par son moyen afin de se conserver le pouvoir 
qu'il a sur l'esprit de Monsieur et par conséquent 
maître des affaires. Comme j'ai raisonné à fond 
avec lui sur celte matière, je vous puis assurer qu'il 
fait tout ce qu'il croit devoir faire et qu'il peut, sans 
choquer son honneur et ce qu'il doit au public ; 
qu'il ne croit pas que Monsieur accepte le calice de 
la main de Monsieur le Prince, ni même que celui- 
ci le lui ose offrir, sans être résolu, au cas qu'il soit 
refusé, de se jeter du côté de la Cour. Le Cardinal 
dit que, s'il le fait. Monsieur demeurera maître de 
tout et que l'autre se perdra d'honneur, et que, pour 
lui, il demeurera quitte de ce qu'il doit à la Reine 
si elle s'accommode avec Monsieur le Prince contre 
lui, et qu'il lui sera permis de servir Son Altesse 
Royale sans réserve, en se défendant ; que si Mon- 
sieur suit le parti que Monsieur le Prince lui présen- 
tera et qu'ils consentent tous deux que le cardinal 
Mazarin demeure, qu'il est résolu à se tenir clos et 
couvert dans son archevêché, etqu'il demeurera avec 
quelquq honneiu', puisque l'on verra qu'il sera le 
seul qui n'aura point consenti au rétablissement du 
cardinal Mazarin, duquel toutefois il n'est plus enne- 



102 CORRESPONDANCE 

mi qu'à cause de l'État. Mon opinion est que, s'il pou- 
voit obliger Monsieur de se raccommoder, il le feroit ; 
car il hait davantage Monsieur le Prince que le car- 
dinal Mazarin. 

Voilà présentement la face du théâtre ; peut-être 
que de tout cela il ne réussira rien ; mais enfin 
toutes les apparences sont de ce que je vous mande, 
et tous les jours le cardinal de Retz en a des avis. 

Monsieur le Prince n'est pas parti comme je vous 
avois mandé qu'il le devoit faire, à cause que le Par- 
lementa donné un arrêt qui favorise ses desseins, qui 
est que les mêmes députés retourneroient vers le 
Roi et lui faire de nouvelles instances afin qu'il 
entendît la lecture des remontrances que l'on lui 
avoit faites ; que toutes les compagnies souveraines 
seroient priées de se joindre avec eux sur le même 
sujet et que la Maison de Ville seroit priée de faire 
une assemblée générale, ce qu'elle a fait aujourd'hui, 
où il y avoit des députés de tous les corps de la ville 
tantséculiersqu'ecclésiasliquesjusques aux Chartreux. 
Messieurs les Princes y ont été et, après y avoir fait 
la même déclaration qu'au Parlement, ils se sont 
retirés pour laisser la liberté des suffrages ^ Après, 
l'on y a lu toutes les déclarations et tous les arrêts don- 
nés contre le cardinal Mazarin. Cela a duré long- 
temps ; enfin M. le procureur du Roi de la ville a 
parlé deux heures, où il a montré que la coutume 
étoit que la ville fiiisoit des remontrances en des 
affaires importantes, qu'elle en avoit fait sous les 

1. Registres de V Hôtel de Ville pendant la Fronde , publics 
par MM. Le Roux de Lincy et Douët d'Arcq, II, 258-265. 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 103 

rois Henri III el IV, et que la haine que l'on avoit 
contre le cardinal Mazarin étoit si publique que l'on 
ne pouvoit refuser de supplier le Roi de l'éloigner 
de France et d'honorer sa bonne ville de sa pré- 
sence. A la fin de sa harangue, l'assemblée s'est sépa- 
rée et demain l'on délibérera. 

M. le cardinal de Retz sort de mon cabinet et 
m'ayant demandé à qui j'écrivois, il m'a commandé 
d'assurer Votre Altesse Royale qu'il sera toujours 
son très humble et très obéissant serviteur, et, devant 
qu'il eût jamais eu l'honneur de recevoir des marques 
d'estime de Votre Altesse Royale, je l'avois engagé 
d'être dans une très forte passion pour la Maison 
Royale de Savoie, la pouvant assurer que je n'ou- 
blierai jamais les bontés avec lesquelles Elle a souf- 
fert que je lui rendisse mes obéissances et mes très 
humbles respects. 

Le cardinal de Retz m'a dit que le Roi couchoit 
ce soir à Joigny ; l'on dit que demain il vient à Sens 
et de là passe à Pont-sur-Seine pour de là venir en 
deçà ; mais l'on ne sait où. Il m'a assuré qu'il ne 
croyoit pas que la Cour le voulût pousser à s'accom- 
moder contre lui, mais que rien ne le pouvoit plus 
obliger à se jeter dans les partis. Il m'a conté que ce 
matin un de ses amis lui avoit dit que, dans une 
débauche. Monsieur le Prince avoit dit du mal de 
lui et qu'il avoit reparti tout haut : « Je ne crois pas 
qu'il ait eu cette foiblesse-là contre moi ; car, s'il en 
étoit capable, je crois qu'il l'auroit eue au Palais lors- 
que je fus assez malheureux pour m'y trouver contre 
ses intérêts. » Je me hasarde de nommer les gens par 
leur nom ; je supplie Votre Altesse Royale de m'en- 



104 CORRESPONDANCE 

voyer un chiffre; car à la longue cela est dangereux. 
Je la conjure de me tenir celle-ci secrète, lui pou- 
^ an l jurer qu'il n'y a pas quatre personnes qui sachent 
toute cette intrigue. 

XL. 
M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE'. 

De Paris, 26 avril 1652. 

Monsieur le cardinal de Retz n'a jamais prétendu 
aucune mesure avec A^otre Altesse Royale, et il m'a 
témoigné être très fâché que l'abbé Tinti eût donné 
ordre de ne lui pas rendre la lettre qu'il s'étoit donné 
l'honneur de vous écrire sur le sujet de sa promo- 
tion . 

Celle qu'il a écrite pour répondre à Votre Altesse 
Royale en est une preuve bien certaine, puisqu'elle 
est conçue avec tout le respect qu'il rendroit à la 

1. Cette lettre, qui paraît ne faire qu'un avec celle qui suit 
du même jour, est relative à un incident protocolaire soulevé 
par l'ambassade de Savoie, au sujet de la missive officielle par 
laquelle le cardinal de Retz faisait part au duc de Savoie de sa 
promotion au cardinalal. Lahbé ïinti, secrétaire, qui gérait les 
affaires en l'absence de l'ambassadeur, ne lavait pas fait par- 
venir à sa destination jugeant qu'en la forme elle ne rendait 
pas à Son Altesse Royale l'honneur qui lui était dû. 

On verra, par les lettres suivantes de M. de Sévigné (3 et 
10 mai) qu'il s'entremit très heureusement pour clore cet inci- 
dent qui fit l'objet d'une entrevue entre lui et l'abbé d'Aglié, 
ambassadeur de Savoie. Ce dernier en rendit compte à Madame 
Royale le 3 mai. Voir plus loin au\ Appendices: cette lettre de 
l'ambassadeur. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 105 

Reine. Sa naissance ne lui permet pas d'ignorer ce 
qui est (lîi aux filles de France, et le respect qu'il a 
pour Votre Altesse Royale lui donne toute la passion 
imaginable de passer même au delà. 

Il souhaiteroit pouvoir en user de même pour Son 
Altesse Royale de Savoie, c'est-à-dire de passer par 
dessus toutes les circonspections que sa dignité 
l'oblige d'avoir pour lui rendre tous les honneurs et 
toutes les civilités à quoi son humeur le porteroit, 
s'il n'avoit peur de s'attirer le conclave à dos. 

Il s'informera de la manière dont en usent les car- 
dinaux présentement, m'ayant assuré qu'il n'en pré- 
tend pas davantage et particulièrement d'un prince 
qui a l'honneur d'être votre fils. 

J'espère, Madiune, en rendre compte à Votre 
Altesse Royale l'ordinaire prochain, la pouvant assu- 
rer qu'en cela et en toutes les choses où il s'agira de 
votre très humble service, je m'y emploierai avec un 
zèle et un respect très passionnés. 

XLI. 

M. DE SÉVIGNÉ A MAJ)AME ROYALE. 

A Paris, ce vendredi 26 avril 1652 
à onze heures du soir. 

Pour observer la méthode du gazetier de Turin, 
il faut que je commence cette relation par où je finis 
celle du dernier ordinaire. C'est par l'assemblée 
de la Maison de Ville, qui ne finit pas le samedi à 
cause des diverses opinions et des crieries qui s'y 
faisoient par la cabale des Princes ; enfin, le mardi, 



106 CORRESPONDANCE 

le plus grand avis alla de faire registre de la décla- 
ration de Messieurs les Princes, qui est la même 
qu'ils ont ci -devant faite au Parlement, et de députer 
vers le Roi lui porter les deux délibérations et le 
supplier de revenir en sa bonne ville de Paris et d'é- 
loigner le cardinal Mazarin de sa personne, de ses 
conseils et de son royaume, places et terres de son 
obéissance, et de vouloir donner la paix à l'État. 

Il y eut un avis fort séditieux, mais il ne fut pas 
suivi, qui étoit de faire part à toutes les grandes villes 
du royaume et les convier à faire pareille députation 
vers le Roi. 

Le Roi, enfin, s'est posté à Corbeil ^ n'ayant osé 
amener le cardinal Mazarin dans Paris, après que 
la Maison de Ville et toutes les compagnies souve- 
raines y ont témoigné tant d'aversion. Ceux qui con- 
seillent Sa Majesté ne lui font faire les choses 
qu'après que les occasions sont passées de les faire 
réussir; ainsi, je suis certain que ceux qui lui ont 
conseillé de venir ici lui conseilloient bien ; mais 
c'étoit avant que Monsieur le Prince eût eu le loi- 
sir d'y faire tout ce qu'il a voulu. Présentement, la 
Cour est fort embarrassée ; ils envoient consulter 
l'oracle, mais il répond ambigùement, c'est-à-dire 
qu'il ne se veut charger d'aucun événement; que, si 
l'on eût voulu faire en tout et partout ce qu'il eût 
conseillé, il en useroit autrement ; il ne croit pas 
qu'ils viennent ici. 



1. La Cour, parAuxerreet Sens, s'était avancée à Melun, où 
elle arrivait le 21 avril ; le 23, elle était à Corbeil et le 28 à 
Saint-Germain. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 107 

L'armée du Roi fait tous ses efforts pour obliger 
celle des Princes de combattre : de là dépend la 
la loi et les prophètes. M. le duc d'Orléans a fait 
rompre les ponts de Cbarenton et de Saint-Maur et 
s'est saisi de celui de Saint-Cloud par peu de gens ; 
mais ils n'ont pu se saisir de celui de Saint-Ger- 
main, force officiers de la maison du Roi s'en 
étant rendus les maîtres. 

L'on a jeté dans Gravelines quatre cents hommes 
commandés par un capitaine aux gardes ; mais le 
fort de Mardick est abandonné et les Espagnols y 
sont, qui le veulent refortilîer. 

Les Anglois sont à la voile ; Dieu nous préserve 
de l'orage ! L'on dit qu'il tombera sur l'île de Ré et 
sur La Rochelle, les autres sur Bordeaux. 

L'on tient que le duc de Lorraine vient enfin pour 
la Cour, à cause que Monsieur le Prince lui a refusé 
Stenay ^ , et même l'on dit queBeaujeu ~ lui a porté une 
rente et qu'il y a force jours que le duc est sorti de 
Flandres secrètement. 

Vous aurez su comme l'on avoit pris Charlevoix 
prisonnier, qui étoit lieutenant de Roi dans Brisach 
et que l'on l'avoit mis dans Philipsbourg, et que cepen- 
dant la «arnison a chassé la maréchale de Guébrianl ^ 



»' 



1. La principauté Je Stenay, conquise sur le duc de Lor- 
raine, lui avait été d'abord rendue, puis avait été cédée par lui 
à Louis XIII en 1641, et avait été ensuite donnée à la maison de 
Condé qui l'a gardée jusqu'à la Révolution. 

2. Claude-Paul de Beaujeu de Villiers, comte de Beaujeu, 
maréchal de camp en 1649, lieutenant-général en 1652, tué au 
siège d'Arras le 21 juillet 1654. 

3. Renée du Bec-Crespin, veuve de Jean-Baptiste Budes, 



108 



CORRESPONDANCE 



qui avoit fait prendre ledit Charlevoix. Celui-ci a 
traité, pendant sa prison, avec le lieutenant de Phi- 
lipsbourg, de remettre Brisach entre les mains du 
comte d'Hareourt, pour^al qu'il lui donnât ledit 
Philipsbourg. Je tiens la chose faite, qui est une des 
plus bizarres de nos jours ; je ne sais si vous le 
savez K 

Ce matin, le Parlement étant assemblé et un pré- 
sident à mortier ayant témoigné quelque affection 
pour la Cour, Monsieur le Prince lui a dit qu'il ne 
valoit rien, et, l'autre lui ayant dit qu'il étoit homme 
de bien, celui-ci lui a reparti qu'il n'en croyoitrien. 
Vous voyez comme les suffrages sont libres. 

M. de Longueville s'est déclaré pour le Roi et 
l'on dit que son agent à la Cour, ayant fait signer 
tout ce qu'il avoit voulu, avoit rompu le papier, 
disant que son maître vouloit servir le Roi sans 
conditions ^ 

Il se fait force propositions de paix ; mais je crois 
que ce ne sont que feintes ; néanmoins, je viens 



comte de Guébriant, maréchal de France, qu'elle avait épousé 
le 22 mars 1632 et quelle perdit en 1643. Passionnée pour 
la politique, elle s'occupa d'intrigues jusqu'à sa mort (1659). 

1. Cette affaire du rôle de Charlevoix, lieutenant de Roi à 
Brisach, est des plus embrouillées, Mazarin s'efforçant de se 
faire donner la place, pendant que Charlevoix, en différend avec 
M. de Tilladet, gouverneur de la ville, traitait avec le comte 
d'Hareourt, gouverneur d'Alsace. Une longue lettre de Maza- 
rin à Le Tellier, du 24 septembre 1652, expose les principaux 
incidents de cette affaire (Lettres de Mazarin, V, 275-279). 

2. Loret raconte longuement ce même incident relatif à la 
conduite du duc de Longueville (Loret, Miizc historique, 1, 
233). 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 109 

d'avoir avis que M. de Chavigny s'en alloil à la 
Cour ; il est trop tard pour vérifier le fait. 

Ce matin, M. le duc d'Esté et Monsieur le Prince 
sont allés au Parlement et y ont dit que le roi 
d' Angleterre étoit allé, avant-hier au soir, trouver le 
Roi et lui avoit dit que sa mère et lui poudroient 
pouvoir contribuer à la paix de ce rovaume dans 
lequel ils étoient réfugiés et qu'ils étoient trop 
proches de Leurs Majestés pour ne pas souhaiter de 
les voir réunis, qu'ils y contribueroient de leur sang ; 
qu'ils supplioient le Roi et la Reine de trouver bon 
que Messieurs les Princes y envoyassent quelqu'un 
de leur part pour faire quelques propositions. Ils ont 
dit que, le Roi l'ayant accordé, ils n'avoient pas 
voulu y envoyer sans en faire part à la Compagnie. 
Après cela, ils sont sortis et sont allés vers le roi et 
la reine d'Angleterre. Olle-ei leur a fait un discours 
le plus pathétique du monde pour les exhorter à la 
paix ^ Tl est si tard que je ne vous en puis rien 
dire, si ce n'est qu'elle a pleuré ; le sujet de son 
discours a été ses malheurs et ceux dont la France 
étoit menacée. Te reçois un billet où l'on me mande 
que le roi d'Angleterre a envoyé trouver le nôtre 

1. La reine d'Angleterre informait la duchesse de Savoie, 
sa sœur, le 8 mai 1652, que de concert avec le roi, son fils, 
elle avait travaillé au rétablissement de la paix : « Mais je 
crains fort, ajoutait-elle, que cela ne réussira pas, y ayant 
un grand obstacle, les princes voulant que le cardinal s'en 
aille et la Reine ne le voulant pas. » Dans cette lettre elle fai- 
sait un tableau émouvant de ses propres maux et des misères 
de la France Lettres de Henriette-Marie de France, reine d'An- 
gleterre, à Christine, duchesse de Savoie, publiées par M. Fer- 
rero, 1881, pages 98 et 99). 



110 CORRESPONDANCE 

pour savoir où ceux que les Princes envoyoient 
trouver se rendront ; il est vrai que c'est M. de 
Rohan, M. de Chavigny et M. Goulas \ l'un des secré- 
taires de M. le duc d'Orléans. Je crois que ce sera à 
Saint-Germain, car le Roi couche ce soir à Chilly ^ ; 
l'on croit qu'il ira à Saint-Germain. 

L'armée des Princes est campée dans Étampes et 
celle du Roi à Chartres. 

Le maréchal du Plessis me mande que peut-être 
la bataille se donnera à présent ^. J'ai peur que 
mon paquet ne soit trop tard. 

1. Le cardinal de Retz a défini assez exactement les aspi- 
rations et les tendances des principaux auteurs de ces négo- 
ciations : « M. de Chavigny qui avait été, dès son enfance, nourri 
dans le cabinet, ne pensait qu'à rentrer par toute voie. M, de 
Rohan, qui n'était, à proprement parler, bon qu'à danser, ne 
se croyait lui-même bon que pour la Cour. Goulas ne voulait 
que ce que voulait M. de Chavigny. Monsieur le Prince était par 
son inclination, par son éducation et par ses manières, plus éloi- 
gné de la guerre civile qu'homme que j'aie jamais connu sans 
exception, et Monsieur, dont le caractère dominant était d'avoir 
toujours peur..., était le plus capable de donner dans tous les 
panneaux, à force de les craindre tous... Le fort de M. le 
cardinal Mazarin était proprement de bavarder, de donner 
à entendre, de faire espérer, de jeter des lueurs, de les retirer; 
de donner des vues, de les brouiller » [Œm'res du cardinal 
de Retz, IV, 213; . 

2. Aujourd'hui Chilly-Mazarin, canton de Longjumeau, arr. 
de Corbeil (Seine-et-Oise). 

.3. L'engagement prévu entre les troupes royales et l'armée 
des Princes ne devait se produire que quelques jours plus tard, 
le 4 mai, sous les murs d'Etampes. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. lit 

XLH. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVTGNÉ. 

27 avril 1G52. 

Monsieur le marquis de Sévigné, vos lettres ne 
sauroient être trop longues à qui prend plaisir à les lire 
comme je fais avec tant de satisfaction de vos soins 
et de la peine que vous prenez de me les continuer. 
J'ai reçu celle que vous m'avez envoyée de M. le 
cardinal de Retz et suis bien obligée aux sentiments 
d'affection que vous m'avez témoignés de sa part. Je 
vous prie de l'assurer que je ne changerai point 
ceux de la singulière estime que je fais de sa per- 
sonne et de son mérite et d'être persuadé en votre 
particulier que je suis, autant que vous sauriez 
souhaiter, etc.. 

XLm. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 3 mai 1652. 

Je vous mandai, vendredi dernier, que la reine 
d'Angleterre s'étoit entremise de la paix et qu'elle 
avoit été fort heureuse à nouer une négociation ; pré- 
sentement je vous dis qu'il lui étoit bien facile de 
réussir, puisque toutes choses étoient concertées 
entre M™* d'Aiguillon et M. de Chavigny, la pre- 
mière pour la Cour, le dernier pour Monsieur le 



112 CORRESPONDANCE 

Prince. Cependant, pour duper Messieurs du Par- 
lement, l'on a fait semblant de rompre. Son Altesse 
Royale en sait plus que cette Compagnie ; mais, avec 
tout cela, il ne sait pas tout ; car les députés lui 
ont t'ait accroire qu ils n'auroient exposé que leur 
créance (^/c) devant le cardinal Mazarin ; mais je sais 
que non seulement ils traitèrent d'afl'aires en paroles, 
mais même que M. Goulas sortit et qu'il demanda 
du papier et de l'encre; jugez si c'étoit pour écrire 
des ballades. L'opinion des plus éclairés est que tout 
est d'accord, mais qu ils trouvent de la difïiculté en 
l'exécution, tant à faire consentir Monsieur au réta- 
blissement du cardinal Mazarin, que de faire avaler 
cette pilule aux peuples, qui ne goûteroient point 
cette infidélité que l'on leur fera. Je \ous envoie la 
relation d'un de mes amis qui étoit à Saint-Germain 
le jour de cette conférence ; je crois qu'elle ne vous 
déplaira pas. Je m'assure que vous vous attendez de 
savoir quel personnage joue mon ami en ce ren- 
contre. Il est vrai qu'après avoir choqué Monsieur le 
Prince jusques à se voir l'épée à la main contre lui 
dans le Palais pour l'intérêt de la Reine et le service 
du Roi, cela est assez étrange que Ton Tait assez peu 
considéré pour entendre à un accommodement avec 
son ennemi et un ennemi aussi dangereux que celui- 
là, sans lui en rien dire ^ ; il me semble qu'ils ne 

1. Dans une leUre à l'abbé Foucquet, du 'i mai 1652, Maza- 
rin se défend d'avoir tenu le cardinal de Retz à l'écart de ses 
négociations avec le duc d'Orléans et avec Condé « bien que, 
ajoute-t-il, ledit Coadjuteur, depuis sa promotion, napastcnu 
une conduite qui m'obligeât à cela » [Lettres de Mazarin, \, 
104;. 



DU CHEVALIKR DE SÉVIGNÉ. llo 

dévoient point le faire cardinal pour le traiter de la 
sorte. Ce n'est pas que la Reine ne le désavoue et 
qu'hier une personne ne lui ait dit de sa part qu'il n'y 
avoit point de traité fait, qu'elle étoit prête de suivre 
son conseil en tout; à quoi il a répondu qu'il en 
étoit au désespoir, qu'il n'y avoit rien qu'il ne fît 
pour achever cette paix si désirée ; qu'il n'y avoit 
rien à dire sur toutes les autres aflaires tant que le 
traité en subsisleroit. Pour vous dire la vérité, il ne 
doute point que la paix ne soit arrêtée entre eux, que 
Monsieur même en sait plus qu'il ne lui en dit, mais 
aussi qu'il ne sait pas tout le secret de l'École. 

Quoiqu'il ait sujet de se plaindre de l'infidélité de 
la Cour, néanmoins il ne le fera pas. Il est résolu 
de ne se plus détacher du service du Roi, ravi de 
n'avoir nulle part à une paix qui sera désagréable 
à tout le monde et qui ne peut pas durer beaucoup. 
Enfin, il ne se déclare point autrement, sinon 
qu'il est serviteur de Monsieur contre le car- 
dinal Mazarin et du Roi contre Monsieur le Prince. 
Il est vrai qu'il souhaite cette paix à cause qu'elle désho- 
nore Monsieur le Prince, et que, n'y ayant nulle part, 
le Parlement et les autres compagnies se réuniront à 
lui avec tout le peuple, parce qu'il sera seul qui ne 
les aura point trompés ^ 

1. Le cardinal de Retz rapporte qu'il avait un jour défini en 
ces termes au président de Bellièvre l'attitude d'expectative 
qu'il entendait tenir en cette circonstance : « Nous sommes 
dans une grande tempête, où il me semble que nous voguons 
tous contre le vent. J'ai deux bonnes rames en mains, dont 
l'une est la masse de cardinal et l'autre la crosse de Paris. Je 
ne les veux pas rompre et je n'ai, présentement, qu'à me sou- 
tenir » (Œuvres du cardinal de Retz, IV, 219). 

8 



114 CORRESPONDANCE 

A présent que M. l'Ambassadeur est de retour en 
cette ville, il mandera à Votre Altesse Royale les 
nouvelles publiques. Je ne sais si elle sait la gros- 
sesse de Madame et de Madame la Princesse. L'on 
prépare un appartement dans le Luxembourg pour 
M. le duc de Lorraine. Il y a un premier valet de 
chambre de Monsieur qui, du moins, le mande 
ainsi; et néanmoins, ily a un nommé Beaujeu, maré- 
chal de camp des troupes du Roi, que l'on dit qui le 
conduit et lui fait faire ses logements de la part de 
Sa Majesté. C'est une énigme ; mon ami ne me l'a pu 
expliquer ; de plus, il m'a dit qu'il n'avoit point 
voulu prendre de liaison avec lui. 

Je crois que M. le cardinal de Retz écrira à Son 
Altesse Royale de Savoie pour lui donner part de sa 
promotion ; il le fera en françois et en la forme que le 
faisoitfeule cardinal de Richelieu, quoique le secré- 
taire de ce feu cardinal lui ait dit qu'il ne laissoit 
la ligne qu'en considération de ce que feu Son 
Altesse Rovale étoit beau-frère du Roi ; il n'y a fait 
nulle considération par le respect qu'il porte à 
Votre Altesse Royale et à la Royale Maison de Savoie. 
Il est vrai que j'eusse été au désespoir si cette affaire 
ne se fût faite à votie satisfaction, puisque A otre 
Altesse Royale avoit eu la volonté de vouloir qu elle 
passât par mes mains, étant fort assuré que, quand 
je serois naturel sujet de Son Altesse Royale, je n'au- 
rois pas plus de passion pour son très humble ser- 
vice, n'y ayant rien sans réserve que je ne sois prêt 
de faire pour le lui témoigner ' . 

1. Cette partie de la lettre de M. de Sévigné a Irait à l'inci- 



DU CHEVALIER DE SÉVIOÉ. 115 

Le cardinal m'a promis de m'envoyer sa lettre ; 
ainsi j'attends, quoiqu'il soit bien tard, à fermer mon 
paquet. 

J'ai oublié de vous mander que le bruit court que 
la comédie doit finir jeudi et que le traité recom- 
mencera. 

(A cette lettre sont joints la relation dont il est 
question dans le corps de la lettre de M. de Sévi- 
gné et un billet du secrétaire du cardinal de Retz, 
relatif à la lettre annoncée dans P avant-dernier 
alinéa. ) 

1° Relation de la conférence '. 
De Saint-Germain, dimanche à minuit (28 avril). 

Je ne sais si Ton vous aura dit que je fus deux 
jours de suite chez vous pour avoir l'honneur de 
prendre congé de vous et de M™^ de Se vigne. 

J'avois dessein de vous conjurer de m'écrire les 
nouvelles de votre côté et de recevoir les nôtres en 
échange, mais je pense que je ne puis mieux faire 
pour le mériter que de commencer et de vous dire 
ce qui s'est passé aujourd'hui sur le succès de Mes- 
sieurs les députés. I^a matinée, ils ont été visités par 
le milord Montaigu qui les a conduits vers les deux 
heures chez la Reine qui les a reçus à la ruelle de 
son lit, le Roi et le petit Monsieur près d'elle. M. de 

dent qui fait l'objet de celle que nous avons publiée ci-dessus 
(lettre du 26 avril, n"» XL). 

1. Celte relation n'est pas signée. Nous ne savons quel en 
est l'auteur. 



116 COKRESPOKDANCE 

Rohan, paré d'un habit fort chamarré, marchoit le 
premier, M. de Chavigny et M. Goulas ensuite. Ce 
duc a fait un compliment assez bas, et M. de Cha- 
vigny, prenant la parole, a tenu un plus long discours 
à la Reine, qui a été entendu avec un air de visage 
qui m'a paru de bon augure, et, conduisant le Roi 
dans son cabinet, y est entrée sans autre suite que 
celle de Messieurs les députés et dumilord Montaigu. 
Les ministres ordinaires se présentèrent à la porte, 
pensant avoir leur part de cette négociation ; mais la 
Reine leur fit signe de ne pas entrer et commanda 
que l'on allât chercher M. le Cardinal, qui passa in- 
continent après au milieu de la Cour, qui étoit par 
curiosité dans la chambre ; beaucoup croyoient que, 
d'abord qu'il seroit entré, les députés sortiroient, 
ne voulant pas traiter avec lui ; mais la chose fut 
très différente, car il demeura seul enfermé avec eux 
depuis deux heures et demie jusques à sept heures 
trois quarts, le Roi étant sorti une demi-heure après 
que M. le Cardinal fût entré dans la conférence. 
Tous ceux qui ont accoutumé d'entrer dans le Con- 
seil, hormis M. le Garde des Sceaux etM. de La Vieu- 
ville qui étoient chez eux, restèrent fort décontenan- 
cés dans la chambre avec tous nous autres ^ . Chacun 

1. Conrart raconte presque dans les mêmes termes la con- 
férence de Saint-Germain, ajoutant que sur la déclaration faite 
par les députés qu'ils avaient ordre exprès du duc d'Orléans 
et du Prince de n'en parler qu'au Roi, celui-ci les aurait con- 
duits dans un cabinet où se trouvait le cardinal Mazarin. « Le Roi 
leur dit alors qu'il alloit à vêpres et qu'il vouloit que pendant 
qu'il y seroit, ils conférassent avec M. le Cardinal » [Mémoires de 
Valentin Conrart,édài. Montmerqué, collection Petitot, t. XLVIII, 
p. 40). 



DU CHEVALIER UE SÉVIGNÉ. 117 

prit parti pour la promenade et, sur les neuf heures, 
l'on tint conseil publie pour rendre compte, peu 
véritablement à mon avis, de la conférence. 

Je ne doute pas que tout ceci ne se conte fort 
différemment à Paris, et c'est pourquoi j'ai été bien 
aise, en qualité de témoin désintéressé, de vous en 
dire la vérité, que je vous conjure de récompenser de la 
manière que la chose aura été reçue au lieu où vous 
êtes et la part qu'y a a otre bon ami ; car c'est une 
matière qui donne fort à deviner. Si vous avez 
quelque curiosité pour ce qui se passera ici, je vous 
en rendrai compte avec autant de joie que je suis 
très véritablenent, Monsieur, votre très humble et 
très obéissant serviteur. Je vous conjure de faire 
mes compliments à M™" votre femme et à M^"* de La 
Vergne, sans oublier tout votre entourage. 

2** Lettre du secrétaire du cardinal de Retz. 

Monsieur, 
Monseigneur le cardinal avoit oublié de vous dire 
comment il s'étoit engagé de donner la lettre qu'il 
écrit à Monsieur de Savoie, à M. l'abbé Tinti pour 
la lui envoyer. Cette considération m'a empêché de 
la faire signera Son Éminence qui l'a remise au pro- 
chain ordinaire. Vous la verrez entre ci et ce temps- 
là, et moi, je vous assurerai que je suis, Mon- 
sieur, votre très humble serviteur. (Signé :) Gardon. 



118 CORRESPONDA>'CE 

xuv. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris ce 10 mai 1652. 

M. le cardinal de Retz m'a dit que l'abbé Tinti 
l'avoit prié de lui donner la lettre qu'il écrivoit à 
Son Altesse Royale afin qu'il la fît tenir et par ce moyen 
tâcher de réparer le dégoût que son procédé avoit 
donné à Son Altesse Royale ; que néanmoins, si je 
voulois, qu'il me la donneroit ; j'ai consenti très 
volontiers que cet abbé vous l'envoyât et je souhaite 
de tout mon cœur qu'il obtienne ce qu'il désire ^ 

Depuis le retour des députés du Parlement et des 
autres corps de cette ville qui ont été à Saint-Germain 
faire des remontrances au Roi, le peuple s'est telle- 
ment ému, à cause des désordres que font les troupes 
ici aux environs, de la disette que nous avons de 
vivres et surtout de la viande, qu'avant-hier ils 
arrêtèrent M™® de Bouillon qui s'en alloità Saint-Ger- 
main, et, l'ayant amenée à Luxembourg, Monsieur le 
Prince descendit et donna à ceux qui l'avoient arrê- 
tée trente pistoles afin qu'ils ne pillassent pas son 
bagage ^. Le peuple cria fort contre ledit prince 

1. Voira ce sujet la lettre précédente. 

2. D'après Dubuisson-Aubenay, la duchesse de Bouillon fut 
arrêtée dans le faubourg Saint-Germain, aux Incurables, le 
mardi 7 mai, au moment où elle se disposait à aller à Saint- 
Germain avec la duchesse d'Aiguillon et ne fut relâchée que le 
8 au malin sur l'intervention de Monsieur le Prince et du duc de 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 119 

et lui dirent qu'il trahissoit Monsieur et qu'il s'étoit 
accommodé sans lui, qu'il étoit venu les embarrasser 
en cette ville comme il avoit fait à Bordeaux, mais 
qu'ils en vouloient faire l'issue et que ce n'étoit que 
pour ses intérêts qu'il faisoit la guerre, et qu'ils vou- 
loient avoir le Roi. 

Aujourd'hui étant allés au Palais, les marchands, 
ayant fermé leurs boutiques, l'ont arrêté lui et M. de 
Beaufort et lui ont dit : « Nous voulons voir la fin à 
cette guerre », et en jurant lui ont dit qu'ils iroient 
quérir le Roi et qu'ils n'avoient que faire de princes. 
11 leur répondit que le Parlement s'alloit assembler 
pour en finir la délibération ' . Et l'on y a arrêté que 
les gens du Roi iroient à Saint-Germain supplier 
LeursMajestés d'éloigner leur armée et de venir à Paris 
afin d'empêcher la subversion de Paris. Ils doivent 
être partis. 

La duchesse d'Aiguillon est à Saint-Germain de 
mercredi au matin ; comme c'est elle qui a négocié 
tout ce traité, je crois qu'elle est allée pour aviser 
aux moyens de le faire exécuter, s'il est fait, sinon 
travailler à l'achever. Je sais de personne assurée 
qu'hier au soir elle avoit le visage dans la dernière 
consternation, qui est une marque certaine qu'elle 
n'a pas espérance de réussir. M. de Chavigny est 
fort embarrassé aussi, ses mesures ne s'étant pas 

Beaufort. D'accord avec M. de Sévigné, cet auteur ajoute : « La 
duchesse d'Aiguillon ne laisse pas que d'aller à Saint-Germain » 
(Dubuisson-AubenaVjII, 218-219. — Mémoires de Conrart, p. 55- 
57). 

1. En marge : Ils ont jeté des armes aux prisonniers de la 
Conciergerie : il son est sauvé plus de deux cents. 



120 CORRESPONDXNCE 

trouvées si justes qu'il se l'étoit imaginé; car sa négo- 
ciation a donné une si grande haine au peuple et à 
tout le monde contre mondit sieur le Prince que, 
sans Monsieur, qui est assez aimé, on lui auroit fait 
un mauvais parti. Cela fait enrager ce prince et il 
accuse le cardinal de Retz de lui jouer toutes ces 
pièces, tellement que l'on croit qu'il s'en veut 
défaire in ogni inodo^ et aujourd'hui ce cardinal a eu 
avis qu'il y avoit deux cents chevaux tout prêts pour 
l'enlever, c'est-à-dire l'assassiner ; il va si bien 
accompagné qu'il ne craint rien. 

Le secret de l'École c'est que, le cardinal n'ayant 
nulle part à ce traité qui assurément ne peut durer 
longtemps et qui produira de méchants effets contre 
Monsieur le Prince, il n'y a personne qui lui soit 
plus suspect que ce prélat lequel, étant son ennemi, 
ne manquera pas de se servir à souhait et de se pré- 
valoir de la haine que les peuples auront contre le- 
dit prince. 

Le cardinal ne voit plus si souvent Monsieur. Ce 
n'est pas qu'il ne l'envoie quérir tous les jours; mais 
il lui a déclaré qu'il n'iroit plus si souvent, pour 
témoigner qu'il n'empêchera pas la paix ; que si 
Son Altesse avoit besoin de ses très humbles services, 
qu'il n'en bougeroit, mais qu'y ayant un traité, il 
n'avoit plus à faire de lui. 

Pour la Cour, elle n'est pas satisfaite de ce cardi- 
nal ni lui d'elle. Pour en bien savoir les raisons, 
il faut reprendre les choses de plus loin et faire 
souvenir Votre Altesse Royale que je lui ai mandé 
qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour empêcher 
que la Reine ne fit revenir le Mazarin ; mais depuis 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 121 

qu'il est revenu, il s'est tout à fait adouci pour 
satisfaire à l'obligation qu'il a à la Reine de l'avoir 
fait cardinal, qu'aussi pour ne pas laisser prendre 
le dessus à Monsieur le Prince. Ainsi l'on a \u qu'il 
a servi la Cour en plusieurs rencontres où il a cru 
le pouvoir faire sans faire tort au service qu'il 
doit à INIonsieur, jusques là même qu'il en a été 
soupçonné d'être mazarin. De plus, il avoit toujours 
sur le même sujet conservé quelque intelligence 
avec Sa Majesté ; mais, depuis que la Cour a traité 
avec son ennemi, il a rompu tout commerce et a 
toutefois déclaré qu*il est ravi de la paix, qu'il éloit 
serviteur du Roi et de la Reine, mais qu'il avoit tous 
les sujets de se plaindre qu'on eût traité avec son 
ennemi ; qu'il tàcheroit de s'en garantir sans brouil- 
ler ni rien faire contre le service du Roi, mais que 
l'on l'avoit mis en liberté de traiter avec qui il vou- 
dra ^ Le cardinal Mazarin lui a fait faire les plus 
grandes civilités du monde et l'assurer qu'il n'y aura 
point de traité. Il lui a répondu qu'il le remercioit 
de ses civilités, mais qu'il ne vouloit point de com- 
merce avec lui ni avec personne soupçonné de maza- 
rinisme ; qu'il savoit qu'il y avoit un traité, mais 
qu'il ne croira pas que l'on dût faire ce mauvais tour 



1. Le cardinal de Retz assigne au mécontement de la Cour 
contre lui deux autres causes, l'une que, dans ses confidences 
à M"* de Chevreuse, il avait coutume de désigner sous 
le nom de Suissesse la reine, à laquelle ce propos avait été 
rapporté; l'autre qu'il ne pouvait se défendre contre les libelles 
de Monsieur le Prince qu'en insérant dans les siens des choses 
qui ne pouvaient être agréables à Mazarin [Œuvres du cardinal 
de Retz, lY, 188 et 220). 



122 CORRESPONDANCE 

après l'avoir fait cardinal ; qu'il ne se mêleroit de 
rien, surtout qu'il n'empêcheroit pas la paix. 

Voilà l'état des affaires générales et particulières ; 
Je supplie très humblement Votre Altesse Rovale de 
ne pas divulguer ces dernières ; je n'ai que faire 
de lui en dire la vérité. 

L'armée du Roi est à Palaiseau, et l'autre toujours 
à Etampes. J'ai vu des lettres de Chàlons-sur-Marne 
qui assurent que le duc de Lorraine est présentement 
auprès de .Sainte-Menehould ; il a auprès de lui 
MM. de Brégy^ et de Beaujeu pour le Roi et quatre 
gentilshommes pour les princes, et sur le tout un 
signor espagnol '-. Je crois que ce dernier, quoique 
seul, aura plus de pouvoir sur lui que tous les autres. 

Je suis ravi que Votre \hesse Royale soit satisfaite 
de mes petits soins. Si elle me commande des choses 
plus importantes, je tâcherai de m'en acquitter, du 
moins avec toute la facilité dont je suis capable. En 
fermant ma lettre, l'on m'envoie ce billet qui con- 
tient les termes de l'arrêt ; il est trop tard pour le 
copier. 

M. le duc d'Orléans est toujours indisposé ; mais 



1. Nicolas de Flesselles, comte de Brégy, ancien ambassadeur 
de France en Pologne, maréchal de camp en 1651, lieutenant 
général en 1655, mort en 1689. 

2. Le marquis de Saint-André, également envoyé par la Cour 
vers le duc de Lorraine, écrivait à Le ïcllier le 27 mai 1652 : 
« Il y a auprès de luy un Espagnol nommé don Rodrigues qui 
ne le quitte point du tout, et le marquis de La Sablonnière y est 
de la part de Son Altesse Royale, et le sieur Le Grand qui est 
aussy à luy... » {Souveiiirs du règne de Louis .Y/r, par le comte 
deCosnac, II, 189;. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 123 

ce ne sera rien, la Reine et le Roi ont envoyé savoir 
de sa santé deux fois. 

[Le billet mentionné à V avant-dernier alinéa 
nest pas joint à la lettre]. 



XLV. 

M. DE SÉVIGNÉ A xMADAME ROYALE. 

A Paris, ce 17 mai 1652. 

J'eus l'honneur de voir hier l'Ambassadeur auquel 
je dis toutes les nouvelles que je savois, tant générales 
que particulières ; ainsi cet ordinaire ma gazette sera 
plus courte. 

Votre Altesse Royale se souviendra que je lui ai 
mandé, il y a longtemps, q-ue la paix étoit faite ; je 
ne lui apprendrai donc rien par celle-ci qui lui soit 
nouveau, puisque je ne fais que lui répéter qu'elle 
est faite, et tout ce que vous voyez faire présente- 
ment, ce n'est que pour mettre à couvert celui qui 
en est l'auteur, qui fait entremettre le Parlement afin 
d'y conserver en quelque sorte sa réputation et les 
amis qu'il y a. 

Monsieur votre frère même a avoué qu'il ne pou- 
voit plus refuser de faire la paix et que le Cardinal 
s'en ira, mais à dire les choses dans la confidence, 
il a laissé entendre à un de mes amis qu'il croit bien 
qu'il reviendroit, car il lui dit : « Vous ne devez pas 
être fâché de cette paix, puisqu'elle vous est plus 
avantageuse qu'à tous nous autres. » 

Nous tenons donc pour certain que le Mazarin s'en 



124 CORRESPONDANCE 

ira du royaume, mais pour peu de temps ; la raison 
qui nous le fait croire, c'est que, s'il eût voulu s'en 
aller pour toujours, il n'avoit que faire de traité, il 
l'eût fait da galant' huomo pour donner la paix au 
royaume, et la Reine, par ce moyen, fût venue faci- 
lement à bout de ses ennemis ; mais par un traité 
où l'on accorde à Monsieur le Prince la promesse 
pour M. son frère et plusieurs autres intérêts tant 
pour lui (comme plusieurs millions pour le rembour- 
sement de la dépense qu'il a faite dans celte guerre) 
que pour ceux qui l'ont servi dans cette affaire, 
comme le gouvernement d'Auvergne, pour M. de 
Nemours, le bâton de maréchal de France pour 
Marcin ^ et des lettres de duc pour [du] Daugnon ', 
toutes ces clauses ici ne sont fondées que sur la 
conjecture non plus que sur les changements des 
ministres d'État. Il y a fort peu d'apparence déjà que, 
devant toutes ces choses, il s'en aille pour toujours. 
Voilà tout ce que je vous puis mander du véri- 
table état des choses ; nous en verrons bientôt la 
conclusion ; en attendant, on a ôlé les gardes d'ici à 
Saint-Germain, et Ton attend le passeport du Roi pour 
envoyer les troupes de Monsieur le Piince ou à Ste- 

1. Jean Gaspard Ferdinand, comte de Marcin, d'une famille 
du pays de Liège, entré au service de la France en 1035 en qua- 
lité de lieutenant-colonel d'un régiment de cavalerie liégeoise, 
maréchal de camp en 1044, lieutenant-général des armées du 
Roi en 1047, avait été arrêté en 1050 pour ses liaisons avec 
Condé. Remis en liberté en même temps que lui, il avait 
rendu les plus grands services à la cause des Princes en Guyenne 
pendant les campagnes de 1051 et 1052. 

2. Les Mémoires de La Rochefoucauld (II, 381-385) énu- 
mèrent les principales conditions posées par Condé. 



DU CHEVALIEU DE SÉVIGNÉ. 125 

nay, comme veut Sa Majesté, ou à Étampes, comme 
veulent les princes. 

Je sais d'un original excellent que M. le cardinal 
Mazarin s'en ira et qu'il y est résolu ; c'est beau- 
coup ; car, comme dit le vieux proverbe, on sait 
bien quand l'on s'en va, mais non pas quand l'on 
revient. 

Je remets le reste aux relations de M. l'Ambassa- 
deur, qui sont choses plaisantes ; car il s'est fait des 
momeriestrès divertissantes, si elles se faisoient sur 
les terres de nos voisins aussi bien que sur les 
nôtres. 

J'envoie à Votre Altesse Royale des vers que j'ou- 
bliai de mettre dans mon paquet, l'autre ordinaire. 
Je souhaite avec passion pouvoir être utile à Votre 
Altesse Royale en choses plus importantes qu'à lui 
écrire des nouvelles, mais puisque mon malheur ne 
me le permet pas, je la supplie de croire que j'ai 
tout le zèle et tout le respect que peut avoir son très 
humble et très fidèle serviteur. 

\Les vers jnentionnès dans le dernier alinéa ne 
sont pas joints à la lettré\. 

XLVI. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 24 mai 1652. 

Je ne doute pas que Votre Altesse Royale ne s'en- 
nuie de trouver toujours dans mes nouvelles celle 
de la paix, sans en voir sortir les bons effets que 



126 CORRESPONDANCE 

tout le monde en attend. Je continue à vous assurer 
qu'elle est résolue et que les plus clairvoyants croient 
qu'il n'y a rien capable de la rompre, Monsieur 
votre frère s'étant résolu d'y donner les mains. Je 
le sais d'original et qu'il sait bien que le cardinal 
Mazarin ne s'en ira que pour un temps. 

Je ne doute pas que l'on ne vous ait mandé tous 
les articles de ce traité, selon le bruit qui en court ; 
mais, pom' moi, je ne prends guère de plaisir d'écrire 
les choses que je ne sais pas avec certitude. Néan- 
moins, comme je suis aussi bien informé que les 
écriveurs de nouvelles qui ne sont pas du ministère, 
je crois que je puis autant contenter votre curiosité 
sur ce sujet que tous les autres qui se mêlent de ce 
métierici. Et ce récit vous fera voir que notre nation 
est aussi irrégulière dans les matières sérieuses que 
dans toutes les autres. 

Les deux premiers entremetteurs de cette paix sont 
M"" d'Aiguillon et M. de Chavigny, comme je vous 
l'ai déjà écrit, et je crois que leurs articles étoient 
que M. le cai'dinal Mazarin iroit à Munster traiter 
de la paix générale, sans que l'on parlât de son re- 
tour ni en bien ni en mal ; et, comme, ces deux per- 
sonnes ne bougèrent de Paris, le milord Montaigu et 
M. [deJDamville faisoient les allées et venues pendant 
que cette négociation se faisoit au su de Son Altesse 
Royale et de Monsieur le Prince. C!elui-ci avoit un 
agent secret qui se nomme Gourville, jadis valet de 
chambre de M. de La Rochefoucauld, qui alloit tous 
les jours à la Cour et en revenoit '. Celui-là a traité 

1. Gourville écrit à ce sujet dans ses Mémoires : « Après 



DU CHEVALIER DE SÉVIG>É. 127 

tous les intérêts particuliers de moiidit sieur le 
Prince. Et d'autant qu'il y va encore tous les jours 
et que les voyages pou\ oient être suspects à Monsieur, 
il y va pour des prétextes qui lui sont connus, pour 
échange de prisonniers ou autres affaires publiques. 
Depuis la rupture apparente qui a suivi l'entrevue 
de ces trois messieurs avec le cardinal Mazarin, M. de 
Chavigny, voyant que cette vue lui avoit acquis la 
haine publique, se retire en apparence de cette négo- 
ciation ; mais en effet il y est toujours, et présente- 
ment M"® de Châtillon s'en mêle ', ce qui fait 
dire que Monsieur le Prince en est amoureux, parce 
qu'il la voit très souvent; mais je crois que c'est 
pour favoriser M, de Nemours. Cette dame va et 
vient à la Cour très souvent ; mais cela n'empêche 
pas que tous les acteurs que je vous ai nommés ne 
jouent toujours la comédie. Pour moi, je crois qu'il 

qu'il se fut passé quelque temps sans rien terminer, Monsieur le 
Prince, ayant conçu quelque défiance de M. de Chavigny, me 
chargea d'aller trouver M. le Cardinal pour lui dire, une fois 
pour toutes, qu'il étoit bien aise de savoir si S. É. vouloit faire 
la paix ou non » [Mémoires de Gourville, édit. Lecestre, I, p. 77). 
1, Isabelle-Angélique de Montmorency-Bouteville, fille du 
comte de Montmorency-Bouteville, décapité en 1627, sœur du 
maréchal de Luxembourg, veuve de Gaspard de Coligny, duc 
de Châtillon, tué au combat de Charenton le 9 février 1649. 
D'abord aimée avec passion par Condé, elle était alors très 
recherchée par le duc de Nemours, dont le long séjour à Paris 
ne devait être attribué, d'après le cardinal de Retz, qu'au désir 
de « montrer son bâton de général à M™'' de Châtillon » [Œuvres 
du cardinal de Retz, IV, 161). « Elle alla, écrit Retz, publique- 
ment à Saint-Germain. Nogent disait qu'il ne lui manquoit en 
entrant dans le château, que le rameau d'olive à la main » 
[Ibid., IV, 237-238). 



\ 28 CORRESPONDANCE 

y aura du tragique et que l'on dissipera l'armée de 
Son Altesse Royale avant que de la conclure. 

M. de Montpezat retourne à Casai * : on lui a 
donné soixante mille livres comptant. Je suis très fâché 
du siège de Trin -, n'y ayant personne dans l'Eu- 
rope qui s'intéresse plus que moi aux avantages de 
la Maison Royale de [Savoie]. 

Si le bruit qui court aujourd'hui étoit véritable, 
je pense que Votre x\ltesse Royale auroit sujet d'être 
bien contente. L'on dit que le roi d'Espagne est 
mort et que Son Altesse Royale de Savoie a grande 
part à cette couronne". 



1. Jean-François de Trémolet de Bucelly, marquis de 
Montpezat, avait déjà combattu en Italie, pendant les années 
1638 à 1645, à la prise de Chivas en 1639, au siège de Turin en 
1640, à la prise deConi en 1641 et de Trino en 1643. Maréchal 
de camp en 1646, il avait eu le commandement de Casai en 
1649 et avait été nommé lieutenant général des armées du roi 
en 1651. 

2. Trino en Piémont. La prise de cette ville, survenue quelques 
jours plus tard et qui affectait gravement les intérêts de la Mai- 
son de Savoie, passa à peu près inaperçue en France, ainsi 
qu'en témoigne ce que Loret écrivait dans sa Gazette du 2 juin : 

Je n'ai su faire bonne mine 
Depuis qu'on a pris Graveline 
Et j'en sens un deuil plus profond 
Que non pas de Trin en Piémont. 

(Loret, Muse historique, I, 248.) 

3. Philippe IV, roi d'Espagne, ne mourut que treize ans plus 
tard, le 12 septembre 1665, laissant pour successeur son fils 
Charles II, né le 11 novembre 1661. Les ducs de Savoie tiraient 
leurs prétentions à la succession d'Espagne de l'infante Cathe- 
rine, fille de Philippe lï, mariée au duc Charles-Emmanuel I*^ 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 129 

J'ai oublié de mander que les dernières pensées 
de la Reine sur le sujet du cardinal Mazarin, c'est 
qu'il ira à Bouillon près de Sedan pour sortir de 
France, et, pendant ce temps-là, l'on sacrera le Roi 
à Reims, qui n'en est pas loin. 

Les députés du Parlement partent demain pour 
aller trouver le Roi. J'ai reçu seulement aujourd'hui 
la lettre que Votre Altesse Royale m'a fait l'honneiu' 
de m'écrire du 10 de ce mois '. J'ai fait voir au 
cardinal de Retz les termes obligeants avec lesquels 
vous lui faites l'honneur de parler de lui. 



XL VII. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

Ce dernier mai 1652. 

Je suis très sensiblement obligé à Votre Altesse 
Royale de la bonté qu'elle a eue pour moi de me 
faire part de ses déplaisirs. Je la puis assurer qu elle 
ne sauroit faire cet honneui' à qui que ce soit qui 
y prenne tant d'intérêt que moi. Je trouve très ridi- 
cule ce que l'on vous mande sur le sujet du siège de 
Trin. Ce sont les impertinences ordinaires de notre 
ministre, et c'est I'k Ingénieur du roi deMarlingue -» j 
il n'y a sottise dont il ne s'avise. Son procédé à 
votre égard est bien la plus grande qu'il ait jamais 

1. Cette lettre de Madame Royale n'a pas été retrouvée. 

2. Ce nom doit être celui d'un personnage de roman auquel 
M. de Sévignë fait allusion. 

9 



i30 CORRESPONDA.NCE 

faite ; car si Votre Altesse Royale n'avoit encore plus 
de générosité que de prudence, il lui feroit perdre 
patience. M. le cardinal de Retz sort de mon cabi- 
net, à qui j'ai fait lire votre lettre ; il m'a avoué que 
vous étiez la plus héroïque princesse de l'Europe 
d'avoir conservé votre amitié pour la France avec 
tant de fermeté et d'y porter encore l'esprit de Son 
Altesse Royale Monsieur son fils ; enfin c'est une 
vertu que la générosité, qui ne se trouve plus guère 
parmi les grands princes. 

J'ai fort peu de nouvelles à vous mander cet ordi- 
naire. Le Roi est devant Étampes ; le dessein, s'il ne 
change, est de mettre vingt pièces de canon en bat- 
terie, raser les retranchements et emporter la place. 
En y arrivant, les volontaires qui étoient auprès du 
Roi vouloient faire le coup de pistolet; la chaleur les 
porta jusqu'au retranchement de la place. Il y en eut 
plusieurs blessés et quelques-uns de tués, dont le 
principal est Vardes, fort beau gentilhomme et très 
bien fait. Il étoit bien intentionné pour la Reine. Des 
blessés, les principaux sont le chevalier de La Vieu- 
ville', Mancini ^,Genlis^, le comte de Grandpré^ et 

1. Henri de La Vieuville, chevalier de Malte, mort le 12 juin 
1652 des blessures reçues au siège d'Etampes. 

2. Il est mentionné plus loin. Voir lettres des 12 et 19 juil- 
let 1652. 

3. Florimond Brùlart, marquis de Genlis, maréchal de camp 
le 14 mai 1652, mort en novembre 1653. 

4. Charles-François de Joyeuse, comte de Grandpré, colonel 
dun régiment d'infanterie en 1640, avait embrassé le parti des 
Princes en 1650. Rentré dans le devoir, il fut fait maréchal de 
camp le 18 septembre 1651, lieutenant général en 1653 et mou- 
rut en 1680. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 131 

le marquis de Renel ' . Nous ne savons les nouvelles 
que par les gens de Monsieur le Prince; peut-être, 
ne sont-elles pas vraies^. 

Son Altesse Royale a mandé ce matin à mon ami 
que le duc de Lorraine ^ enoit pour lui et qu'il seroit 
dimanche à Dammartin ; mais il m'a dit qu'il n'en 
croyoit rien et que, s'il veiioit, cela pourroit bien 
retarder l'exécution de la paix. Ce duc est incompré- 
hensible, car au même temps il fait espérer à la 
Cour qu'il viendra pour eux ; et, à ce sujet, M. le 
maréchal de Schônbei'g ^ nous a dit ce matin que 
ce même duc lui avoit écrit : « J'espère bientôt vous 
embrasser tous à Paris ou à la Cour » . 

Mon ami est présentement fort recherché de la 
Cour, ce qui le persuade que le traité est fait et que 
Ton croit avoir besoin de lui ; mais, comme il ne 
veut point avoir de part à cette affaire, il se tient 
ferme à ne se point déclarer qu'il n'en voie la con- 
clusion. 

La reine de Suède offre son entremise à la Reine 
pour pacifier nos troubles ; je vous envoie la lettre 
qu'elle a écrite au cardinal de Retz, où elle en parle. Si 
Dieu n'a pitié de notre Roi et delà monarchie, nous 

1. Clériadus de Clermont d'Amboise, marquis de Renel, 
mestre de camp d'un régiment de cavalerie le l'^'" mars 1652, 
maréchal de camp le 23 du même mois. 

2. M. de Sévigné rectifiera dans la lettre du 7 juin plusieurs 
de ces nouvelles. 

.3. Charles de Schônberg,duc d'Halluin, né en 1600, enfant 
d'honneur auprès de Louis XIII, créé duc et pair de France 
en 1620, gouverneur du Languedoc en 1632, maréchal de 
France en 1637, était colonel général des Suisses et Grisons 
depuis le 18 avril 1647. 



132 CORRESPONDANCE 

sommes pour en voir la subversion, et l'on croit que 
la cinquième partie de Paris est dans le sentiment 
des billets qu'on jette dans les rues de : « Point de 
Roi ! Point de princes ! Vive la liberté » ! Jugez, 
Madame, où nous en sommes. M. le prince de Conti 
et^PMeLongueville sont aux couteaux avec Madame 
la Princesse et font dans Bordeaux des placards les 
uns contre les autres ^ 

Les députés du Parlement sont partis ce matin 
pour Corbeil où le Roi va coucher ce soir pour leur 
taire réponse. S'ils n'ont satisfaction sur l'éloigne- 
ment du cardinal Mazarin, lundi ils doivent achever le 
fonds des cinquante mille écus pour le tuer. J'estime 
ceux qui ont l'honneur de passer leur vie auprès de 
Votre Altesse Royale du rang des bienheureux. Plût 
à Dieu leur ressembler! 

XLVIII. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 7 juin 1652. 

Je savois bien qu'il ne falloit pas s'affliger pour 
la mort de tous ceux qu'on disoit l'être au Palais 
d'Orléans. Genlis et plusieurs autres n'ont pas été 
blessés, et Vardes n'est pas encore mort ; toutefois 

1. A la suite du départ de Condé, Conti était resté dans Bor- 
deaux avec de pleins pouvoirs. F^'abord l)rouilI(' avec sa sœur, 
M"'=de LonguevilIe,iIs s'unissaient bientôt après contre Madame 
la Princesse qui s'appuyait sur Marcin et sur le fidèle conseil- 
ler de Condé, Lenet [Histoire des princes de Condé, par le duc 
d'Aumale, VI, 296-301). 



nu CHEVALIER DE SÉVIGNK. {Xl 

le bruit court que le chevalier de La Vieuville et lui 
eurent hier l'extrême-onction. Ce chevalier, par son 
testament \ ordonne que l'on rende une somme 
d'argent très considérable à plusieurs particuliers 
qui la lui avoient donnée pour leur faire faire des 
affaires avec son père, qu'il gouvernoit si absolument 
qu'il étoit plus surintendant que lui ~. M. le mar- 
quis de LaLonde^, lieutenant des gendarmes de 
Monsieur, a été tué. Le marquis de Renel et le che- 
valier de Parabère ^ sont morts de leurs blessures. 

M. le duc de Lorraine vint dimanche au soir 
coucher en cette ville. Son Altesse Royale fut au 
Bourget l'attendre avec Monsieur le Prince ; comme 
ce duc fut à trente pas de Monsieur, il mit pied à 
terre et lui fut embrasser les genoux qu'il tint long- 
temps, l'assurant qu'il étoit venu pour le sei'vir sans 
condition et qu'il feroit tout ce que Son Altesse 
Royale lui commanderoit ; ce sont ses propres 

1. Loret dans sa gazette du 9 juin mentionnait aussi ce tes- 
tament du chevalier de La Vieuville, pour en démentir la nou- 
velle quelques jours après, ajoutant toutefois : 

Qu'il étoit vrayment trépassé 
Comme un des saints du temps passé. 

(Loret, Muze historique, I, 251, 254.) 

2. Charles, marquis, puis duc de La Vieuville, nommé sur- 
intendant des finances en 1623, puis disgracié et exilé par 
Richelieu, avait été de nouveau appelé à cette charge en 1651. 

3. François de Bigars, dabord chevalier de Malte, devint 
marquis de La Londe en 1640 à la mort de son frère aîné. 

4. Henri de Baudéan de Parabère, dit le chevalier de Para- 
bère, capitaine de cavalerie au régiment du Mestre de camp 
général. 



134 CORRESPONDANCE 

termes. Il embrassa après Monsieur le Prince, tou- 
tefois assez froidement. Ils parlèrent quelque temps, 
tous deux découverts, à Monsieur couvert ; mais 
après, ils se couvrirent et montèrent à cheval pour 
venir ici, l'un à droite et l'autre à la gauche indif- 
féremment, mais toujours le duc prenait le prince de 
Guémené à son côté, afin de se trouver au milieu 
avec Son xUtesse Royale auquel il a toujours rendu 
les plus grands honneurs du monde. 

Le cardinal de Retz l'a vu trois fois, deux dans 
le cabinet de Madame et une chez Monsieur. Il ne 
s'est rien passé entre eux que de général, hormis 
pour les intérêts de Son Altesse Royale pour les- 
quels il témoigne une grande chaleur ' . Il est parti 
ce matin comme un cravate et est allé à Port-à-l'An- 
glois, aune lieue d'ici, où son armée passe la Seine. 

Monsieur le va voir et tout ce qui est ici. Mon- 
sieur le Prince et ce duc sont de mauvaise intelli- 
gence. 

Les députés du Parlement sont de retour avec les 
réponses du Roi par écrit ; ils ont envoyé ce matin 
deux conseillers prier Son Altesse Royale de se trou- 
ver au Palais et que tout le peuple attend avec impa- 



1. Le cardinal de Retz dans ses Mémoires est très sobre de 
détails sur ces entrevues. Sa première conférence avec le duc 
de Lorraine « ne se passa, dit-il, qu'en civilités et qu'en rail- 
leries dans lesquelles il étoit inépuisable ». L'ayant vu ensuite 
au noviciat des Jésuites, « il entra dans un détail de proposi- 
tions et d'ouvertures auxquelles je vous proteste que je n'en- 
tendis rien. Je crus que je ne pouvais mieux lui répondre que 
par des discours auxquels je vous assure qu'il ne comprit pas 
grand chose » [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 253-254). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 135 

tience l'issue des affaires. Il a répondu qu'il avoit 
promis à M. le duc de Lorraine d'aller voir son 
armée, que c'étoit une chose plus pressée, puisque 
de là dépendoit le secours d'Étampes, et ensuite la 
sortie du cardinal Mazarin ; qu'il ne manqueroit pas 
demain de se trouver au Palais. Je me suis trouvé 
là et ai accompagné les deux conseillers qui m'ont 
dit que la réponse du Roi portoit qu'il n'avoit jamais 
rien tant souliaité que la paix et que pour le faire 
voir, qu'il étoit résolu de suivre les conseils de M. le 
duc d'Orléans et de Monsieur le Prince, dont ils'étoit 
toujours bien trouvé. 

Son Altesse Royale croit que c'est une ruse ; mais 
je crois que c'est la conclusion de la paix faite avec 
Monsieur le Prince, qu'ils veulent faire éclairer par 
l'autorité du Parlement. Comme je vous ai déjà 
mandé, il y a des raffineurs qui croient que Mon- 
sieur le Prince pourroit bien passer du parti du Roi 
à cause de sa mésintelligence avec le duc de Lor- 
raine et des conférences que celui-ci a eues avec le 
cardinal de Retz, outre que je ne crois plus que 
M. le duc d'Orléans veuille consentir aux articles 
qu'il avoit accordés dans le premier traité et qu'il 
voudra en être le maître. Dans huit jours j'espère 
que nous verrons plus clair et que je vous en pour- 
rai mieux informer. 

Ce matin. Son Altesse Royale a dit que le cardi- 
nal Mazarin, voyant venir le duc de Lorraine, avoit 
eu envie de s'en aller, mais qu'ayant eu avis de la 
mésintelligence de Monsieur le Prince et de ce duc, 
il avoit changé de dessein. Je ne crois pas cette 
nouvelle, le cardinal Mazarin faisant le fier plus que 



136 CORRESPONDANCE 

jamais : il n'y a pas trois jours que la Cour croyoit 
encore que le duc de Lorraine seroit pour eux ; 
mais à présent, je les liens désabusés et je ne fais 
nul doute qu'ils ne lèvent le siège d'Étampes, si ce 
n'est que Dieu aveugle encore la Reine et le cardi- 
nal Mazarin, comme ils ont fait jusques ici: il n'y a 
jour que ce ministre fasse quelque sottise ; l'on y est 
si accoutumé que personne ne s'en étonne plus. 

Je suis trop obligé à la bonté de Votre Altesse 
Royale ; je suis au désespoir du peu de soin que ce 
galant homme prend de nous conserver nos alliés 
et particulièrement de Votre Altesse Royale qui a 
été si fidèle à la France depuis nos malheurs ; je la 
puis assurer que si mon ami étoit en sa place, 
comme il en est fort éloigné, il feroit l'impossible 
pour sa satisfaction ; du moins, j'assure Votre 
Altesse Royale qu'elle auroit un très fidèle et très 
passionné solliciteur, la pouvant assurer que je lui 
souhaite cette place plus pour être en état de vous 
rendre toutes sortes de très humbles obéissances 
que pour mes intérêts. 

Nous ne savons encore quelle résolution le con- 
seil du Roi lui aura fait prendre sur le passage de 
l'armée de Lorraine. 

Je ne sais si je vous ai mandé que le maréchal du 
Plessis a conseillé au cardinal Mazarin de s'en aller 
et qu'il auroit cru jusques ici qu'il pourroit se réta- 
blir sans perdre l'État, mais qu'il voyoit bien pré- 
sentement qu'il s'étoil trompé. 

Après les affaires sérieuses, il faut dire un mot de 
la vie de Son Altesse de Loriaine. Il a dîné un jour 
chez M'"'' de Chevreuse, disant mille mots à double 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 137 

entente aux dames ^ ; un autre jour, il a dîné avec 
le commandeur de Souvré, où il a voulu voir tous 
ceux qui ont été nourris avec le feu Roi. Il a vu 
plusieurs fois aussi M. de Châteauneuf ; et toutes 
les visites, il les a faites le plus souvent à pied. 
Il fut hier au bal chez Mademoiselle, où il a dansé 
jusques à une heure après minuit et est parti à cinq 
du matin ~. 

Je supplie Votre Altesse Royale de croire que je 
suis prêt de faire tout ce qu'elle me fera l'honneur 
de me commander sans réserves quelconques. 



XLIX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 14 juin 1652. 

J'ai reçu la dernière qu'il a plu à Votre Altesse 
Royale de me faire l'honneur de m'écrire '.Je la 
puis assurer n'avoir pas moins de passion de lui 
écrire la conclusion de la paix qu'elle en a de la 

1. Loret, entre autres défauts, reproche au duc de Lorraine 
d'être « goguenard, goinfre et galant ». — « Le duc de Lor- 
raine, écrit Conrart, se va souvent promener au Cours avec 
Mademoiselle ou M"* de Chevreuse, devant lesquelles il dit des 
ordures qui les rendirent honteuses le plus souvent » [Mémoires 
de Conrart, édit. Petitot, p. 79). 

2. Mademoiselle, qui donne beaucoup de détails dans ses 
Mémoires sur le séjour que fît en France à cette époque le 
duc de Lorraine (II, 73-81), ne mentionne pas ce bal. 

3. La minute de cette lettre de Madame Royale n'a pas été 
retrouvée. 



138 CORRESPONDANCE 

savoir. Mais il n'y a que Dieu qui nous en puisse 
donner une véritable et assurée, le duc de Lorraine 
ayant tellement brouillé les cartes que nous ne 
savons plus où nous en sommes. Je ne vous parle 
point de la levée du siège d'Étampes *, je m'imagine 
que la renommée vous l'aura apprise; depuis ce 
jour, le Lorrain a toujours tenu la Cour en échec 
de s'accommoder avec elle jusques à marquer le 
jour qu'il y devoit aller. La Reine, qui n'a autre pas- 
sion que de conserver le cardinal Mazarin, donne à 
pleines voiles dans ce panneau, ne voyant pas que 
celui-ci n'agit que par les sentiments d'Espagnols 
qui ne veulent pas que le cardinal Mazarin s'en 
aille, afin de maintenir la guerre civile dont il est 
le seul auteur. Cependant qu'il dupe ceux-là, il tient 
ceux-cienhaleine, et avant-hier Monsieur et Monsieur 
le Prince, croyant que ce Lorrain se vouloit accom- 
moder avec la Cour, le furent trouver dans son camp 
et, après avoir été enfermés quatre heures avec lui, 
signèrent un écrit, lui et M. le duc d'Orléans, par 
lequel il s'oblige de ne faire aucun traité avec le 
Roi de quinze jours. Lorsque Son Altesse Royale le 
presse de se lier plus fortement avec lui, il répond 
que, si Monsieur le Prince lui veut rendre ses places, 
il le fera, mais que tout ce qu'il peut faire, à cause de 
Monsieur, c'est de ne pas le laisser défaire et qu'il 
leur donne ces quinze jours afin de donner le temps 



1. Le siège d'Étampes avait été levé par ïurenne le 7 juin 
1652. Le duc de Lorraine avait signé avec le marquis de Châ- 
teauneuf un traité par lequel il s'engageait à quitter la France 
dès que le siège d'Étampes serait levé. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 139 

aux troupes qu'il fait venir des pays étrangers de 
joindre leur corps. 

M. de Clhâteauneuf a négocié cet écrit, quoique 
l'on le donne à mon ami; mais il est vrai qu'il i\\ 
a nulle part. 

La Reine n'a pas laissé de se plaindre de lui 
d'avoir eu plusieurs conférences avec le Lorrain, 
sans en avoir informé le Roi ; à cela, il ne répond 
rien, ne voulant point s'intriguer de toutes ces 
négociations ni pour ni contre la Cour, si ce n'est 
contre son ennemi. 

T^es députés du Parlement sont repartis mercredi 
pour la Cour, suivant l'arrêté du lundi qui porte 
que le Roi sera très humblement supplié d'éloi- 
gner le cardinal Mazarin, seul et unique sujet de 
tous les désordres de l'Etat, et que, sans cela, il 
est inutile de faire aucune conférence, et ce d'au- 
tant plus que Son Altesse Royale et Monsieur le 
Prince ont déclaré de nouveau qu'ils étoient prêts 
de mettre les armes bas, si le cardinal Mazarin s'en 
alloit. L'on attend le retour de ces Messieurs. 

Il se fit hier une assemblée de ville un peu tumul- 
tueuse ; le résultat fut d'envoyer grand nombre de 
bourgeois à Son Altesse lui déclarer que, si l'on ne 
faisoit bientôt la paix et éloigner l'armée du duc de 
Lorraine qui ruine tous les environs de Paris, ils 
sont résolus de lever une armée pour leurs intérêts. 
Monsieur leur repartit qu'il y donneroit ordre. 

Le bon Dieu veuille amollir le cœur de la Reine 
et lui veuille pardonner tous les maux qu'elle nous 
cause ! Je trouve que Votre Altesse Royale ne lui a 
guère d'obligation de l'abandonner comme elle le 



140 



CORRESPONDANCE 



fait. Je souhaiterois avec passion de me voir une 
occasion de répandre de mon sang en la servant et 
Son Altesse son fils. Je m'estimerois le plus glorieux 
de tous les hommes. Cependant je la puis assurer, 
quoi qu'il puisse arriver, [que] je continuerai à lui 
mander ce qui se passe en ce pays. 

L. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 28 juin 1652. 

Je me suis si peu promené parmi le monde cette 
semaine, à cause de quelque affaire qui m'est surve- 
nue, que je n'en sais guère de nouvelles. 

J'ai reçu la dernière lettre que Votre Altesse 
Royale m'a fait l'honneur de m'écrire ^ ; je trouve 
ses ressentiments si justes que je ne désapprouverai 
jamais aucune des résolutions qu'elle prendra sur 
les sujets des plaintes que vous me faites. 

S'il y avoit quelque assurance aux ti'aités que fait 
le cardinal Mazarin, nous aurions sujet d'espérer 
la paix dans peu de jours ; mais, comme la clef de 
ce traité, c'est son éloignement, il le reculera le 
plus qu'il pourra, encore qu'il soit stipulé que ce 
ne sera que pour un temps, et même l'on croit 
que, s'il pouvoit trouver quelque conjoncture avanta- 
geuse pour s'en dédire, il le feroit. 

Il a fait venir quantité de troupes dans l'armée du 
Roi ; il arriva hier encore quatre mille hommes du 

1. La minute de cette lettre nous manque. 



DU CHEVALIER DE SEVIGNE. 141 

maréchal de La Ferté qui marchent d'un côté de la 
rivière, et les troupes de M. de Turenne de l'autre ; 
ils semblent vouloir enfermer l'armée de Monsieur et 
l'on croit que s'ils remportoient quelque avantage, 
que ce seigneur se pourroit bien dédire. S'il le fait, 
je ne fais nul doute que le Parlement et le peuple 
de Paris ne fassent une union très entière, car le 
dernier arrêté de l'assemblée des Chambres le porte 
ainsi, comme vous apprendrez par ceux qui vous 
écrivent des affaires publiques. 

Les députés partirent hier ; ils ont porté, signés de 
Messieurs les Princes, tous les préalables que la Reine 
demandoit pour chasser le cardinal Mazarin. L'on 
m'a encore assuré que cela n'est que grimace et que 
le traité de Monsieur le Prince est fait et qu'il est 
bien aise qu'il paroisse que c'est le Parlement qui le 
fait. Je voudrois déjà que la paix fût publiée et que 
le vilain s'en allât ; car, pour son retour, je crois 
qu'il sera très incertain et que ceux qui lui pro- 
mettent de lui être favorables lui seront contraires. 
Les députés du Parlement reviendront demain. 

Le Roi a couché la nuit passée au Chemin à six 
ou sept lieues d'ici. C'est une terre qui est au prési- 
dent Viole ^ . L'on dit qu'il doit venir coucher à La 
Chevrette -, à demi-lieue de Paris. 

Le cardinal de Retz avoit fait supplier le Roi de 
donner commission à quelqu'un de lui donner le 

1. Pierre Viole, sieur de Chéron, président au Parlement de 
Paris, un des partisans les plus fanatiques de Monsieur le 
Prince. 

2. Aujourd'hui hameau de la commune de Deuil, canton 
de Montmorency (Seine-et-Oise). 



142 CORRESPONDANCE 

bonnet, ce que l'on lui a refusé, disant que Sa 
Majesté seroit bientôt auprès de Paris et que l'on ne 
faisoitnul doute qu'il ne fût bien aise de le prendre 
de sa main. 

Il a répliqué qu'il l'eût fort soubaité, sans la con- 
joncture des affaires; qu'il savoitbien que ce n'étoit 
ni du mouvement du Roi ni de la Reine que l'on lui 
faisoit ce refus, que e'étoit le cardinal Mazarin ; qu'il 
supplioit très bumblenient Sa Majesté de considérer 
que son intention étoit de lui rendre toutes sortes 
de respects, puisque, nonobstant le pouvoir que le 
bref du pape lui donnoit de prendre son bonnet 
lui-même, il le vouloit recevoir par les ordres du 
Roi, qu'il seroit au désespoir d'être obligé d'en user 
autrement, mais que pour éviter les affronts dont on 
le menace, à cause qu'il va inconnu, il sera obligé 
de paroître publiquement ; il attend sa réponse. 

Gaucourt, agent de Monsieur le Prince, est de 
retour; c'est lui qui a négocié. Cela fait croire que la 
pai.x est faite. Voilà tout ce que je sais. 



Ll. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 5 juillet 1652. 

Ce que je vous ai mandé, le dernier ordinaire, 
est arrivé touchant le cardinal Mazarin. Depuis qu'il 
a vu l'armée du Roi grossie des troupes du maré- 
chal de La Ferté, il est devenu si fier qu'il a rompu 
la paix et n'a plus voulu sortir de la Cour, comme 



DU CHEVAXIER DE SÉVIGNÉ. 143 

portoit le traité qui étoit arrêté entre la duchesse 
d'Aiguillon et le sieur de Chavigny. Cette première 
m'a assuré que, si Monsieur le Prince eût voulu 
consenlii- que le cardinal Mazarin fut allé à la paix, 
il prometloit de ne rentrer de deux ans en France. 

Ce qui se fit hier pourra peut-être diminuer l'or- 
gueil dudit cardinal, c'est qu'après ce combat que 
les troupes du Roi donnèrent, il y a trois jours, 
dans le faubourg Saint-Antoine, contre l'armée des 
princes, dont l'on vous enverra la relation qui est 
publique et assez véritable ', les princes y ont perdu 
beaucoup plus d'officiers que le Roi, mais ils ont 
gagné ; car hier, ayant demandé une assemblée 
générale de la Maison de Ville, afin de les obliger à 
s'unir avec eux, et les princes ayant vu que cette 
assemblée demandoit huit jours pour se déclarer, 
ils sortirent de la Maison de Ville criant au peuple 
qui étoit dans la Grève que c'étoient des mazarins. Le 
peuple prit des fagots et mit le feu aux portes et 
tiroit force coups de mousquet aux fenêtres de la 
Maison de Ville; enfin les échevins furent contraints 
de signer l'union, et le peuple longtemps après se 
retira. Lemaiéchal de l'Hôpital et le prévôt des mar- 
chands se sauvèrent par un trou ; il y a eu plus de 
cent hommes tués. 

Nous voilà tout à fait sous la tyrannie de Monsieur 

1. Suivant sa coutume de ne mentionner que brièvement 
les événements importants dont les récits se trouvent imprimés 
dans les gazettes, M. de Sévigné parle à peine du combat du 
faubourg Saint-Antoine qui aurait pu voir l'écrasement de la 
Fronde si la Grande Mademoiselle n'avait fait tirer sur les 
troupes royales le canon de la Bastille. 



144 CORRESPONDANCE 

le Prince; il peut proscrire qui bon lui semblera. Le 
cardinal de Retz est fort placardé tous les jours, 
mais il a quantité d'amis ; toutefois, si la tourbe a 
vil gundagno inteza^ devient la maîtresse, il faudra 
qu'il cède '. Le grand prévôt lui a écrit que le Roi 
lui vouloil donner le bonnet et qu'il souhaite qu'il 
allât à la Cour afin de traiter avec lui de beaucoup 
d'affaires concernant son service; il est résolu de 
n'y pas aller; mais il a envové demander permission 
au nonce de paroître en public sans prendre le bon- 
net ; je ne sais ce qu'il fera. 

De vous dire où iront les choses, je ne puis en 
parler avec certitude, mais par réflexion. L'on croit 
que la déclai'ation de Paris et de la venue de l'Ar- 
chiduc ^ feront résoudre le cardinal Mazarin de 
rabattre de son caquet. 

Nos députés du Parlement doivent avoir audience ; 
par la sorte dont on leur parlera, nous jugerons de 
ce qui se fera. Les négociateurs sont en cam- 
pagne. 

Il y a mille nouvelles populaires dont je ne vous 
parle point; tout le monde les sait. .J'envoie à Votre 
Altesse Royale deux écrits qui sortent tous deux de 
la boutique de notre ami ; celui qui est intitulé 
le Vrai et le faux est de son style. Vous verrez le 
secret de tout ce qui s'est fait et, en rappelant votre 

1. A vil guadagno inteza, qui n'a pour but qu'un vil gain. 

2. Le cardinal de Retz parle dans ses Mémoires d'un projet 
qu'aurait formé Monsieur le Prince de profiter du peu de pré- 
cautions qu il prenait pour le faire enlever sans violence et l'obli- 
ger à sortir de Paris (Œwcres du cardinal de Retz, IV, 278-280). 

3. L'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas espagnols. 



nu CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 145 

mémoire, vous jugerez que je n'ai pas été mal 
averti '. 

Il y a eu un grand massacre à Bordeaux, entre 
ceux de l'Ormée et ceux du parti du Parlement -. 
Si Dieu n'a pitié de nous, nous sommes pour voir 
une subversion générale de toutes les monarchies. 

J'oubliois à vous mander que, dans ce grabuge de 
l'Hôte) de Ville, le peuple a élu M. de Broussel '^ 

1. La guerre des pamphlets avait repris depuis plusieurs 
seniaines. Le cardinal de Retz écrit dans ses Mémoires à la 
date d'avril 1652 : « Les libelles recommencèrent ; j'y repon- 
dis. La trêve de l'écriture se rompit. » C'est à cette occasion 
qu'il se reconnaît l'auteur du pamphlet : « Les contre-temps du 
sieur de Chavigni, premier ministre de M. le Prince » 
{Œiwres du cardinal de Retz, IV, 217-218). 

Le titre complet du libelle cité ici par M. de Sévigné est : 
«Le Vrai et le faux du prince de Condé et du cardinal de Rais ». 
Celui-ci rapporte dans ses Mémoires que Marigny, ayant un 
jour surpris Condé lisant ce livre avec grand plaisir, celui-ci 
lui aurait déclaré : « Il est vrai que j'y en prends beaucoup, car 
il me fait connaître mes fautes que personne n'ose me dire » 
[Œuvres du cardinal de Retz, IV, 2-32). 

2. La ville de Bordeaux s'était partagée en deux grands 
partis « l'Ormée » ou parti des faubourgs et la « Fronde », 
parti du Parlement et des Jurais. Condé soutenait le premier 
et écrivait à Lénet : « J'aime mieux me conserver Bordeaux 
sans Parlement que le Parlement sans Bordeaux... » {Histoire 
des princes de Condé par le duc d'Aumale, VI, 302). 

3. C'est le conseiller Pierre Broussel que son rôle pendant 
la vieille Fronde avait rendu si populaire. Entré au Par- 
lement de Paris en 1637, il a fini obscurément. — Fils d'autre 
Pierre, conseiller au même Parlement (-j- 1654) et de Mar- 
guerite Boucherat (celle-ci propre tante du chancelier de 
France, Louis Boucherat), il était né en la paroisse Saint- 
Landry de Paris, le 15 septembre 1609 (Biblioth. nationale, 
mss. français, n° 32.585). — V^oir sur sa démission la lettre 
du 27 septembre 1652. 

10 



146 CORRESPONDANCK 

prévôt des marchands et jM. de Beaufort gouver- 
neur de Paris. M™^ de Chevreuse a ordre de sor- 
tir de cette ville. Je demande pardon à Votre 
Altesse Royale si ma lettre est mal écrite. Je suis très 
fort blessé au pouce droit. 



LU. 

M. DE SEVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
Ce 12 juillet [1652]. 

J'ai reçu deux lettres qu'il a plu à Votre Altesse 
Royale me faire l'honneur de m'écrire, l'une du 22 
du passé et l'autre du 29 ^ ; elles m'ont tout à fait 
touché et particulièrement les apostilles qui sont 
écrites de sa main. Tout ce qu'il y a de gensde bien 
dans le royaume admirent la fermeté de Votre 
Altesse Royale et disent que ce ne doit plus être 
l'intérêt de la France qui la doit obliger de ne pas 
traiter avec Espagne. Je ne m'engage pas plus 
avant dans le raisonnement, car la passion que j'ai 
pour la Maison de Savoie et pour votre personne me 
feroit peut-être blesser la qualité de François que la 
naissance m'a donnée; quoiqu'il arrive, vous trou- 
verez en moi un très passionné mais encore plus 
fidèle serviteur. 

Je ne veux pas suivre dans cette relation la 
méthode des gazeliers, je veux commencer par où 
sans doute ils finiroient, puisque c'est par une 

1. Les minutes de ces lettres n'ont pas ctc retrouvées. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 147 

nouvelle qui nous est arrivée ce matin de la Cour, 
qu'enfin le Roi a trouvé bon que le cardinal Maza- 
rin se retirât. Vous trouverez ci écrit la copie des 
mêmes termes du garde des sceaux. La manière 
dont cela s'est négocié a été par l'entremise de 
M. de Mortemart ' qui est premier gentilhomme de 
la chambre du Roi et ami intime de M. de Chavi- 
gny. Ainsi je puis vous assurer que la chose s'est 
faite par le su de Monsieur le Prince. Dieu veuille 
que Son Éminence Mazarine ne s'en dédise point ! car 
quoique son éloignement ne soit pas pour longtemps, 
comme il est stipulé, néanmoins nous aurions le 
temps de respirer. 

Depuis la violence de l'Hôtel de Ville, il n'y a 
sorte d'artifice dont Monsieur le Prince ne se soit servi 
pour épouvanter le cardinal de Retz afin de l'obliger 
à sortir de Paris. Son Altesse Royale a même témoi- 
gné qu'il feroit bien, disant toutefois que, lui présent, 
l'on ne l'attaqueroit pas qu'il ne le secourût, mais 
que peut-être Monsieur le Prince prendroit son temps 
lorsque Son Altesse Royale seroit hors de la ville ; 
mais le cardinal est plus fier que jamais. Il a fait 
dire à Monsieur qu'il le remercioit de sa bonne 
volonté, qu'en ce rencontre il n'en avoit que faire ; 
que si l'on l'attaquoit, il feroit périr ses ennemis et 
qu'il ne sortiroit jamais de Paris. Il est en état de 
soutenir un siège contre une ai-mée royale. 

1. Gabriel de Rochechouart, marquis puis duc de Morte- 
mart, père de M""® de Montespan, gouverneur de Paris en 
1669, mort en 1675. II avait constamment suivi la fortune de 
Mazarin pendant que son frère, le comte de Maure, avait 
embrassé la cause de la Fronde. 



148 CORRESPONDANCE 

L'on m'a assuré que le Roi avoit pleuré amère- 
ment sur le sujet de l'éloignement du Mazarin ; il 
y a quatre ou cinq jours que Sa Majesté a donné à 
Mancini ' le commandement de ses chevau-légers 
delà garde qu'avoit Saint-Maigrin - ; le cornette, qui 
est de la maison de La Trémoïlle, après avoir dit 
au cardinal Mazarin tout ce que fait dire la rage 
quand elle est maîtresse de céans, a eu comman- 
dement de se retirer chez lui. Outre cet obstacle, il 
Y a quatre hommes de qualité qui ont signé de ne 
point souffrir que ce petit mignon jouisse de cette 
charge qu'il n'ait satisfait la veuve d'un brevet 
qu'elle a de cent mille écus de récompense. Cette 
action a achevé de peindre le cardinal Mazarin dans 
la Maison du Roi, de voir donner à un enfant une 
charge qu'il n'y a jamais eu que de vieux barbons 
qui l'aient eue. 

Je ne m'amuse point de barbouiller mon papier 
de leurs cent mille ftidaises ; je suis certain que 
personne ne sait encore qui a négocié ce dernier 
traité, celui qui l'a fait ne s'étant jamais mêlé d'af- 
faires ; je hais fort ce « messer faquin » pour le 
mal qu'il nous a fait, mais plus encore d'avoir 
abandonné Votre Altesse Royale comme il a fait ; je 
l'en haïrai toute ma vie. 



1. Paul Mancini, l'un des neveux de Mazarin, blessé mortel- 
lement au combat du faubourg Saint-Antoine. — Voir sur sa 
mort la lettre ci-après du 10 juillet. 

2. Jacques vStuer de Caussade, marquis de Saint-Maigrin, 
capitaine-lieutenant des chevau-légers de la Reine en 16W, 
lieutenant-général des armées du Roi en 1650, tué au combat 
du faubourg Saint-Antoine le 2 juillet 1652. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 149 

M"" d'Aiguillon me vient de mander qu'à celte 
fois elle croit la paix faite. Dieu soit loué ! 

[A cette lettre est jointe la note ci-dessous :] 

Réponse aux députés par M. le Garde des Sceaux. 

Le Roi m'a commandé de vous dire que, quoiqu'il 
soit aisé de connoître et que l'on voie clairement que 
la demande à laquelle on insiste pour l'éloignement 
de M. le Cardinal ne soit qu'un prétexte, néan- 
moins Sa Majesté n'a point laissé de prendre réso- 
lution de lui permettre de se retirer sur ses pressantes 
instances qu'il lui a faites, lorsque les ordres auront 
été donnés pour l'exécution de ce qui doit être fait 
pour le rétablissement du calme dans ce royaume ; 
et pour cet effet, Sa Majesté entend que vous fassiez 
savoir ses intentions à M. le duc d'Orléans et à 
Monsieur le Prince afin qu'ils envoient ici des dépu- 
tés, et cependant que vous demeuriez ici près sa 
personne. 

Lin. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 19 juillet 1652. 

Toutes les propositions de paix que l'on a faites de- 
puis huit jours se sont tournées en fumée ; les princes 
ne les veulent point exécuter que le cardinal Mazarin 
ne soit parti, et tous les avis de la Cour sont que ce 
vilain n'en a nulle envie. Il avoit fait commander 
par le Roi aux députés du Parlement de suivi'e à 



150 CORRESPONDANCE 

Pontoise ; mais Messieurs du Parlement leur ont 
commandé de s'en revenir, ce qu'ils firent hier au 
soir, escortés par Son Altesse Royale et par Monsieur 
le Prince. Ce matin, ils ont confirmé la réponse que 
le Roi leur avoit faite mercredi par la bouche de M. 
Servien, qui est que, si les princes ne veulent députer 
vers le Roi, qu'ils donnent pouvoir auxdits députés 
de traiter pour eux et que Sa Majesté le trouve bon 
et qu'il promet d'éloigner le cardinal Mazarin du 
royaume, aussitôt que l'on sera convenu des ordres 
nécessaires pour la pacification du royaume, avant 
même qu'ils soient exécutés et leur a fait dire par 
M. deSainctot' de demeurer à Saint-Denis pour qu'ils 
se pourvussent des choses nécessaires et faire savoir la 
réponse du Roi aux princes et recevoir leur résolution 
pour la faire savoir au Roi à Pontoise et cependant 
attendre ses ordres à Saint-Denis ^. 

Ce matin donc, les Chambres se sont assemblées, 
Messieurs les Princes présents, et après avoir ouï ce 
récit, l'on a dit qu'il étoit plein d'artifices, que le Car- 



1. Ce nom que M. de Sévigné écrit « S'-Tot » est soit celui 
du maître des cérémonies alors en exercice, Jean-Baptiste de 
Sainctot, sieur de Vémars, gentilhomme ordinaire de la chambre 
du roi, qui mourut le 1'^'" août suivant, soit celui de son fils, 
Nicolas-Sixte, déjà pourvu de la même charge, qui lui survécut 
jusqu'en 1655 (A. Ja\, Dictionnaire critique, 2* éd., p. 1100). 

2. Le cardinal de Retz a relaté les mêmes faits dans ses 
Mémoires [Œuvres, IV, 293-294) ; mais, d'après le récit qu'il 
a mis dans la bouche du président de Nesmond, à l'audience 
du Parlement, le 19 juillet, la réponse delà Reine aux députés 
de la Cour, par l'intermédiaire de Servien, leur aurait été don- 
née par écrit. Il ne mentionne pas non plus cet ordre du Roi 
qui aurait été notitié à ces mêmes députés par Sainctot. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE . 151 

dinal vouloit lirer les choses en négociation et qu'il 
n'avoit nulle pensée de s'en aller. Après, l'on est venu 
aux opinions ; il y en a eu trois principales : l'une 
d'envoyer au Roi faire de nouvelles instances afin 
qu'il éloignât le cardinal Mazarin et que l'on ne trai- 
teroit point sans cela ; l'autre avis, que M. le duc 
d'Orléans se serviroit de toute l'autorité du Roi et de 
la sienne pour le chasser, et le dernier que l'on dé- 
clareroit Monsieur régent, attendu que le Roi étoit 
prisonnier. L'on ne croit pas qu'il passe à ce der- 
nier. Demain, l'on achèvera la délibération. 

Mancini mourut hier au matin ^ ; il y en a qui 
augurent bien de celte mort, disant que la disgrâce 
du maréchal d'Ancre commença par la mort de sa 
fille ; les clairvoyants croient que le cardinal Mazarin 
sera contraint enfin de s'en aller et qu'il s'y résou- 
dra plus facilement qu'il n'eût fait, depuis la mort de 
son neveu. 

Le bruit court que les troupes de l'.Ai^chiduc, ayant 
poussé M. d'Elbeuf, l'avoient enfermé dans Chauny 
et que, depuis, ils l'y avoient fait prisonnier avec 
M. de Manicamp ', et même qu'il étoit sorti sur sa 
parole. 

1. Paul Mancini, dont il est question dans la lettre précé- 
dente, fut porté mourant, lei7juillet,surun brancardàPontoise 
où la Cour se rendait et y mourut le lendemain matin [Gazette, 
1652, pp. 694 et 719). Il n'était âgé que de seize ans et 
s'était bravement battu à la tête de son régiment [Mémoires de 
M*"" de Montpensier, II, 114). Sa mort a inspiré plusieurs 
pamphlets aux adversaires de Mazarin. 

2. Achille de Longueval, comte de Manicamp, colonel d'un 
régiment d'infanterie de son nom en 1625, maréchal de camp 
en 1636, lieutenant général le 30 octobre 1646. 



152 CORRESPONDANCE 

Monsieur le Prince a fait voir à tous ceux qui l'ont 
voulu une lettre que le roi d'Espagne lui écrit, par 
la€|uelle il lui donne la liberté de M. de Guise, lui 
disant que, pour les conditions, il les lui remettoit, 
sachant bien qu'il auroit autant de soin de ses intérêts 
que ses meilleurs ministres ; il le nomme mon cher 
cousin ^ 

Le cardinal de Retz est toujours sur ses gardes, 
ayant eu mille avis que l'on le vouloit attaquer sous 
prétexte d'une émotion populaire. Il a fait depuis 
trois jours une nouvelle instance au Roi pour avoir 
permission de prendre le bonnet, à cause que, n'osant 
sortir publiquement, ses ennemis s'en prévalent et 
publient qu'il n'ose sortir, à cause qu'il estmazarin. 
Il n'a point de réponse de la Cour ^. 

Les nouvelles sont venues que l'Angleterre et la 
Hollande se sont déclaré la guerre ; il y en a qui 
disent que cela n'est pas encore, mais que la disposi- 
tion y est toute entière. 



1. Henri II de Lorraine, duc de Guise (1614-1664), arclie- 
vêque de Reims de 1629 à 1641, renonça à la carrière ecclé- 
siastique après la mort de son père et celle d'un frère aîné et 
se lança dans diverses aventures. Ayant tenté, en 1647, à la 
tête d'un parti de Napolitains révoltés, une expédition contre 
Naples, il fut fait prisonnier par les Espagnols et conduit en 
Espagne ; il y resta gardé très étroitement, jusqu'à ce que k- 
prince de Condé pût obtenir, en 1652, sa mise en liberté. On 
sait qu'il ne s'en montra pas reconnaissant envers ce prince 
qu'il abandonna pour se rallier à Ma/arin. Les incidents de 
son retour à Paris, qui occupèrent beaucoup la Cour et la Ville, 
sont relatés par M. de Sévigné. (Voir lettres ci-après des 4, 18 
et 25 octobre 1652.) 

2. Mémoires! du cardinal de Retz [Œuvres, II, 285-290). 



DU CHEVALIER DE SKVIGNÉ, 153 

Si l'on a jamais dû croire le dernier jugement, je 
crois que c'est à présent ; si vous voyiez tous 
les libelles qui courent, ils vous feroient horreur. 
Ils ne parlent plus contre le Mazarin, mais directe- 
ment contre la royauté. Le Roi doit aller à Mantes. 
Je n'ose plus pronostiquer ; mais j'espère que Dieu 
nous donnera la paix plus tôt que nous ne pensons. 



LIV. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 26 juillet [1652]. 

Il est vrai qu'il y a si peu de certitude à nos affaires 
que nos meilleurs politiques y perdent leur es- 
crime ; pour moi, je ne me pique pas de l'être ; 
néanmoins, je ne voudrois pas que vous eussiez mau- 
vaise opinion de la mienne, parce que les choses 
n'arrivent pas comme je vous les ai mandées. 

Il n'y a rien de plus véritable qu'il y a eu un traité 
de paix fait sous main par les agents de Monsieur 
le Prince et qui n'a pu sortir à son effet, parce qu'il 
n'a pu trouver les moyens de gagner Monsieur et 
qu'il a prévu qu'il aclievoit de perdre tout son cré- 
dit et ses amis; mais la dernière et la plus véritable 
raison, c'est qu'il veut aller à la paix générale et 
ainsi il n'a jamais voulu consentir que le cardinal 
Mazarin y allât. Je pense qu'il est inutile de vous 
dire quels sont les intérêts de mondit sieur le 
Prince pour aller faire la paix générale, car vous 
n'ignorez pas que, par le traité qu'il a avec Espagne 



154 CORRESPONDANCE 

les Espagnols se sont obligés de ne point faire la 
paix sans lui faire avoir ce qu'il désire ^ ; et ce qui 
doit persuader qu'ils lui tiendront parole, c'est que 
leur intérêt le veut ainsi, afin d'avoir un demi-souve- 
rain dans leur voisinage et que par même moyen 
ils démembrent un peu notre monarchie. 

Venons à l'état des affaires présentes ; il ne paroît 
plus du tout qu'il y ait aucune négociation. Il y 
a quatre jours quelemilordMontaigu, qui étoit venu 
dans cette ville trouver M™" de Cliâtillon pour 
lui offrir de grands avantages de la part de la Cour, 
eut commandement de Son Altesse Royale de sortir 
de la ville le soir même ^ Depuis ce jour là, il n'y 
[a] plus de traité qui paroisse. 

Samedi dernier, le Parlement déclara Son Altesse 
Royale lieutenant-général de l'État et Monsieur le 
Prince commandant les armées sous son autorité^. 



1. Ce traité signé à Madrid le 6 novembre 1651 engageait 
l'Espagne « à ne faire jamais aucune paix générale ou particu- 
lière, secrette ou publique... sans ledit seigneur Prince et avec 
sa satisfaction juste, honneste et durable, seureté de lui et de 
toute sa maison, comme aussi de M. le prince de Conti, de 
Madame la duchesse de Longueville, de M. le due de Nemours, 
de M. le duc de La Rochefoucauld, et de tous les autres princes, 
ducs, mareschaux de France, gouverneurs... (article II) ». — 
Voir le texte complet de ce traité publié par V. Cousin (Madame 
de Longueville pendant la Fronde, 2" édition, 1872, pages 388 
et suiv.). 

2. Elle devait, en cas de réussite, toucher pour ses services, 
une somme de cent mille écus [Mémoires de 3f*"* de Mont- 
pensier, II, 85). 

3. Cet arrêt du 20 juillet 1652 qui donnait pour raison que le 
roi était « détenu prisonnier » par le cardinal Mazarin, fut 
cassé par le Conseil du Roi. Le duc d'Orléans avisa de sa nou- 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 155 

Mercredi, le Parlement ordonna que l'on feroit une 
taxe pareille à celle des boues de Paris pour payer 
celui qui Uieroit M. le cardinal Mazarin et que l'ar- 
gent seroit mis dans les mains d'un bourgeois ^ 

A.ujourd'hui Messieurs les Princes ont demandé 
deux de Messieurs dudit Parlement pour assister 
dans leur Conseil. Le bruit avoit couru qu'ils vou- 
loient faire un garde des sceaux, un secrétaire d'Etat 
et autres; mais j'ai appris qu'ils se contenteroient de 
faire un Conseil dans lequel le Chancelier assistera et 
qu'ils se serviront du petit sceau. 

Le maréchal de Turenne fait tête aux Espagnols 
vers Soissons. Leduc de Lorraine rebrousse le long 
de la Suippe, ce qui fait croire qu'il y a encore 
quelque traité avec lui. 

L'on dit même que, pour se venger de Monsieur 
le Prince, il veut faire la paix générale pour puis 
après venir fondre sur ce parti ; mais cela est ridicule 
par les raisons que je vous ai marquées ci-dessus 
de l'intérêt que l'Espagne a d'accroître raondit sieur 
le Prince. 

Je sais que depuis peu la Reine et le Cardi- 



velle dignité tous les gouverneurs de province; mais, d'après 
ce qu'il dit lui-même au cardinal de Retz, il ne reçut de réponse 
que de M. de Sourdis [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 294 
et 295). 

1. Le 24 juillet, le Parlement de Paris ordonna qu'il serait 
fait une assemblée à l'Hôtel de Ville, pour qu'on y avisât aux 
moyens de pourvoir à la subsistance des troupes, et, d'autre 
part, qu'on prendrait les fonds de la mise à prix du cardinal 
Mazarin sur la vente de ce qui restait des meubles et objets 
d'art de celui-ci [Œuvres du cardinal de Retz, IV, 296). 



156 CORRESPONDANCE 

nal se sont moqués de ceux qui avoient cru que ce 
dernier s'en alloit, et elle a dit tout haut devant tous 
ceux de la Cour : « S'il y a quelqu'un qui s'ennuie de 
servir le Roi, ils peuvent demander leur congé, je 
le leur ferai donner avec joie ; car pour moi, tant 
qu'il y aura un pouce de terre en France où je me 
peux retirer, je serai ferme dans le parti que je 
tiens. » 

M. d'Elbeuf est sorti de Chauny avec capitJila- 
tion, savoir que lui, Manicamp et cinq autres sor- 
tiroient libres, mais que tout le reste des officiers, 
gentilhorames, soldats et autres qui s'y étoient retirés 
seroient prisonniers de guerre, lesquels toutefois 
ils ont mis en liberté sur la parole que M. d'Elbeuf a 
donnéede payer quarante mille écus pour leur rançon. 

Si vous me demandez quelle issue auront nos af- 
faires, je vous dirai que [nous] n'avons de ressource 
qu'en Dieu, la perfidie de tous ceux qui ont la prin- 
cipale part dans l'un et l'autre parti les empêchant 
de se porter au bien, à cause de leurs intérêts parti- 
culiers. 

La Reine a celui de sa passion pour le Mazarin ; 
l'un et l'autre sont entre les mains de MM. de Bouillon 
et de Turenne, les plus grands fourbes et les plus 
infidèles hommes du monde et qui porteront toujours 
les choses dans la dernière extrémité afin d'avoir le 
temps de faire leurs affaires ; ils sont fort bien avec 
Monsieur le Prince ; mais cela est secret. 

Le eamérier du pape a été à la Cour ; mais en même 
temps qu'il a donné ses dépêches au Roi et à la 
Reine, il en partit sans voirie cardinal Mazarin. 

L'on a refusé pour la troisième fois au cardinal 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ, 157 

de Retz la permission de prendre le bonnet d'autres 
mains que du Roi, disant qu'il n'y en avoit point 
d'exemple et que, si le feu Roi en donna la permis- 
sion au feu cardinal de Bérulle, ce fut en faveur de 
la Reine, sa mère, qui le lui donna K 

Le cardinal de Retz se promène quelquefois par 
les rues, mais bien accompagné. Son Altesse Royale 
lui fit dire encore depuis deux jours par le comte 
de Béthune qu'il le prenoit en sa protection, de 
quoi il l'a fait remercier. Il ne va point au Palais 
d'Orléans, à cause qu'il a juré de ne se mêler de 
rien à cause de Monsieur le Prince. 

Je suis de l'opinion de Votre Altesse Royale, 
qu'elle est prête de tomber dans de grands inconvé- 

1. Les Mémoires du cardinal de Retz sont muets sur ces 
démarches dont Sévigné avait été informé par le cardinal lui- 
même ; en rapportant cet incident de sa carrière, ce dernier 
semble n'avoir attaché aucune importance à cette remise du 
bonnet. En réalité, on peut croire qu'il craignait un piège 
et ne tenait pas à aller, hors de Paris, accomplir cette forma- 
lité : la Cour voulait, au contraire, qu'il reçut le bonnet des 
mains du Roi. 

Le cardinal avait dû faire courir le bruit que le pape l'avait 
autorise à s'adresser, pour cette remise, à qui bon lui semble- 
rait ; car Brienne écrivit au bailli de Valençay, ambassadeur à 
Rome, pour s'en plaindre. Celui-ci répondit, le 15 juillet 1652, 
que ce bruit n'était pas fondé, qu'aucune autorisation de ce 
genre n'avait été donnée au cardinal de Retz de se particula- 
riser de cette façon et que, s'il le faisait, la Cour de Rome n'y 
était pour rien. D'après une lettre de lui, citée par l'ambassa- 
deur, il aurait écrit pour s'excuser du retard à prendre le bon- 
net, ajoutant qu'il s'était adressé à la Cour, pour savoir s'il devait 
le recevoir de Leurs Majestés ou de la main d'autres per- 
sonnes [Le cardinal de Retz et Vintrigue du chapeau, par 
R. Chantelauze, II, 443). 



158 COBRESPONDANCE 

nients; il n'y a que Dieu et votre prudence qui y 
puissent remédier, car de la France vous n'en 
devez espérer aucun secours, selon mon opinion. Et, 
si ce faquin vous le fait espérer, il vous trompe. Il 
y a une prophétie qui dit que Julius non videhit 
Augustum ; nous y touchons du bout du doigt. 

Votre Altesse Royale doit être assurée que je l'in- 
formerai toujours très soigneusement de tout ce qui 
se passera, ayant une très forte passion de faire 
quelque chose qui lui soit agréable. 



LV. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

Ce vendredi à minuit [26 juillet 1652]. 

Je viens d'apprendre qu'enfin M. le Chancelier 
a accepté les sceaux, après les avoir refusés plus de 
trois fois ' ; ce qui m'auroit fait croire qu'il ne les 
prendroit pas, c'est que la chose est sans exemple, 
et moins encore d'un homme aussi riche que celui- 
ci ; mais je sais une chose que personne ne sait, 
c'est qu'il les a pris, pour, par l'autorité de Son 
Altesse Royale, faire vérifier des lettres de duc que 
la Reine lui avoit données. 

M. de Chavigny a aussi accepté d'entrer dans le 

1. M. de Sévigné dément ce bruit dans la lettre suivante. 
Le chancelier MoIé s'était, suivant l'expression d Orner Talon, 
« abandonné » à être du conseil de Monsieur, mais il n'y prit 
pas les sceaux. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGM':. 150 

conseil ici, qui ne fait pas une moindre faute que 
l'autre '. 

M. de Schonberg est allé à Metz; le cardinal 
Mazarin a eu quelque pensée d'en avoir le gouver- 
nement ; s'il l'eût pu, il eût achevé le traité qu'il 
avoit commencé avec M. de Metz pour son évéché ^ 

[Cette lettre était insérée dans la précédente.] 

LVl. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris ce 2 août 1652. 

Plus nous allons en avant, moins nous voyons 
d'apparence d'avoir la paix; peut-être Dieu veut 
que toutes les espérances se perdent afin que nous 
reconnoissions qu'il n'y a plus que lui qui nous la 
puisse donner, et par ainsi que nous fassions péni- 
tence pour tâcher de l'obtenir. 

J'ai reçu la lettre que Votre Altesse Royale m'a 
fait l'honneur de m'écrire du 20 du passé ^ ; je trouve 
certainement qu'elle a grand sujet de se plaindre et 



1. Chavigny n'est pas porté sur la liste des membres de ce 
conseil donnée par le cardinal de Retz dans ses Mémoires 
[Œuvres, IV, 297), ni sur celle que donne M. Riaux, en note des 
Mémoires de M'^^ de Motteville, IV, 29. 

2. Il s'agit des pourparlers poursuivis par Mazarin avec 
Tévêque de Metz en vue de la cession de cet évèché. — Voir 
ci-après la lettre du 16 août 1652. 

3. Nous n'avons pas cette lettre. 



160 CORRESPONDANCE 

qu'il n'y en a point qui ait si grand et si juste sujet 
de fronde contre le cardinal Mazarin qu'elle, puisque, 
sans la méchante conduite de ce ministre, vous étiez 
à la veille de voir Son Altesse Royale, votre fils, le 
prince le plus heureux de toute l'Europe ; j'espère 
que Dieu récompensera votre piété et qu'il fera que 
par la prudence de Votre Altesse Royale, il sortira 
aussi bien de ce mauvais pas qu'elle l'a fait de tous 
les autres. 

Les choses sont comme je vous les ai mandées par 
ma dernière relation et non pas comme je fis par 
mon billet daté de minuit par lequel je vous man- 
doisque le Chancelier seroit garde des sceaux de ce 
parti. Ce n'est pas vrai ; il entrera seulement dans 
le Conseil et tout le reste se fera comme je vous ai 
mandé par ma dernière relation ' . 

.Te vois bien par l'apostille de votre lettre que l'on 
vous a mandé que M. le duc d'Orléans avoit signé 
quelque traité avec les Espagnols. Il est vrai que le 
bruit en a couru ; mais il est faux ; car il n'a pas 
d'autre liaison avec eux que par Monsieur le Prince 
à qui ces Messieurs se fient assez pour ne pas cher- 
cher d'autre précaution. 

Lundi (29juillet), l'armée des princes décampad'ici, 
et, après avoir roulé quelques jours, sont enfin cam- 
pés depuis Suresnes jusqu'à Sainl-Cloud. Ce même 
joiu-, il se fit une assemblée générale à l'Hôtel de 
Ville où il fut résolu que chaque porte cochère don- 
neroit vingt-cinq écus, les carrées douze et les rondes 
six. Mardi, il vint ici un arrêt du Conseil d'en haut qui 

1. Voir la lettre précédente. 



t)U CrtEVALIER DE SÉVIGNÉ. l6l 

cassoil ce que le Parlement avoit fait pour Monsieur, 
votre frère ; je vous renvoie à l'original. Je ne cloute 
pas que M. l'Ambassadeur ne vous l'envoie aussi bien 
que les particularités de la triste mort de M. de 
Nemours ^ . L'on m'a assuré ce matin que Monsieur 
le Prince avoit permis à la veuve de ne voir jamais 
M. de Beaufort; peu de gens le savent. Jamais 
homme n'a été si regretté que ce prince; aussi faut- 
il avouer que c'étoit le plus aimable qui ait jamais 
été'. 

i. Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, beau-frère du 
duc de Beaufort, avait été tué en duel par ce dernier, près de la 
place des Petits-Pères, à Paris, le mardi 30 juillet 1652. L'ori- 
gine de cette rencontre remontait à une querelle née entre les 
deux beaux-frères, dans l'antichambre de M"'' de Montpensier, 
à l'occasion de l'échec du duc de Beaufoi't à Jargeau ; il y avait 
eu démenti donné, coups échangés, puis réconciliation ; mais 
Nemours en voulait toujours à Beaufort ; une question de pré- 
séance dans le Conseil du duc d'Orléans les mit de nouveau aux 
prises. D'après le récit de M"*' de Montpensier, Nemours 
aurait forcé son beau-frère à se battre et à le tuer d'un coup 
de pistolet pour défendre sa vie [Mémoires, éd. Chéruel, II, 
133). C'est aussi ce que rapporte le cardinal de Retz [Œuvres, IV, 
315). 

La Bibliographie des Mazarinades mentionne plusieurs rela- 
tions de cet événement et notamment une Relation véritable de 
ce qui s'est passé dans le combat de Messieurs les ducs de Beau- 
fort etde Nemours, avec le sujet de leur ^rwereZ/e (Paris, Mallard, 
1652, de 15 pages) que M. Morcau signale comme un récit de 
bonne foi, curieux et rare, l'auteur affirmant qu'on n'a rien su 
positivement du combat, que chaque narrateur racontait à 
l'avantage de ses maîtres (III, 73, n° 3225). 

2. Sa mort causa une vive douleur au prince de Condé : ce 
prince, arrivant en carrosse, vit le cadavre de Nemours et 
s'évanouit [Histoire des princes de Condé, pa.r le duc d'Aumale, 
VI, 243) 

11 



162 CORRESPONDA>CE 

Mercredi arriva la brouillerie de M. de Rieux 
avec Monsieur le Prince sur le même sujet qu'étoit 
arrivée celle de M. de Nemours avec M. de Beau- 
fort. La chose est publique, ainsi les autres gazetiers 
de Votre Altesse Royale vous en diront les particu- 
larités ' . Je vous dirai seulement que ce prince sera 
longtemps dans la Bastille, encore que l'on m'ait 
dit que Monsieur le Prince sollicite sa liberté et 
qu'il a dit qu'il veut se battre contre lui ^. 

M. dcTurenne a été contraint de céder le terrain à 
Fuensaldagne^, celui-ci ayant dix-huit mille hommes. 
Le premier est campé auprès de Lagny et celui-ci 
arrivé aujourd'hui à Nanteuil. Je ne crois pas 

1. M. de Rieux était François de Lorraine, comte de Rîeux, 
de Maubec et de Rochefort (1623-1694), troisième fils de Charles 
II de Lorraine, duc d'Elbeuf, et de Catherine-Henriette, légiti- 
mée de France, auteur de la branche des comtes d'Harcourt. 
Il y avait eu, le 31 juillet, une scène très vive entre lui et le 
prince de Condé : il prétendait, comme prince étranger, avoir 
droit au premier rang au Conseil de guerre après Monsieur et 
Monsieur le Prince, ce qui reléguait le duc de Bcaufort au 
quatrième rang. Il y eut des voies de fait échangées entre le 
prince de Condé et le comte de Rieux ; le duc d'Orléans fit 
arrêter et conduire ce dernier à la Bastille. Dubuisson-Aube- 
nay a donné des détails sur cet incident [Journal des guerres 
civiles, II, 266). — Voir aussi le récit de cette scène dans les 
lettres que M. Cousin a publiées en appendice de Madame de 
Longueville pendant la Fronde, édition de 1872, p. 427. 

2. Loret [Muze historique, I, 294) annonça à ses lecteurs, le 
5 octobre 1652, que 

...dès l'autre semaine, 

On le fit sortir de céans 

De par monseigneur d'Orléans. 

3. Général commandant l'armée espagnole. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGMÉ. 163 

néanmoins qu'il avance davantage, son intérêt 
étant de tenir les choses en balance. 

IjC Roi est toujours à Pontoise, que l'on fait for- 
tifier. Le traité de l'évèché de Metz est presque con- 
clu pour le cardinal Mazarin, et même l'on dit que 
celui du gouvernement est fort avancé avec M. de 
Schônberg, auquel on redonne les chevau-légers de 
la garde pour son neveu, le comte du Lude, et 
encore de l'argent ' . Après cela, ce vilain Mazarin 
ne sera pas mal établi. M. de Bouillon est à l'extré- 
mité et un homme m'a dit aujourd'hui qu'il est 
mort ; ce bruit n'est pas bien fondé. 

Ce matin, le Parlement a cassé l'arrêt du Conseil 
et confirmé celui de la Maison de Ville pour la levée 
des deniers. 

Le cardinal de Retz ne se veut plus mêler d'af- 
faires ; il se promène par la ville ^ ; et Monsieur le 
Prince fut, il y a deux jours, chez la princesse de 
Guémené ; mais, sachant que ce cardinal y étoit, il 
n'entra pas. 

Je supplie Votre Altesse Royale de croire que je 
tâche de l'informer très soigneusement des vérités ; 
mais pour tous les bruits je n'y fais aucun fonde- 
ment, et ainsi je ne lui en parle point, non plus 
que des afi'aires tout à fait publiques. 

1. Voir ci-après la lettre du 16 août. 

2. M. de Sévigné se fait ici Iccho du bruit que le cardinal de 
Retz voulait faire accréditer pour endormir les défiances de la 
Cour. 



164 CORRESPONDANCE 

LVII. 
M. DE SEVIG^E A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 9 août 1652. 

Je ne vous conseille pas de donner une entière 
créance aux nouvelles que vous trouverez dans cette 
relation, puisque je ne puis moi-même y ajouter 
foi. 

Mardi dernier, le Roi fit assembler un Parlement 
à Pontoise, composé du Premier Président et de 
deux autres au mortier, de quelques ducs et autres 
conseillers honoraires et d'une vingtaine de conseil- 
lers, et leur fit dire par son piocureur général que, 
sur les remontrances qui lui avoient été faites que 
M. le cardinal Mazarin étoit cause de tous les maux 
du royaume, il a\ oit bien voulu l'éloigner, à condi- 
tion que les princes mettroient les armes bas ; 
qu'eux ne l'ayant pas voulu faire, il vouloit faire 
une chose contre son autorité pour les mettre dans 
leur tort, qui étoit d'éloignei' ledit cardinal sans 
aucune condition. Après cela, l'on lut une déclara- 
tion du Roi qui portoit amnistie de tout ce qui s'étoit 
fait depuis la guerre. T.e cardinal Mazarin croit être 
justifié par là . 

Après quoi, ce Parlement lut un arrêt du Conseil 
d 'en-haut qui casse tout ce que celui-ci avoit fait, 
l'interdit et ordonne qu'il se transféreroit à Pon- 
toise. Il donna un arrêt par lequel il fait défense à 
aucun huissier ou autre de n'en exiger aucune taxe 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 165 

sur les sujets du Roi, sur peine d'en répondre jusques 
à la troisième génération. Voilà en substance tout ce 
qui se fit et, sur la fin, la Compagnie ordonna que 
très humbles remontrances seroient faites audit 
seigneur Roi pour lui tenir parole et éloigner ledit 
cardinal Mazarin. Cleci fut fait hier au soir, et le Roi 
le leur a promis. Afin que vous voyiez les choses 
plus claires, je vous envoie copie de l'arrêté dudit 
parlement de Pontoise ' . [En marge : Cela vous fait 
voir que c'est un jeu joué et qu'en effet il s'en veut 
aller.] 

Aujourd'hui celui-ci a ordonné que l'on feroit le 
procès à tous leurs confrères absents et que l'on 
pourvoiroit à leurs charges, et que lundi tous les 
ducs et autres qui ont séance dans le Parlement 
seroient conviés de s'y trouver afin de donner arrêt 
solennel contre le prétendu parlement de Pon- 
toise '. 

1. Le cardinal de Retz ne voit dans tout cela qu'une « comé- 
die très indigne de la majesté royale », accompagnée de tout 
ce qui la pouvait rendre plus ridicule [Œuvres, IV, 303). 

2. Les deux parlements rendirent l'un contre l'autre des 
arrêts comminatoires dont le gazetier Loret iMuze historique, 
I, 276) parle ainsi : 

Nosseigneurs des deux parlements 
Divisez en leurs sentiments 
Ayant l'un contre l'autre noize, 
L'un à Paris, l'auti'e à Pontoise, 
Pour des différents intérêts 
Se font la guerre à coup d'arrêts. 

Le 13 et le 17 août, ils enjoignirent respectivement aux 
absents des compagnies de se réunir à l'autre sous peine de 
suppression de leurs charges. 



166 CORRESPONDANCE 

L'opinion des plus entendus et des mieux infor- 
més est que le Cardinal s'en va et sortira hors du 
royaume, sans la participation des princes ; qu'il a 
pris ses mesures pour revenir et qu'il espère pen- 
dant son absence traiter la paix avec de très grandes 
espérances de la faire. C'est en cet article que gît 
mon incrédulité. 

S'il exécute ce projet, c'est sans doute la plus avan- 
tageuse résolution qu'il pourroit prendre, tant pour 
lui que pour la Cour, pourvu qu'il s'en sache pré- 
valoir et venir à Paris ; car tout le monde abandon- 
nera Monsieur le Prince, étant haï de tout le monde : 
ils n'ont plus dans leur armée que quinze mille 
hommes tant françois qu'allemands. 

Ce qui fait croire le traité de la paix générale 
avancé, c'est que l'armée d'Espagne s'est retirée 
vers les Flandres ; ils ont laissé six mille hommes 
à M. de Lorraine entre les troupes. 

Je sais qu'il a fait écrire en cette ville qu'il ne 
les amèneroit point pour ce parti que Monsieur le 
Prince ne lui eût rendu ses places. L'on tient son 
accommodement fait avec la Cour. Dans six jours, 
nous verrons si M. Mazarin nous trompe ou si c'est 
tout de bon ; en attendant, je vous conseille de 
tenir votre esprit en suspens, encore que trois ou 
quatre de ceux qui sont les plus avant dans les 
affaires m'ont assuré qu'il s'en va à ce coup. 

Voilà, Madame, tout ce que je puis mander de ce 
qui se fait ici ; je prie Dieu qu'il fasse que j'aie dit 
vrai, tant pour notre bien que pour celui de Votre 
Altesse Royale, m'imaginant que ce changement de 
scène pourra lui fournir quelque ouverture pour la 
débauche des Espagnols. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNE. 167 

Je VOUS envoie un sonnet que l'on a fait sur la 
mort de M. de Nemours ^ 



LVIII. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 16 août 1652. 

Je vous mandai par ma dernière relation que le 
Roi avoit promis à Messieurs les députés du parle- 
ment de Pontoise qu'il éloigneroit le cardinal Maza- 
rin ; à présent je vous envoie les mêmes termes dont 
Sa Majesté s'est servi ; l'on les vend imprimés, mais 
comme tout ce qui s'imprime ici pour la Cour est 
presque toujours corrompu ou altéré, je vous [les] 
envoie écrits à la main. 

Lundi dernier, M. de Valois mourut^ ; M. le duc 
d'Orléans en a été très sensiblement touché, il l'a 
témoigné à mon ami par des termes très forts. Après 
lui avoir fait ses doléances, il lui dit que si le car- 
dinal Mazarin s'en alloit, qu'il mettroit aussitôt les 
armes bas, mais que, pour son raccommodement 
particulier, il vouloit qu'il en fût le médiateur et que, 
pour les affaires publiques, il vouloit qu'elles pas- 

1. Le sonnet mentionné par M. de Sévigné n'est pas resté 
joint à la lettre. 

2. Le duc de Valois, né du second mariage du due d'Orléans 
le 17 août 1650, mourut à Paris, sans avoir été nommé, non 
le lundi 12 août, mais le samedi précédent. M"* de Montpen- 
sier parle avec détails de cet événement [Mémoires, 11,144-146). 
— La Muze historique du 11 août en fixe la date au jour précé- 
dent. 



168 CORRESPONDANCE 

sassent par le Parlement. Mon ami connut ensuite 
clans son discours une grande lassitude de Monsieur 
le Prince, et il s'imagine que celui-ci est ravi du mal- 
heur qui lui est arrivé ; ainsi il le hait un peu plus 
qu'il ne le faisoit. Je vous supplie que ceci soit 
secret ' . 

M. de Bouillon mourut aussi lundi dernier - ; 
l'on a découvert à mon ami que ce fut lui qui avoit 
été cause de la violence qui avoit été faite à la Mai- 
son de Ville et qu'il avoit mandé à Monsieur le Prince 
que, s'il ne se rendoit maître de Paris par quelque 
coup extraordinaire, il ne le pouvoit servir. Le 
pauvre défunt avoit intelligence avec l'Archiduc, 
avec Monsieur le Prince et avec le cardinal de Retz. 
La punition de Dieu a été prompte. 

Le cardinal Mazarin s'en doit aller demain : du 
moins toutes les nouvelles de la Cour les plus fines 
le portent ainsi. L'on m'a assuré qu'il seroit déjà 
parti, sans que Monsieur le Prince fait tous ses 
efforts pour nouer quelque négociation avec lui et 
que l'autre s'en amuse. Le projet qu'a fait le Cardi- 
nal pour son retour, c'est qu'il croit pouvoir faire 
la paix générale, les fondements étant jetés pour 



1. Le cardinal de Retz a jugé inutile de mentionner dans ses 
Méinoiresla. visite de condoléance qu'il a faite le 12 août au duc 
d'Orléans. 

2. Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, né à Sedan 
en 1605, mourut à Pontoise, le vendredi 9 août, et non le 
lundi suivant, comme l'a écrit par erreur M. de Sévigné. La 
Muze historique (11 août, I, 272; fait de lui un grand éloge, 
ainsi que La Rochefoucauld dans ses Mémoires [Œuvres, II, 
427). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ, 109 

cela ; el il croit que s'il l'apportoit en France, cela 
le feroit souffrir. De plus, il croit qu'en s'en allant 
sans avoir traité avec Monsieur le Prince, il se 
venge de lui, puisque par ce moyen il empêche que 
l'on ne lui donne toutes les choses que ce prince 
prétend tant pour lui que pour ses amis. 

Le cardinal Mazarin a bien fait, à ce qu'on m'a 
dit, l'affaire de l'évêché de Metz; mais pour le gou- 
vernement cela n'est pas fait^ 

Voilà succinctement l'état de nos affaires. Aussi- 
tôt que Son ÉminenceMazarines'en sera allée, nous 
verrons une scène nouvelle et la face du théâtre 
changée ; ce ne sera manque de soin si Votre 
Altesse Royale n'est bien informée, je la supplie de 
le croire et que je n'ai point de plus forte passion 
que de lui plaire. 

LIX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 23 août 1652. 

Je vous ai si souvent annoncé le départ de M. le 
cardinal Mazarin qu'enfin il est arrivé. Il s'est abou- 
ché avec M. de Lorraine à Château-Thierry et il 
espère que son retour est infaillible, parce qu'il croit 
absolument faire la paix générale. Avant que partir, 
il a fait donner le brevet de duc à vingt-six per- 

1. Loret a annoncé, comme un fait accompli, la cession de 
cet évêché consentie à Mazarin [Muze historique, ibid.). — 
Voir ci-dessus, lettre du 22 mars 1652. 



170 CORRESPONDANCE 

sonnes ; il a envoyé celui de maréchal de France à 
Miossens, lieutenant des gendarmes du Roi \ et a 
promis à M. de Turenne d'en donner le bâton au 
duc de La Force, son beau-père ^. Il a fait venir 
aussi M. de Candale à la Cour et l'a fait couvrir 
devant le Roi et lui ont donné tous les autres privi- 
lèges de prince^. Les anciens ducs ne le souffriront 
pas, et lorsqu'ils se trouveront à quelque audience, 
ils se couvriront aussi. 

Les princes sont tout à fait résolus de déposer les 
armes et de consentir à la paix ; nous verrons si la 
Cour agira comme il faut ; ce n'est pas sans sujet 
que j'appréhende sa mauvaise conduite. La passion 
que la Reine a pour le retour du cardinal Mazarin 
lui fera peut-être entretenir le désordre afin de 
pouvoir le rappeler et dire que ce n'étoit pas lui qui 
le causoit. 

Le maréchal d'Estampes et Goulas vont trouver 
le Roi de la part de Son Altesse Royale et de Mon- 
sieur le Prince; je crois que M. l'Ambassadeur vous 
envoie la déclaration que ces deux Messieurs firent 
hier au Parlement, car elle est imprimée^. 

1. César-Phébus d'Albret, comte de Miossens, né vers 1614, 
décédé en 1676, prit le nom de maréchal d'Albret. 

2. Armand-Nompar de Cauraont, duc de La Force (1586- 
1675), a été en effet nommé maréchal de France et a prêté 
serment au Roi, le 29 août 1653, à Compiègne. Turenne avait 
épousé en juin 1651 sa fille Anne. 

3. C'est celui qu'on appelait le « beau Candale », célèbre 
par les passions qu'il a faites. Louis-Charles-Gaston de Noga- 
ret de La Valette, duc de Candale, pair de France, gouverneur 
d'Auvergne, lieutenant général des armées du roi, né en 1627, 
décédé à Lyon, le 28 janvier 1658, sans alliance. 

4. V. Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, p. 303). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNK. 171 

Je VOUS envoie deux libelles faits en faveur, l'un 
du cardinal de Retz et l'autre blâmant la conduite 
de Monsieur le Prince ^ Ce qui doit faire soupçon- 
ner que, si ce dernier n'est tout à fait ajusté avec le 
cardinal Mazarin, ils gardent néanmoins quelque 
mesure, c'est que celui-ci a mandé à M. de Palluau 
tle ne pas démolir Montrond qui se doit livrer au Roi 
le 1" septembre. 

Le cardinal Mazarin a dessein de se mettre dans 
les ordres, et pour s'y disposer, il a emmené avec 
lui l'abbé dcBourzéis, très savant janséniste ^ 

Le cardinal de Retz ne veut point précipiter son 
voyage à la Cour, afin que si, dans ces commence- 
ments, il se fait des sottises, l'on ne l'en puisse pas 
accuser. L'on a fait une satire contre lui ; mais ses 
amis les rendent avec usure, comme vous verrez par 
ces écrits que je vous envoie. 

1. Ce sont peut-être les deux pamphlets que les éditeurs 
des œuvres du cardinal ont publiés au tome V, p. 259 et 404, 
comme ayant été tout au moins inspirés et en partie dictés par 
lui : Lt vraisemblable sur la conduite de Monseigneur le Car- 
dinal de Retz, MDCLII, de 8 pages (p. 259), et Les intrigues 
de la paix, MDCLII, 7 pages (p. 404). Le premier serait de Joly. 

2. Amable de Bourzéis (1606-1672), abbé de Saint-Martin de 
Cores, très savant théologien, membre de l'Académie fran- 
çaise et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres, était en bonnes 
relations avec Mazarin ; sans appartenir à Port-Royal, il pro- 
fessait les mêmes doctrines théologiques et s'est entremis en 
leur faveur auprès du premier ministre, de qui, assuraient ses 
ennemis, il attendait un évêché. — Mazarin avait-il sincère- 
ment l'intention que lui prête M. de Sévigné, ou voulait-il le 
laisser croire pour désarmer ses adversaires et les convaincre 
qu'il ne songeait qu'à se retirer définitivement ? — Voir la lettre 
précédente. 



172 CORRESPONDANCE 

Le Roi a gagné une bataille navale sur les Espagnols 
vers la rivière de Bordeaux ; ceux-ci y ont perdu 
sept vaisseaux '. L'on assure que les Hollandois 
en ont gagné une sur les Anglois et que le reste des 
vaisseaux sont enfermés par les vainqueurs dans un 
détroit où l'on croit qu'ils périront tous-. 

Il faut attendre sept ou huit jours pour voir clair 
dans les intentions de tout le monde. Votre Altesse 
Royale en sera avertie très soigneusement. 



LX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 30 août 1652. 

Il y a huit jours que le courrier que Monsieur 
avoit envoyé à la Cour pour avoir des passeports 
étant revenu les mains vides, Son Altesse Royale 
fut au Parlement et leur dit comme il avoit été 

1. Le 9 août, la flotte du Roi commandée par le duc de Ven- 
dôme eut un engagement avec la flotte espagnole, du côté des 
îles d'Oléron et de Ré ; cette dernière ayant perdu deux vais- 
seaux de quarante canons, l'un détruit par un brûlot, l'autre 
pris, fit force de voiles et prit la fuite [Gazette de France, 
1652, p. 789). 

2. Il s'agit ici de la victoire remportée près de Plymouth 
le 26 août par Ruyter, commandant la flotte hollandaise, sur 
Aycouth, commandant la flotte anglaise, qui dut se réfugier 
dans le port pour éviter un désastre. Ce succès n'eut pas de 
lendemain, et la Hollande, à la suite de plusieurs défaites 
navales, perdit la maîtrise de la mer, qui passa à ses adver- 
saires. — Voir Guizot, Histoire de la république d'Angleterre 
et de Croniivell édition de 1854, in-8°^, I, p. 280. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 173 

refusé, mais qu'il éloit résolu de renvoyer encore 
vers le Roi, mais que, ne voulant rien faire sans 
leur participation, il leur avoit fait apporter la 
lettre qu'il écrivoit à Sa Majesté. Comme elle est 
imprimée, je ne vous en parle point. Ce matin, la 
réponse du Roi est revenue ; il écrit à Monsieur 
qu'il peut aller prendre sa place dans le Conseil, 
pourvu qu'il renonce à toutes sortes de liaisons 
avec ses ennemis et qu'il exécute toutes les choses 
qui sont contenues dans l'amnistie qui a été vérifiée 
au parlement de Pontoise'. 

Voilà les points essentiels de la lettre ; le reste 
est un raisonnement que le Roi lui fait, qui est très 
juste ; il dit qu'il n'auroit jamais ouvert sa lettre, s'il 
n'eût cru qu'il se fût mis en devoir d'exécuter les 
choses qu'il lui avoit fait écrire par son cousin le duc 
[de] Damville, et qu'il n'est pas juste qu'après avoir 
fait ce qu'il a voulu en éloignant le cardinal Maza- 
rin, il ne fasse pas aussi ce qu'il a protesté tant de 
fois, et il ajoute : « Vous ne devez pas trouver étrange 
si je vous traite différemment de ce que j'ai accou- 
tumé, puisque vous vous êtes emparé de mon auto- 
rité, saisi mes deniers pour me faire la guerre. » Il y 
a mille autres reproches qui seroient trop longs à 
écrire et qui ne sont de nulle importance. Tout ce 
que j'ai pu pénétrer, c'est que présentement, qui est 
à huit heures du soir, Son Altesse Royale et Monsieur 
le Prince sont aux Tuileries, chez Mademoiselle, où 
ils sont assemblés pour résoudre ce qu'ils ont à faire 



1. Voir les Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 304 
et 305) . 



174 CORRESPONDANCE 

et à proposer demain à l'assemblée du Parlement ' . 

Le duc de Lorraine n'a point voulu voir le car- 
dinal Mazarin ; mais il n'est pas non plus François 
pour ce parti-ici. J'ai su d'une personne qui étoit 
présente lorsque Son Altesse Royale a montré la lettre 
du Roi à Monsieur le Prince qu'il dit qu'il ne s'en 
est pas fort ému, non plus que du refus que Sa 
Majesté a fait de lire sa lettre, que l'on lui a rendue 
toute fermée. J'ai vu aujourd'hui un avis de la Cour 
qui dit que mon dit sieur le Prince traite avec le 
cardinal Mazarin ; je ne sais plus où nous en 
sommes, ni ce que nous en devons croire ; il est 
certain que la Reine est résolue de porter toutes les 
choses à l'extrémité pour les raisons que je vous ai 
mandées et afin de contraindre Monsieur le Prince 
de traiter avec ledit cardinal pour que ceux qui 
l'ont servi rentrent dans leurs charges, et l'on dit 
qu'il le fait-. 

La Reine veut absolument que le Parlement ici 
aille se joindre à celui de Pontoise et que les autres 
compagnies souveraines aillent où on leur a pres- 



1. Les Mémoires de jI/"'^ de Monlpensier ne mentionnent pas 
ce conciliabule. 

2. En réalité, ces pourparlers que rapporte M. de Sévigné 
n ont pas été poussés très loin ; le prince de Condc voulait-il 
sérieusement la paix? Le bruit de cet accommodement est 
venu aussi aux oreilles de Loret ; sa Afuze historique (30 août 
1652, I, 403), le mentionne ainsi : 

Plusieurs se disent k l'oreille 
Comme quelque grande merveille 
Qu'avec Condé secrètement 
On traite d'accommodement. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 175 

crit. Il y a beaucoup de ces compagnies-là qui ont 
envie d'obéir '. 

Les bourgeois des faubourgs où Ton veut mettre 
l'armée des princes ont fort crié aujourd'hui, parlant 
à Son Altesse Royale même, et, si l'on eut fait passer 
l'armée par dans la ville, elle eût couru risque d'être 
battue. 

Je crois que vous saurez la trahison du comte ; 
cela est horrible qu'un homme qui a fait de si belles 
choses finisse si mal ~. 

Je vous envoie un écrit qui sort de la boutique 
de mon ami ; mais, comme l'on lui a dit que Monsieur 
le Prince avoit défendu que l'on n'écrivit plus pour 
lui, l'autre a fait la même défense. Celui-ci vous 
plaira sans doute ^. 

Mon ami n'ira point à la Cour que les derniers 



1. Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 303). 

2. Serait-ce François de Lorraine (1623-1694), fils aîné de 
Charles II, duc d'Elbeuf, et de Catherine-Henriette, légilirnée 
de France, qui porta jusqu'à la mort de son père, en 1657, 
le titre de comte d'Harcourt? Il avait quitté l'armée du Roi 
le 10 août 1652 et était allé se réfugier à Brisach dont il 
voulut faire une principauté indépendante [Histoire des 
princes de la maison de Condé, par le duc dAumale, VI, 294]. 
Il ne saurait être à cette époque question de Louis Foucault, 
comte du Daugnon, qui se vendit à Mazarin le 27 février 
1653 en lui livrant, en échange d'avantages convenus, le port 
de Brouagc, sa flotte et ses approvisionnements [Ibid.]. 

3. On peut croire que l'écrit dont Sévigné ne donne pas l'in- 
titulé, mais que l'on sait être dirigé contre le prince de Condé, 
est celui qui a pour titre : Suite véritable des intrigues de la 
paix et des négociations de Monsieur le Prince à la Courjusques 
à préèent (MDLII, in-4° de 7 pages, sans nom d'auteur ni d'im- 
primeur). Il a été publié dans les Œuvres du cardinal, V, 417. 



I7fj CORRESPONDANCE 

coups ne soient reçus ; voilà tout ee que je sais et 
que le même homme travaille à se rendre maître de 
Paris, afin d'en chasser ses ennemis, s'il y voit jour. 
Dieu nous veuille délivrer de nos ennemis ! 



LXI. 

M. DE SE VIGNE A lAUDAME ROYALE. 
A Paris, ce 6 septembre 1652. 

Nous ne voyons encore aucune apparence de voir 
la paix. La Reine, au lieu de suivre le conseil des 
véritables serviteurs de Sa Majesté, prend tout le 
contrepied et veut que les brouilleries continuent 
afin de pouvoir faire croire que ce n'étoit pas le car- 
dinal Mazarin qui étoit cause des désordres de l'Etat. 

Il n'y a rien de si vrai que, si la Cour fût venue 
à Saint-Germain, tous les bourgeois de Paris seroient 
allés demander la paix et lui eussent ofl'ert de chas- 
ser les princes, s'ils n'eussent pas mis les armes 
bas; et, pour vous faire voir que la disposition du 
bourgeois V étoit toute entière, c'estque, lorsque l'on 
a voulu faire sortir les troupes de Suresnes, à cause 
des vendanges, etles ramener dans leur ancien camp, 
l'on ne les voulut pas laisser passer dans la ville, et, 
comme ils vouloient camper, il y eut quelques sol- 
dats qui entrèrent dans les maisons du faubourg 
Saint-Victor, ce qui obligea les habitants dudil fau- 
bourg de prendre les armes et chassèrent lesdits 
soldats; et ensuite, ils escarmouchèrent toute la nuit ; 
et, comme il y eut quelques bourgeois de tués, l'on 



DU CHEVALIER ÛE SÉVIOÉ. 177 

usa de représailles sur quelques cavaliers qui, le 
maliu, fureut pillés, battus et démoulés. La Reine, 
au lieu, comme je vous ai dit, de favoriser ces émo- 
tions, elle mène la Gourou à Soissons ou à Amiens K 

Le duc de Lorraine arriva hier à Villeneuve-Saint- 
Georges avec Irei/x' mille hommes ; Monsieur le 
Prince l'est allé joindre cette nuit avec les troupes 
de Son Altesse Royale et les siennes. Les maréchaux 
de Turenne et de La Ferté ont paru ce matin en leur 
présence, et ces deux princes les sont allés recon- 
iioitre, ce qui a empêché le Lorrain de venir rendre 
ses devoirs à Monsieur-. 

Je ne vous parle point de l'arrêt du Parlement : 
il est imprimé"'; mais, hier, Son Altesse Royale et 
Monsieur le Prince lurent à la Maison de Ville et y 

1. Cette partie de la lettre de M. de Scvigné montre claire- 
ment que la bourgeoisie parisienne en avait assez des intrigues 
des ambitieux et qu'elle desirait faire sa paix avec le Roi pour 
qu'il rentrât à Paris. M. Chéruel [Histoire de France pendant 
le ministère de Mazarin, I, 284, fait voir que le dessein de la 
Cour est de laisser auparavant « les chefs des vieilles factions » 
jouer jusqu'à la fin leur comédie qui démasquera leurs projets 
et tuera leur crédit. 

2. Voir, sur ce mouvement vers Paris des troupes du duc de 
Lorraine et les tergiversations de Mazarin, les détails donnés 
par M. Chéruel dans l'ouvrage cité à la note précédente (I, 336). 

3. Cet arrêt rendu le 3 septembre prie le duc d'Orléans 
d'écrire au Roi que le prince de Condé et lui sont prêts à mettre 
bas les armes, sous certaines conditions, et ordonne que les 
compagnies souveraines seront invitées à députer vers Louis XIV 
pour le remercier de l'cloignement de Mazarin et le supplier 
de revenir à Paris, etc. — Voir lettre du 6 septembre 1652 
[M^^ de Longueville pendant la Fronde, édition de 1872, p. 428j, 
les Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 306) et ceux de 
Guy Joly ^1,322). 

12 



178 CORRESPONDANCE 

firent oidoiuit'i' que les six corps de mnrchaiids 
lî'iroient point trouver le Roi que conjointement 
avec les compagnies souveraines. L'on n'a garde de 
les contredire à présent. Le cardinal de Retz a eu 
ses passeports de la Cour pour y aller prendre son 
bonnet. [En marge : il part lundi.] T^e clergé de 
Paris veut aller aussi, en même temps, supplier le 
Roi de donner la paix à son peuple, et tous les dépu- 
tés sont résolus de supplier ledit cardinal de porter 
la parole. Mais Monsieur le Prince veut empêcher, 
s'il peut, que cela n'arrive. Pour cet effet, il sollicite 
Monsieur pour empêcher qu'il ne donne de passeport 
audit clergé. S'il le fait, cela lui nuira dans le peuple ; 
car les curés diront en chaire que ces Messieurs ne 
veulent pas la paix ^ . 

Nonobstant ce que je vous ai mandé, l'on démo- 
lit Montrond, et Monsieur le Prince est si en colère 
qu'il disoit avant-hier qu'il démoliroit Saint-Ger- 
main ~. Madame la Princesse a été malade à l'extré- 
mité ; elle est présentement hors de danger '^. Made- 



1. M. de Sévigné tenait sans doute ces renseignements du 
cardinal de Retz qui s'attachait à rendre le prince de Condé de 
plus en plus impopulaire à Paris. 

2. La place de Montrond, dont il est question ci-dessus 
(lettre du 2 février 1652), s'était rendue le 19 août au 
comte de Palluau ; ce succès de l'armée royale porta un coup 
très sensible à la faction des princes; l'ordre du Roi de raser 
les murailles causa au prince de Condé un déplaisir violent qui 
explique le propos que M. de Sévigné rapporte. 

3. Claire-Clémence de Maillé, princesse de Condé, mariée en 
1641 et déjà mère d'un fils, était alors à Bordeaux où elle sou- 
tenait par sa présence, dans le Conseil frondeur qui gouvernait 
cette ville, les intérêts de son mari. Une grossesse très pénible 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 179 

moiselle ne marche plus présentement sans une 
compai^nie de chevau-légers à la tête de son carrosse 
et une compagnie de gendarmes. Elle a fait ces deux 
compagnies qui portent son nom. Cela fait murmu- 
rer le bourgeois '. M. de ïurenne s'étant retiré, je 
viens d'apprendre que M. de Lorraine dîne à Luxem- 
bourg ^. Quoi que l'on vous mande, le cardinal de 
Retz ne se raccommode pas avec Monsieur le Prince. 

LXll. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 20 septembre 1652. 

Je n'ai pu écrire à Votre Altesse Royale le dernier 
ordinaire parce que j'étois avec M. le cardinal de 
Retz à la Cour. 

Après que Sa Majesté lui eût donné le bonnet et 
qu'il eût rendu grâces, il eut audience à la tête du 
clergé de Paris et fit une harangue très éloquente et 

la mit aux portes du tombeau ; elle se rétablit et accoucha d'un 
second fils, Louis, né dans la nuit du 19 au 20 septembre 
[Mémoires de .If"*^ de Montpensier, II, 154). 

1. M"^ de Montpensier venait de lever deux compagnies qui 
lui coûtaient 20.000 livres ; elle raconte elle-même {Mémoires, 
II, 158) qu'elle éprouva une joie enfantine à les voir venir au 
devant d'elle, le jour où elles furent prêtes, et à entendre le son 
des trompettes ; à ses yeux, il n'y eut jamais de plus belles 
troupes. 

2. Le journal de Dubuisson-Aubenay confirme le renseigne- 
ment de M. de Sévigné et donne la même date ; M"® de Mont- 
pensier (Mémoires, II, 159) mentionne la visite de M. de Lorraine, 
mais n en précise pas la date. 



180 CORRESPONDANCE 

avec tant d'adresse qu'elle fut agréable à loiit le 
monde à Paris. Ensuite il eut avec la Reine une 
conversation qui dura une heure et demie, de laquelle 
elle fut aussi très contente ^ Ils prirent des mesures 
pour le retour du Roi en cette ville, la première des- 
quelles est de l'en approcher, ce qui s'exécutera; 
mais, pour tout le reste, je ne le crois pas ; car, contre 
leur résolution, ils ont envoyé une amnistie générale 
en la forme que les princes l'ont demandée et ont 
envoyé des négociateurs qui sont confidents du car- 
dinal Mazarin, qui traitent avec chaleur, tellement 
qu'hier au soir, à dix heures, au Palais d'Orléans, et 
ce soir, mon ami m'ont (sic) [dit] que la paix se 
feroit ' . 

Ce dernier approuve fort qu'ils aient en^oyé cette 
amnistie et souhaite fort la paix ; car, qu'il n'en soit 
pas le médiateur, ne souhaitant pas d'être dans le 
ministère présentement, il voudroit que le calme [se 
fît] afin dî godere il papato^ et vivre en sorte qu'il 
puisse entrer en ce poste par les voies de la douceur, 



1 . Les Mémoires du cardinal de Retz [ Œuvres, IV , 335-346) ra- 
rontent longuement son voyage à Conipiègne,Ia remise du bon- 
net, l'entrevue avec la reine. La harangue du récipiendaire, 
dont Sévigné fait l'éloge, ne se trouve pas dans le manuscrit 
original, mais comme elle a été imprimée, il a été facile aux 
éditeurs de l'intercaler dans le récit de la cérémonie, suivant le 
désir de l'auteur. — Voir Mémoires de Guy Joly il, 326). 

2. M. de Sévigné se fait ici et dans le paragraphe suivant 
l'écho de ce que « son ami » veut que l'on sache et que l'on 
croie. 

3. Godere il papato, expression familière italienne qui peut 
se traduire ainsi : avoir non tant le pouvoir que les aises et les 
jouissances qui y sont attachées. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 181 

qui sont aussi les seules d'y pouvoir sul)sister. Il a 
persuadé cette vérité à la Reiue et croit lui en avoir 
guéri l'esprit. Mais ce n'est rien, si le cardinal Maza- 
rin ne l'a aussi ; car, tout absent qu'il est, il règne à 
la Cour plus puissamment que lorsqu'il y étoit ; et 
pour vous le faire croire, c'est qu'il ne veut pas que 
le Roi vienne se rendre maîti'c de Paris et enchâs- 
ser Monsieur le Prince ; mais il veut absolument 
gagner celui-ci, croyant qu'il ne peut affermir son 
retour que par cette voie. T.a balourde qu'il est ne 
voit pas qu'après qu'il l'aura gorgé de ce qu'il lui 
demande à présent, il lui fera tous les jours de nou- 
velles querelles, lorsqu'il refusera ce qu'il lui deman- 
dera ; ainsi ce ne sera jamais fait que ce prince 
n'ait tout le royaume. 

M. de Caudale s'en va commander les armées du 
Roi en Guyenne, autre sottise du Mazarin ou bien 
méchanceté d'envoyer un liomme en ce pays-là, le 
nom duquel fera soulever les pierres contre lui^ 

Ce matin, il est venu deux conseillers de la Grande 

1. Le duc de Caudale contribua, dans une grande mesure, 
à rétablir en Guyenne l'autorité du roi ; moins d'un an après sa 
désignation (3 août 1653), il entrait en vainqueur, avec le duc 
de Vendôme, à Bordeaux, où la Fronde n'avait rien épargné pour 
se rendre odieuse et méprisable. (V. Cousin, M"" de Longueville 
pendant la Fronde, 244-267.) Il est vrai que le père du duc de 
Caudale avait excité, comme gouverneur de la Guyenne, des 
haines violentes dans cette province et que, d'autre part, sa 
nomination reléguait au second rang des officiers royaux 
dévoués et capables dont on pouvait redouter la jalousie. Il ne 
semble pas que le nouveau chef de l'armée du roi ait rencontré 
de sérieuses difficultés. M. Chéruel donne sur cette nomination 
d'intéressants détails [Histoire de France pendant le miniatère 
de Mazarin, n,69j. 



182 CORRESPONDANCE 

Chambre, de mes intimes amis, à Luxembourg, pour 
supplier Monsieur d'aller au Palais; il les a remis à 
lundi afin de leur pouvoir dire quelque chose de 
positif. Il les a entretenus en particulier et les a 
assurés que la paix étoit fort avancée : c'est l'opi- 
nion de tous les politiques et qu'ensuite nous aurons 
la paix générale et que Son Altesse Royale y ti'avail- 
lera de tout son pouvoir. C'est du moins ce qu'il a 
promis au duc de Lorraine, lequel dit que, sans 
cela il ne travailleroit pas à la particulière. Mon 
ami remercie très fort Votre Altesse Royale de ses 
souhaits; il m'a assuré qu'il ne manqueroit pas de 
correspondre aux espérances qu'elle a de lui, et moi, 
je le renoncerois, s'il v manque. J'ai vu M. le 
prince Thomas, qui est tout à fait dans la confi- 
dence de la Reine ; il m'a dit aussi qu'il étoit tout 
à fait ami du cardinal Mazarin K 



LXIIl. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE 

A Paris, ce 27 septembre 1652. 

Le Roi va demain ou lundi à Saint-Germain, ainsi 
que portent les lettres qui viennent de la Cour; mais 

1. Thomas-François de Savoie, prince de Carignan (1596- 
1656), dont il est parlé ci-dessus (lettre du 29 décembre 1651), 
beau-frère de Madame Royale, était au service de la France 
depuis 1643. Une lettre de Marignv à Lenet, du 21 août 
1652, citée par le duc d'Aumale [Histoire des princes de la 
maisou de Condé, VI, 155), fait connaître que pondant lab- 



DU CHEVALIER DE SÉVTGNK. i 83 

j'ai peine d'y ajouter foi, les ayant vus manquer aux 
mesures qu'ils avoient prises avec mon ami, et je le 
vois fort mal satisfait de ce qu'ils ont fait effort de se 
rendre maîtres de Paris sans lui et qu'ils ont envoyé 
des ordres pour cet effet, sans lui en parler ; aussi y 
ont-ils très mal réussi, les ayant adressés à un fou 
qui a gâté toutes leurs affaires. Néanmoins, le bruit 
qui s'est fait a obligé Son Altesse Royale de donner 
passeport aux six corps des marchands qui ont en- 
voyé leurs députés au Roi. T^e prévôt des marchands, 
sieur de Broussel, s'est aussi démis ^ : ainsi les anciens 
échevins, avec le procureur de la Ville, sont allés 
aussi trouver Sa Majesté pour lui offrir, tant en leur 
nom que celui de tous les colonels, de se rendre 
maître de leur ville et d'exposer leurs vies pour sa 
sûreté, le suppliant de rétablir son Parlement et 
réunir celui de Pontoise avec celui-ci. 

Monsieur le Prince revint de l'armée mardi et 
témoigna à Monsieur son ressentiment de ce qu'il 



sence du cardinal Mazarin, il remplissait les fonctions de pre- 
mier ministre, sans en avoir la qualité, et que les secrétaires 
d'Etat avaient l'ordre d'aller chez lui pour recevoir ses instruc- 
tions. 

1. Le conseiller Pierre de Broussel (que M. de Sévigné 
appelle toujours « le s"" de Brusselles w), élu prévôt des mar- 
chands lors de l'émeute parisienne du 4 juillet, ainsi que 
le relate une lettre ci-dessus du 5 juillet donna sa démis- 
sion à l'assemblée de l'Hôtel de Ville du 24 septembre. Le Roi 
3 avait envoyé l'ordre de ne reconnaître aucun des officiers 
nommés depuis les derniers ti'oubles [Gazette, 1652, p. 92). 
Deux heures après, si l'on en croit la lettre de l'abbé Foucquet, 
qui fait l'objet de la note suivante, Broussel aurait regretté 
de s'être démis ; mais sa démission avait été acceptée. 



184 CORRESPONDANCE 

avoit donné ces passeports sans lui ; ils en vinrent 
aux grosses paroles, Monsieur lui ayant dit que, sans 
lui, iln'auroit jamais été reçu à Paris, etl'autre lui a 
dit qu'il lui avoit donné une belle armée, à quoi 
Monsieur repartit qu'il étoit vrai, mais qu'elle 
étoit périe parée qu'il ne l'étoit pas allé commander. 
Enfin Monsieur le Prince dit en prenant congé qu'il 
voyoit bien que Monsieur traitoit sans lui et qu'il 
tâcheroit de se maintenir sans lui. Son dire et sa 
colère étoient fondés sur une lettre qu'un de ses par- 
tis (sic) avoit prise, qui étoit de l'abbé Foucquet, qui 
éerivoit à la Cour etfaisoit connoître qu'il avoit traité 
avec M. de Chavigny et avec Monsieur même et 
qu'ils lui avoient promis des choses contre les inté- 
rêts de Monsieur le Prince. Personne ne sait encore 
la prise de cette lettre, hors les parties intéressées, 
qui lui ont juré que cela étoit faux ' . 

Je commencerai mes réflexions par le cardinal de 
Retz en disant que le cardinal Mazarin, ayant su que 
l'autre avoit été bien reçu à la Cour et que l'applau- 
dissement avoit été grand, avoit obligé la Reine de 
ne pas se servir de lui ni de ses conseils afin de lui 
ôter toute considération, ne voulant même pas qu'il 
les rende maîtres de Paris, de peur qu'ils ne fussent 
à cet égard dans sa dépendance. 

1. M«"^de Montpensier [Mémoires, IV, 173-176), s'étend sur 
cet incident et donne le texte de cette lettre, daprès une copie 
faite par elle-même sur l'original ; la saisie et la divulgation 
de ce document furent un coup terrible pour Chavigny : les 
reproches violents qu'il reçut de Monsieur le Prince l'aifec- 
tèrent au point d'altérer sa santé et, dit-on, de causer sa 
mort. — \o\v Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 3(39) 
et Mémoires de La Rochefoucauld [Œuvres, II, 426). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 485 

Pour Monsieur le Prince, il ne veut point du tout 
s'accommoder sans qu'on donne à M. du Daugnon 
les lettres de duc et qu'on le remette à La Rochelle 
et à l'île de Ré', et àMarcin, le bâton de maréchal 
de France ^, parce que, s'il les abandonne jamais, per- 
sonne ne se mettra dans ses intérêts ; mais, quand 
l'on lui accorderoit ces deux choses, l'on dit qu'il 
est si fort lié avec les Espagnols qu'il n'en peut 
sortir sans la paix générale et qu'ainsi son dessein 
seroit de faire faire une trêve générale et aller sur 
les frontières faire sa paix. 

Pour M. le duc d'Orléans, je ne fais nul doute que 
si l'on envoie ici une amnistie, comme il la demande 
et qu'on réunisse les deux parlements, qu'il ne mette 
les armes bas et qu'il n'abandonne Monsieur le 
Prince, ce que je crois même qu'il fera, si le duc 
de Lorraine s'en va, ce qui arrivera dans huit jours 
au plus tard. L'on attend le retour de ce M. de 
Joyeuse, voir s'il apportera le passe-port pour le 
maréchal d'Estampes et les autres choses que Mon- 
sieur demande. Aujourd'hui, un homme de la Cour 
a envoyé divers ordres du Roi portant permission 
de prendre les armes et de tuer tous ceux qui s'op- 
poseront au retour du Roi ; mais cela est encore 
secret. 

Il y a ici divers agents de la Coui* qui voient 

1. Louis Foucault, comte du Daugnon. lit directement sa 
soumission en mars 1633. 

2. Le comte de Maroin, pour qui Monsieur le Prince faisait 
cette condition, resta au service de l'Espagne après la paix des 
Pyrénées et mourut à Spa en 1673. — Voir ci-dessus lettre du 
17 mai 1652. 



186 CORRESPOMDA>CE 

Monsieur en secret; mais mon sentiment est que la 
Reine ne veut point de paix tant que le cardinal 
sera hors de France afin que l'on ne puisse dire que 
c'est son éloignement qui l'a produite. Dieu veuille 
que je sois trompé ! 

i/on envoie le marquis de Vassé gouverneur dans 
Casai ;je souhaiterois qu'il pût y servir utilement, 
car le feu marquis de Sévigné, mon neveu, et lui 
étoienl cousins germains^ ; il est fort riolie et ainsi 
il peut V faire les dépenses nécessaires. 

Je rends grâces très humbles à Votre \ltesse 
Royale des bontés qu'elle a pour moi : j'ai reçu les 
marques qu'elle m'en a données par M. le baron de 
Grésy. Je la supplie de croire que, si elle me fait 
l'honneur de considérer ma bonne volonté, elle me 
considérera pour le plus passionné de tous ses très 
humbles et obéissants serviteurs. 

{En marge :) Monsieur le Prince a eu un accès de 
fièvre; mais il se porte bien. Le duc de Lorraine est 
à l'armée. 

LXTV. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 4 octobre 1G52. 

Il va fort peu de changement à la face des affaires 
depuis le dernier ordinaire. Les six corps des mar- 

1. Henri, marquis de Sévigné, marié à Marie de Ralmliii- 
Chantal, tué en duel Tannée précédente, avait pour mère Mai- 
guerite Grongnet de Vassé, propre tante du marquis de Vassé. 
Tous dcu\ étaient petits-fils de Lancelot Grongnet de Vassé et 
de Françoise de Gondi et, par là, parents du cardinal de 
Retz. 



DU CHEVALIER DE SK VIGNE. ' 187 

eliands sont de retour, qui ont eu la même réponse 
que Messieurs du Corps de Ville, qui est que s'ils 
vouloient chasser de Paris les auteurs de la rébellion, 
que le Roi y reviendroit à l'heure même. Tant qu'ils 
prendront cette voie là, ils ne se rendront jamais 
maîtres de cette ville ; car les bons bourgeois craignent 
autant une sédition dans Paris qu'ils souhaitent le 
retour du Roi . 

M. de Joyeuse est revenu trouver Son Altesse 
Rovale et lui a demandé par écrit ce qu'il désiroit ; 
sur quoi il fut hier au Palais et exposa à Messieurs du 
Parlement ce que ledit sieur de Joyeuse lui apportoit 
de la part du Roi, et ensuite il leur dit qu'il n'avoil 
point d'autre intérêt que le leur et qu'ainsi il étoit 
venu les trouver pour savoir leur volonté; sur quoi. 
Messieurs du Parlement expliquèrent qu'ils nedeman- 
doient rien qu'une amnistie en bonne forme véri- 
fiée au Parlement séant à Paris ^. Je m'imagine que 
toutes les allées cl venues du sieur de Joyeuse vers 
Monsieur ne sont que des amusements pour tâcher 
de conclure la paix avec Monsieur le Prince, qui 
tous les jours se traite par des négociateurs séparés; 
car assurément la Reine et le Mazarin ne veulent 
point de paix, s'ils ne l'ont de ce côté-là. Ce prince 
a été saigné cinq fois et a la fièvre double tierce ; 
mais, comme la cause de son mal vient de quelque 
débauche, il ne sera pas mortel. 

1. V. Mé)noirc!i du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 387 1. — 
Robert de Joyeuse, seigneur de Saint-Lambert, était d'une 
maison importante qui devait son nom à un bourg du Vivarai> 
et dont la généalogie a été donnée par le P. Anselme et par 
Moréri . 



188 CORRESPONDANCE 

M. le prince de Conti, Madame la Princesse 
et M™^ de Longueville sont aussi malades à Bor- 
deaux. M. le duc de Lorraine presse son départ 
parce que sa cavalerie dépérit tous les jours ; néan- 
moins il est encore en cette ville. Il va quatre jours 
que M. de Guise y est aussi. Lorsqu'il v arriva, 
après avoir rendu ses devoirs à Madame sa mère, 
il alla incontinent voir M"* de Pons, son ancienne 
maîtresse^ et, depuis ce temps-là, il s'est toujours 
servi de son carrosse pour faire ses visites - : c'est 
une marque de sa constance. 



1. La rentrée à Paris du duc de Guise fut un des notables 
événements parisiens de cette époque. (Voir ci-dessus, lettre 
du 19 juillet 1652.) Il avait contracté, en 1641, un mariage 
sur lequel nous aurons 1 occasion de revenir, puis, peu de temps 
avant sa malheureuse tentative sur ?^'aples, noué des relations 
avec Suzanne de Pons, fille de Jean-Jacques de Pons, marquis 
de Las Cases, d'une famille protestante du Midi ; cette jeune lllK- 
s'était convertie au catholicisme et avait obtenu d être demoi- 
selle d honneur de la Pleine. Les amours du duc de Guise et de 
M""^ de Pons défrayèrent la chronique galante pendant plu- 
sieursannées [Histoinettes de ïallemant desRéaux,éd. Montmer- 
qué et Paulin Paris, V, 334-35). — Voir aussi Mémoires de 
yp^^ de Molteville, éd. Riaux, I, 159 et suiv. 

La Muze historique (I, 294) instruisit ses lecteurs du retour 
du duc de Guise, qui 

Alla soudain rendre visilc 
A cette beauté de mérite 
Dont le visage bien aimé 
L'avoit si puissamment charme. 

Voir ci-après les lettres du 18 et du 25 octobre. 

2. >'ous savons par Talkmantdes Réaux V, 342), qu'avant 
de partir pour son expédition de Naplcs, le duc de Guise avait 
laissé à M'"" de Pons un train complet de maison dans un logis du 



nr CHKVALIER DE SEVIGNE. 



189 



Le marquis de V^assé ne va plus à Casai. Les af- 
faires de Catalogne sont à la dernière extrémité et, 
si M. de Candale n'y arrive assez à temps, Barcelone 
tombera à la fin de ce mois, [^e bruit couroit ces 
jours passés que le cardinal Mazaiin étoit rentré en 
Tranee ; mais il est encore à Bouillon. Je ne manque- 
rai pas de continuer d'informer Votre Altesse 
Royale du gros des affaires et de faire tout ce qui lui 
seraagréable. L'on continue de laisser là mon ami, 
sans lui donner pari (raucime chose. 

LXV. 
M. DE SÉVIGMi A ALIDAME ROYALE. 

A Paris, ce onzième octobre 1652. 

Je crois qu'à force que nos affaires vont mal, elles 
pourront aller bien. La trêve est faite pour dix jours, 
et Ton m'a assuré que Monsieur la feroit continuer 
pour six semaines pendant lesquelles il fera tous ses 
efforts pour accommoderMonsieur le Prince et même 
pour faire la paixgénérale; car, pour la sienne, je la 
tiens fort avancée, m'ayant été assuré de bonne 
part qu'il se veut accommoder conjointement avec 
Paris, lequel il voit lui échapper. Ainsi, je crois 
qu'aux premiers jours. Ton lui donnera une amnis- 
tie comme il la demande. 

Les armées des Princes s'en vont avec celle du 
duc de Lorraine et l'on m'a assuré que Monsieur le 

Palais Royal, dont celle-ci usait (juand elle en avait besoin. Le 
carrosse dont il se servait en faisait probablement partie. 



190 CORRESPODANCE 

Prince s'en va avec eux, son engagement avec Es- 
pagne étant si grand qu'il ne peut s'en séparer que 
par la paix générale. C'est pourquoi, je ne fais nul 
doute qu'ils n'y travaillent cet hiver ; car il est certain 
qu'ils sont tous fort las de la guerre. Voilà le véritable 
état des affaires présentes, et, quoique par le passé, il 
y ait eu fort peu de certitude en toutes leurs réso- 
lutions, je pense que celles-ci tiendront, première- 
ment parce que la nécessité les y forcera tous et. 
outre cela, M. le cardinal Mazarin leur a mandé 
qu'il falloit finir et s'accommoder. Après cet oracle, 
je ne doute plus que nous ne voyions la fin de nos 
misères. Dieu le veuille ! 

Le Roi sera demain à Saint-Germain. Les armées 
ennemies tirent vers le Soissonnois, ayant dessein, 
à ce que l'on dit, de s'établir, s'ils peuvent, leur 
quartier d'hiver dans la Picardie. 

La nécessité qui a été en cette ville y a causé de 
grandes maladies, dont les plus riches sont présente- 
ment atteints, aussi bien que les pauvres, et en 
meurent comme eux. M. de Chavignyest mort cette 
nuit. L'on dit que le déplaisir qu'il a eu de cette 
lettre de l'abbé Foucquet qui fut interceptée, il y a 
quelque temps, lui a causé la mort. Quoi qu'il en 
soit, il n'est plus ' . 

Les colonelsvont demain trouver le Roi, au nombre 
de deux cent cinquante, tant capitaines que bour- 
geois notables de leurs compagnies. .Te suis très fâché 
de l'accommodement de Manloue avec Espagne, plus 

1. Mémoires deW^^de Monlpensier (II, 188). — Voir ci-des- 
sus, lu lettre du 27 septembre. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGiNÉ. 191 

niillr fois pour l'intérêt de Votre Altesse Royale que 
pour le nôtre. Je conserverai ces sentiments jusques 
à la mort. 

LXVI. 

M. DE vSÉVlGNÉ A MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 18 octobre 1G52. 

Il n\ arien au monde que je ne donnasse et que 
Son Altesse Royale de Savoie réussît au dessein qu'il 
a entrepris de secourir Casai •. Ce seroil commencer 
par où les autres finissent ; mais l'on ne doit pas 
moins attendre d'un prince qui peut compter 
autant de héros dans sa famille qu'il a eu de prédé- 
cesseurs. J'ai fait voir à tout le monde le zèle avec 
lequel Votre Altesse Royale prend nos intérêts. Il 
n y a personne qui ne l'admire, mais particulière- 
ment ceux qui sont informés des véritables intérêts 
de la maison de Savoie. 

Tous les bons François sont au désespoir de voir 
la lenteur de la C>our pour terminer cette guerre ; 
et, à voir lem* procédé, l'on jugeroit que c'est une 
chose désavantageuse au Roi et à l'État de faire la 
paix et de se rendre maître de Paris; car, présente- 
ment que Monsieur le Prince en est sorti, il n'y arien 
qui peut empêcher Sa Majesté d'y rétablir toute son 
autorité . 

1. La prise de Casai était imminente. Cette place que les 
Français gardaient depuis 1628 et avaient défendue trois fois, 
se rendit le 21 octobre 1652 au marquis de Caracène, gou- 
verneur de Milan. Ce fut un grand échec pour la maison de 
Savoie et pour la France. Voir Mémoires de Monglat. 



192 CORRESPONDANCE 

Voici le vrai état des affaires. L'on négocie tous 
les jours une paix avec Monsieur et l'on la croit fort 
avancée. Un des principaux articles est qu'il ira à 
Blois, et, pour l'amnistie, le Roi ne la veut point 
envoyer pour être vérifiée à Paris que Sa Majesté 
n'y soit rentrée ; mais, comme son retour en cette 
ville mettroit tous les Inouillons dans l'appréhen- 
sion d'être châtiés et les pourroit obliger à troubler 
le séjour du Roi, il a résoUi de voir les sentiments 
des colonels et capitaines de cette ville, qui auront 
audience aujourd'hui, et suivant cela il se détermi- 
nera ou à venir, après avoir rétabli le Parlement, et 
y faire vérifier l'amnistie qui seroit sans doute le 
meilleur, ou bien de venir sans conditions, ce qui 
est suivant le sentiment de leur conseil. 

Le Roi arriva hier à Saint-Germain ; aujourd'hui 
comme je vous ai dit, il donna audience aux colo- 
nels. Demain, le maréchal de l'Hospital, gouverneur 
de cette ville, l'ancien prévôt des marchands, le 
lieutenant civil et les anciens éehevins reviendront 
ici et serolit rétablis. 

Dimanche, l'on croit que le Roi viendra en cette 
ville ; il v a des rafRneurs qui disent que l'accommo- 
dement de Monsieur le Prince est fait ; pour moi, qui 
suis grossier, je n'en crois rien et persiste à dire que 
cela est impossible sans la paix générale. 

Mondit sieur le Prince est à Fismesavec l'armée, 
et le maréchal de Turenne a la victoire ^ 



1. Le prince de Condé avait quitté Paris le 13 octobre et 
s'était dirigé vers la Champagne, laissant les troupes de 
Turenne maîtresses du terrain entre Chanlillv et Paris. 



nu CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 193 

J'ai oublié de vous dire qu'il y a divers petits trai- 
tes qui se font avec celui de Son Altesse Royale ^ 
comme que M. de Beaufort sortira de Paris, moyen- 
nant cent mille livres d'argent, et un brevet de rete- 
nue de la première abbaye vacante pour M™" de 
Monlbazon -. M. de Rohan aussi fait son traité 
qu'il ne rentrera dans son gouvernement de six 
mois^. 

M. de Guise est plus amoureux que jamais de 
M"** de Pons et est tous les jours entiers à ses genoux ; 
toute la famille en enrage ; mais personne ne lui en 
ose parler. M'"" la comtesse de Bossu, la véritable 
duchesse de Guise el reconnue pour telle de tous 
les Lorrains, est arrivée depuis trois jours en cette 
ville ^. 

1. Ces traités rcsièrent en partie à létat de pourparlers 
auxquels mit fin le retour du Roi : les personnages que cite 
M. de Sc'vigné et d'autres jugés dangereux pour la paix 
publique reçurent des ordres d'exil en province [Œuvres du 
cardinal de Retz,W, 415). 

2. Marie de Bretagne, fille de Claude de Bretagne, baron 
d'Avaugour, comte de Vertus et de Goëllo, était la seconde 
femme d'Hercule de Rohan, duc de Monlbazon, qui avait qua- 
rante ans de plus qu'elle ; elle est connue par sa liaison avec le 
comte de Soissons et par le rôle qu'elle a joué pendant la 
Fronde : morte à Paris le 28 avril 1657, elle ne survécut que 
trois ans à son mari. 

.3. Il était gouverneur d'Anjou. Voir la lettre ci-dessus du 
9 février 1652. 

4. Le duc de Guise avait épousé à Bruxelles, le 11 janvier 
1641, Honorée de Glimes, veuve du comte de Bossu, et s'était 
séparé d'elle après avoir rapidement dissipé une partie notable 
de sa fortune, quatre cent mille livres, disait-on. Abandon- 
née par son mari, elle avait fait plusieurs voyages en France 
pour tenter de reprendre avec lui la vie conjugale ; mais il 

13 



194 CORRESPONDANCE 

Voilà tout ce que je sais qui mérite d'être su de 
Votre Altesse Royale. 

LXVII. 
MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ 
23 octobre 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, après vous avoir 
écrit une longue lettre par le dernier ordinaire, j'ac- 
cuse par celui-ci la réception de votre dernière du 
4 de ce mois. Nous redoublons ici nos diligences 
pour le secours de la citadelle de Casai, puisque sa 
prise s'approche tous les jours davantage et que le 
temps qui est si pressant ne permet pas qu'on en 
puissedifFérerl'efFort qu'il faut faire pour la sauver. 
Celte entreprise est des plus difficiles qui se puisse 
rencontrer ; car, outre que les ennemis n'ont rien 
oublié pour satisfaire leur camp, et que Monsieur de 
Mantoue y a aussi contribué tout ce qu'il a pu tirer 
du Mantouan et du Montferrat, et que ayant fait le 
sacrifice de mettre en très bon état les forteresses, 
nous n'avons pas seulement [à] passer dessus ces 

s'était toujours refusé à renouer avec elle, prétendant que leur 
mariage n'était pas valide. Apprenant son retour à Paris, elle 
y était revenue pour faire une nouvelle tentative de raccom- 
modement. La Muze hislorique (I, 299) annonce, en même temps 
que Sévigné, 1 arrivée de la malheureuse femme. 

En attraits, dit-on, sans égale. 
De la belle Pons la rivale... 

mais elle doute du succès de ses démarches (Voir la lettre sui- 
vante). 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 195 

obstacles, mais aussi quantité d'autres difficultés qui 
sont presque invincibles par la disette où nous 
sommes ici de toutes choses, après avoir supporté si 
longtemps tout le faix de la guerre ; par dessus 
toutes ces choses, je vous laisse considérer que pour 
rendre ce service à la France en cette conjoncture, 
nous mettons nos places et tout le Piémont en dan- 
ger, et courons risque de ruinei- toutes nos troupes, 
les portant en un lieu où le manquement de four- 
rage et de vin leur causeront une très grande priA.i- 
tion et si est-ce que, pour notre sûreté et défense, 
vous savez que nous n'avons autre intérêt que celui- 
là. Je ne sais pas à la vérité si autre que Son Allesse 
Royale Monsieur mon fils et moi fermeroit les yeux 
à son propre intérêt et à sa propre conservation. Je 
crois qu'à l'occasion, notre affection et l'ardeur de 
notre zèle sera connue et qu'elle rencontrera où elle 
doit les sentiments d'agrément et de gratitude. Au 
moins espéré-je que mes nobles amis, dont vous êtes 
du nombre, connoissant la vérité, la publieront et 
s'aideront à faire valoir le mérite de ces actions qui 
sont à la vérité sans exemple. Je serai aussi, etc.. 

LXVIII. 
M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 25 octobre 1652. 

Enfin le Roi est entré dans Paris avec toute l'au- 
torité qu'il eut pu avoir dans un autre temps ' . Tout 

1. Louis XIV est rentré à Paris le lundi 21 octobre et 



196 CORRESPONDAKCE 

ce qu'il y a fait, depuis qu'il y est, est si publie que 
je n'en manderai point les particularités à Votre 
Altesse Royale, y ayant assez d'autres personnes qui 
s en mêlent; mais il y a quelques petites réflexions à 
faire sur la conduite de Monsieur, à quoi beaucoup 
de gens trouvent à redire ^ Les plus importantes sont 
d'avoir souffert qu'on l'ait chassé de Paris aussi brus- 
quement que l'on fit et d'avoir souffert que ceux 
qui ont traité pour lui l'aient trahi, lui en étant 
averti ; d'avoir souffert que l'on lui ait donné un 
passeport et que l'on l'ait compris dans l'amnistie 
comme un simple sujet du Roi, ce qui ne s'est jamais 
fait aux enfants de France. 

Et le jour auparavant que le Roi vint en cette 
ville, il assura Messieurs du Parlement de Paris qu'il 
ne les abandonneroit point, et cependant l'on me vient 
d'assurer de bonne part que M. [de]Damville, qui étoit 
auprès de lui de la part du Roi, avoit écrit à la Reine 

d'après les récits du temps, ce fut un retour triomphal. Le 
samedi suivant, la. Mu ze historique (I, 300 et 301) en fit un 
compte-rendu enthousiaste. — La letlre de M. de Sévigné est à 
rapprocher des Mémoires du cardinal de Retz [Œui'res, IV, 
398-400). 

1. M. de Sévigné traduit dans ces lignes le désappointement 
et la mauvaise humeur du cardinal de Retz. Celui-ci, qui obsé- 
dait le duc d'Orléans de ses conseils, avait fait tout ce qu il 
avait pu pour le déterminer à rester à Paris dans l'intérêt des 
projets ambitieux que lui-même roulait dans sa tête. Monsieur 
jugeait au contraire que son rôle était fini, qu'il n'avait plus 
d'autorité et que l'obéissance aux ordres du Roi était le parti le 
plus sage. Les Mémoires du cardinal [Œuvres, l'V, 404-412) 
rendent un compte détaillé d'une longue entrevue qu'il eut 
aver le duc d'Orléans et de ses efforts pour l'empêcher de par- 
tir. 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE. 197 

que raccommodement de Son Altesse Royale étoit 
signé aux conditions d'avoir la liberté de venir 
en cette ville ou bien d'aller à Blois ; mais je sais que, 
depuis qu'il est à Limours, toute la négociation de 
son secrétaire Goulas et de M. [de] Damville a roulé 
sur le voyage de Blois que la Reine a souhaité avec 
passion. Ainsi, je crois que c'est une chose concertée 
qu'il ira sans venir ici, mais que, par honneur, l'on 
dira qu'il a la libe?*té de venir. Les raisons que la 
Cour a de souhaiter qu'il fasse ce voyage sont trop 
importantes pour rétablir l'autorité du Roi et dimi- 
nuer celle de mondit seigneur ; car son absence 
empêchera tous les brouillons qui sont ici de pen- 
ser plus à faire aucune intrigue ; cela fera croire aussi 
à tous ceux qui sont exilés qu'il les a abandonnés ; 
ainsi il ne songeroit plus qu'à se rétablir par le biais 
du Roi. Monsieur le Prince même ne songera plus à 
cet appui, et ainsi il songeia, plus tôt qu'il veut faire, 
à s'accommoder. Je ne sais pas toutes les conditions 
du prétendu accommodement ; je le nomme comme 
cela, car il n'y a pas de certitude entière qu'il soit 
fait. 

Le cardinal Mazarin est à Sedan, qui brûle d'impa- 
tience d'être ici ; je crains fort que leur précipita- 
tion ne nous jette dans de nouveaux troubles qui 
soient pires que les premiers. Mademoiselle est allée 
au Bois-le-Vicomte ^ par ordre du Roi qui lui a oté 
son appartement du Louvre et l'a donné à Monsieur, 
son frère ^. 



1. Près de Melun. 

2. M"* de Montpensier quitta les Tuileries avec grand 



198 CORRESPONDANCE 

Vendredi dernier, il se fit une action au Palais 
d'Orléans, dans le grand cabinet de Madame, que je 
ne pus écrire à Votre Altesse Royale parce que je ne 
la sus pas assez tôt ; c'est que, M. de Guise entrete- 
nant Madame, Mademoiselle prit la comtesse de 
Bossu parla main, qui étoit cachée dans la chambre 
de Madame, et la mena se jeter aux genoux de mon- 
dit sieur de Guise. Elle les tint longtemps embrassés et 
lui dit des choses si tendres qu'elles firent pleurer 
tout le monde. Le cavalier tint ferme et tourna tout 
en raillerie. La chose avoit été concertée que 
Madame la lui feroit voir en particulier et ainsi il y 
eut lieu d'en espérer un meilleur succès ^. 

J'ai reçu la relation qu'il a plu à Votre Altesse 
Royale de m'envoyer de l'affaire de Casai ~ : je la 

regret: « Car, écrivit-elle dans ses Mémoires, c'est le plus 
agréable logement du monde et que j'aimois fort, comme un 
lieu où j'avois demeuré depuis l'âge de huit jours. » A Paris, 
on ne sut pas ce qu'elle était devenue, on la supposa réfugiée 
à Bois-le-Vicomte. On l'avait invitée à s'y rendre, mais elle 
préféra demander un asile provisoire à son amie, M™*^ Bou- 
ihilier, née Marie de Bragelongne, k Pont-sur-Seine. Cette 
dame venait de perdre, la même année, son mari et le comte 
de Chavigny, son fils. — \o\t Mémohes de M^^" de Montpensier 
(II, 193-219). 

1. Ce résultat fut celui que prévoyait la Muze historique 
(Voir lettre précédente). Le duc de Guise refusa toujours de 
reconnaître la validité du mariage qu'il avait contracté avec la 
comtesse de Bossu. Les héritiers de celle-ci, après la mort du 
duc, firent à ses héritiers un procès en revendication des droits 
de celle qui, d'après elle, avait été sa femme légitime ; le Par- 
lement de Paris les débouta de leurs prétentions. 

2. La lettre de Madame Royale ne pouvait encore annoncer la 
capitulation de Casai, mais à ce moment la situation était déses- 
pérée ; il était évident que les secours arriveraient trop tard. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 199 

puis assurer que j'en ai parlé très hautement et sui- 
vant le zèle que j'ai pour vos intérêts. J'ai connu, par 
l'air du bureau, que celui dont vous me parlez, qui 
a été incrédule, n'a pas fait valoir le secours de Votre 
Altesse Rovale comme il devoit. Je m'en échauffai si 
fort que je dis que cela étoit étrange de ne pas 
avouer une vérité comme celle-là, et dont personne 
dans toute l'Italie ne doutoit qu'eux, mais qu'il fal- 
loit plutôt avouer qu'ils ne se soucioient pas que 
tout se perdît, pourvu que le cardinal Mazarin se 
rétablisse. Il v avoit un ministre dans le lieu où je 
dis cela. 

Si la paix générale ne rétablit pas les pertes que 
fera Son Altesse Royale de Savoie en ce rencontre, 
il y a apparence qu'il démêlera la querelle avec 
M. de Mantoue. Si ce malheur arrive et qu'il ait 
besoin des serviteurs qu'il a hors de ses États, je 
suis certain qu'il n'y en a point de si passionnés et 
de si obéissants que moi qui tiendrai à très grande 
gloire de mourir pour son service. 



LXIX. 

M. DE SÉVIGNÉ A. MADAME ROYALE. 
A Paris, ce 1'^'' novembre 1652. 

J'ai reçu la dernière dépêche que Votre Altesse 
Royale m'a fait l'honneur de m'écrire du 19™" 
du passée Je n'ai pas manqué de publier les efforts 

1. On n'a pas la minute de cette lettre. 



200 CORRESPONDANCE 

que Son Altesse Royale a faits pou?' servir la France. 
Tout le monde est si persuadé qu'il a fait en ce ren- 
contre beaucoup plus qu'il n'étoit obligé, que per- 
sonne ne trouvera étrange les résolutions que la 
nécessité des affaires lui fera prendre ; pour moi, 
qui suis touclié d'une inclination plus forte et qui 
ai des sentiments très passionnés pour son très 
humble service, je souhaite qu'il trouve tous les 
avantages qu'il auroit sans doute rencontrés, s'il 
n'avoit pas eu tant de fidélité pour nous. 

La paix de Monsieur fut signée lundi en la forme 
que je l'écrivis à Votre Altesse Royale ; il est allé à 
Chartres, et ensuite il s'en va à Blois, où je crois 
qu'il demeurera trois ou quatre mois, s'étant même 
obligé de parole de ne point venir à Paris sans le 
consentement du Roi. Quoique cet accommodement 
ne lui ait pas été avantageux, il en témoigne pour- 
tant une très grande joie; et, pour faire voir qu'il a 
dessein de l'observer, il a fait un commandement 
très exact et très rigoureux aux officiers de ses 
troupes de ne se pas laisser débaucher par Mademoi- 
selle, sa fille, laquelle a dit qu'elle est partie pour aller 
à l'armée avec ce dessein-là^ 

M. de Beaufort et M. de Rohan ont accepté l'am- 
nistie ; mais l'on dit que le premier traite en son 
particulier pour avoir les avantages qu'il prétend 
pour hii et pour M™* de Montbazon. Il court même 
un bruit que M™^ de Longueville et M. le prince 



1. Les Mémoires de ^f^'' de Montpensier ne mentionnent pas 
qu'elle ait tenu ce propos ni manifesté Tintention daller à lar- 
mée des Princes. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 201 

de Conti veulent aussi faire leur déelaralion pour 
accepter l'amnistie, et ce fondé sur ce qu'ils sont 
mal avec Monsieur le Prince. Mais vous ne devez 
point ajouter foi à ce bruit, car il est sans fonde- 
ment, aussi bien que celui qui dit que Monsieur a 
signé qu'il consentoit au retour de M. le cardinal 
Mazarin. Je sais que celui-ci est faux, et que même 
l'on ne le lui a pas demandé, sachant bien qu'il ne 
l'accord eroit pas. Ce cardinal sera ici avant la Saint- 
Martin ' ; je ne vous dis point quel effet fera son 
retour dans l'esprit des peuples ; mais je sais que cela 
ne fera plus de barricades, tant que le Roi sera dans 
Paris ; mais, s'il en sort, je crois que le mal y sera 
plus grand que jamais. Je viens présentement d'en- 
tendre prêcher M. le cardinal de Retz dans Saint- 
Germain l'Auxerrois, où le Roi et la Reine étoient. Il 
a parlé au premier si fortement et si judicieusement 
que la Cour et les peuples en ont été très contents^. 
J'ai vu dans une lettre que M. de Grésy m'a mon- 

1. Mazarin ne rentra à Paris que le 3 février 1653. 

2. Ce sermon prêché le jour de la Toussaint dans l'église qui 
était la paroisse royale et auquel assistaient le R.oi et la Reine 
avait attiré un grand nombre de curieux. La Muze historique 
(I, 304) n'a pas majiqué de rapporter que le cardinal 

Fit un beau sermon vendred} , 
Devant le Roi, devant la Reine; 
Mais notre église éloit si i»leine 
De gens pour l'entendre prêcher 
Qu'on n'en pouvoit presque approcher. 

"Voir les Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, IV, 456). Une 
note de cette édition au sujet de ce sermon fait connaître que 
le Cardinal affecta de parler contre les ambitieux. 



202 CORREf5PONDANCE 

trée que la citadelle de Casai étoit prise ; j'en suis 
au désespoir, mais mille fois plus pour l'intérêt de 
Votre Altesse Royale que du nôtre. Toutes les troupes 
de M. le duc d'Orléans ont ordre d'aller en Italie; 
mais elles sont si foibles et arriveront si tard qu'elles 
y seront inutiles. 

Je ne doute pas que vous n'ayez curiosité de 
savoir comme mon ami est à la Cour : je puis vous 
assurer qu'il y est en grande considération et qu'il 
n'y a guère de jour qu'on ne le consulte^ ; mais, de 
plus, il y a un traité que l'on négocie ; s'il sort son 
effet, je crois qu'il sera tout à fait bien. Au premier 
ordinaire, peut-être en dirai-je davantage à Votre 
Altesse Royale. En attendant, je l'assurerai que je 
suis, avec tout le respect et la passion que je dois, 
son très humble et très obéissant serviteur. 



1. M. de Sévigné est certainement convaincu de la vérité de 
ce qu'il écrit, soit d'après ses propres impressions, soit pour 
ainsi dire sous la dictée du cardinal. Celui-ci s'abusait peut- 
être ou voulait faire croire à plus d'influence qu il n'en avait. 
La note que nous avons citée à l'occasion du sermon du car- 
dinal [voir lettre précédente) contient un passage qui contredit 
absolument l'affirmation de M. de Sévigné : ce document, 
extrait des papiers de Lenet et daté du 3 novembre, s'exprime 
ainsi : « Mais il a beau prêcher, ses affaires n'en vont pas 
mieux jusqu'ici. N'ayant eu aucune part au traité de Monsieur 
d'Orléans, au contraire l'ayant voulu empêcher, la Cour ne le 
considère plus guère et on parle de [lui] faire faire un voyage 
à Rome. « — M. Chéruel donne dans son Histoire de France 
pendant le ministère de Mazarin (I, 371 et 374), des détails qui 
montrent que, malgré ses intrigues secrètes, le cardinal de 
Retz perdait chaque jour de son influence et de sa popula- 
rité. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 203 

LXX. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 
2 novembre 1G52. 

Monsieur le marquis de Sévigné, vous aurez pu 
remarquer par vos précédentes qu'il n'a pas tenu à 
nous qu'on ait sauvé Casai, puisque Son Altesse 
Royale Monsieur mon fils a fait tous ses efforts pour 
cela et a usé de toute la diligence possible tant pour 
secourir la ville que la citadelle ; mais la précipita- 
tion avec laquelle l'une et l'autre ont été rendues a 
empêché l'effet de nos soins et le bon succès que 
vraisemblablement on en pouvoit espérer. Ceux qui 
savent la force de la citadelle de Casai s'étonneront 
qu'elle ait tenu si peu de temps et qu'elle n'ait pas 
donné le loisir au secours, qui n'en étoit éloigné 
que d'une petite journée, d'arriver aux lignes des 
ennemis, bien loin d'avoir donné temps aux troupes 
de France d'arriver et de se joindre aux nôtres pour 
le même effet, ainsi que tout le monde espéroit de 
la valeur des défenseurs et de la bonté de la 
place. Pendant que les ennemis ont été occupés à 
réparer les brèches et à raser leurs lignes, Sadite 
Altesse Royale a employé une partie de ses troupes 
sous le commandement du marquis Ville ^, lequel 
étoit de quelque conséquence pour élargir les quar- 

1. Il s'agit d'un des marquis Villa. Cette famille avait, 
quatre ans auparavant, perdu un des siens au service de la 
Savoie (Voir lettre ci-dessus du 25 août 1648). 



204 



CORRESPONDANCE 



tiers d'hiver^. On ne croit pas que les ennemis 
puissent plus rien entreprendre de cette année, à 
cause de la saison avancée. Mais je ne vois pas 
qu'on puisse éviter les grands maux qui nous 
menacent à l'avenir que par une paix générale, à 
moins que la C^our s'applique d'une autre façon 
qu'elle a fait jusques ici aux affaires d'Italie. Je 
vous remercie de vos avis du 18 du passé que j'ai 
reçus et suis, etc.. 



LXXI. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 8 novembre [1652]. 

Le retour de M. le cardinal Mazarin est retardé ; 
beaucoup de gens veulent en savoir les véritables 
raisons ; mais je crois qu'ils se trompent et que la 
seule difficulté des chemins est ce qui l'en empêche. 
Il est vrai que Monsieur le Prince a pris Chàteau- 
Porcien et Rethel, et l'on dit qu'il a attaqué Sainte- 
Menehould, c'est-à-dire qu'il l'a pris. Cela étant 
ainsi, il faudroit que Son Kminence Mazarine fit un 
grandissime tour pour venir en sûreté. 

Hier le Roi de voit aller au Palais pour faire décla- 
rer Monsieur le Prince criminel de lèse-majesté. 
Comme il n'v a pas été, tous nos politiques mal 
informés disent que c'est le retour du présidtMit 
Viole qui en est cause et qu'il est venu pour négo- 
cier un accommodement avec ce prince. Ceci peut- 

1. Phrase qui semble incomplète, mais qui est conforme au 
texte original. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 205 

être vrai que le président soit venu porter quelques 
propositions ; mais ee n'est point cela qui a empêché 
Sa Majesté d'aller au Parlement ni qui a retardé la 
dite déclaration. La vraie cause, c'est que le procu- 
reur général ^ a représenté que son avocat général, 
M. Bignon, qui est celui qui doit parler sur cette 
alVaire, lui avoit dit qu'il n'étoit nullement préparé, 
parce qu'il ne (aisoit que d'arriver de prendre les 
eau\ à Bourbon ; outre cela, il a encore repré- 
senté qu'il n'y avoit rien qui dût obliger le Roi de 
rien précipiter ni de rien faire contre les formes; 
que Sa Majesté devoit attendre après la Saint-Martin, 
que le Parlement seroit remis et qu'il auroit com- 
mencé de travailler ; cela a enfin été résolu. Les 
médisants disent que la Reine a eu de la peine, 
parce que le Cardinal ne doit pas revenir que cette 
déclaration ne soit vérifiée ; les autres que le pro- 
cureur général veut donner du temps à son frère, 
l'abbé Foucquet, d'achever le traité qu'il avoit com- 
mencé avec Monsieur le Prince. Mais je crois que 
vous vous en devez tenir à ce qui est ci-dessus 
d'affirmatif. L'accommodement démon ami n'est pas 
encore confirmé, mais je ne doute pas qu'il ne se 
fasse, car il n'y a pas beaucoup d'apparence que 
le cardinal Mazarin veuille être ici et que l'autre 
ne fût pas son ami et ne le voie pas. 

M. le duc d'Orléans est encore à Orléans, mais 
il en doit partir aujourd'hui pour Blois. 

Mademoiselle n'est pas à l'armée, comme on disoit ; 



1. Nicolas Foucquet était procureur général depuis 1650; 
c'est en février 1653 qu'il devint surintendant des finances. 



206 CORRESPONDANCE 

mais elle est à l'une de ses maisons qui s'appelle Saint- 
Fargeau ' . 

La perte de Casai, celle de Barcelone- et celle de 
Perpignan font pleurer tous les bons François ; il 
n'y a pas de nouvelle que cette dernière place soit 
rendue, mais l'on la tient perdue et Roses aussi ^. 
Jugez, Madame, si la France ne court pas fortune et 
si nous ne sommes pas bien malheureux de la voir 
perdue pour conserver un homme de cette nature. 

Je crois que Votre Altesse Royale ne m'accusera 
pas de flatterie, si je lui dis, ce que je lui ai déjà 
écrit, que Dieu nous auroit fait une grande grâce 
de nous donner une Reine comme elle. 

.Te ne saurois m'empêcher de vous dire que vous 
fassiez votre compte que, tant que Mazarin sera en 
France, nous n'y aurons que malheurs et point de 
repos. Si je n'avois peur que vous n'eussiez mau- 
vaise opinion de moi, je vous en dirois davantage. 

J'ai toujours oublié à vous mander que Saint- 
Aunais s'est déclaré pour Monsieur le Prince et que 
c'est lui qui est cause que Roses et Perpignan sont 
en grande extrémité^. 

1. Voir Mémoires de M"^ de Montpensier, II, 229. 

2. Les troubles de la Fronde n'ayant pas permis à la France 
de se maintenir en Catalogne, Barcelone dut se rendre après 
quinze mois de siège. 

.3. C était un faux bruit : Perpignan est resté à la France et 
Roses n"a été restitué aux Espagnols que par la paix des Pyré- 
nées. 

4. Henri Bourcier du Barry, seigneur de Saint-Aunais, lieute- 
nant général. — Il commandait, en qualité de gouverneur hérédi- 
taire, la ville et la forteresse do Leucate qui, situées à une 
extrémité du Languedoc, au bord de la mer, très près de la 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 207 

LXXII. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
Le 15 novembre 1652. 

Il est si tard que je n'aurai pas le temps de faire 
ma relation aussi ample que je le désirerois. 
J'arrive présentement de Ruel ' trouver le marquis 
de Richelieu sur une sottise qu'il a faite plus grande 
que celle du duc ~ : car il s'est marié avec la fille de 

frontière espagnole et du Roussillon, étaient de ce côté la ciel 
de la France : très ambitieux, il s'était déclaré pour le prince 
de Condé, entreprenait de soulever le Roussillon et menaçait 
de se donner à l'Espagne ; le bruit courait qu'il avait ti'aité 
avec cette puissance au sujet de Leucatc. L aventure tourna 
mal pour lui illettré du 22 novembre) et il rentra bientôt 
dans le devoir (lettre du 15 décembre). (Chéruel, Histoire 
de France pendant le ministère de Mazarin, II, 67 et 68. 
— Historiettes, de Tallemant des Réaux, V, 3 et 7 (curieux 
détails sur Saint-Aunaiset sur sa famille). — Leucate est aujour- 
d'hui une commune de l'arrondissement de IXarbonne (Aude). 
Il est à remarquer que le père de Saint-Aunais et lui-même 
avaient, en 1637, énergiquement défendu contre les Espagnols 
Leucate, dont on trouve, avec une relation du siège, une des- 
cription intéressante dans le Merc«re français, XXI (1639), 
p. 413. 

1. Aujourd'hui Rueil, arrond. de Versailles, canton de Marly- 
le-Roi. — Il y existait alors un château que le cardinal de Riche- 
lieu avait fait bâtir pendant son ministère ; la duchesse d'Aiguil- 
lon le tenait de lui, en vertu de son testament du 23 mai 1642. 

2. Le duc de Richelieu, frère aîné du marquis, avait épousé 
à l'âge de dix-huit ans, en 1649, Anne Poussart de Fors, veuve 
du comte d'Albret, dame d'honneur de la Reine, bien plus 



208 CORRESPONDAKCE 

M"' de Beauvais qui a un faux œil et qui est pre- 
mière femme de chambre de la Reine ' ; et, comme 
la mère de ce garçon est ma parente '% M™" la 
duchesse d'Aiguillon a souhaité que j'y allasse pour 
[lui] persuader défaire son devoir et de faire rompre 
ce mariage, puisqu'il a élcfait contre les formes et 
qu'il n'a pas été consommé '■\ Il ditqu'ily est résolu, 

âgée que lui. La duchesse d'Aiguillon, sa tante, outrée de ce 
mariage, accusa formellement Anne Poussart de séduction cri- 
minelle ; mais le cardinal Mazarin lit en sorte que la procédure 
ne suivît pas son cours, et l'union resta valide. — Voir Instruc- 
tions du cardinal Mazarin à Le Tellier du 17 fé'vrier 1G50 en 
appendice des Mémoires du cardinal de Kctz, édition Champol- 
lion-Figeac, II, 355). 

1. Jean-Baptiste-Amador de Vignerot du Plessis, marquis de 
Richelieu, venait d'épouser à Paris, en l'église Saint-Eustache, 
le 12 novembre 1652, avec le consentement de sa mère, Anne- 
Jeanne-Ba])tiste de Beauvais, à peine âgée de quinze ans : il 
était lui-même fort jeune, entre dix-huit et vingt ans ; le con- 
trat avait été signé le 6 du même mois. Ce mariage prêta plus 
à la critique que celui du duc de Richelieu, car M'"' de Beau- 
vais avait pour mère Catherine-Henriette Bellier, femme du 
baron de Beauvais ; or nous savons déjà que la réputation de 
celle-ci était détestable sous le rapport des mœurs ^lettre 
ci-dessus du l*''' décembre 1651j. La Reine, dont M'"'' de 
Beauvais était première femme de chambre, favorisa cette 
union et s'opposa à ce qu'elle fût rompue ; elle ne le fut pas 
et plusieurs enfants en naquirent. — Voir Mémoires de M^^" de 
Montpensicr, II, 236 et 237, et la Muse historique de Loret des 
16 novembre (I, 308 et 309) et 23 novembre J, 310). 

2. M. de Sévigné n'était pas, nous serablc-t-il, parent de la 
mère du marquis de Richelieu, née Marie-Françoise du Guéraa- 
deuc : il y avait au moins entre eux une alliance par suite d'un 
mariage qui avait uni, en 1584, deux membres de leurs 
familles. 

3. La duchesse d'Aiguillon fut au désespoir de n'avoir pu 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 209 

s'il le peut en eonscienee, et je crois plus, car je 
liens qu'il ne le rompra pas et qu'il sera le plus 
pauvre et le plus misérable gentilhomme du 
royaume. Et c'étoit le garçon du monde le mieux 
fait, qui le portoit le plus haut, qui avoit la plus 
grande estime dans les armées, à qui toute la suc- 
cession de M""^(r\iguillon étoit assurée' et qui avait 
tout lieu d'espérer celle du cardinal de Richelieu ~. 
Pour les affaires publiques, j'entretins hier à plein 
M. le baron de Grésy ; ainsi je vous supplie d'y 
ajouter foi. J'ai appris depuis que le cardinal Maza- 
rin étoit près d'arriver et qu'il étoit en chemin. 
M. de Chàteauneuf a eu ordre de se retirer à 
Bourges. Le maréchal de Villeroy ayant dit à la Reine 
que ledit sieur ne savoit pas en quoi il auroit pu 
déplaire à Sa Majesté, elle dit que ce n'étoit pas 
qu'il lui eût déplu, mais que c'étoit pour être trop 
du parti de Monsieur; par là vous pouvez juger que 

faire annuler le mariage de son neveu : « Mes neveux, disait- 
elle dans son exaspération, vont toujours de pis en pis : j'es- 
père que le troisième épousera la lille du bourreau. » Néan- 
moins elle se réconcilia avec lui. 

1. Le marquis de Richelieu mourut en 1662, treize ans 
avant sa tante; le duché d'Aiguillon ne passa à sa descendance 
qu'après avoir été possédé par une de ses sœurs à qui la 
duchesse le légua. 

2. M. de Sévigné veut dire que, lors de cette union si criti- 
quée, le marquis de Richelieu avait en expectative la succes- 
sion du cardinal de Richelieu qui était advenue à son frère 
aîné, le duc de Richelieu, dont il était l'héritier présomptif, 
celui-ci n'ayant pas d'enfants et passant pour maladif. L'événe- 
ment trompa toutes les prévisions : le duc survécut cinquante- 
trois ans au marquis, devint veuf, se remaria assez tard et 
devint père d'un fils qui fut le maréchal de Richelieu. 

14 



210 CORRESPONDANCE 

la réconciliation de Leurs Majestés avec Son Altesse 
Royale n'est pas trop sincère ^ Le bruit est grand 
que M™^ de Chevreuse, Laigues et le commandeur 
de Jars seront bientôt chassés ^ ; mais j'ai peine de 
le croire, caria Reine est allée voir ladite dame sur 
la mort de sa fille, quoique l'on ait cru qu'elle soit 
morte de la peste ^. 

Je finis, Madame, en vous assurant qu'il se forme 
un orage qui sera assurément très dangereux, si 
Dieu ne le dissipe. 



LXXUL 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 22 novembre 1652. 

Je me donnai l'honneur d'écrire à Votre Altesse 
Royale, le dernier ordinaire, touchant la malheu- 
reuse affaire qui est arrivée au pauvre marquis de 
Richelieu^. Comme il se trouve obligé de sortir du 

1. M. de Sévigné ignorait que le duc d'Orléans avait 
dénoncé Châteauneuf comme ayant, avec le cardinal de Retz, 
travaillé à l'empêcher de quitter Paris, lors du retour de la 
Cour dans celte ville. 

2. La duchesse de Chevreuse et Laigues étaient déjà ou 
allaient être incessamment ralliés au cardinal Mazarin qui 
n'hésita pas à se servir deux pour sa politique. 

3 j^jeiie çjg Chevreuse mourut en vint-quatre heures d'une 
fièvre maligne, le 6 novembre. Le cardinal de Retz, en parlant 
de sa mort, ne fait pas son éloge. [Œuvres du cardinal de Retz, 
IV, 228-230.) 

4. Voir les notes de la lettre précédente. 



nu CHEVALIER DE SÉ VIGNE. 211 

royaume et que l'estime qu'il m'a vu faire de Votre 
Altesse Royale lui a donné une passion extraordi- 
naire de lui rendre ses très humbles services et 
obéissances, il a choisi sa Cour plutôt que celle 
d'aucun autre prince de l'Europe pour son asile. 
J'espère de l'héroïque vertu de Votre Altesse Royale 
qu'elle ne lui refusera pas cet honneur. Si son nom 
n'étoit pas si illustre, je convierois votre générosité 
de le considérer comme parent de l'homme de tout 
le royaume qui est le plus à vous * ; mais, comme je 
suis trop peu de chose pour être mis en ligne de 
compte et que la grandeur de sa maison n'est pas 
peut-être trop considérable à Votre Altesse Royale, 
j'espère, Madame, que son mérite, qui n'est pas du 
commun, vous obligera plutôt à lui faire un favo- 
rable traitement et de plaindre son malheur. Dans 
cette pensée, je la supplie de trouver bon que je 
dise le particulier. 

Je dirai donc à Votre Altesse Royale que ce pauvre 
garçon a servi de mestre-de-camp de cavalerie depuis 
les dernières brouilleries, et, la dernière campagne : 
il l'a commandée avec tant d'éclat pour le cœur 
qu'il a fait le plus beau combat d'homme à homme 
à la tête des deux armées qui ne s'est jamais fait, et 
il s'est trouvé en plusieurs autres avec tant d'appro- 
bation de toute l'armée que tous les généraux, tous 
les officiers et soldats, l'aimèrent avec une tendresse 
qui ne se peut dire. Pour les qualités de sa personne, 



1. Comme nous l'avons indiqué, M. de Sévigné n'était pas, 
croyons-nous, parent du marquis de Richelieu, ni de sa mère ; 
il n'y avait entre eux qu'une alliance. 



212 CORRESPONDANCE 

Votre Altesse Royale en jugera mieux que moi ; mais 
ce que j'en dois dire, c'est qu'il étoit aimé de tout le 
monde et par conséquent il en est plaint ' . 

Pour son action, c'est un emportement de passion 
qui la lui a fait faire; mais, comme l'imprudence de 
ces personnes la firent découvrir avant qu'elle fût 
complète et que Madame sa tante, qui est la plus 
illustre pour le mérite que nous ayons en France, 
eut le temps de lui en faire connoître toutes les 
laideurs, il s'est résolu de laisser faire la justice, 
les docteurs de Sorbonne lui ayant signé que son 
mariage ne valoit rien. 

Enfin , Madame , c'est le neveu de ce grand cardi nal , 
qui n'a de bien que quarante-deux mille livres de pen- 
sion sur les bénéfices qu'il a résignés à son frère, 
lesquels il perdra si le mariage subsistoit. Outre cela, 
Madame sa tante lefaisoit son héritier universel, qui 
a plus de deux cent mille livres de rente et plus de 
deux cent mille écus de meubles. Il perdra tout cela 
s'il ne tient ferme et s'il ne quitte la fille d'une 
femme qui est l'exécration de la Cour, dont la 
grand-mère étoit fripière ~. Jugez si l'assortisse- 
ment n'est pas abominable. 

1. M""* de Montpensier le peint ainsi : « Ce garçon étoit 
jeune et bien fait, de l'esprit, du courage et nourri dans l'élé- 
vation où sont ordinairement les gens en faveur « {Mémoires, II, 
238). 

2. La chronique malveillante allait plus loin : on disait que 
le mari de cette grand'mère était crocheteur aux Halles, et ces 
bruits coururent de nouveau lorsque la mort de la jeune mar- 
quise rappela l'attention sur ses origines. En réalité, on n'en 
savait probablement rien. Michel Bellier, sieur de Filandre 
et du Platbuisson, le prétendu lils ou gendre d'un fripier ou 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 213 

S'il n'avolt loiiles les bonnes qualités que je mande 
à Votre Altesse Royale, je la puis assurer que Madame 
sa tante l'auroit déjà abandonné. Mais, comme elle 
les connoît, elle est résolue de faire tous ses efforts 
pour le sortir de cette méchante affaire. On lui a 
dit que M. le prince Thomas est fort contraire à son 
neveu et qu'il avoit dit à la Reine qu'il lui falloit 
couper le cou. 

Les affaires générales sont au même état que le 
dernier ordinaire et Monsieur le Prince vers Bar, 
toutes les armées du Roi jointes. Le maréchal de La 
Motte est dans le Roussillon pour le soutenir ; Saint- 
Aunais est fort blessé, les troupes du Roi ayant 
battu sa garnison dans son bourg ^. Les passages 

crocheteur, était huissiei' du cabinet de la Reine : il fut ano- 
bli pai* lettres de juin 1638, a cause des services rendus tant à 
Henri IV qu'à Louis XIII et à Anne d'Autriche tant par lui que 
par sa naère et par sa femme employées d'abord pour les enfants 
de France, puis comme premières femmes de chambre de la 
Reine, comme le fut ensuite sa lîlle. Ajoutons que le baron 
de Beauvais, son gendre, dont la noblesse remontait incontes- 
tablement à deux générations, a été successivement substitut du 
procureur général au Parlement et lieutenant général de la 
l*révôté de iHôtel. — V. la lettre du 15 novembre ci-dessus et 
le travail très documenté de M. de Boislisle, Madame de Beau- 
vais et sa famille, publié dans le Cabinet /listorique [XJilY, 1878). 
1. La Gazette du 30 novembre (1652, p. 1111) confirma cette 
nouvelle. Saint-Aunais (v. lettre du 8 novembre), étant sorti de 
Leucate avec une j^artie de sa garnison dans la première 
semaine de ce mois, tomba dans une embuscade préparée sur 
l'ordre du maréchal de La Motte par un de ses lieutenants, le 
baron d'Alès, et se sauva avec peine, probablement blessé, ayant 
laissé entre les mains de l'ennemi plus de soixante prisonniers 
et perdu trente soldats et son écuyer tués. D'après ce recueil 
(p. 113^i\ Saint-Aunais n'osa plus tenter de sortie et ne s"op- 



214 CORRESPONDANCE 

sont si peu libres qu'on n'a pas même nouvelles du 
cardinal Mazarin que très difficilement. Je crois qu'il 
arrivera alors que l'on y pensera le moins. 

Je ne saurois finir ma relation sans lui dire encore 
un mot en faveur de ce pauvre garçon et l'assurer 
qu'en partant il me dit qu'il souhaitoit avec passion 
pouvoir tirer l'épée pour le service de Son Altesse 
Royale de Savoie et dans ses troupes, et que, si l'oc- 
casion s'en présenteroit, il le feroit avec tant de 
chaleur qu'il tâeheroit de mériter l'asile qu'il lui 
feroit l'honneur de lui donner. Assurément, son 
zèle et son cœur sont grands, et je serai fort obligea 
Votre Altesse Royale si elle lui fait l'honneur de le 
recevoir favorablement. 

Les rentiers de cette ville font grand bruit de ce 
qu'ils ne sont point payés ; si l'on n'y donne ordre, 
ce sera un méchant levain K 11 n'y a nulle apparence 
de traité avec Monsieur le Prince, et je persiste à 
dire qu'il n'v en aura point qu'avec la paix géné- 
rale. 

LXXIV. 

M. DE SE VIGNE A MADAINIE ROYALE. 
A Paris, ce 26 novembre 1652. 

Je me sers de la voie de ce gentilhomme pour 
écrire à Votre Altesse Royale ; car il sera bien plus 

posa pas aux opérations des troupes royales qui rétablissaient 
et assuraient l'autorité de Louis XIV dans le Roussillon. 

1. Un des premiers soins de Mazarin, après son retour en 
1653, fut de donner satisfaction au\ rentiers. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 215 

tôt à Turin que le courrier, delà n'empêchera pas 
que, s'il arrive quelque chose entre ci et demain, je 
ne lui écrive encore. 

Pour répondre à la dernière lettre que j'ai reçue 
de Rivoli du 16 du courant, je lui dirai que c'est 
avecheaucoup de déplaisir que je ne lui puis mander 
de meilleures nouvelles que par le passé ; mais, en 
toutes, les apparences sont fausses, ou nous retom- 
berons ce printemps dans les mêmes désordres où 
nous avons été ; et, s'il vous souvient de ce que je 
vous ai mandé sur la manière dont le Roi est revenu 
dans Paris, je lui ai dit que nous aurions quelque 
répit, mais que nous n'aurions jamais de paix 
qu'avec la générale, parce que celle de Monsieur le 
Prince ne se peut faire, selon mon sens et le peu de 
lumière que j'ai des choses, que celle-là ne se 
fasse. 

Je crois vous avoir mandé le dernier ordinaire 
que Monsieur le Prince avoit pris Bar et Toul, deux 
fort méchantes places ', mais qui servent au dessein 
qu'il a de séparer l'Alsace et la Lorraine et les 
autres places derrière celles qu'il a prises. 

Le cardinal Mazarin n'est pas encore arrivé, quoi- 
qu'il y ait déjà plusieurs jours qu'il pourroit reve- 
nir sans aucun péril. Les uns disent qu'il ne veut 
point revenir qu'avec quelque bon succès, et pour 
cet effet, il passera à l'armée qui est composée de 
toutes les troupes que le Roi avoit en Picardie, 



1. Ces nouvelles sont préraatui'ées en ce qui concerne Bar- 
le-Duc qui n'a été pris que le 29 novembre : Toul ne l'a pas 
été. 



216 CORRESPONDANCE 

Champagne et Lorraine et qui n'est guères moins 
forte que celle de ^Monsieur le Prince, et qu'il repren- 
dra les places qui ont été prises; et sur ces pensées 
le bruit court déjà, mais peu certain, que Rethel est 
assiégé. 

Il se fait un autre raisonnement qui n'est pas 
moins vraisemblable que le premier: c'est que, par 
sa conduite ordinaire, il a peur et mai^chande le pavé 
de Paris avec ceux qu'il croit pouvoir lui faire de la 
peine ; et pour cet effet, il négocie par personnes 
interposées avec celui dont vous me témoignez vou- 
loir savoir des nouvelles, et je sais que leur traité 
n'est pas achevé ; maisje sais que cela ne va point à 
lui donner de place dans le Conseil du Roi. Je vous 
ai promis de vous mander lorsqu'ils seront d'accord. 
Si mon ami avoit été capable de rebrouiller, ils lui 
auroient obligé ; car ils se sont toujours méfiés de lui 
et ont ajouté foi à beaucoup d'avis que l'on leur a 
donnés qu'il cabaloit encore, quoique cela soit faux, 
son dessein étant de vivre en sorte que l'on ne puisse 
lui rien reprocher qu'il ait fait contre l'État depuis 
sa promotion ^ . 

1. Le cardinal de Retz faisait courir par ses amis le bruit de 
sa parfaite soumission ; d'après le P. Rapin [Mémoires, I, 518 
etôlO), il aurait même chargé l'cvêque de Châlons, Vialard de 
Herse, un de ses confidents, d'offrir à Mazarin d'aller à Rome 
et de faire ce qu'il ^ondrait; seulement, l'évèque n'axait pu 
voir ce dernier à son passage et s acquitter de la commission. A 
la Cour, on ne croyait pas à la sincérité du cardinal de Retz et 
on le considérait comme tout aussi dangereux que par le 
passé, du moins tant qu'il serait à Paris ; il n'a pu ignorer ces 
dispositions, car la Princesse palatine, Anne de Gonzague, a 
voulu l'en prévenir et lui a conseillé de demander l'ambassade 



/ 
DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 217 

Messieurs du Parlement oommeneent à se remuer 
pour leurs eon frères : ils ont envoyé aujourd'hui par 
toutes les Chambres pour proposer de s'assembler 
demain ; ehaque Chambre en particulier doit délibé- 
rer ce qu'ils feront. J'ai été averti que le Roi est 
résolu de leur défendre de s'assembler, et, s'ils 
passent outre, de leur faire violence. Si cela arrive, 
Messieurs du Parlement croient que les peuples 
intéressés aux rentes prendront leur parti. Je crois 
que, si la Cour prend bien ses mesures, ils seront les 
maîtres et que le Parlement y succombera. 

Madame Royale d'Orléans se porte mieux et l'on 
croit qu'elle est hors de danger, mais qu'elle court 
fortune d'une hydropisie du poumon ^ Monsieur, 
son mari, est à Blois, qui est ravi de se voir délivré 
d'affaires. Je jure qu'il ne s'y rembarquera jamais. 

M. de Saint- Aunais a fait le plus bizarre traité avec 
Espagne qui se puisse voir : il y a que, si Monsieur le 
Prince le comptant dans son traité et qu'il le fasse 
faire maréchal de France, le roi d'Espagne lui per- 
met de revenir ; que si cela n'est pas, ledit roi lui 
promet de le faire faire maréchal de France par le 
traité de la paix généi'ale ; que si tout cela manque, 

de Rome, ne lui cachant pas que sa liberté et même sa vie 
étaient en danger 'Mémoires de Guy Joly, I, 337-341). Le fait est 
à peu près contirmé par lo cardinal lui-même, dans ses Mémoirea 
[Œuvres, IV, 438 et 439i, en ajoutant qu'il ne voulait pas trai- 
ter sans assurer des avantages à ses amis, Brissac, le marquis 
de Fosseuse, d'Argentcuil, Chateaubriand, etc. ; on sait que 
l'abbé Charrier et .Toly devaient aussi profiter de ce traité; mais 
Sévigné semble absolument oublié, malgré toutes les preuves 
d'affection et de dévouement qu'il lui donnait. 

1. hdi Muze Jiistoriqiœ I, 311' donne les mêmes nouvelles. 



218 CORRESPONDANCE 

le Roi Catholique lui donnera dix mille écus de rente 
et quelque établissement, et qu'en attendant, il le 
l'ait son général en Catalogne et Roussillon, sa place 
demeurant dans le service du Roi Très Chrétien. Et 
en effet nous avons vu un passeport de lui où il met : 
« Général des armées du Roi Catholique dans la Cata- 
logne et Roussillon et gouverneur pour le Roi Très 
Chrétien de Leucate ». Il a fait cette escapade parce 
qu'on n'a pas voulu lui donner ce qu'il demandoit ^ . 
Vous voyez par là. Madame, que nos affaiies ne sont 
pas mieux que par le passé. 

Le bruit court ici que son xiltesse Royale de Savoie 
est très satisfait des promesses que le Roi lui a faites 
et que l'on est résolu de le secourir puissament, et 
pour cet elFet j'ai oui dire de bonne part que l'on 
cherchoit un maréchal de France pour y envoyer. 

LXXV. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 29 novembre [1652]. 

La nouvelle que j'ai apprise aujourd'hui mérite 
bien d'être mandée à Votre Altesse Royale : il est 
arrivé ce matin un courrier qui a apporté que le car- 
dinal Mazarin est arrivé dans noire armée et (ju'il 
espère de donner bataille ; il prétend être plus fort 
que Monsieur le Prince. Le même courrier assure 
(jue Fuensaldagne avoit quitté l'armée, après en 

L Voir la lettre précédente. 



DU CHEVALIER DE SÉYIGNÉ, 219 

avoir donné le bâton de général à Monsieur le 
Prince et qu'il avoit emmené avec lui quelque nombre 
de troupes ^ 

Le bruit continue plus que jamais que Monsieur 
de Reims quitte la soutane pour épouser M"^ de Lon- 
gueville et que l'abbé de La Rivière traite avec lui 
pour ses bénéfices '. 

Je vois bien que le traité de mon ami n'est pas 
en bon état : il croit que toutes les propositions que 
l'on lui Fait ne sont que pour le tromper. Ainsi ils 
se méfient les uns des autres. Le cardinal Mazarin 
est cause des procédés que l'on tient avec lui ; il 
ne peut souffVir devant ses yeux une pourpre plus 
éclatante que la sienne. 

1. Il est exact que Fuensaldagne, obéissant aux ordres qu'il 
avait reçus, s'était occupé surtout d'assurer la défense et la con- 
servation des villes du littoral qui, d'après le traité conclu par 
Condé avec l'Espagne, devaient rester à celle-ci ; il se retira 
donc de ce côté avec ses principales forces, laissant Monsieur 
le Prince conquérir et défendre comme il le pourrait, avec ce 
qu'il avait de troupes et en lui donnant peu de secours, les 
places et le territoire qui constitueraient plus tard sa part défi- 
nitive des conquêtes faites sur la France. — V. Histoire des 
princes de la maison de Condé, par le duc d'Aumale, VI, 257. 

2. Henri de Savoie, dernier de la branche des ducs de 
Nemours (1625-1659), frère cadet du duc de Nemours tué en 
duel le 30 juillet 1652 (v. ci-dessus lettre du 2 août), avait 
reçu l'année précédente l'archevêché de Reims. Le bruit courut 
que, devenu aîné par la mort de son frère et n'étant pas entré 
dans les ordres majeurs, il allait se démettre de son siège et de 
ses bénéfices pour pouvoir se marier. Il ne le fit qu'en 1657 et 
épousa Marie d'Orléans, fille de la célèbre M""* de Longue- 
ville. Une lettre du baron de Grésy, secrétaire de l'ambassade 
de Savoie, écrite le 4 octobre précédent, que nous publions plus 
loin [Appendice, n° XV) fournit sur ces bruits de démission 
des renseignements puisés aux meilleures sources. 



220 



CORRESPONDANCE 



Le Parlement s'assemblera ce matin ; du moins, 
il y a eu trois Chambres qui l'ont ainsi résolu, et 
c'est un nombre suffisant pom* y obliger toutes les 
autres. Nous verrons si la Cour s'y opposera par 
violence. 

LXXVI. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 6 décembre [1652], 

J'ai reçu la lettre qu'il a plu à Votre Altesse Royale 
me faire l'honneur de m'écrire du 23 novembre 
par laquelle elle me témoigne avoir envie de savoir 
ce que fait mon ami. Je crois y avoir assez pleine- 
ment satisfait par ma dernière relation. Néanmoins 
ce que j'en ai pu pénétrer, c'est que son raccommo- 
dement avec l'autre ne peut sortir son effet qu'il ne 
soit de retour; car, par sa conduite ordinaire, il ne 
se peut fier de toute une affaire à une même per- 
sonne et ainsi tous les confidents qu'il a ici ne le 
sont que pour lui temps et à tour de rôle. 11 arri\ a 
hier un courrier de M. le cardinal Mazarin qui dit 
qu'il l'avoit laissé à Saint-Dizier, qui montoit à che- 
val pour aller à l'armée. Toute la Cour croit qu'il 
sera auprès du Roi dans peu de jours, mais [ceux] 
qui croient en savoir plus de nouvelles disent qu'il 
a dessein de prendre quelque place <le celles que 
Monsieur le Prince avoit prises, premier que de 
revenir. Si cela est, nous ne l'aurons pas si tôt. 
Cependant toutes sortes de grâces, do bénéfices et 
d'autres affaires demeurent en suspens jusqu'à son 



DU CHEVALIEB DE SÉ VIGNE. 221 

retour. Je crois, avec beaucoup d'autres, que l'on 
en use ainsi afin de le faire souhaiter. 

Voilà l'état des choses de la Cour ; pour celles de 
la ville, il y a toujours de la rumeur parmi les ren- 
tiers |)arce qu'on ne les paie pas, et Messieurs du 
Parlement en l'ont parce qu'on ne leur rend pas 
leurs confrères ; mais, pour apaiser les uns et les 
autres, je crois que l'on les contentera, si ce n'est 
pas en tout, du moins en partie. 

Pour les affaires de delà les monts, je crois que 
l'on promet beaucoup plus que l'on ne tiendra et 
je sais que toute leur confiance est en la citadelle 
de Turin. Je n'ai que faire d'en dire davantage, je 
n'ai que faire de vous conjurer que ceci ne soit vu 
que des personnes dont Votre Altesse Royale est 
assurée. 

Monsieur le Prince est au delà de la Moselle avec 
dix ou douze mille hommes, presque toute cavalerie. 
Larmée du Roi est auprès de Toul avec plus de vingt- 
cinq mille hommes. Il n'y a point de proposition 
d'accommodement et il y a bien quelque temps que 
l'on prit des lettres du président Perrault ^ qui man- 
doit à Monsieur le Prince que la Reine lui avoit 
fait parler d'accommodement ; mais il faisoit ses 
avances d'office, ayant une passion extrême de 
ramener son maître dans son devoir. 

1. Jean Perrault, originaire de Bourges, reçu président en 
la Chambre des comptes en 1647, avait été attaché au prince 
de Condé mort en 1646, et devint surintendant des affaires 
de son fils ; il mourut le 29 avril 1681. 



222 CORRESPONDANCE 

LXXVII. 
M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 13 décembre [1652]. 

J'ai beaucoup de joie que Votre Altesse Royale 
soit satisfaite de ma bonne volonté ; si mon pouvoir 
étoit aussi grand, je la puis assurer qu'elle n'en 
seroit pas moins contente. Sur ce que vous me com- 
mandez de vous mander mes sentiments, je vous 
demande pardon si je ne m'en acquitte pas cet ordi- 
naire ici ; je m'informerai le plus soigneusement 
que je pourrai afin de ne point passer pour 
étourdi dans une affaire de cette importance-là. La 
passion que j'ai pour votre service très humble m'a 
donné beaucoup de démangeaison de vous dire mes 
sentiments sur les intérêts de la Maison de Savoie ; 
mais, comme je n'ai aucun caractère qui m'en don- 
nât la liberté, j'ai eu peur que ceux qui verroient ma 
lettre ne jugeassent pas de mes intentions avec cha- 
rité et ne m'accusassent de témérité de m'ingérer 
des affaires sans y être appelé. 

J'ai entretenu à fond M. le baron de Grésy ; je 
lui trouve beaucoup de jugement et grande passion 
pour [les intérêts de] Votre Altesse Royale et pour 
ceux de Monsieur son lîls. Depuis le jour que nous 
nous sommes vus, j'ai reçu votre dernière dépèche 
dans laquelle il y a une apostille de sa main. J'ai, sur 
le sujet dont vous me parlez, vu quelques-uns de 
MM. les Ministres, auxquels j'ai dit que le bruit cou- 



nu CHEVALIER DE SÉYIGNÉ. 223 

roit qu'on vous accusoit de ne pas avoir fait toul 
ce que vous étiez obligée pour secourir Casai ; ils 
m'ont dit : « Je ne pense pas que l'on s'en soit plaint ». 
Au contraire, l'on a dit tout haut que l'on se louoit 
des ellbrls que vous aviez faits, mais que ce n'étoit 
pas que l'on le crût et que vous aviez plus de forces 
que ceux qui ont pris la place. Je vous conjure que 
ceci soit supprimé et ne passe point en toutes 
mains. 

Le cardinal Mazarin ne reviendra point de tout ce 
mois; il a repris Commercyet Ligny, où Monsieur le 
Prince avoit mis du monde ; Bar est aussi investi. 
Monsieur le Prince est delà la Meuse'. Il doit être 
à Bruxelles au premier jour de l'an. L'on fait croire 
qu'il y a toujours négociation entre eux. Pour moi, 
je ne le crois pas, ou du moins, s'il y en a, que cela 
réussisse. 

Saint- Aunais est revenu dans le service du Roi -; 
cette légèreté est digne de lui ; cela ôtera aux Espa- 

1. Les Mémoires du Maréchal de Turenne, édit. Marichal 
(I, 229), font connaître que Bar se rendit à l'armée royale le 
18 décembre et Ligny le 28. La Gazette (1652, p. 1175) 
annonça la reddition de Commercy et de Void. Le prince de 
Condé, pressé par les troupes de Turenne, fut obligé de reculer 
et de changer son front d'opérations. 

2. La soumission de Saint-Aunais est confirmée par la 
Gazette du 14 décembre (p. 1164) : le gouverneur rebelle 
demandait pardon de sa faute et se déclarait prêt à remettre 
Leucate entre les mains de la personne que Leurs Majestés dési- 
gneraient. Le Tellier en fit part à Mazarin par une lettre du 
28 décembre, publiée par M. Chéruel [Histoire de France pen- 
dant le ministère de Mazarin, II, 73). — Voir ci-dessus, sur 
Henri Bourcier du Barry de Saint-Aunais, les lettres des 8 et 
22 novembre 1652. 



224 CORRESPONDANCE 

gnolsla facilité de reprendre le Roussillon. L'ordi- 
naire prochain, je lui dirai toutes choses, puisqu'elle 
me le commande, étant résolu d'ohéir aveuglément 
autant qu'il sera en mon pouvoir. 

Il n'y a rien de plus vrai que Bordeaux est allé 
en Angleterre et que le Roi les traite de république 
et leur a écrit comme tels^ La reine d'Angleterre 
est au désespoir ~. 



LXXVIIL 
M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, 20 décembre 1652. 

Il me seroit diflicile de commencer ma lettre par 
une autre nouvelle que par celle de la prison de 

\. Antoine de Bordeaux, sieur de Génctois, conseiller d'Etat 
et intendant de Picardie, fut en effet envoyé à Londres, en 
décembre 1652, avec les pouvoirs du Roi pour traiter, au nom 
de la France, avec la République d Angleterre. Il resta sept 
ans dans ce pays, avec le rang d ambassadeur et mourut en 
1660. Il ne faut pas le confondre avec Guillaume de Bordeaux, 
son père, mort comme lui, en 1660, qui fut secrétaire du Con- 
seil et intendant des finances. 

2. Voira ce sujet les Lettres de Henriette- Marie de France, 
reine cC Angleterre , à sa sœur, Christine de France, duchesse de 
Savoie (édition H. Ferrero). — Dans sa lettre du 12 décembre 
1652 (p. 10.3), la veuve de Charles \" proteste douloureuse- 
ment contre l'envoi en Angleterre d'un ambassadeur du Roi 
pour « reconnaîti'e ces traîtres rebelles », malgré tout ce 
quelle a pu remontrer pour l'empêcher. Son désespoir est 
profond : « Ceci, dit-elle, m'a donné le dernier coup de la 
mort que je n'aurois jamais cru recevoir de la France. » 



DU CHEVALIER DE SE VIGNE, 225 

M. le cardinal de Retz ^ : il fut hier arrêté dans une 
des chambres de la Heine par le capitaine des 
gardes du corps-, et le mena {sic) dîner dans son 



1. L'arrestation du cardinal de Retz et son incarcération à 
Vincennes pouvaient avoir des conséquences sérieuses en 
France et amener des difficultés du côté de la cour de Rome. 
Tous les documents confidentiels révèlent que la Reine et le 
Roi, conseillés par Mazarin, y étaient résolus depuis quelque 
temps et que leurs procédés courtois à l'égard du Coadjuleur 
n'avaient pour but que de le rassurer : ce dernier, quoique pré- 
venu de divers côtés, croyait sans doute qu on n'oserait pas 
toucher à sa personne. La cour de Turin fut officiellement 
avisée de cet événement par le représentant du Roi : une lettre 
de celui-ci, qui n'est qu'une copie non datée, ni signée, con- 
servée au Ministère des Affaires étrangères de Paris {Corres- 
pondance de Turin, t. XLV (1651-1652), f° 429), mentionne qu il 
n'a pas manqué de « donner part à Leurs Altesses de la résolution 
que Leurs Majestés ont été dans la nécessité de prendre à l'égard 
de M. le cardinal de Retz , pour prévenir les factions du 
royaume et le mettre en état de soutenir la guerre et de secou- 
rir ses alliés ». Madame R.oyale témoigna de « prendre part 
aux intérêts du Roi », mais en appréhendant toutefois des 
complications du côté du Pape et des difficultés du côté du 
duc d'Orléans. L'ambassadeur s'attacha à démontrer que le 
Pape n'aurait aucune raison plausible de s'élever contre la 
mesure nécessitée par les intrigues factieuses du cardinal, et 
que d'autre pari, il y avait peu d'apparence que le duc d'Or- 
léans prît parti pour le prisonnier, « étant entré, comme il est, 
dans les intérêts du Roi, et même n'étant pas bien satisfait du- 
dit sieur cardinal ». Voir les Mémoires du cardinal de Retz 
[Œuvres, IV, 449-455). — Mémoires de Guy Joly, I, .354-356. 
— Mémoires de M^^ de Motteville, IV, 36 et 37. — Mémoires 
de M"^ de Montpensier, II, 234 et 235. — Loret, Muze histo- 
rique, I, 322. — Gazette, du 21 décembre 1652, p. 1175, qui 
donne les raisons officielles de cette arrestation. 

2. Louis-Marie-Victor d'Aumont, marquis de Villequier, fils 
du maréchal d'Aumont. 

15 



226 CORRESPONDANCE 

appartement, et sur les quatre heures du soir, l'on le 
fit passer par la grande galerie et le fit mettre en car- 
rosse à la porte des Tuileries, et fut conduit par six 
compagnies de gardes françoises, deux de Suisses, 
les chevau-légers de la garde et les gendarmes du 
Roi. L'on m'a dit qu'il est au Bois-de-Vincennes. Il 
fut pris sur le midi, après avoir fait sa cour à Leurs 
Majestés une heure et demie. Cet accident m'a si 
fort surpris que je n'ai pu songer à aucune autre 
affaire depuis ce temps-là. Je crois assez inutile de 
vous dire le vrai sujet de la prison, puisque je vous 
ai mandé, il y a longtemps, le véritable sujet pour- 
quoi le cardinal Mazarin ne revenoit pas à Paris ; 
car c'est la même chose. La pourpre de celui-ci a 
eu honte de paroître auprès de celle de l'autre. Il 
avoit refusé d'aller à Rome, comme le cardinal 
Mazarin vouloit : c'est là tout son crime, et je puis 
jurer avec vérité qu'il ne se mèloit présenteraient 
d'aucune intrigue. 

Les ignorants croient que cette prison facilitera 
l'accommodement de Monsieur le Prince ; mais je 
crois le contraire, qu'elle l'empêchera, puisque cela 
lui fera connoître qu'il n'y a point de sûreté ni de 
confiance. 

Je m'étois résolu d'obéir au commandement que 
Votre Altesse Royale m'avoit fait l'autre ordinaire 
de lui écrire mes sentiments ; mais, comme je suis à 
présent un peu échauffé de colère, je la supplie de 
m'en dispenser ; j'aurois peur que l'intérêt de mon 
ami ne me troublât le jugement. 

M. le baron de Grésy sort d'avec moi, à qui 
j'ai dit tout ce (|ue je savois qui pourra vous être 



DU CHEVALIER DE SÉVIOÉ. 227 

Utile * ; tout ce que je puis ajouter, c'est qu'il n'y a 
rien de si imprudent que cette dernière action dans 
le temps qu'ils l'ont faite. Le plus excellent remède 
donné à contre-temps fait mourir un corps qu'un 
verre d'eau auroit pu guérir donné bien à propos. 
Aussi tous les politiques nous apprennent que toute 
riiabileté d'un ministre d'État se réduit à se savoir 
bien servir des occasions. Il me semble qu'il s'en est 
bien passé où vous auriez pu faire très avantageuse- 
ment ce que vous serez peut-être forcée de faire 
avec peu de fruit. Je ne m'explique pas davantage. 
Mais n'espérez pas de paix en France que la générale ; 
c'est toujours là mon sentiment. 

Le Père de Gondy, père du cardinal de Retz, a eu 
ordre d'aller à Villepreux ^ ; peut-être mie fera-t-on 
aussi sortir de Paris. La volonté de Dieu soit 
faite! 

Ces jours passés, le Parlement ayant eu audience 
pour faire des remontrances sur le sujet de leurs 
confrères, l'on leur fit une réponse tout à fait 
imprudente et contre les formes du royaume, qui est 
qu'on ne pouvoit pas accorder ce qu'ils lui deman- 

1. Il est intéressant de rapprocher de cette lettre celle que 
le baron de Grésy a écrite le même jour à Madame Royale 
pour lui faire part du même événement. Nous la reproduisons 
plus loin [Appendice , n° XV). 

2. Philippe-Emmanuel de Gondy, père du cardinal de Retz, 
ancien lieutenant-général du roi dans les mers du Levant et géné- 
ral des galères, devenu veuf de Marguerite deSilly, dame de Com- 
mercy, s'était retiré à l'Oratoire et fait prêtre de cette congré- 
gation. Il mourut à 81 ans, en 1662. La terre de Villepreux, 
(paroisse de ce nom, aujourd'hui commune de Seine-et-Oise, 
arr. de Versailles) appartenait à sa famille depuis 1580. 



228 CORRESPONDANCE 

doient, à cause du bien de ses affaires : « C'est pour- 
quoi, ajouta-t-il, je vous défends de m'en plus 
parler ». 

Tous les curés de Paris ont exposé le Saint-Sacre- 
ment sur le sujet de la prison de leur archevêque, 
et ce matin, le vieil archevêque, accompagné de tout 
le clergé de la ville, a fait un discours pour rede- 
mander son neveu. Le Roi a répondu par la bouche 
du chancelier, comme il fait toujours, qu'il étoit 
bien fâché de ne lui pouvoir accorder, mais qu'il 
étoit obligé d'avoir soin du repos de ses peuples 
et d'empêcher qu'il ne fût troublé ; que, d'abord 
que ces conjonctures seroient passées, il leur accor- 
deroit ce qu'il soidiaiteroit^ 

Voilà, Madame, tout ce que je puis mander à 
Votre Altesse Royale ; M. le baron de Grésy l'infor- 
mera de tout le reste. 



LXXIX. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

A Paris, ce 25 décembre 1652. 

.l'ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale datée du 
lA*" de ce mois, ensemble le très éloquent et très 
ol)Iigeant billet écrit de votre main '^ : je m'en sens 
si sensiblement touché que, sij'avois répandu tout 

1. Voir sur l'atlitude du clergé de Paris, les Mémoires de 
Guy Joly, I, 357-.'5(i(). 

2. La Illimité de cette lettre n'a pas été retrouvée. 



Dl CHEVALIER DE SÉ VIGNE. 229 

mon sang pour votre service, je necroirois pas méri- 
ter les choses qui sont dedans povu'moi; et, à l'égard 
des autres choses qui y sont, la personne qui y est 
intéressée en est si fort charmée qu'elle m'a conjuré 
de le lui donner pour le mettre parmi les originaux 
les plus précieux de ce granil homme dont vous par- 
lez si dignement. 

Je voudrois hien m'épargner la douleur que j'ai 
de mander à Votre Altesse Royale que le Roi m'a 
commandé de sortir de Paris dans vingt-quatre 
heures et de m'en aller chez moi '. Je vous assure, 
Madame, que le seul chagrin que je ressente de cet 
exil vient de ce que je ne pourrai plus lui obéir en 
lui écrivant les nouvelles. Comme je ne puiserai 
plus dans la source, je ne pourrai plus m'en acquit- 
ter comme je le souhaiterois. 

J'entretins hier M. de Grésy fort au long de 
quelques affaires très importantes ; je vous supplie 

1. M. de Sévigné avait déployé trop de zèle poui* les intérêts 
du cardinal de Retz pour ne pas avoir été signalé aux rigueurs 
de la Cour. La Muze historique au 28 décembre (I, 223) en parle 
ainsi : 

On m'a dit que les domestiques 

Du seigneur cardinal de Retz 

Avoient commandement exprès 

De faire ailleurs c[u'icy retraite 



Sévigny dolent et transy 
A reçu le même ordre aussy. 



La lettre dans laquelle le baron de Grésy donne à Madame 
Royale, le 27 décembre, son appréciation sur l'arrestation du 
cardinal de Retz, lui fait connaître que M. de Sévigné avait 
quitté Paris le 26. 



230 CORRESPONDANCE 

de croire tout ce qu'il vous mandera de ma part^ 
et, si M. l'abbé (Charrier passe par Turin allant à 
Rome et que Votre Altesse Royale prît goût aux pro- 
positions que ledit baron lui aura faites, elle poiir- 
roit en faire part audit abbé. Mais, comme je n'ai 
parlé qu'en général, si les choses avoient suite, l'on 
les particulariseroit davantage. .T'ai instruit ledit 
baron aussi des caractères de tous les principaux 
acteurs de la comédie et du détail de tout ce que je 
sais. 

Il ne me reste plus que de recevoir l'honneur de 
[vos] commandements et vous assurer qu'en quelque 
part que mon mauvais destin me porte, Votre Altesse 
Royale aura le plus humble, le plus obéissant et le 
plus passionné serviteur qu'elle aura jamais. Elle en 
perdra un en mon ami qui avoit beaucoup de respect 
pour elle ; s'il périssoit, [ce] seroit une grande perte. 

Je donnerois de mon sang qu'il vous pût être 
redevable de sa lil^erté ! L'on lui a saisi son revenu 
pour sa nourriture ; enfin l'on lui fait et à ses amis 
toutes les violences imaginables. 



1. Le baron de Grésy a en effet, par une seconde lettre du 
27 décembre, transmis à Madame Royale les considérations et 
indications que « l'ami » désii*ait porter à sa connaissance : nous 
la reproduisons ci-après dans notre Appendice. Il ne rêvait 
rien moins, d'accord sans doute avec l'abbé Charrier et autres 
intimes du cardinal de Retz, que la coalition de l'Espagne et 
de la Savoie contre la France, pour arriver par un mouvement 
politique, à la mise en liberté du prisonnier. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 231 

LXXX. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

28 décembre 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné, j'ai reçu votre 
lettre du 3 de ce mois ^ et vous sais très bon gré des 
soins que vous prenez de m'écrire vos sentiments 
sur ce qui se passe en France et sur ce qui me 
regarde ; je le reçois toujours pour de nouveaux 
témoignages de votre affection en mon endroit, à 
laquelle je corresponds de mon côté en estimant 
votre personne tout autant que m'y invite votre 
mérite. 

Nous avons reçu une nouvelle touchant le cardi- 
nal de Retz qui nous a fort surpris et qui ne me 
la'sse pas sans quelque peine. Elle vous donnera 
sans doute matière de m'écrire particulièrement sur 
un sujet si important et qui porte, à mon avis, après 
soi de si grande conséquence. Je crois en tout cas 
que vous vous ouvrirez avec la personne que vous 
avez occasion de voir souvent', qui me rapportera 
fidèlement ce que vous jugerez bon que je sache, 
quoique vos lettres me soient rendues sûrement, lors 
principalement qu'elles seront dans le paquet de 



1. La lettre à laquelle répond Madame Royale doit être 
cellt du 6 décembre ci-dessus. La date du 3 est une erreur 
de son secrétaire. 

2. Le baron de Grésv. 



232 CORRESPONDANCE 

notre ambassadeur. J'attendrai donc de vos nou- 
velles ; cependant, je suis, etc.. 

LXXXI. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉVTGNÉ. 

4 janvier 1653. 

Monsieur le marquis de Sévigné, vous aurez mi 
par ma précédente lettre que je savois déjà l'acci- 
dent arrivé à M. le cardinal de Retz devant que 
j'en eusse reçu la nouvelle par la vôtre du 20 du 
passé que le dernier ordinaire m'a rendue de 
votre part. Ce fut un courrier extraordinaire qui 
passoit à Rome, qui nous en a donné le premier 
avis. A la vérité, il m'a beaucoup surpris, et je suis 
bien fàcbée que la vertu de votre ami soit ainsi 
persécutée, autant pour son intérêt que pour le 
vôtre, qui me sera toujours très cher. Je fais réponse 
à M""^ la duchesse d'Aiguillon, où je n'oub?ie 
pas de lui témoigner les soins que vous avez 
pris de M. le marquis de Richelieu. Il se fait 
fort aimer en cette Cour et particulièrement de 
Son Altesse Royale Monsieur mon fils, qui en fait 
une estime singulière. Pour moi j'en ferai toujours 
l'état qu'il mérite pour sa naissance, pour saparetité 
et pour les belles qualités qu'il possède, et serai 
sans fin, etc.. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 233 

LXXXII. 
MADAME ROYALE A M. DE SÉVIGNÉ. 

11 janvier 1653. 

Monsieur le marquis de Sévigné, j'ai appris avec 
beaucoup de déplaisir l'ordre que vous avez reçu 
de sortir de Paris. Je serai privée par là de 
recevoir de vos nouvelles par tous les ordinaires. 
Loin que mon affection ne peut pas cesser en votre 
endroit, aussi en rendrai-je témoignage en la per- 
sonne de Madame la marquise, votre femme, con- 
tinuant avec elle le commerce des lettres que j'avois 
avec vous, et conservant toujours inviolablement 
les sentiments que j'ai d'estime pour votre amitié et 
pour la sienne. 

L'abbé dont vous m'écrivez n'est point passé par 
ici, et je crois vraisemblablement qu'il aura pris un 
autre chemin. Le baron de Grésy m'a fait savoir 
quelques choses de votre part, sur lesquelles je ré- 
ponds ce que vous apprendrez par lui. Je vous 
prie de croire que je compatis tout autant qu'il se 
peut à l'accident de votre ami et que je contribuerai 
toujours tout ce qui dépendra de moi pour sa 
satisfaction et pour la vôtre, vous assurant que la 
bonne ou la mauvaise fortune de nos amis les peut 
rendre plus ou moins heureux, mais qu'elle ne peut 
apporter de changement en mon affection qui est 
toujours la même et particulièrement envers vous, 
à qui je serai toujours, etc.. 



234 CORRESPONDANCE 

LXXXIII. 
MADAME ROYALE A MADAME DE SÉVIGNÉ. 

18 janvier 1(353. 

Madame la marquise de Sévigné, je ne pouvois 
rien recevoir qui me pût davantage consoler de la 
privation des lettres de M. le marquis de Sévigné 
que celle que vous avez pris la peine de m'écrire le 
3 de ce mois. Je vous puis assurer que votre intérêt 
fait le plus fort motif du déplaisir que je ressens de 
son éloignement de Paris, comme du désir que j'ai 
pour son retour, et, afin qu'il arrive plus tôt pour votre 
satisfaction et la mienne, je souhaite extrêmement 
que les astrologues se trouvent véritables en leur 
prédiction touchant la liberté de la personne que 
vous m'écrivez. Je [ne] doute pas qu'il ne porte sa 
prison avec la force d'esprit qui lui est ordinaire et 
qu'il ne tire encore en ce point quelque gloire de 
son malheur, comme les sages font de tous les acci- 
dents de la fortune. Je vous remercie cependant 
des témoignages que vous me donnez de votre 
aflection, laquelle je vous prie de me continuer. Les 
soins que je prends ici pour la personne et les 
intérêts de M. le marquis de Richelieu peuvent 
donner sujet à M'"'' la duchesse d'Aiguillon de croire 
que j'estime son amitié au point qu'elle sauroit 
désirer et que je suis dans ses sentiments, qui sont 
aussi généreux que justes et raisonnables. 

Ceux qui sont ici de sa part lui en écrivent plus 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 235 

particulièrement. Vous m'obligerez de votre côté 
de l'en assurer encore de ma part, et de la sorte 
que vous jugerez plus à propos en une semblable 
conjoncture d'aflaire. Sur ce, je vous prie de croire 
que je suis bien véritablement, etc.. 



LXXXIV. 

MADAME ROYALE A MADAME DE SËVIG^'É. 
8 février 1653. 

Madame la marquise de Sévigné, votre lettre du 
24 du passé ne m'a pas moins donné de satisfac- 
tion pour les nouvelles qu'elle contient que le désir 
d'en apprendre la suite, et particulièrement de celles 
qui peuvent être favorables à votre ami, auquel je 
souhaite tout le bonheur qu'il mérite et les conso- 
lations qui lui sont nécessaires. Vous m'avez beau- 
coup obligée de lui faire connoitre l'estime que je 
fais de son mérite et de sa personne, et j'aurai 
grand plaisir que M. le marquis de Sévigné sache 
que son absence de la Cour ne me fait point dimi- 
nuer celle que j'ai toujours fait de lui ni la volonté 
d'être à l'un et à l'autre, etc.. 

LXXXV. 

MADAME ROYALE A M. DE SÉMGNÉ. 
29 mars 1653. 

Le baron de Grésy m'a apporté à son retour de 
Paris votre lettre du 21 du passé écrite du lieu de 



236 CORRESPONDANCE 

votre solitude ' . J'ai été bien aise d'y voir de vos 
nouvelles et des marques assurées de votre santé, 
vous assurant que je n'estime pas moins ces preuves 
de votre amitié que vous me donnez d'un lieu si 
écarté, que celles que j'ai reçues de vos soins pendant 
que vous étiez à la Cour. J'espère que votre éloi- 
gnement ne sera pas pour longtemps et que j'aurai 
occasion de vous écrire plus souvent quand vous serez 
à Paris. Je le souhaite de grand cœur pour votre 
satisfaction et celle de M""* la marquise de Sévigné, 
que je salue, et encore pour la mienne, qui suis fort 
véritablement, etc.. 

LXXXVI. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

En Anjou, ce 31 mars [1653]. 

J'ai un déplaisir tout à fait extraordinaire que 
mon malheur m'ait ôté le moyen de faire quelque 
chose d'agréable à Votre Altesse Royale. L'on nous 
écrit si grand nombre de nouvelles que je suis au 
désespoir de n'être pas à Paris pour vous en infor- 
mer. Ce que je crois digne de vous être mandé, je 
l'écris à M. le baron de Grésy pour le dire à Votre 
Altesse Royale, que je supplie avec toute la soumis- 
sion et tout le respect que je lui dois de se souve- 
nir quelquefois de la passion que j'ai pour son très 
humble service-. 

i. Cette lettre n'a pas été retrouvée aux Archives de Turin. 
2. Cette lettre ne se trouve pas aux Archives de Turin 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 237 

LXXXVII. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

De ma solitude, ce 13 juin 1653. 

Madame, 

Je demande pardon à Votre Altesse Royale si je 
ne me donne pas l'honneur de lui écrire plus sou- 
vent ; mais je suis dans une solitude si écartée de 
tout commerce que je n'ai les nouvelles du monde 
que par l'organe d'autrui, et comme il y en a peu 
d'assurées, je ne les mande pas volontiers, outre 
qu'elles ne peuvent arriver à Votre Altesse Royale 
que longtemps après que je les écris. Les lettres que 
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 17 mai 
me le font assez connoître ; car je ne les ai reçues 
que depuis deux jours ^ Je supplie donc très hum- 
hlement Votre Altesse Royale que, si je ne lui rends 
mes respects avec assiduité, de croire que ce n'est 
pas que je ne sois avec toutes sortes de passion et 
d'obéissance, de Votre Altesse Royale, 

Madame, T.e très humble et très obéissant servi- 
teur. 

S. 

dont elle a fait certainement partie : elle appartenait, en 18S6, 
à M. La Caille, ancien magistrat, collectionneur d'autographes, 
qui a bien voulu nous en adresser une copie. Elle porte, avec 
la suscriplion : A Madame Rot/aie, A Turin, la cote du secré- 
taire : M. le marquis de Sévigné, 31 mars 1653. — (Note de 
M. Saulnier.) 

1. Les minutes de ces lettres manquent. 



2.S8 CORRESPO>D\NCE 

LXXXVIII. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 
De mon désert, ce 3 août [1653]. 

Je puis assurer Votre Altesse Royale que je n'au- 
rois pas besoin de force d'esprit pour supporter ma 
solitude, si j'y recevois souvent d'aussi agréables 
consolations comme j'en ai reçu par la lettre que 
vous avez eu la bonté de m'écrire du 12 juillet *. 
Toutes les bontés que Votre Altesse Royale me 
témoigne ne me surprennent point. ,T'ai une trop 
parfaite connoissanee de toutes vos illustres vertus 
pour m'étonner de vous voir faire des actions et 
avoir des sentiments au-dessus du commun. Si je 
me laissois emporter à mon zèle, je passerois toute 
ma vie à vous louer ; mais, comme je m'en sens tout 
à fait indigne, je cbangerai de discours pour vous 
dire que l'on m'a mandé, il y a déjà longtemps, que 
Son Altesse Royale de Savoie n'avoit pas continué 
d'avoir pour vous tout le respect et toute l'amitié à 
quoi vos grandes bontés l'ont dû obliger ; mais 
comme je n'y ai ajouté nulle foi, je ne me suis pas 
donné l'honneur de vous en écrire. Il est impossible 
qu'un prince si bien fait et né d'une si illustre mère 
fût capable d'une si grande faute. 

L'on m'écrit, du 26 du passé, une autre nouvelle 
qui me donneroit bien de la joie si elle étoit vraie, 

1. Nous n'avons pas découvert la minute de cette lettre. 



DU CHEVALIER DE SÉ VIGNE. 239 

que Mademoiselle auroit l'honneur d'épouser Son 
xUtesse Royale Monsieur Votre fils '. Je crois, 
Madame, que vous ne trouverez pas mauvais que je 
vous informe de tous les bruits qui courent : je vous 
assure que celui-ci me réjouit infiniment davantage 
que tous ceux que l'on nous a mandés. Le dernier 
que l'on nous a écrit de mon ami, c'est qu'il écoute 
des propositions que l'on lui fait, qui seroient tout à 
fait honteuses s'il les acceptoit. Pour moi, je crois 
qu'il périra plutôt que de rien faire d'indigne de sa 
réputation. L'on nous mande aussi que Noirmou- 
lier ~ échange son gouvernement du Mont-Olympe ^ 
avec La Fère, suivant la parole qu'il en a donnée ; 
mais il est arrivé bien des choses depuis qui l'en 
auroientpu dispenser. 

L'on nous assure aussi, quelque mine que l'on 
fasse de se vouloir accommoder avec M. le duc d'Or- 
léans, [que] ce n'est pas tout de bon, que l'on ne le 
veut pas auprès du Roi et que lui ne s'y désire pas. 
Tj'on dit qu'il n'est pas content de ce que Made- 
moiselle a pris le fils de Louison et qu'elle le traite 

1. Il ne paraît pas qu'il ait jamais été question d'un mariage 
entre M"^ de Montpensier et Charles-Emmanuel, duc de 
Savoie : ce qui a pu donner naissance à ce bruit, c'est que 
l'on a su, à cette époque, que Madame Royale, mère de ce 
prince, avait envoyé à Mademoiselle, qui les lui avait deman- 
dés pour une collection qu'elle voulait faire, les portraits de 
son mari et de son fils, ainsi que le sien. — Voir les 
Mémoires de ilf"*^ de Montpensier, W^ p. 283. 

2. Louis II de La Trémoïlle, créé duc de Noirmoutier en 
1650 ; c'est le père de la fameuse princesse des Ursins. 

3. Forteresse bâtie dans le voisinage deMézières et de Char- 
leville. 



240 CORRESPONDANCE 

comme son frère ^ ; en vérité, cette princesse est 
louée de tout le monde d'avoir fait cette action-là. 
Je prie Dieu, Madame, que Votre Altesse Royale soit 
en perpétuelle prospérité et qu'il me fasse la grâce 
de lui témoigner par toutes sortes de respects que 
je suis son très humble et passionné serviteur. 



LXXXIX. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

Ce 22 février 1654. 

Comme je n'ai point eu de santé tant que le fort 
de 1 hiver a duré, je n'ai pas pu plus tôt obéir au 
commandement que Votre Altesse Royale m'a fait 

1. Le jeune garçon que Sévi^né appelle « le fils de Louison» 
avait pour mère Louison Roger, fille d'un lieutenant criminel 
de Tours, qui, étant devenue la maîtresse du duc d'Orléans, 
accordait en même temps ses faveurs à Jacques d'Espinay, 
gentilhomme de la vénerie de ce prince : c'est ce qui explique 
que le duc, bien informé de l'infidélité de Louison, n'avait pas 
voulu reconnaître cet enfant et voyait peut-être de mauvais 
œil sa fille s'occuper de lui. La Grande Mademoiselle, qui le 
trouva joli et intéressant, s'occupa de son éducation, et quand 
il fut en âge d'entrer dans l'armée, lui acheta une compagnie 
dans le régiment de la Couronne, après l'avoir titré chevalier 
de Charny, dune terre qu'elle possédait près de Saint-Far- 
geau. Celui-ci prit ensuite le titre de comte de Charny, passa 
au service de l'Espagne et mourut gouverneur d Oran, en 
1692, sans alliance. — Voir Mémoires de M"" de Montpensier, 
II, 275, 276, 281 et 384 ; III, 239, et IV, 283. — Historiettes de 
Tallemant des Réaux, II, 289, 290 et 300. — La Muze /listo- 
rique, I, 393 (3 août 1653). 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 241 

de lui éciirc de ma solitude. Je le fais toujours avec 
une joie extraordinaire ; mais cette fois c'est avec 
douleuj' puisque c'est pour vous témoigner celle que 
j'ai de ce que; le cardinal Mazarin fait hiverner une 
armée en Piémont contre la volonté de Son Altesse 
Royale de Savoie'. Je crois, Madame, que Votre 
Altesse Royale me fait bien l'honneur de croire que, 
si cela est vrai, j'en ai tout le déplaisir dont je suis 
capable. J'espère que Dieu nous délivrera bientôt 
de cet homme que la prospérité a rendu si insolent 
qu'il se croit présentement d'une nature au-dessus de 
l'humaine. 

Il court un autre bruit qui m'afïlige très fort aussi, 
c'est que le cardinal de Retz donne sa coadjutorerie 
pour sortir de prison'^. Autrefois, j'eusse juré qu'il 
n'eût pas été capable de le faire ; mais, comme les 
grands seigneurs ne se piquent pas de la probité ni 
de la générosité dont les simples gentilshommes font 

1. A la suite de négociations entamées, dès là fin de 1()53, 
dans le but de créer une ligue des princes italiens contre TEs- 
pagnc et de rétablir ainsi l'influence française en Italie, Maza- 
rin jugea nécessaire d'y envoyer un corps de troupes pour 
donner plus de poids aux arguments et aux promesses de son 
négociateur. Ce fut probablement sans l'autorisation préalable 
du duc de Savoie qu'il fît hiverner cette armée dans ses États : 
Madame Royale s'en plaignait à Sévigné. — Voir Chéruel, Hist 
de France pendant le min. de Mazarin^ III, 87. 

2. Ce bruit était simplement tendancieux : ce qui était vrai, 
c'est que des intermédiaires, chargés de disposer le cardinal de 
Retz à traiter avec la Cour à ces conditions, le sollicitaient 
fort d'acheter sa liberté à ce prix. Le prisonnier semblait y 
incliner, lorsque la mort de son oncle (21 mars 1654) fit de lui 
l'archevêque titulaire de Paris. — Voir la lettre suivante et 
Mémoires de Guy Jolij, I, 376, 377 et 384. 

16 



242 CORRESPO?sD\>CE 

profession, j'ai grand peur qu'il ne préfère sa liberté 
à son honneur. J'en saurois le détail sans mon 
exil ; mais depuis que je suis hors de Paris, j'en ai 
perdu le train et la suite. 

Votre Altesse Royale sait assez comme cela se fait 
et comme les présents tâchent toujours de débus- 
quer les absents. Pour revenir au cardinal de Retz, 
je crois que les espérances qu'il donne ne sont que 
pour empêcher qu'on ne le transfère ailleurs. 

L'on me mande que M™^ de Châtillon a été 
désignée à la Cour pour traiter l'accommodement 
de Monsieur le Prince. Je tiens cette nouvelle fort 
mal fondée ^ mais je sais de science certaine que 
d'autres gens s'en mêlent ; après ce que nous voyons, 
il ne faut plus douter de rien. 

Si Votre Altesse Royale eût pu faire ce que j'avois 
dit à M. le baron de Grésy, elle ne seroil pas en 
l'état où elle est présentement. Je sais que cet 
homme, qui avoit autrefois les cheveux si gras et si 
pleins di fere d'avorio-^ empécheroit bien tous 
vos desseins. Si j'avois autant de pouvoir que de 
volonté, j'empêcherois bien les siens. Je vous sup- 
plie très humblement de le croire et que, si jamais 
Votre Altesse Royale a besoin d'un homme de mon 
pays, elle ne sauroit jamais en choisir un qui soit si 
fort à elle que moi. 

1. C'était un faux bruit. 

2. Di fere d'ai'orio, de bêtes d'ivoire, autrement dit de 
poux. 



nu CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 243 

xc. 

M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

Ce vendredi saint [3 avril 1654]. 

J'ai reçu celle qu'il a plu à Votre Altesse Royale 
me faire l'honneur de m'éerire du 14 mars ^ ; je lui 
suis trop obligé de la bonté qu'elle a de me mander 
ce qui s'est passé dans les États de Son Altesse 
Royale Monsieur son fils. Je vous puis assurer que 
j'y prends mille fois plus d'intérêt que ne fais pré- 
sentement à ceux dans lesquels je suis né. J'écris 
dans un temps trop saint pour dissimuler, outre 
que, n'étant ni prince ni souverain, je suis dispensé 
de cette maxime. 

Lorsque je suis venu au monde, Ton appeloit ma 
patrie France ; maintenant elle a si bien changé 
qu'elle n'est plus reconnoissable. Feu M. d'Épernon 
disoit que la raison pourquoi les Provençaux ne se 
pouvoient gouverner, c'est qu'ils ne se pouvoient 
connoître, n'y en ayant pas un dont le sang ne fût 
mêlé du Grec, de l'Italien, de l'Espagnol, du Juif ou 
du Turc, et qu'ils en a voient les vices sans en avoir 
les vertus, à cause, disoit-il, que, pour l'ordinaire, 
ce ne sont pas les plus gens de bien qui quittent 
leur pays pour en habiter un autre. Je supplie très 
humblement Votre Altesse Royale d'en faire l'appli- 
cation et de me permettre de croire que vous avez 

1. Nous n'avons pas cette lettre. 



244 CORRESPONDANCE 

trop de cœur pour ne pas ressentir les maux que 
vous recevez, non pas de la France qui n'est plus, 
mais de la Sicile qui règne à sa place ^ 

J'obéirai donc à Votre Altesse Royale et je lui 
écrirai souvent, puisqu'elle me le commande, pour 
lui dire la vérité. Je ne croyois pas qu'il fût respec- 
tueux ni judicieux d'importuner une grande prin- 
cesse de mes lettres, étant fort assuré qu'Elle ne les 
pouvoit recevoir que fort longtemps après qu elles 
sont écrites et qu'ainsi mes nouvelles n'ayant plus 
la grâce de la nouveauté, je passerois pour un galant 
homme qui se feroit de fête ^. Enfin, Madame, puisque 
vous le voulez, je vous dirai que ce que je puis col- 
liger est que le cardinal de Retz a dit à M. le Premier 
Président qu'il mourroit archevêque de Paris. Ce 
n'est pas que l'on ne m'écrive des choses qui sont 
fort contraires à ma pensée ; car l'on me mande que 
M™® de Chevreuse avoit été, samedi dernier, au Bois- 
de-Vincennes deux heures avec le Premier Président; 
que les gardes s'étoient retirés et qu'ils avoient 



1. « La Sicile » n'est autre que Mazarin. On sait que, quoi- 
qu il fût originaire de Rome ou de l'Abruzze citérieure voisine 
des Etats pontificaux, ses ennemis, rapprochant son nom de 
celui de Mazzara, petite ville épiscopale de Sicile, le qualifiaient 
de Sicilien : on le trouve ainsi désigne dans un certain nombre 
des libelles de la Fronde. 

2. « Se faire de fête » signifiait au propre : venir à une fête 
sans y avoir été prié; au figuré, cette locution était synonvmc 
de s'insinuer, s'imposer. Elle est depuis longtemps hors d'usage, 
mais on la retrouve encore, avec le même sens, dans les Carac- 
tères de La Bruyère, chapitre des Grands [Œuvres, éd. Servois, 
1,342), dans les Mémoires de M^^^ de Montpensier, I, 292, dans 
Saint-Simon, et dans la plupart des auteurs de l'époque. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ, 2^') 

négocié tout ce temps là avec le cardinal de Retz ^ ; 
de plus, que, le cardinal Mazarin donnant à dîner à 
trente-cinq évèques, il les avoit conjurés de députer 
au Roi pour lui demander la liberté du prisonnier; 
mais, comme dit le Franco dans sa Lucerna, ce n'est 
pas à ceux qui so7'tent de la flour qu'il faut éclairer, 
c'est à ceux qui v entrent. Pour moi, je ne crois 
pas avoir besoin de flambeau pour voir ses fourbe- 
ries; car, en même temps que l'on veut persuader 
au monde que notre pan vie ami sera assez lâcbe 
pour flécliir le genou devant Baal, l'on fait afficher 
aux coins des rues de Paris un arrêt du Conseil qui 
fait défense aux erands vicaires du cardinal de Retz 
d'en faire les fonctions, et qu'ils veulent continuer 
les cabales et monopoles du cardinal ; mais lesdits 
grands vicaires n'ont pas obéi^. J'ai reçu un billet 
qui porte que la haine du cardinal Mazarin com- 
mence de renoître et que, si Monsieur le Prince s'ap- 

1. Les Mémoires du cardinal de Retz et ceux de Guy Joly 
donnent de longs détails sur la visite du premier président 
Pomponne de Bellièvre ; mais ils ne parlent pas de celle de 
^jme jg Chevreuse. 

2. Sévigné ignorait que son ami, très désireux de recouvrer 
sa liberté, s'était hâté d'accepter les conditions de la Cour, 
avec les compensations qu'elle lui offrait, et qu'à l'heure où il 
écrivait, on le transférait au château de usantes pour y attendre, 
sous la garde du maréchal de La Meilleraye, que le pape eût 
agréé sa démission. Les Mémoires du cardinal de Retz [Œuvres, 
IV, 484-494) et les Mémoires de Guy Joly (I, 382-398) donnent 
tout le détail des négociations à la suite desquelles le nouvel 
archevêque de Paris s'était démis de son siège. Les Mémoires 
de ce dernier placent au lundi saint, 30 mars, sa sortie du 
donjon de Vincennes : la Muze historique du samedi 11 avril 
et la Gazette du 4 (1654) la fixent au mercredi 1" avril. 



246 CORRESPONDANCE 

proche de Paris aussi fort que Ton dit qu'il est, on 
verra éclore quelque nouvelle tempête. 

Si j'étois sur les lieux, j'informerois Votre Altesse 
Royale avec plus de vérité ; car j'ai peine de la 
découvrir au travers de tant de nuages. jNIais je ne 
laisse pas d'assurer que mon ami ne fera pas la foi- 
blesse qu'on lui veut faire : au moins c'est l'opinion 
de votre très humble et très obéissant serviteur qui 
ne le croira pas qu'il ne le voie. 

Il y a une nature de filles et de femmes à Paris 
que l'on nomme «Précieuses », qui ont un jargon 
et des mines, avec un démanchement merveilleux : 
l'on a fait une carte pour naviguer en leur pays ^ 
.Te souhaite qu'elle divertisse un moment Votre 
Altesse Royale de tout le chagrin que lui donne il 
nostro briguelo"'. L'on me mande que la reine de 
Suède veut venir en France. Cette visite nous sera 
plus agréable que celle deCromwell. que l'on assure 

1. Il s'agit ici des « Précieuses » si connues que M. de 
Sévigné apprécie comme Molière : la carte dont il parle est la 
fameuse « Carte du pays de Tendre » qui venait d être publiée 
au 1" volume de Clélie, roman nouveau de M"^ de Scudéry ; 
elle eut beaucoup de succès. — Voir le Dictionnaire des Pré- 
cieuses, par le sieur de Somaize (éd.Livet, dans la Bibliothèque 
elzévirienne), et Petit de JuUeville, Histoire de la langue et de la 
littérature française (1896-1899), IV, 441. 

2. // nostro briguelo, notre fripon. — Ce mot, qui s'écrirait 
plus correctement « brighello », ne se trouve dans aucun dic- 
tionnaire italien : il appartient peut-être au dialecte piémon- 
tais. JXous pouvons croire quil a le même sens et la même 
étyniologie que « brighella », personnage de la Comédie véni- 
tienne, ambitieux, rusé, insinuant, faisant des promesses qu'il 
ne tient pas. — Voir le grand dictionnaire italien de Tommaseo 
et Bellini, I, 2« partie, 1042. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 247 

qui viendra aussi '. Je supplie Votre Altesse Royale 
de croire qu'elle ne fera jamais de commandement 
à quoi je n'ol)éisse avec une joie extraordinaire. 



XCI. 

M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

Ce 6 avril 1654. 

Votre Altesse Royale me pardonnera plus volon- 
tiers présentement qu'elle n'eût fait par le passé, 
puisqu'elle aura su la liberté du cardinal de Retz 
avant que de recevoir ma dernière lettre, par laquelle 
je lui mandois que je ne eroyois pas qu'il la voulût 
accepter aux conditions que l'on la lui offroit. Vous 
voyez, Madame, que j'avois raison de dire que, quand 
l'on ne sait les choses que par le rapport d'autrui, 
l'on est presque toujours trompé 2. Votre Altesse 
Royale me pardonnera bien si je ne lui dis pas mes 
sentiments sur l'action qu'a faite le cardinal. Il est 
trop mon ami pour le blâmer, et je suis trop sincère 
pour le louer. La plus commune opinion, c'est qu'il 
a bien fait : l'événement le justifiera. Je voudrois 
bien savoir le sentiment de Votre Altesse Royale, 
mais j'entends le véritable. J'ai tant de vénération 

1. Christine de Suède était alors aux Pays-Bas, d'où on suppo- 
sait qu'elle se rendrait en France. Elle n'y vint qu'en 1056, 
après avoir séjourné en Italie. La France n'a jamais reçu la 
visite de Cromwell. 

2. Voir la lettre précédente. 



248 CORRESPONDANCE 

j3our elle que je suivrai son opinion. L'on amène ce 
prisonnier à Nantes ; ce n'est qu'à treize lieues d'ici. 
J'aurai la lilDcrté de le voir et par conséquent je 
saurai ses raisons. Je ne manquerai pas de vous le 
mander ; car je suis de Votre Altesse Royale très 
humble et très obéissant et très fidèle serviteur. 



XCII. 
M. DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 

Ce 24 avril [1654]. 

Depuis celle que je me suis donné l'honneur 
d'écrire à Votre Altesse Royale, j'ai vu M. le cardi- 
nal de Retz dans le château de Nantes. Il m'a dit des 
raisons que je trouve capables de justifier l'action 
qu'il a faite ^. Il fait état, aussitôt qu'il sera en 
pleine liberté, de faire au plus tôt son équipage pour 
s'en aller à Rome. Il passera par les États de Son 
Altesse Royale de Savoie, et ainsi il aura l'honneur 
de vous rendre ses respects, tellement. Madame, 
que vous jugerez vous-même si les raisons sont 
bonnes ou mauvaises, ne faisant nul doute qu'il ne 
vous les conte avec liberté, puisque je lui ai dit les 
bontés que Votre Altesse Royale a eues pour lui 
pendant sa prison. Je vous puis assurer aussi que 
jamais homme n'a eu plus de vénération pour A^otre 

1. Le cardinal de Pvelz parle dans ses Mémoires [Œiwrcs, IV, 
497) de la visite que lui ont faite M"'^ de Sévigné et M"'' de La 
Vergne, sa fille : il ne dit rien de celle du chevalier. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 249 

illustre personne que lui et que, s'il étoit en la place 
de l'Éminentissime \ les Ktats de Son Altesse Royale 
Monsieur votre iils n'auroient pas été outragés 
comme ils l'ont été, après de si grands et de si longs 
services qu'il a rendus à la France. 

Plusieui'sévèques ont refusé l'archevêché de Paris; 
depuis ce temps, la Cour se résout de ne rien deman- 
dera Rome que d'admettre la démission du cardinal 
de Retz. Il y a cativissi//ia intell/oenza Irai M. e la 
B.~; mais les entendus disent que ce ne sera rien. 
Toutefois le premier ne quitte pas le fils d'un pas, et 
l'on n'a point d'accès dans ses menus plaisirs sans 
un billet de lui. Je souhaite avec impatience le mois 
de septembre, afin de voir les choses de plus près 
pour en mieux informer Votre Altesse Royale ; car 
la plus forte passion que j'aie en ce monde, c'est de 
plaire à Votre Altesse Royale. 



XCIII. 
M. DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

Angers, ce 12 juin [1G54]. 

Depuis le dernier ordinaire que j'ai eu l'honneur 
d'écrire à Votre Altesse Royale, il est survenu des 
choses à M. le cardinal de Retz, et que je me trouve 
[obligé] de vous mander à cause du commandement 

1. Le cardinal Mazarin. 

2. « Cattivissima intelli^enza tral M. e In R. », très mauvaise 
intelligence entre le Mazarin et la Reine. 



250 CORRESPONDANCE 

que vous m'avez fait de vous informer de tout ce 
qui lui arriveroit. C'est que le l^"" du courant le 
maréchal de La Meillera} e reçut un courrier du Roi 
qui lui apporta ordre de resserrer le cardinal de Retz 
à cause des difficultés que le pape a fait d'expédier 
les brefs que Sa Majesté lui a demandés '. Le maré- 
chal a absolument refusé d'obéir et dit pour ses rai- 
sons que c'est un traité trop solennel et dont le Pre- 
mier Président et lui sont garants, et qu'il aimeroit 
mieux mourir que de manquer à la parole qu'il avoit 
donnée à son prisonnier de le traiter fort civilement 
et lui permettre de voir tous ses amis, tant qu'il sera 
entre ses mains. Tous les avis de la Cour portent que 
l'on veut ôter le cardinal de Nantes et l'envoyer à 
Brest ou à Brouage. Mais je ne crois pas que le maré- 
chal obéisse à cet ordre là non plus qu'à l'autre. 

Je m'imagine que M, l'abbé ~ vous aura informé 
de l'insolence de cet homme, qui fait courre le bruit 
que Son Altesse Royale Monsieur votre fils lui fai- 
soit demander une de ses nièces ^. Je vous puis assu- 
rer que, quelque soin qu'il prenne pour le persuader, 
il n'en viendra jamais à bout; car l'on traite la 
chose du dernier ridicule. 

1. Malgré toutes les instances dont il fut l'objet, le pape Inno- 
cent X refusa d'accepter la démission du cardinal de Retz. Ce 
dernier a donné dans ses Mémoires [Œuvres, IV, 499-503) 
des détails sur ce refus et sur les conséquences qu'il entraînait 
pour lui. 

2. L'abbé d'Aglié, ambassadeur de Savoie en France. 

.3. Est-il vrai que ce bruit ait eu quelque consistance ? Charles- 
Emmanuel II, duc de Savoie, fils de Madame Royale, qui a eu 
deux femmes, ne s'est marié pour la première fois qu'en 1663 
à Françoise-Madeleine, tille du second lit du duc d Orléans. 



DU CHEVALIER DE SÉVIOÉ. 251 

Quoique M"*^ la duchesse d'Aiguillon me mande 
que l'on refuse de me donner permission d'aller 
à Paris, que le pape n'ait donné ce que l'on demande, 
néanmoins j'espère l'obtenir cet hiver, quand même 
la chose ne seroit pas faite. Je le souhaite afin de 
rendre plus régulièrement mes très humbles res- 
pects à Votre Altesse Royale. 



XCIV. 

MADAME DE SE VIGNE A MADAME ROYALE. 
De Champiré, 26 août [1654]. 

Comme je ne doute point que Votre Altesse Royale 
ne soit pleinement informée de la sortie de M. le car- 
dinal de Retz du château de Nantes, je n'entrepren- 
drai point de lui en dire le particulier ; mais, comme 
peut-être on aura fait entendre à Votre Altesse Royale 
qu'il s'est sauvé contre la parole qu'il avoit donnée 
à celui qui étoit chargé de le garder, je prendrai la 
liberté de l'assurer qu'il n'en a pris la résolution 
qu'après qu'il a eu lieu de ne plus douter que l'on 
vouloit absolument manquer à tout ce que l'on lui 
avoit promis par le traité qu'il avoit fait avec la Cour 
et [que] l'on avoit résolu de le resserrer plus cruel- 
lement que l'on n'avoit fait au Bois-de-Vincennes, 
où il a reçu des traitements plus rudes que l'on n'a 
jamais faits au plus misérable prisonnier du monde '. 



1. Voir sur l'évasion du cardinal de Retz, ses Mémoires [Œui>res, 
IV, pp. 513 et s.;. — Mémoires de Guy Joly, I, pp. 427 et s. et 



252 CORRESPO^'DANCE 

Il est présentement àBelle-Isle, où il n'est pas arrivé 
sans courre risque d'être pris par quinze vaisseaux 
corsaires et par trente gardes de M. le maréchal de 
La Meilleraye, qui n'étoientqu'à une lieue d'un lieu 
où il séjourna un jour. Je crois que \ otre Altesse 
Royale aura su comment il tomba de cheval et se 
blessa fort à l'épaule, dont il fut fort mal. Il se porte 
à présent fort bien ; il a écrit une lettre très res- 
pectueuse au Roi et a mandé à quelqu'un de ses amis 
de parler au Premier Président, afin qu'il assurât 
Leurs Majestés qu'il étoit prêt d'aller où leur plairoit 
ordonner pourvu qu'Elles agréassent (|u il conservât 
son archevêché, qu'il ne feroit jamais jien contre 
leur service et qu'il n'auroit nul ressentiment de tous 

ceiiv de Claude J0I3 jà la suite , II, pp. 174 et s. — Im<entaire 
des arcldi'es départementales du Morbilian (supp^ k la série E, 
I, p. 17) où se trouve reproduite une note contemporaine du 
recteur de la paroisse de Locmaria, de Belle-Isle en Mer, qui 
mentionne que le cardinal de Retz est arrivé dans cette île, le 
l(i août, y est resté trente-sept jours et en est parti le 22 sep- 
tembre. — La Muze historique de Loret, 1, p. 529 (16 août 
1654), reproche au cardinal d'avoir manqué à sa parole. — 
Mémoires de Daniel de Cosnac, archevêque d Ai.r (Société de 
l'histoire de France), I, p. 183 et 184 : il y rend compte, comme 
témoin oculaire, de l'impression douloureuse que causa à Mazarin 
la nouvelle de 1 évasion apportée par un courrier du maréchal 
de La Meillerave. — Lettre d'un conseiller de Nantes à son amy 
sur V évasion de Monsieur le cardinal de Retz, ïn-k" de 16 pages 
(sans nom d auteur, ni lieu ni date d'impi-ession'i, réimpiiuié 
à Nantes, par les soins de M. Emile Gautier, dans la Revue des 
provinces de V Ouest (n° de novembre 1853) : c'est un essai de 
justification du cardinal, qui est l'œuvre d un de ses familiers 
fort au courant de tout ce qui le concerne ; dans le récit qu'il 
fait de l'évasion, les ducs de Retz et de Brissac sont seuls nom- 
més de ceux qui y ont participé. 



DU C1IKV\LIKU DE SKVIGNÉ. 253 

les mauvais traitements que l'on lui avoit laits. Il y 
a des personnes qui me mandent que cette affaire 
se pourra accommoder ; d'autres disent que la Cour 
la veut |)0usser à bout. Si elle en croit M. le maré- 
chal de La Meillerave, je ne doute point qu'elle ne le 
fasse; car tout le monde dit qu'il est enragé et qu'il 
voudroit aller assiéger Belle-Isle, qu'il a mandé les 
troupes de Guyenne pour cet efl'et ; c'est une grande 
entreprise, c'est pourquoi j'espère qu'il n'en fera 
rien ; je le souhaite de tout mon cœur. Votre Altesse 
Royale trouvera mon souhait assez juste, sachant 
que nous prenons tout l'intérêt imaginable à tous 
ceux de M. le cardinal de Retz. M. de Sévigné est avec 
lui à Belle-Isle et ne l'a point abandonné depuis sa 
sortie. Sans ladifïiculté qu'il y a de faire passer des 
lettres, à cause que le maréchal de La Meilleraye les 
fait arrêter, mon mai'i n'eût pas manqué de faire 
réponse aux deux que Votre Altesse Royale lui a fait 
l'honneur de lui écrire ^ sur le sujet de son ami, lequel 
a reçu les bontés de Votre Altesse Royale avec tout 
le respect qu'il doit, à laquelle je ne manquerai pas 
de rendre compte de tout ce que je pourrai apprendre 
cependant l'absence de M. de Sévigné. La Fronde 
se réveille plus que jamais : l'on a témoigné à Paris 
une joie extraordinaire de la liberté du prisonnier, 
ce qui a fort déplu à la Cour, et le Roi a demandé 
avec instance d'aller à l'attaque des lignes, ce que la 
Reine ne lui ayant pas voulu permettre, il a dit qu'il 
eût voulu être un simple gentilhomme pour huit jours 

1. Les minutes de ces dcu\ lettres de Madame Royale n'ont 
pas été retrouvées. 



254 CORRESPOD.VNCE 

afin d'avoir cette occasion. Je suis persuadé que V otre 
Altesse Royale trouvera ce sentiment admirable, 
puisque les siens sont les plus beaux et les plus géné- 
reux du monde. Je la supplie très humblement de 
croire que le plus violent des miens est de rendre à 
Votre Altesse Royale mes respectueuses obéissances. 



XCV. 
INI AD AME DE SÉVIGNÉ A MADAME ROYALE. 
De Paris, ce 4'' décembre [1654]. 

Il Faut avouer que Votre Altesse Royale a eu une 
bonté qu'il ne se peut comprendre d'avoir daigné me 
faire l'honneur de m'écrire des nouvelles de notre 
ami ^. Je supplie très humblement Votre Altesse Royale 
de croire que j'en ai toute la reconnoissanceque je dois. 
Puisqu'elle m'ordonne de lui en faire savoir de 
M. de Sévigné, je lui dirai qu'il n'a bougé de Belle- 
Isle depuis que M. le cardinal de Retz en est parti 
avec MM. les ducs de Retz et de 13rissac,dans l'opi- 
nion que l'on avoit alors que l'on assiégeroit la place. 
Votre Altesse Royale sait qu'à présent l'on n'a plus 
cette pensée et que ces Messieurs ont fait leur accom- 
modement à la Cour, par le moyen de M. de Retz, 
leur beau-père, qui a répondu de leur fidélité au 
Roi et qui va dans Belle-Isle pour la garder et en faire 
sortir Messieurs ses gendres. Us ont ordre d'aller 



1. La minute de cette lettre de Madame Royale n'a pas été 
retrouvée. 



DU CHEVALIEH DE SÉVIOÉ. '255 

dans (les maisons à la campagne. Je travaille ici de 
toute ma puissance pour tâcher d'obtenir le retour 
de M. de Sévigné ; mais je n'en puis venir à bout, 
quoique des gens qui sont assez en crédit s'emploient 
pour lui, mais Votre Altesse Royale saura que, comme 
on le croit plus attaché aux intérêts de notre ami 
que tous ses amis et parents, cela est cause que l'on 
trouve bien plus de difficultés pour son accommode- 
ment que pour celui des autres K J'espère pourtant 
qu'à la fin nous en pourrons venir à bout, puisque 
tout le monde dit que les choses s'adoucissent fort 
pour M. le cardinal de Retz et que l'on veut s'accom- 
moder avec lui '^. M. de Lionne qui est parti pour 
Rome est chargé, à ce que l'on croit, de lui faire 
quelques propositions sur ce sujet ^. Je souhaite pas- 
sionnément que cela puisse réussir afin que M. de 
Sévigné ail la liberté de revenir à Paris pour conti- 
nuer à informer Votre Altesse Royale des choses 
qui viennent à sa connoissance ; je lui puis protester 
qu'un des plus grands déplaisirs de son éloignement 



1. On voit par la dernière lettre de M. de Sévigné du 22 jan- 
vier 1655 qu'il a obtenu seulement de pouvoir revenir à Charn- 
pii'é ; il était encore en Anjou en février 1656, époque où sa 
femme est morte à Angers. 

2. Cet accommodement n'a été conclu qu'en 1662. 

3. Hugues de Lionne (1611-1671) avait été envoyé, en no- 
vembre 1652, près du Saint-Siège pour négocier au sujet du 
cardinal de Retz comme « ambassadeur extraordinaire aux 
princes d'Italie et chargé de la direction générale des affaires 
de Sa Majesté en cour de Rome » . — Voir sur cette mission 
les Mémoires du cardinal de Retz (Œuvres, V) et l'ouvrage de 
M. Valfrey, Hugues de Lionne et ses ambassades en Italie, 2* 
partie (Ambassade de Rome). 



256 CORRESPONDANCE 

est rrètie privé de rendre ses très humbles respects 
à Votre Altesse Royale. Sans la crainte de lui être 
importune, j'aurois l'honneur de lui rendre souvent 
les miens. 



XCYI. 

MADAME DE SËVIGNÉ A MADAME ROYALE. 

De Paris, ce premier janvier [1655]. 

Puisque Votre Altesse Royale a la bonté de 
m'ordonner de lui faire savoir ce que je fais pour le 
retour de M. de Sévigné, je lui dirai qu il n'y a pas 
d'apparence que je le puisse obtenir pour venir ici ; 
mais, Madame, quand même, lui et moi, nous y en 
verrions, nous ne le souhaiterions pas qu'il n'y en 
eût à l'accommodement de notre ami. Les gens les 
plus éclairés sur ce sujet croient que la Cour en 
désire un et que M. de Lionne a ordre de lui en 
faire des propositions ^ Votre Altesse Royale croira 
bien aisément que la bonne réception que l'on lui a 
faite à Rome, jointe à l'aflaire de Naples et à la rup- 
ture des Anglois, ne diminuera pas l'envie que l'on a 
de s'accommoder avec lui et de se l'acquérir pour 
servir la France. 

J'espère que, dans peu de temps, MM. les ducs de 
Retz et de Brissac et de Sévigné sortiront de Belle- 
Isle: le premier doit aller à Joigny,le second à Crouy, 
et le dernier dans notre désert de Champiré, où je 

1. Voir sur l'ambassade de M. de Lionne la lellre précédente. 



DU CHEVALIER DE SÉVIGNÉ. 257 

tâcherai de l'aller trouver, dès que j'aurai donné 
quelque ordre à nos misérables allaires particulières. 
Votre Altesse Royale nous doit faire l'honneur de 
croire que le plus grand déplaisir que nous aurons 
de n'être point à Paris sera de ne pouvoir rendre à 
Votre Altesse Royale nos très humbles respects. 

XCVII. 

M. DE SÉVIGNÉ A M.VDAME ROYALE. 

22 janvier [1655], en Anjou. 

J'ai vu, dans une lettre que Votre Altesse Royale a 
fait l'honneur à ma femme de lui écrire ^ les bontés 
qu'elle a de se souvenir de moi et celles qu'elle a eues 
de m'écrire à Rome dans la pensée que j'y étois allé 
avec M. le cardinal de Retz. Votre Altesse Royale 
m'a tellement comblé de ses grâces que je perds l'es- 
pérance de pouvoir jamais les reconnoître, si ce n'est 
qu'elle reçoive la volonté que j'ai de le faire. Je suis 
honteux de n'avoir que des paroles; mais je' puis 
assurer Votre Altesse Royale que, si Elle m'hono- 
roit de ses commandements, j'emploierois jusqu'à 
la dernière goutte de mon sang pour les exécuter, 
avec tout le respect, toute la fidélité qu'elle peut at- 
tendre du plus passionné et du plus obéissant de ses 
serviteurs. Le Roi m'a enfin permis de me retirer 

1. Nous n'avons pas la minute de cette lettre : serait-ce celle 
à laquelle M™^ de Sévigné a répondu le 4 décembre 1654 ? — 
Voir ci-dessus, n° XCIV. 

17 



258 CORRESPONDANCE 

chez moi en sûreté ' : je prie Dieu que cela soit. 
Votre Altesse Royale voit que mes amis, ou n'ont 
guère de crédit, ou ont bien manqué de volonté 
pour me faire aller à Paris. Je vous ai ouï faire de 
si beaux discours de morale que je ne craindrai point 
de la supplier de faire réflexion sur l'infidélité des 
amis de la Cour. 

Votre Altesse Royale en a, je m'assure, vu plu- 
sieurs fois les expériences dans la sienne, et je suis 
certain que c'étoit avec indignation contre ceux qui 
en étoient entachés. Ce qui me console, c'est que la 
cause de mon crime n'est pas honteuse et que je serois 
fâché d'en être innocent. J'espère que Dieu me ven- 
gera de mes ennemis et qu'il me donnera les moyens 
de faire avouer à Votre Altesse Royale que je suis le 
plus reconnoissant de tous les hommes, puisque je 
me souviendrai jusqu'à la mort du favorable accueil 
que j'ai reçu dans la Cour de Votre Altesse Royale 
et des bontés qu'elle a eues pour son très humble et 
très obéissant serviteur. 



1. M. de Sévigné, qui avait pris une part active àl'évasion du 
cardinal de Retz et accompagné son ami à Belle-Isle, y était 
resté jusqu'à ce qu'il eût obtenu la permission de revenir en 
sûreté à Champiré, d'où il écrit cette lettre à Madame Royale, 
la dernière de celles qui ont été conservées aux archives de 
Turin. — Voir la lettre de M"'* de Sévigné du 4 décembre 1654. 



APPENDICES 



1. 



Tableau généalo inique. 



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262 APPENDICES. 



n. 



Acte de baptême du ches>alier de Sévigné 
{20 septembre 1601)K 

Le vingtième jour du mois de septembre, l'an mil six 
cent sept, fut oint au sacré chrême noble Renault, fils de 
haut et puissant messire Joachim de Sévigné, écuyer, sei- 
gneur d'011ivet,La Baudière, Les Rochers et cœtera, et de 
dame Marie de Sévigné, sa compagne et épouse, parrain 
noble écuyer Renault de Sévigné 2, seigneur de Mont- 
moron, et marraine demoiselle Marie de Vauclin ^, dame 
de Brisac, et ledit enfant fut né et baptisé à la maison par 
dom Julien Brochard,curé d'Etrelles, le vingt et sixième jour 
du mois de mai audit an 1607 ^. 

[Signé :] Renault de Sévigné, Marie de Vauclin, 

J. Brochard. 

1. Registres paroissiaux d'Etrelles. Archives de la commune 
d'Etrelles, Ille-et-Vilaine. 

2. Renault ou Renaud de Sévigné, cousin germain de l'enfant, 
devenu chef de la branche cadette de Montmoron, a été reçu, 
en 1616 conseiller au Parlement de Bretagne ; né en 1592, il 
est décédé en 1657. 

3. Marie de Vauquelin ou Vauclin, cousine germaine de l'en- 
fant, était fille de Gillette de Sévigné, mariée à André de 
Vauquelin'ou Vauclin, sieur de Taillis; elle a épousé, en 1613, 
René de Poix, seigneur de Fouesnel et autres lieux, et est 
décédée en 1668. 

4. Le château des Rochers où est né le chevalier de Sévigné 
dépendait alors spirituellement de la paroisse Saint-Martin de 
Vitré : c'est sans doute pour les convenances de la famille que 
le baptême a été célébré par le curé d'Etrelles. Les Rochers ont 
été rattachés à cette paroisse, sur la demande de Charles de 
Sévigné, fils de la marquise, par autorisation épiscopale du 
31 août 1683 (Archives départementales d'Illc-et-Vilaine). 



APPENDICES. 263 



III. 

Acte de déniisfiion par le chevalier de Sévigné de sa 
charge de capitaine d infanterie au régiment de Nor- 
mandie, 12 avril 10^5^. 

Par-devant les notaires garde-notes du Roi, notre sire, 
au Châtelet de Paris soussignés, fut présent en sa personne 
Regnault-René de Sévigny, écuyer, seigneur dudit lieu, 
capitaine d'une compagnie d'infanterie dans le régiment de 
Normandie, demeurant à Paris dans le cloître Notre-Dame, 
lequel, sous le bon plaisir de Sa Majesté et de la Reine 
régente, sa mère, s'est démis et démet par ces présentes de 
sadite charge de capitaine d'une compagnie d'infanterie 
dans ledit régiment de Normandie, pour, au nom et en faveur 
de telle personne qu'il plaira à Sadite Majesté ou à ladite 
dame Reine régente, sa mère, de nommer, consentant et 
accordant que toutes commissions et expéditions lui soient 
expédiées et délivrées, et à cette fin ledit sieur de Sévigny 
a fait et constitué son procureur le porteur desdites pré- 
sentes, lui donnant tout pouvoir, promettant, etc. obli- 
geant, etc. Passé en la maison où ledit sieur de Sévigné 
est logé, l'an mil six cent quarante-cinq, le douzième jour 
d'avril avant midi. 

R. René de Sévigné. 
De Troves. 

IV. 

Lettres du chevalier de Sévigné à Le Tellier. 

Monseigneur, 
Arrivant en ce pays, je fus prié de Monsieur le président 

1. Arch. hist. du Min. de la Guerre, vol. 92, fol. 172. 



264 APPENDICES. 

Barrillon ^ de le vouloir assister en sa maladie, ce que j'ai 
lait d'autan l plus volontiers qu'il étoit mon ami intime et 
de longue main, et que j'ai cru que l'on ne le trouveroit 
point mauvais. Il mourut hier au matin. L'état oîi il étoit 
m'oblige de vous en donner avis, comme je ferai toujours 
toutes les choses qui vous pourront témoigner mes obéis- 
sances et que je suis, Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 
Le chevalier de Sévigné 2. 
Turin, ce 31 août 1645. 

Monsieur, 
M. le marquis Ville 3 fut hier averti, par un courrier que 
Madame Royale lui dépêcha, que son fils et elle étoienl 

1. Jean-Jacques Barrillon, seigneur de Châtillon, né en 1601, 
décédé à Pignerol le 30 août 1645. D'abord conseiller au par- 
lement de Bretagne en 1620, puis au parlement de Paris en 
1623, il y devint, en 1628, président des Enquêtes. Son indé- 
pendance vis-à-vis de la Cour lui valut d'être exilé plusieurs 
fois : en 1631, en 1636 et en 1638. Son attitude lors du 
« complot des Importants » dont on le soupçonna d'avoir fait 
partie, attira de nouveau sur lui les rigueurs du pouvoir : arrêté 
le 29 mars 1645, il fut conduit et interné au château de Pignerol : 
tombé gravement malade, et transporté en ville chez le major 
de la place, il y mourut, ainsi que le chevalier de Sévigné l'an- 
nonça à Le ïellier. Les ennemis de Mazarin firent courir le 
bruit qu'il l'avait fait empoisonner, et cette accusation fut un 
des griefs que 1 on retrouve dans les Mazarinades, quoique 
rien n'en prouvât la réalité. — Voir Le Parlement de Bretagne 
(1554-1790), par M. Frédéric Saulnier, 1909, in-4o, p. 54. — 
Choix de Mazarinades publié par C. Moreau (Société de Ihis- 
toire de France), I, 29, 101, 292, 306, 333 et 334; II, 18, 37, 
247 et 248. 

2. Arch. hist. du Min. de la Guerre, vol. 97, fol. 209. 

3. Il s'agit ici du marquis Guido Villa tué sous les murs de 
Ci'émone le 24juillet suivant. (Voir, page 1, la lettre du chevalier 
de Sévigné à Madame Royale, du 25 août 1648.) 



APPENDICES. 265 

enlrés clans Ivrée eiqne cela l'avoit obligée de retenir pour 
quelques jours leurs gardes, ce qui nous rend un peu 
loibles pour exécuter ce que M. le maréchal du Plessis- 
Praslin a désiré de M. le marquis Ville par un courrier qui 
en arriva mardi, qui est de conduire la cavalerie qui est 
destinée pour l'armée de Lombardie avec la plus grande 
diligence qui se pourra. Nous ne laisserons pas de le (aire 
sans lesdites gardes, de peur que le retranchement qu'ils 
font depuis Crémone jusques à l'Oglione soit en état de ne 
pouvoir plus être emporté. 

Je ne m'amuse point, Monsieur, à raisonner sur l'action 
de Son Altesse Royale, n'en pouvant parler avec aucun 
fondement, ne sachant pas si c'est avec la participation de 
la Cour ou de son propre mouvement qu'Elle l'a fait. M. 
notre intendant a pris l'alarme trop chaude de craindre 
pour nos places, ce qui l'a obligé de retenir quelque com- 
pagnie d'infanterie qui nous venoit joindre pour les jeter 
dans Chivas. Pour moi. Monsieur, quoique très méchant 
politique, je ne trouve nul sujet d'entrer en méfiance de 
Son Altesse Royale, puisqu'EUe est tout à fait dans l'impuis- 
sance de nous faire aucun mal considérable, et qu'il n'y a 
guère d'apparence qu'il veuille risquer ses Etats pour une 
espérance simple et sans fondement. Vous savez mieux 
que moi, Monsieur, le fond des choses; j'ajouterai seule- 
ment que, depuis dix-huit mois en ça que j'ai particulière- 
ment conversé avec Madame Royale, j'y ai trouvé une 
affection si entière pour la France et un attachement si 
grand à ses intérêts que je ne crois pas qu'elle s'en puisse 
séparer, 

M. le cardinal Antoine ^, qui est ici, a écrit à M. Servien 
qu'il étoit bon de ne témoigner aucune méfiance qui pût 
donner l'alarme à Leurs Altesses ici, mais seulement de 



1. Antoine Barberini, dit le cardinal Antoine, neveu du pape 
Urbain VIII, évêque de Poitiers en 1652, archevêque de Reims 
en 1657, mort en 1671. 



266 APPENDICES. 

pressentir adroitement Madame pour savoir si c'étoit avec 
consentement de la Cour qu'elle l'eût fait. J'ai cru être 
obligé de vous rendre compte de cette affaire. 

Nous allons loger à Isola et aux environs. Demain 19- 
nous séjournerons, et le 20 nous marcherons incessamment 
jusques au Parmesan. Je vous conjure de me tirer de la 
misère où je suis et de me croire. . . 

Le ch'"' de Sévigné^. 

Le 18 juin 1648. 

Monsieur, 

Vous aurez appris par le voyage de M. le comte du 
Plessis la victoire que son père a remportée sur les enne- 
mis, ce qu'il a fait depuis et ce qu'il désire présentement 
de nous ; mais, comme l'exécution dépend de beaucoup de 
choses que nous n'avons pas, nous avons dépêché promp- 
tement à M. l'Intendant pour nous les envoyer. La pre- 
mière, c'est le pont et ses voitures, la seconde ce sont les 
recrues et compagnies d'augmentation d'Auvergne qu'il a 
mises dans la citadelle de Turin et autres places que nous 
tenons, dans la peur qu'il a eue que Madame Royale de 
Savoie ne s'en saisît, et la dernière le reste de l'équipage de 
l'artillerie pour pouvoir mener quatre pièces et les munitions 
de guerre nécessaires pour un tel voyage. En attendant 
que nous ayons réponse de toutes ces choses, M. le marquis 
Ville a écrit à M. le maréchal du Plessis, pour l'avertir des 
difficultés qui se rencontrent en ce voyage, toutefois avec 
cette clause que nous hasarderions tout s'il lui mandoit de 
le faire, et que cependant nous nous porterons sur le 
Tessin, où nous attendrions sa réponse. 

La plus grande difficulté qui se trouve en ce dessein c'est 
que nous n'avons que douze cents hommes de pied et deux 
mille deux cents chevaux suivant le calcul que je vous en ai 
fait par ma dernière ; les autres sont qu'entre le Tessin et 
l'Adda il y a une autre rivière qui s'appelle Lambro, etplu- 

1. Arch. hist. du Min. de la Guerre, vol. 107, fol. 57. 



APPENDICES. 267 

sieurs navilles * et roches qui rendent les chemins dif- 
ficiles et sur lesquels les ennemis se peuvent poster si avanta- 
geusement qu'ils nous feroient périr de faim, quand ils ne 
voudroient pas nous combattre, quoique ce fût un coup 
sûr, vu le peu d'hommes que nous avons et le grand 
nombre qu'ils nous peuvent opposer avec les milices de 
Milan et de Pavie entre lesquelles nous passons. Néan- 
moins je vous assure. Monsieur, qvie, s'il faut tout risquer 
pour rendre quelque service au Roi qui mérite que l'on 
hasarde ce corps ici, il n'y a personne qui ne s'y porte 
avec une chaleur très ardente. Pour moi, je le ferai avec 
joie, puisqu'il me sera plus glorieux de périr par les 
armes que de misère, ce que je ne puis éviter si vous ne 
me secourez. Je l'attends de votre bonté et que vous me 
croyiez votre très humble et très obéissant serviteur. 
Le chevalier de Sévignk ^. 
Du camp de Vale, ce 7 juillet 1648. 

Monsieur, 
Nous sommes arrivés sous Crémone, le 2 du courant ; 
depuis ce temps-là M. le marquis Ville a eu plusieurs con- 
férences avec le duc de Modène et le maréchal du Plessis, 
le résultat desquelles a été que nous irions chasser 
quelques ennemis qui sont dans Grumel, et nous y poster, 
pour empêcher que les ennemis ne puissent tomber sur 
les bras de ceux qui font le siège, et pour tâcher d'amas- 
ser quelques blés qui restent encore en campagne, afin de 
faire vivre notre corps qui commence de manquer de pain. 
M. le maréchal a bien fait tout ce qu'il a pu jusqu'ici ; 
mais comme ils n'en ont qu'au jour la journée, et que 
tous les princes voisins de Crémone sont mal attentionnés 
à notre parti, ils empêchent sous mains que nous en puis- 
sions avoir, même d'autres vivres, qu'à prix excessif. Je 

1. Nom donné en français aux canaux d'irrigation de la Lom- 
bardie. 

2. Archiv. hist. du Minist. de la Guerre, vol. 106, fol. 104. 



268 APPENDICES. 

crois que vous ne trouverez pas mauvais que je vous dise 
la vérité, dépendant puis après de vous, Monsieur, d'en 
user comme il vous plaira pour le faire entendre à ceux 
qui le doivent savoir. 

Les ennemis mettent dans Crémone toute l'infanterie et 
cavalerie qu'ils veulent, en font sortir les malades et y en 
envoient de sains à la place. Le marquis de Caracène s'é- 
tend de l'autre côté de l'Adda vis-h-vis Pizzighitone qui fait 
le commerce sur le Pô. L'armée qui assiège cette place n'est 
composée que de quatre mille hommes de pied, qui n'a de 
pain qu'avec grande peine, ni d'argent que celui que les géné- 
raux ont emprunté sur leur vaisselle et pierreries qu'ils ont 
mises en gage, et qui ne durera guère. Jugez, Monsieur, 
vous-même, ce qui en arrivera. 

J'attends de votre bonté que vous vous souviendrez de 
la misère où je suis pour m'en sortir d une façon ou de 
l'autre. Tout ce que je vous demande, ^Monsieur, c'est que 
vous jugiez favorablement de mes intentions ; vous savez 
si c'est par lassitude de servir que je vous presse, ou si 
c est par impuissance de vivre; je crois que vous me ferez 
justice ; il y a vingt années que je n'ai quitté le service une 
seule campagne, et il y en a huit que je fais profession 
d'être passionnément, etc.. 

Le chevaliek de Sévigné ^ . 

Au camp de Scsto, ce 8 août 1648. 

V. 

Brei>et de maréchal de camp pour le clievalier de Sè^igné, 
8 juillet 1050 ~. 

Aujourd'hui, 8 du mois de juillet 1650, le Roi. étant à 
Fontainebleau, désirant témoigner au sieur de Sévigné 

1. Archiv. hist. du Min. de la Guerre, vol. 106, fol. 127. 

2. Archiv. hist. du Min. de la Guerre, vol. 122, loi. 45. 



APPENDICES. 269 

la conliance que Sa Majeslé prend en sa personne et recon- 
noîlre les bons et fidèles services qu'il lui a rendus en 
diverses occasions et emplois où il a signalé sa valeur, 
expérience en la guerre, vigilance et bonne conduite et sa 
fidélité et affection à son service, Sa Majesté l'a établi en 
la charge de maréchal de camp. 



VI. 

Contrat de mariage du chevalier de Sévigné 
et d'Elisabeth Péna, 20 décembre IGoO^. 

Furent présents en leurs personnes Messire Renault-René 
de Sévigné, chevalier, seigneur et baron de Champiré, 
conseiller du Roi en ses conseils et maréchal de camp es 
armées de Sa Majesté, demeurant à Paris, cloître Notre- 
Dame, paroisse de Saint-Jean-le-Rond, fils de défunt haut 
et puissant seigneur M'"'' Joachim de Sévigné vivant aussi 
chevalier, seigneur d'Olivet et autres places, et de dame 
Marie de Sévigné, jadis son épouse, pour lui et en son nom 
d'une part, et dame Elisabeth Péna, veuve de feu Marc 
Pioche, vivant chevalier, seigneur de La Vergne, maréchal 
de camp es armées du Roi, capitaine de la marine et lieu- 
tenant pour Sa Majesté au gouvernement du Havre de 
Grâce, demeurante à Saint-Germain-des-Près lès Paris, rue 
Vaugirard, paroisse Saint-Sulpice, pour elle et en son nom 
d'autre part; lesquelles parties, en présence et par l'avis 
des parents et amis ci-après nommés, savoir de la part 
dudit seigneur de Sévigné, de dame Marguerite de Sévigné, 
sa sœur, veuve de feu M''® Nicolas de Morais, vivant che- 
valier, seigneur de Brezolles ; illustrissime et révérendissime 
seigneur M""^ Jean-François-Paul de Gondy, coadjuteur en 
l'archevêché de Paris ; et de la part de ladite dame de La 

1. Minute de 1 étude de JNP Baudrier. 



270 APPENDICES. 

Vergne, de Gabriel Péna, sieur de Saint-Point, son frère; 
Lazare Péna, écuyer, sieur de Moutiers et de Montcoge, 
son oncle paternel ; dame Léonore Merlin, sa femme ; 
M''" Jacques Gaufrédy, conseiller du Roi en ses conseils, 
président en sa cour de parlement de Provence ; M'** Jean- 
François Gaufrédy, son fils, alliés de ladite dame ; très 
haute et puissante dame Marie de Vignerod, duchesse 
d'Aiguillon, pair de France ; haute et puissante dame, Renée 
du Bec, veuve de haut et puissant seigneur M""® Jean de 
Bude, vivant comte de Guébriant, maréchal de France, 
lieutenant général des armées du Roi en Allemagne; Mon- 
sieur le marquis de Richelieu ; haut et puissant seigneur 
M*"^ Philippe de La Trémoïlle, marquis de Roy an, comte 
des OUonnes; haute et puissante dame Judith Martin, son 
épouse ; haute et puissante dame Anne de Neuf bourg, épouse 
de Monsieur le marquis du Vigean ; M" François de Pom- 
mereuil, conseiller du Roi en ses conseils, président en 
son grand conseil ; dame Denise de Bordeaux, son épouse ; 
dame Anne(s/() Fayet, veuve de M" Jean-Jacques Barillon, 
vivant conseiller du Roi en ses conseils, président en sa 
cour de Parlement; M"' Paul et Antoine Barillon, ses enfants; 
M""® Michel Poncet, docteur de Sorbonne, abbé d'Evaux; 
M""® Antoine Gaufrédy, chanoine d'Abbeville, fils dudit 
sieur Gaufrédy, président; dame Catherine d'Angennes, 
gouvernante de Monseigneur duc de Valois ; dame Marie 
du Raynier, veuve de M""^ Charles d'Angennes, vivant che- 
valier seigneur de la Loupe ; dame Françoise de Pomme- 
reuil, femme de M*"^ Jacques de la Loupe, seigneur de 
Marville ; M''*' Abimélech de Cumont, sieur de Boisgrollier, 
conseiller du Roi en ses conseils et cour de Parlement; 
M"^® Jacques Lefebvre de Caumartin, chevalier seigneur de 
Saint-Port, conseiller du Roi ordinaire en ses conseils; 
M'° Adrien d'Hannivel, chevalier seigneur de Mannevillelte, 
conseiller d'Etat ordinaire et receveur général du clergé de 
France, et M"^*^ Jacques Le Pailleur, secrétaire de la Chambre 
du Roi, tous amis de ladite dame, Volontairement ont 



APPENDICES. 271 

reconnu, confessé avoir fait et font entre elles les traité et 
conventions de mariage qui ensuivent, c'est à savoir que 
lesdils seigneur et dame futurs époux se sont promis et 
promettent l'un l'autre par nom et loi de mariage de solen- 
niser icelui en face de notre mère Sainte Eglise le plus tôt 
que faire se pourra et qu'il sera avisé entre eux, si Dieu et 
notre dite mère Sainte Eglise s'y consentent et accordent, 
pour être les futurs époux unis et communs en tous biens 
meubles et conquêts qu'ils feront pendant et constant leur 
mariage, suivant et au désir de la coutume de cette ville, 
prévôté et vicomte de Paris ; néanmoins ne seront tenus des 
dettes l'un de l'autre créées auparavant leur mariage, ainsi 
si aucunes y a, elles seront payées par celui qui les aura 
faites, sans que les biens de l'autre en soient tenus, et à 
cette fin ont été faits en leur présence inventaire des biens 
meubles et choses mobilières dudit futur époux et récole- 
ment de l'inventaire ci-devant fait à la requête de ladite 
dame future épouse des biens demeurés après le décès 
dudit sieur de La Vergne, son premier mari. 

Desquels biens meubles dudit sieur futur époux il en 
entrera en la future communauté la somme de dix mille 
livres, et réciproquement des biens et droits de ladite dame 
future épouse il en entrera aussi en ladite communauté 
pareille somme de dix mille livres, le surplus en demeu- 
rera propre à chacun d'eux et aux siens de son côté et 
ligne avec tout ce qui pendant le mariage leur écherra tant 
en meubles qu'immeubles par succession, donation ou 
autrement. 

Ledit sieur futur époux a doué et doue ladite dame sa 
future épouse de quinze cents livres tournois de rente et 
revenu annuel et viager à prendre par elle, quand douaire 
aura lieu, sur tous et chacuns les biens meubles et 
immeubles présents et avenir dudit sieur futur époux, 
duquel douaire elle demeurera saisie dès l'instant du décès 
dudit sieur futur époux, sans qu'elle soit tenue d'en faire 
demande en justice, et sera ledit douaire propre aux enfants 



272 APPENDICES. 

qui naîtront dudit liilur mariage, conformément à la cou- 
tume de cette ville, prévôté et vicomte de Paris, à laquelle 
coutume les parties se sont soumises et suivant icelle 
veulent et entendent les conventions de leur mariage être 
réglées, nonobstant toutes coutumes à ce contraire, aux- 
quelles est expressément dérogé. 

Le survivant desdits futurs époux aura et prendra par 
préciput et avant que partage faire des biens de leur com- 
munauté, savoir ledit futur époux ses habits, armes et che- 
vaux, et ladite dame future épouse ses habits, bagues et 
joyaux, carrosses et chevaux, jusques à la somme de six 
mille livres selon la prisée de l'inventaire et sans crue de 
ladite somme en deniers au choix du survivant. 

Si pendant le mariage sont vendus et aliénés aucuns 
héritages ou rachetées aucunes rentes propres de l'un ou 
l'autre desdits futurs époux, les deniers en seront rem- 
ployés en rachat d'autres héritages ou rentes, pour sortir 
pareille nature de propre à celui auquel ils appartenoient 
et aux siens de son côté et ligne, et, si, au jour de la disso- 
lution dudit mariage, ledit remploi ne se trouvoit fait, les 
dits deniers seront repris sur les biens de la communauté 
s'ils suffisent, sinon ce qui s'en défaudra à l'égard de ladite 
dame future épouse sera par elle ou les siens repris sur les 
biens propres dudit futur époux, lesquelles reprises seront 
aussi respectivement propres à chacun desdits conjoints et 
aux siens de son côté et ligne. 

Ladite dame future épouse et ses enfants, tant de son 
premier lit que du futur mariage, pourront, si bon leur 
semble, prendre et accepter la communauté ou renoncer à 
icelle et en y renonçant reprendront et remporteront fran- 
chement et quittement tout ce qu'elle y auroit apporté, et 
ce qui pendant ledit mariage lui seroit advenu et échu 
tant en meubles qu'immeubles par succession, donation 
ou autrement, même ladite dame future épouse ses douaire 
et préciput tels que dessus, le tout sans être tenus d'au- 
cune dette ni hypothèque, encore que ladite dame future 



APPENDICES. 273 

épouse y eut parlé et s'y soit obligée, pour laquelle indem- 
nité ils auront leur hypothèque du jour et date du présent 
contrat de mariage. 

En faveur duquel mariage qui autrement ne prendroit 
sa perfection, ledit sieur futur époux a fait et fait don 
entre vifs et irrévocable à ladite dame sa future épouse, ce 
acceptant, de tous et chacuns ses biens meubles, acquêts et 
conquêts immeubles, qu'il aura et lui appartiendront au 
jour de son décès, ensemble de la tierce partie et portion 
au total de ses biens propres en (juelques lieux qu'ils soient 
assis, pour en jouir, faire et disposer par ladite dame future 
épouse et les siens en pleine propriété et à toujours ainsi 
qu'ils aviseront bon être, pourvu toutefois que ladite dame 
future épouse survive ledit sieur futur époux sans enfants 
dudit futur mariage ou que lesdits enfants décèdent aupa- 
ravant ladite dame future épouse. 

Et réciproquement ladite dame future épouse a fait aussi 
don entre vifs et irrévocable audit sieur son futur époux, 
ce acceptant, en cas qu'il la survive, de semblable part et 
portion que le moindre des enfants qu'a de présent ladite 
dame de son premier mariage et qu'elle pourra avoir du 
second pourroit amander de sa succession après son décès, 
pour en jouir, faire et disposer par ledit sieur futur époux 
et les siens en pleine propriété et à toujours ainsi que bon 
lui semblera, si mieux n'aiment sesdits enfants abandon- 
ner audit sieur futur époux la jouissance en usufruit, sa vie 
durant seulement, de la totalité des biens tant meubles 
qu'immeubles de ladite dame future épouse leur mère, à 
quelque titre que lesdits biens lui pussent avoir appartenu. 

Reconnaissent l'une et l'autre des parties s'être respec- 
tivement apporté et fourni le contenu en leurdit inventaire 
et récolement, dont elles se contentent et s'en déchargent 
réciproquement, car ainsi a été accordé entre lesdites par- 
ties en faisant et passant ces présentes. Pour l'insinuation 
desquelles partout où il appartiendra, elles constituent leur 
procureur le porteur d'icelles, auquel elles en donnent 

18 



274 APPENDICES 

pouvoir d'en demander acte, promettant et obligeant 
chacun en droit soi, renonçant, etc. Fait et passé en la 
maison de ladite dame de La Vergne, l'an mil six cent cin- 
quante, le vingtième jour de décembre avant midi et ont 
signé : 

R. René de Sévigné; Ysabelle Péna; Péna ; Léonor 
Merlin; Marguerite de Sévigné; G. Péna; J.-F.-P., coad- 
juteur de Paris ; Renée du Bec ; la duchesse d'Aiguillon ; 
Anne de Neufbourg ; le marquis de Richelieu ; H. Gau- 
fredy ; Le Pailleur ; De Pomereu ; De Manevillette ; 
Denise de Bordeaux ; A. Barrillon ; Françoise Gaufredy ; 
Bonne Fayet ; Gaufredy ; de Cumont ; Barrillon ; Poncet ; 
Lefevre de Caumartin; Dangennes; du Raynyer ; de Pom- 
mereul; X. Dangennes; M. Dangennes; Philippe de la 
Trémoille ; Judit Martin. 

QUARRÉ. MaRREAU. 



VIL 



Acte d'inhumation de il/™® de Sévigné. 
3 février 1656^. 

Le second jour de lévrier mil six cent cinquante six, 
décéda, sur les dix à onze heures du soir, dame Isabelle de 
Péna, femme de messire Renault-René de Sévigné, con- 
seiller du Roi en ses conseils, maréchal de ses camps et 
armées, le corps de laquelle fut le lendemain donné à sa 
sépulture, soubs une grande tombe devant le crucifix de 
céans. Legendre. 

1. Registres de la paroisse Saint-Maurille d'Angers. Arch. 
communales de la ville d'Angers, EE. 118 fol. 156. 



APPENDICES. 



VIII. 



275 



Lettres de la mère Agnès Arnauld 
au chevalier de Sévigné^. 

1. 

[Pour le remercier d'une lampe qu'il lui avait envoyée.] 

Ce jour de Sainte Agnès, 21 janvier 1661. 

Je me rends, Monsieur, à l'avantage que vous avez sur 
moi en qualité d'une pauvre qui ne puis refuser sans orgueil 
les aumônes qu'on me veut faire. Il m'est arrivé depuis 
peu de jours une disgrâce : c'est la rupture d'une lampe, 
qui m'avoit été donnée avec autant de charité qu'il vous 
plaît de m'en offrir une encore plus belle et plus durable, 
et si lumineuse qu'elle me servira d'un soleil de nuit. Je ne 
pouvois moins que d'en être privée quelque temps ; mais la 
sainte impatience que vous avez de bien faire ne vous a 
pas permis de retarder votre présent, duquel je vous rends 
grâces très humbles, quoique ce soit une mortification que 
je souffre que vous en soyez privé pendant que l'on n'ap- 
portera pas celle que vous avez commandée. Je demande 
pour vous à rsotre-Seigneur-Jésus-Christ une lampe d'une 
des vierges sages, etj'aurois désiré que le billet qui vous 
est échu de ceux que nous avons tirés sur les paroles de 
cet Evangile eût été celui où il parle d'une lampe, mais le 

1. Parmi les nombreuses lettres adressées à M. de Sévigné 
par la mère Agnès et publiées par M. Faugère (Paris, 1858, 
2 vol. in-8) nous avons cru devoir en reproduire ici quelques- 
unes particulièrement intéressantes pour la biographie du che- 
valier et pour l'histoire de ses relations avec Port-Royal. 



276 APPENDICES. 

vôtre est encore plus avantageux, puisqu'il vous approche 
plus près de l'Epoux. La sainte épouse que nous honorons 
aujourd'hui vous veuille récompenser, INIonsieur, de toutes 
les bontés que vous avez pour moi, en vous obtenant par 
ses prières un accroissement de feu et de lumière pour 
marcher toujours plus sûrement durant la nuit de la péni- 
tence jusqu'au jour de votre réconciliation, dont je célé- 
brerai la fête avec vous, et avec autant de joie que vous 
aurez eu de patience pour l'attendre. 

Le billet que nous vous avons envoyé a été tiré aussi 
simplement que les autres. C'est la providence de Dieu 
qui vous les fait rencontrer si conformes à vos sentiments, 
et c'est elle-même qui vous inspire de vous les appliquer et 
d'en faire tant de cas. Il est vrai que ce vous doit être une 
extrême consolation que Jésus-Christ, qui est venu pour la 
ruine de plusieurs, vous donne tant de marques qu'il veut 
être votre résurrection et votre vie. C'est ce qui oblige 
toutes les personnes qui sont à lui, de se joindre h ses 
desseins pour y contribuer tout ce qui leur est possible. 



[Au sujet de la visite de M. le lieutenant-civil, le 1®'' août, 
qui ordonna de laire murer la porte du logis de M. de 
Sévigné donnant dans la cour du dehors de Port- 
RoyaL] 

Vers le 2 août 166 L 

Ne croyez pas, s'il vous plaît. Monsieur, que je sois 
insensible au déplaisir que vous recevez : le sujet en est si 
juste qu'il nous oblige de le partager avec vous. Ce qui me 
console le plus, c'est que nous sommes en la même con- 
damnation, étant coupables des mêmes crimes pour les- 
quels on vous traite avec une injustice si extraordinaire. 
Après tout, comme personne ne peut être offensé que de 



APPENDICES. 277 

soi-mènic, selon la maxime de saint Chrysostôme, vous ne 
devez pas vous prendre à d'autres du traitement qu'on vous 
fait. Car pourquoi êtes-vous venu chercher des personnes 
déjà livrées à l'indignation des puissances, si ce n'a été 
pour vous associer à leur ignominie ? Que si vous ne vous 
en repentez, apprenez-donc, comme nous tâchons de le 
faire, à vous réjouir avec les apôtres de ce que vous souf- 
frez des maux pour Jésus-Christ. Et maintenant que Dieu 
nous a donné un pontife qui marche devant nous, et qui 
témoigne dans son billet ne point craindre l'orage, ne le 
craignons pas non plus, mais retirons-nous, selon notre 
Évangile, sous les ailes de Dieu qui nous serviront d'une 
forte et imprenable défense. 

Après tout, Monsieur, que vous a-t-on fait, sinon jeter 
riiuile sur le feu de votre charité et de votre dévotion pour 
l'allumer davantage, puisque venant de plus loin chercher 
Notre-Seigneur dans sa maison, il vous regardera de meil- 
leur œil, et comptera tous les pas que vous aurez faits 
pour le venir trouver ? Que si l'impuissance où l'on vous 
a réduit vous oblige de demeurer à votre logis, il y entrera 
comme chez Zachée, pour y apporter le salut. Mais quelle 
pitié qu'avec tout cela vous ayez encore l'affliction de voir 
votre bonne mère et la nôtre en l'état où elle est ; si ce 
n'est que vous la considériez déjà comme allant devenir 
toute-puissante auprès de Dieu pour vous aider à vous 
soutenir dans la voie étroite où elle a tant désiré que vous 
entrassiez. 



[Il y a de la volupté à être patient dans les souff"rances.] 
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement ! 

Ce 20 mars 1663. 

J'apprends que vous avez des maux très sensibles, et 
que Jésus-Christ vous associe à ses souffrances, afin que 



278 APPENDICES. 

VOUS les honoriez, non seulement par des pensées et par 
des actions de grâces, mais par des effets qui y ont bien 
plus de rapport que tous les sentiments qu'on en peut 
avoir. Je le supplie qu'il vous engraisse, comme un Père 
dit de lui, des voluptés de la patience qui se ressentent dans 
le fond du cœur, en même temps que les sens sont presque 
accablés de mal. Dieu me traite selon mon imperfec- 
tion en ne me laissant point souffrir de douleur, ce qui 
me donne plus d'obligation d'en rechercher de celles qu'il 
veut que nous nous imposions à nous-mêmes, en prenant 
tous les jours notre croix pour le suivre au Calvaire, où il 
appelle tous ceux qui prétendent d'être quelque jour où il 
est. Vous êtes si rempli, mon bon frère, de bons mouve- 
ments et de saintes pensées, que je ne dois point désirer 
d'en avoir pour vous les communiquer. Que si Dieu vous 
privoit maintenant des unes et des autres, comme il arrive 
souvent dans les grandes douleurs, ce seroit pour y sup- 
pléer d'une manière plus secrète et plus solide, en vous 
cachant à vous-même la grâce qu'il opère en vous, étant 
bien éloigné d'abandonner les âmes qui souffrent, puisqu'il 
sera avec elles dans V a friction et qu'il les en délivrera^ 
ce qu'il ne fait que dans le moment qu'il lui plaît et qui 
leur est le plus profitable. 

L'absence où vous êtes de l'église avertit nos sœurs que 
vous êtes malade, puisqu'il n'y a que ce sujet qui inter- 
rompe l'assiduité que vous avez à joindre vos prières avec 
les leurs. Mais je me trompe de dire que la maladie les 
interrompt, puisqu'elle les rend plus parfaites, et que ce 
seroit plutôt la satisfaction vaine qu'on pourroit prendre 
dans les exercices de piété qui seroit une cessation de 
prières, puisque, comme dit le Fils de Dieu, si nous 
demeurons en lui et lui en nous, par une adhérence à sa 
volonté dans tout ce qu'il dispose de nous, notre oraison 
sera continuelle et digne d'être exaucée. 



APPENDICES. 279 



[Pénitence en toutes choses.] 
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement ! 

Mercredi matin (février 1664). 

Je vous remercie très humblement, Monsieur, de votre 
admirable présent, qui est capable d'embaumer toute 
notre communauté ; elle demandera à Dieu que la vertu 
de ce Nom divin se répande dans votre cœur comme une 
lumière et une onction pour le consacrer à son amour. 
Pour ce qui est de votre tableau, vous me dispenserez, 
s'il vous plaît, si je ne fais écrire pour l'aA'oir le mercredi 
des Cendres, mais nous solliciterons que vous l'ayez le 
mercredi-saint, ou plutôt le mercredi de la Passion; car il 
vous faut considérer, s'il vous plaît, que M. Champagne 
est pressé d'ailleurs, et qu'en cette saison la peinture ne 
sèche point. Je sais bien qu'il y a longtemps qu'il est com- 
mandé ; mais un pénitent ne doit pas vouloir être servi le 
premier, principalement quand il a fort aimé à être le 
maître. 

5. 

[Reconnaître les bienfaits (titre du manuscrit).] 

(19 août) 1664. 

Je vous rends de très humbles grâces, Monsieur, du 
présent qu'il vous a plu de me faire. Il est vrai qu'il y a 
toujours de l'avantage et de la justice à vous donner de 
ces sortes de biens dont vous faites votre trésor, parce que 
vous êtes persuadé qu'encore que ce soient des choses 
assez communes, elles sortent d'un esprit qui les conce- 
voit d'une façon toute particulière, et qui prenoit sujet de 
tout pour porter les âmes à la véritable pureté et à ce que 



280 APPENDICES. 

l'on doit à Dieu, en leur faisant remarquer les séductions 
de l'amour-propre, qui se spiritualise le plus qu'il peut 
afin de s'insinuer dans les choses les plus saintes. 

J'admire l'activité de votre sainteté qui vous fait agir si 
bien et si promptement, pour suivre le dessein que vous 
avez d'agir en notre faveur aux champs et h la ville ; et je 
suis confuse de ma pesanteur qui me fait demeurer sans 
remerciement et sans parole pour coi'respondre à vos 
bienfaits, mais je recueille ce que je n'ai point semé, par 
la grâce que vous me faites de me considérer comme si 
j'étois digne de succéder à une personne qui n'a pas reçu 
en vain l'estime et la confiance que vous avez eue en elle ; 
je vous y renvoie, mon bon frère, afin qu'elle soit le salaire 
de toutes vos bontés pour moi, qui ne suis que son ombre. 
Pour comble de tout, vous nous ferez part, s'il vous plaît, 
de vos ferveurs pour bien célébrer la fête de notre père 
saint Bernard, qui vous regarde comme l'un de ceux qu'il a 
attirés à Dieu et qui n'ont point tourné la tête en arrière, mais 
regardant plutôt devant vous pour avancer dans votre voie. 

Je vous renvoie votre testament ; il sera mieux entre 
vos mains qu'entre les nôtres, ne pouvant plus répondre 
de rien. La part que vous prenez aux maux c^i nous 
peuvent arriver vous fait déjà regarder de Dieu comme si 
vous y étiez associé effectivement ; et peut-être que la 
meilleure part de la récompense que Dieu promet à ceux 
qui souffrent pour la justice sera pour vous, qui n'aurez 
que la charité pour motif de votre souffrance. 

6. 

[Elle hii témoigne sa joie d'apprendre le rétabHssement 
de sa santé. Rien ne peut séparer ce que Dieu a uni par 
sa charité.] 

Mars 1667. 

Je n'eus point d'autre pensée, mon très cher frère, 
quand j'appris le grand accident qui vous étoit arrivé, que 



APPENDICES. 281 

de m'adresser à Dieu pour vous, ayant cru que vos grandes 
douleurs et le péril où vous étiez ne me permeltoient pas 
de vous rendre les témoignages de mon ressentiment ; mais 
avant appris que l'espérance de votre santé a succédé à la 
crainte, je ne puis manquer, après en avoir remercié Dieu 
de tout mon cœur, de vous assurer Je la joie que j'en res- 
sens et du désir que jaurois que vous vécussiez autant 
pour Dieu que vous avez lait pour le monde, encore qu'il 
ne soit pas nécessaire, parce que ceux qui ne travaillèrent 
(juà la dernière heure ont été préférés aux autres. Mais ce 
qui m'a réjouie davantage, c'est d'apprendre que votre 
souffrance a été un don de la main de Dieu, et qu'il a 
exaucé le désir qu'il vous avoit inspiré d'être fait partici- 
pant de la souffrance de ses serviteurs qui confessent sa 
vérité devant les hommes, en vous mettant à couvert de la 
gloire d'une telle confession, ce qui n'empêchera pas qu'il 
ne vous confesse devant son Père et ses anges, puisque 
vous seriez prêt, s'il vous y engageoit, d'entrer dans le 
combat. Néanmoins, vous trouvez des inventions de 
gagner d'un côté ce que vous ne gagnez pas de l'autre, en 
vous privant d'une commodité qui vous étoit nécessaire, 
pour augmenter vos fruits de justice, en augmentant vos 
libéralités envers des personnes que vous en croyez dignes, 
mais qui ne le sont qu'à votre égard, puisqu'il vous sera 
fait selon votre foi, et que Dieu ne rejettera point les 
prières des pauvres, qui sont une suite de la gratitude à 
quoi il les oblige. 

Cependant nous éprouvons que rien ne peut séparer ce 
que Dieu a uni par sa charité, et que même la séparation 
ajoute quelque chose à cette union, en la rendant plus spi- 
rituelle par la privation de ce qui la rendoit plus satisfai- 
sante : et si j'étois assez fidèle pour ne me rien donner à 
moi-même, selon le désir que l'on a de nous ôter tout, 
Notre-Seigneur auroit fort agréable cette conformité, que 
je vous supplie très humblement de lui demander pour 
moi, et de croire que je suis, avec le respect que je dois, 
votre très humble et très obéissante servante. 



282 APPENDICES. 



[Sur le carême. Apologie des religieuses de Port-Royal, • 
par M. de Sainte-Marthe. Mort de M"" Lombert.] 

Ce 20 février (1668). 

J'ai trouvé votre pensée si bonne, mon très cher frère, 
de passer le carême dans une retraite absolue, que j'ai été 
en doute si je la devois interrompre par ce billet. Mais, 
comme je les fais courts, et qu'ils sont de si peu de consé- 
quence, j'ai cru que ne vous prenant guère de temps pour 
le lire et le brûler aussitôt, je n'interromprois guère votre 
recueillement, qui est sans doute le meilleur moyen de 
purifier son cœur par une pénitence spirituelle, qui sanc- 
tifie les pénitences antérieures quand on en peut faire, et 
qui y supplée quand on manque de forces pour en faire 
comme on le désireroit. 

Vous êtes si rempli de saint Augustin qu'il vous en 
échappe toujours quelque excellente parole. Celle que vous 
prenez la peine de me dire, que : « Dieu exauce toujours 
les âmes qui préfèrent sa volonté à la leur propre » , est 
une source de paix. Je vous supplie très humblement de 
lui demander qu'il me mette dans cet état, qui arrêtera 
toutes sortes de désirs et de pensées, pour ne faire qu'at- 
tendre les événements qu'il plaira à Dieu d'ordonner. 

Encore que vous ayez un zèle de Dieu contre les 
signeuses, je crois néanmoins (ju'ii est tempéré par une 
grande compassion de les voir dans un labyrinthe dont il est 
difficile qu'elles puissent jamais sortir. Nous avons grand 
sujet de croire que nous ne sommes pas telles que nous 
devrions être, puisque nous n'avançons rien pour leur con- 
version. 

Il est vrai que le livre deM. de Sainte-Marthe est un chef- 
d'œuvre. On y voit un zèle ardent contre celui qu'il réfute, 
mais sans intéresser la charité. Il semble qu'il n'ait dessein 



APPENDICES. 283 

que de repousser ses calomnies ; et avec cela, il nous instruit 
comme s'il n'écrivoit que pour nous. Il traite toutes les 
vérités avec l'étendue qu'il faut, sans être ni trop long, 
ni trop court. Il paroît que cet ouvrage a été fait par l'es- 
prit de prière ; car encore que l'esprit en soit entièrement 
satisfait, on se trouve obligé de s'arrêter davantage à en 
recueillir le fruit. Je ne m'étonne pas de la grande estime 
qu'on en fait, parce que c'est la récompense du mépris qu'il 
a de tout ce qui vient de lui. Ce qu'il y a plus à désirer, c'est 
que Dieu donne des yeux et des oreilles à celui à qui il 
parle, et auquel il ôte toute excuse de n'avoir pas connu 
l'état dangereux où il est, par la peinture au naturel qu'il 
lui fait de lui-même. 

Il est aisé de juger que l'affliction de M. Lombert a été 
grande, parce qu'il a une tendresse toute particulière pour 
ses enfants, et qu'il aimait beaucoup celle que Dieu lui a 
ôtée. Nous avons appris par vous cette mort, c'est pour- 
quoi sa fille n'a pu lui écrire plus tôt. Nous nous servirons 
d'une voie qui ne commettra personne. Nous sommes fort 
obligées à M. Lombert de la libéralité qu'il lui a plu de 
nous faire. Nous avons tant de bienfaiteurs spirituels et 
corporels que nous sommes accablées de dettes : mais 
Dieu sera, s'il lui plaît, notre caution. Je le supplie, mon 
très cher frère, de vous combler des bénédictions que vous 
désirez. 

8. 

[Sur la mort de plusieurs des solitaires et domestiques de 
Port-Royal. Sur la disette des secours spirituels et la 
privation où il était de la chapelle qu'il avait à Port- 
Royal de Paris.] 

9 mai 1668. 

Nous avons regardé la mort si surprenante de nos amis 
comme un acheminement au dessein de Dieu, qui nous 
veut ôter tout ce qu'il nous a donné de plus favorable dans 



284 APPENDICES. 

un état de paix. Ce qui est le plus nécessaire en l'état où 
nous sommes, c'est de ne tenir à rien et de se détacher 
peu à peu de toutes choses ; de quoi ils nous ont laissé 
l'exemple, ayant prévenu la mort par une séparation de 
tout ce qui les pouvoit détourner du sen'ice de Dieu. 

Je demeure d'accord, mon très cher frère, que voire 
vie est plus dure que la nôtre, et que ceux qui ont l'inten- 
tion de nous mater se sont beaucoup relâchés quand ils 
nous ont réunies ensemble, ce qui nous fait goûter tous 
les effets que vous jugez bien que cette union produit. 
Il faut que la rareté des personnes capables de donner une 
véritable consolation spirituelle soit bien grande, puisque 
dans une grande ville où il y a tant de gens qui disent : 
« Suivez-nous, soyez d'avec nous si vous voulez bien 
vivre » vous n'en trouvez (pas) qui vous puisse conduire 
par le chemin où vous voulez marcher. Mais vous avez 
fait comme les fourmis que le Sage loue tant parce qu'elles 
font provision pour l'hiver, et ainsi vous vous êtes rempli 
pendant le temps que vous étiez dans l'abondance, en 
sorte que vous avez de quoi vous soutenir longtemps sans 
consolation humaine, parce que vous faites profession de 
vivre comme un pèlerin et comme un étranger dans le 
monde qui ne respire que d'arriver à sa sainte patrie ; ce 
qui lui fait dire: Renuit consolari anima mea ; memor 
fui Dei et delectatus su m. Car, quoiqu'il en soit, la bonté 
de Dieu donne toujours quelque consolation pour soute- 
nir les foibles, à mesure qu'il leur retranche les autres 
satisfactions. 

Vous voilà donc privé de la résidence de votre petite 
chapelle que vous aimiez tant, ce qui vous prépare une 
plus grande récompense de Notre-Seigneur Jésus-Christ 
pour qui vous l'aviez faite, puisque vous n'en faites plus 
d'usage pour vous-même. 

Nous aimerions bien mieux avoir sujet de louer M. le 
curé que d'être louées de lui d'une louange dont on ne 
peut se priver sans beaucoup perdre. Xotre-Seigneur 



APPENDICES. ' 285 

commande de haïr son âme en ce monde, afin de la con- 
server pour la vie éternelle ; au lieu qu'on le perdra si on 
l'aime pour la vie présente. Il est vrai néanmoins, ce que 
dilNotre-Seigneur, qui nest point contre nous est pour 
nous ; car on est fortifié de ce qu'encore que la vérité ne 
soit pas suivie, elle est néanmoins connue d'un grand 
nombre de personnes. 

Nous attendons l'événement de ces allées et de ces 
venues dont vous parlez, et nous tâchons de leur opposer 
un repos et une confiance en Dieu qui est seul 1 immobi- 
lité de ceux qui espèrent en lui. Les deux maximes de 
notre chère mère nous sont nécessaires pour cela, avec une 
foi pareille à la sienne, qui a été le principe de ces grandes 
vérités. 

Je crois qu'il vous souvient plus de nous dans une autre 
église, que si vous étiez dans celle que vous aviez choisie 
pour joindre vos dévotions à des personnes dont Dieu vous 
a voulu séparer. Ça été suivre Dieu que de désister de le 
suivre selon votre première vocation, puisqu'il a changé 
de conduite pour éprouver votre fidélité qui consiste à 
n'être attaché à rien. Je le supplie de me rendre digne de 
vous rendre en sa présence ce que nous recevons de vous, 
par des prières aussi charitables que les vôtres. 

9. 

[Elle lui témoigne sa joie delà liberté de M. de Sacy.] 

Ce 2 novembre (1668). 

J'ai attendu la fin du mois pour vous envoyer vos billets. 
Vous êtes satisfait de tout ce que le sort vous donne, 
parce que vous avez dessein de profiter de tout. Encore 
qu'il y ait eu beaucoup d'intervalle depuis votre dernier 
billet, nos affaires sont aussi peu avancées qu'elles l'étoient 
en ce temps-là ; mais je suis résolue de ne m'en pas 
ennuyer, et d'attendre avec indifférence ce que Dieu 



286 APPENDICES. 

ordonnera de nous, en pratiquant la maxime de M. d'An- 
gers, qu'il faut laisser faire Dieu, parce qu'il fait bien 
toutes choses, et qu'il n'y a de mal que ce qu'il ne fait 
pas. 

Si nous avons l'honneur de voir Madame la marquise, 
ce sera pour lui parler de l'éternité, et non pas d'un 
temps aussi misérable que celui qui s'est passé depuis 
notre séparation. Et je suis bien éloignée, grâce à Dieu, 
de vouloir faire aucun reproche à personne. Si elle avoit 
pu recevoir une bonne conduite de M. Chamillart, je 
metlrois à part le traitement qu'il nous a fait, pour me 
réjouir de l'avantage qu'elle en auroit reçu. Mais l'Evangile 
m'apprend qu'on reconnoît de tels prophètes à leur fruit. 

Je vous remercie très humblement de la traduction de 
votre psaume. Tous les présents que vous me faites 
m'instruisent et m'édifient, de vous voir toujours appliqué 
aux vérités les plus solides. 

L'on nous a recommandé monsieur votre neveu qui va 
en Candie. Je prie Dieu qu'il ait encore plos de dessein de 
signaler sa foi que sa valeur. J'admire le courage de ceux 
qui font de si grandes actions et qui n'ont pour la plu- 
part que la gloire du monde devant les yeux et pour motif 
l'obligation de leur naissance ; au lieu que nous sommes 
si lâches à surmonter les moindres difficultés qui se ren- 
contrent dans la voie de Dieu. 

Vous pouvez bien juger de la joie que nous avons de la 
liberté de M. de Sacy, par celle que vous en ressentez 
vous-même par un mouvement tout spirituel. Mais pour 
moi, ma joie tient de l'un et de l'autre, la double liaison 
que j'ai avec lui me faisant souvenir de ce verset : 
Cor tneum et caro mea eociiltaverunt in Deum vivitm. Car 
c'est vraiment Dieu qui est l'auteur de cette délivrance, 
dont on nous avoit ôté l'espérance, il n'y a que deux jours. 
Je vous supplie très humblement de lui demander sa béné- 
diction pour nous, et de l'assurer que nous disons de tout 
notre cœur : Quid retribuam Domino ? Si la grâce n'im- 



APPENDICES. 287 

prlmoil pas la gravité et le silence, il y auroil parmi nous 
des transports et des cris de joie, secundum multitudinern 
dolorum meoruni, comme sa détention nous avoit pénétrées 
de tristesse. 

10. 
[Au sujet de sa maladie.] 

2 février 1669. 

Votre maladie, mon très cher frère, m'a été encore plus 
sensible, de ce qu'étant malade moi-même je ne pouvois 
vous témoigner la part que je prenois à vos souffrances. 
C'a été un prétexte à mon amour-propre de ne pas assez 
agréer l'état où j'étois, parce que j'aurois désiré d'avoir 
plus de liberté pour m'occuper des saints mystères. Je 
crois que vous avez été plus spirituel que moi, et qu'ainsi 
vous les aurez honorés plus parfaitement que si vous aviez 
été en santé. Une de nos sœurs me fit sortir de mon 
erreur, en me disant qu'une toux fâcheuse quej'avois étoit 
mon Alléluia , ce qui me fit agréer depuis d'être privée de 
toutes les manières de louer Dieu. Ce qui se passe mainte- 
nant à notre égard est un autre sujet extraordinaire de 
louer Dieu. J'espère qu'il nous fera la grâce de n'avoir rien 
à dire après tout ce qui arrivera, sinon Amen, et Deo 
grattas, à quoi vous répondrez Fiat, fiât, qui sont des 
paroles de résurrection et qui ne peuvent venir que d'une 
vie nouvelle. 

11. 

[Sur la crainte des religieuses de Port-Royal de dissiper, 
par des visites trop soudaines, le fruit de la paix qui 
venait de leur être rendue.] 

Ce 23 février (1669). 

Nous ne craignons rien, mon très cher frère, que de 
dissiper le fruit de notre paix par des visites trop sou- 



288 APPENDICES. 

daines. Nous voudrions être un temps fort notable hortiis 
conclusiis, fons signalas, et Dieu nous avoit inspiré d'être 
un an dans le recueillement, pour honorer les saints anges 
qui nous gardent avec bien plus de soin que ne faisoient 
les archers; néanmoins, comme ce n'est point du tout par 
indifférence au désir de nos amis, qui s'ennuieroient trop 
de ne pas voir la résurrection des morts, nous n'avons pas 
osé faire ce vœu-là, comme nous en avions l'instinct. Mais 
la providence de Dieu, qui a réglé tous nos événements, 
nous a marqué un temps que nous ne saurions avancer 
sans une précipitation qui lui seroit désagréable, qui est 
de passer le temps de la sainte pénitence dans le même 
état que depuis quatre ans et demi, qui n'empêchera pas 
que nous ne soyons cor unum et anima iina, puisqu'au 
contraire nous en serons unis plus saintement. Je vous 
prends donc, s'il vous plaît, pour entremetteur entre ces 
bonnes demoiselles et nous, qui se purifieront comme nous 
désirons de faire depuis ce temps-là. Nous avons ici des 
frères et autres parents de nos sœurs, qui ont déjà été 
renvoyés avec de très humbles excuses, n'y ayant rien de 
si juste, comme vous le dites, que de goûter combien le 
Seigneur est doux. Ce nous est un grand avantage d'avoir 
des amis et des amies qui ont ce même dessein, que je sup- 
plie très humblement de pratiquer en notre faveur, afin 
que le feu de la sainte charité se conserve mieux étant cou- 
vert de cendres, au lieu qu'il s'évaporeroit un peu étant 
découvert. 

12. 

[Sur le désir qu'il avait de venir demeurer à Porl-Royal- 
des-Champs.] 

(Juillet 1669.) 

Il v a tout sujet d'espérer que votre translation au désert 
vous sera doublement profitable, puisqu'elle n'a pas été 
faite au temps que vous vous y attendiez : les meilleures 



APPENDICES. 289 

volontés que l'on a étant pour l'ordinaire mêlées avec une 
volonté humaine dans laquelle M. Singlin nous a dit que 
le culte de Dieu, qui doit être tout spirituel et divin, ne 
se trouve point. C'est pourquoi le retardement ayant puri- 
fié cet ardent désir que vous auriez d'y voler, vous n'irez 
plus à présent que parles pieds du nouvel homme, qui ne 
marche point plus vile qu'il ne faut, selon le précepte de 
saint Pierre, qui dit que celui qui croit ne se hâte point. 

Je crois que vous prenez à contresens une autre parole 
de l'Ecriture qui dit que le Juste vit de ses inventions ; 
car vous en cherchez de toutes sortes, non pas pour deve- 
nir plus juste, mais pour satisfaire à l'inclination que vous 
avez à la libéralité et à la tentation qui vous porte à rendre 
les religieuses délicates. Je vous fais ce reproche au lieu 
du remerciement que je vous dois de votre excellent 
beurre, qui me donne plus de honte que de satisfaction, 
ce qui me feroit envie de l'envoyer au grand hôpital pour 
voir si vous ne diriez pas que ce n'est point là du beurre 
des pauvres; et par conséquent vous reprocher que vous 
nous faites tort de ne nous pas mettre de ce rang-là, 
puisque nous devons avoir de l'amour pour la pauvreté, au 
lieu que les autres n'ont que l'état de pauvres. Si je ne 
parlois pas à un bon frère comme vous, je prendrois plus 
garde à ce que je dis ; mais tout est bon pour les bons. 

13. 

15 septembre (1669). 

Je vous remercie très humblement de votre unique et 
rare fruit. Vous avez le privilège de donner tout ce que 
vous voulez et d'accorder tout ce qu'on vous demande ; et 
nous, au contraire, nous trouvons des impuissances par- 
tout. C'est pourquoi notre bâtiment de dedans ne vous 
apparoîtra point, parce qu'il y a un chérubin à notre porte 
qui en défend l'entrée avec une épée de feu, c'est-à-dire 
un anathème de notre mère l'Eglise. Et nous en trouve- 

19 



290 



APPENDICES. 



rions un semblable contre nous à votre chambre, si nous 
voulions l'aller visiter. Ce qui oblige à rendre les priva- 
tions réciproques ; sinon que nous perdons plus à ne point 
voir vos jolies inventions, que vous ne ferez à voir des 
accommodements fort naturels et grossiers. 

14. 

[Sur les soufirances.] 

Ce 20 demars 1670. 
Je suis fort édifiée, mon très cher frère, de ce que vous 
me témoignâtes, devant le carême, que vous désiriez pas- 
ser ce saint temps dans le silence, ce qui me fit juger que 
je devois interrompre le petit commerce de nos billets ; ce 
qui n'a pas empêché que je me sois toujours enquise de 
vos nouvelles, et ce que j'en appris hier m'oblige de vous 
témoigner la part que je prends à votre mal, qui est accom- 
pagné d'une si grande douleur qu'il vous fait avoir besoin 
d'une grande patience ; je la demande à Dieu pour vous, 
avec confiance qu'il vous donnera ce qu'il veut que vous 
ayez, puisque vous ne pouvez l'avoir que par sa grâce. Le 
pouvoir qu'il vous ôte de continuer vos saints exercices 
ne vous fera point perdre, puisqu'il sera récompensé par 
la souffrance, ce qui est le comble des bonnes actions ; et 
un seul regard vers Dieu, avec un mot de prière que vous 
lui adresserez, tiendra lieu de tout votre office, et vous 
associera à ce saint Lazare qui ne disoit rien et ne faisoit 
rien, sinon de porter l'état oùDieul'avoit mis. C'est la dis- 
position que je désire que Dieu vous donne, et à moi 
celle de vous rendre en sa présence tout ce que je vous 
dois. 

15. 
[Au sujet d'un sermon. Penser à la mort.] 

Ce 21 mars 1670. 
Après avoir été à la messe de Prime, Dieu m'a fait la 



APPENDICES. 291 

grâce de retourner entendre le sermon, dont je suis par- 
faitement édifiée et contente. Il a été rempli de tant de 
belles et saintes instructions qu'il me semble que Notre-Sei- 
gneur nous dit ces paroles de l'Evangile : Hoc fac et uwes. 
Je suis mortifiée de ne pouvoir rendre mes actions de 
grâces à M. le curé de vive voix. Je vous supplie très hum- 
blement, montrés cher frère, de m'acquitter de ce devoir, 
et de lui demander la continuation de sa charité pour nous, 
de laquelle nous lui sommes très redevables. 

Encore que le mal de poitrine soit fort fâcheux et même 
dangereux, j'espère néanmoins que vous ne mourrez point 
de ce genre de mort, au moins de celui que vous avez à 
présent. Je vous sais toutefois très bon gré de penser à la 
mort, que je voudrois avoir toujours présente, pour dire 
après saint Paul : Quoùdie morior ; car c'est trop peu de 
ne mourir qu'une fois pour Jésus-Christ qui est mort une 
infinité de fois, par une vive représentation et une accepta- 
tion volontaire de la mort qu'il a soufferte pour notre 
salut. 

16. 

Ce mercredi, juillet 1670. 

Vous me réduisez, mon très cher frère, à n'avoir rien 
à dire, parce que vous en dites trop. J'étois assez récom- 
pensée de ce que vous aviez agréé mes billets, sans qu'il 
fût besoin que vous y ajoutassiez plus de remerciements 
qu'ils ne valent. Pour expier cet excès de bonté, vous 
retiendrez, s'il vous plaît, le pupitre dont vous avez fait un 
si bon usage que de vous en servir à prier Dieu, et une 
autre fois il donnera quelque petit soulagement à votre 
corps; ainsi, en faisant alternativement ces deux fonctions, 
il sera plus honoré qu'il n'auroit été dans l'intention de ses 
auteurs. 

Je vous renvoie l'oraison funèbre de Madame, où nous 
avons vu de très belles choses et très édifiantes, en lais- 
sant à César ce qui appartient à César. Cette lecture nous 



292 



APPENDICES. 



a remis en l'esprit la mort si étonnante et si surprenante 
de cette princesse, qui s'effacera bientôt de l'esprit des 
hommes, de même que les autres grands coups que Dieu 
fera pour les réveiller. Vous n'êtes pas de ce nombre, mon 
très cher frère, puisque vous observez si exactement vos 
dispositions, et dans la santé et dans la maladie. Votre 
état est maintenant composé de tous les deux, étant ni tout 
à fait guéri, ni tout à fait malade. Je désire que vous ayez 
assez de force pour présenter demain une victime, qui se 
promet que votre piété lui servira devant Dieu, pour sup- 
pléer à ce qui lui manque par elle-même, qui se prépare à 
vous le rendre de tout son cœur devant Dieu. 

17. 

[Les maladies deviennent la santé de l'àme, quand on les 
souffre avec patience.] 

Ce 27 octobre 1670. 

Je crois, mon très cher frère, que vous attendez votre 
fièvre dans votre tranquillité ordinaire ; car on nous assure 
que vous conservez la paix lorsque vous avez plus de 
mal. C'est une marque que Dieu vous blesse, et vous guérit 
tout ensemble : car quand on n'a point d'impatience dans 
les maladies, elles deviennent la santé de l'âme. C'est ce 
qui me fait espérer que Dieu vous fera devenir un homme 
nouveau, selon la maxime de M. de Saint-Cyran, qui est 
que le corps purifie l'âme en cette vie, et à la résurrection 
générale l'âme purifiera le corps. Cependant, si nous 
avions un véritable amour pour notre âme qui porte l'image 
de Dieu, tout ce qui lui seroit avantageux nous seroit 
agréable encore que le corps en souffrît beaucoup. Mais ce 
qui sert de prétexte à l'amour-propre pour désirer de 
n'avoir point de mal, c'est que l'on craint de s'ennuyer et 
de manquer de bonne volonté ; au lieu que nous devons 
avoir une ferme confiance que Dieu tempérera les maux. 



APPENDICES. 29'i 

en sorte (fue nous les porterons de bon cœur. Nous avons 
pour modèle ces bienheureuses âmes du purgatoire qui 
souffrent infiniment, et quinevoudroientpas souffrir moins, 
parce qu'elles sont assurées qu'elles auront toujours la force 
de porter toutes les peines que Dieu leur impose. Notre 
état est bien différent du leur, n'étant pas, comme elles, 
dépouillées de notre fragilité, mais nous avons un même 
Dieu qui nous peut soutenir comme elles. C'est ce que je 
lui demande, mon cher frère, et pour vous, et pour moi 
qui ne suis qu'une feuille que le vent emporte. 



IX. 

Testament du chevalier de Sévigné, i" mars 161 k^. 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Après avoir 
invoqué la grâce de Jésus-Christ et l'avoir supplié de me 
juger selon sa grande miséricorde, j'ai fait ce présent testa- 
ment à Port-Royal des Champs, ce premier mars mil six 
cent soixante et quatorze, étant par la grâce de Dieu 
sain d'esprit et de jugement. Aussitôt que mon âme sera 
séparée de mon corps, je supplie la révérende mère 
Abbesse et les religieuses de ce saint monastère de lui 
donner sépulture dans leur sainte maison, quoique j'en sois 
indigne, et de prier Dieu qu'il me fasse miséricorde. Je 
veux que ce que je dois à M™" de La Fayette d'argent, 
suivant la transaction que nous passâmes ensemble après 
le décès de feue ma femme, sa mère, lui soit payé sur les 
immeubles de la terre de Champiré-Baraton, après toute- 
fois qu'elle aura fait la fondation de cent livres de rente 
pour l'école de Grugé que feue ma femme a ordonnée par 
son testament. Je fonde à perpétuité l'entretien de la lampe 

1. Minute de l'étude de M. Blanchet. 



294 APPENDICES. 

que je veux qui brûle jour et nuit devant le Saint-Sacrement 
de l'église dudit Grugé ; pour cela je veux qu'il soit pris 
trente livres tous les ans sur les immeubles de la terre de 
Champiré-Baraton que j'hypothèque toute pour cette fon-. 
dation, et particulièrement la métairie du bourg. Plus, je 
veux que ce que je donne à un aveugle nommé, ce me 
semble, Madiot, et à un cul-de-jatte nommé Amelin, à 
chacun vingt et quatre livres leur vie durant, ce que je leur 
ai donné il y a longtemps. Plus, je donne aux Bénédictines 
du prieuré de Lagnv trois cents livres une fois payées. Plus, 
je donne à Geneviève, ma servante, mille livres une fois 
payées, le tour de lit vert qui est à Paris et un bois de lit 
et un matelas de laine et trois paires de linceuls du com- 
mun. Plus, je donne à Nicolas Ollivier, mou valet de chambre, 
six cents livres une fois payées, tous mes habits et mon 
linge qui sert à ma personne et le reste des draps du 
commun, mon arquebuse et mon épée. Plus, je veux que 
tous mes meubles, or, argent, argent monnayé et non mon- 
nayé, tous les meubles meublants et tout ce qui s'appelle 
meuble selon la coutume d'Anjou soient vendus et le tout 
donné aux pauvres par les mains des religieuses de Port- 
Royal des Champs, entre les mains de qui je veux que le 
tout soit mis entre leurs mains par celui que je nomme 
exécuteur de ce présent testament, lequel j'ai lu et relu et 
veux qu'il soit le seul suivi, me réservant de faire au pied 
ou séparément de faire, si je veux, un codicille. J'ai nommé 
pour exécuteur de ce présent testament Monsieur Hilaire, 
économe de ce monastère, sans qu'il soit obligé d'en 
rendre compte, si ce n'est à Monsieur de Sacy et à la révé- 
lende mère Abbesse à qui j'ai dit mes intentions pour la 
distribution de mes aumônes. S'il se trouvoit quelque autre 
testament que celui-ci, il sera nul, voulant que, s'il se trou- 
voit quelque difficulté en celui-ci à cause des formes, elle 
soit expliquée en faveur de ceux à qui je donne. 

En foi de quoi j'ai fait et signé le même jour et an que 
dessus ce présent testament et y ai mis mon cachet qui est 



APPENDICES. 295 

un Bon Pasteur avec ces mots tout autour : Qui non ainat 
Christuni sit anatliema. 

Ren\ijd-René de Sévigné. 

[\ ce testament est jointe une enveloppe avec ces mots : 
« J'ai mis ce teslanioiu entre les mains de la révérende 
mère Abbesse de Port-Royal des Champs ce premier mars 
1674, afin qu'elle ait la bonté de l'ouvrir aussitôt après ma 
mort. Sévigné. »] 



X. 

Relation de la mort et de Vinhumation du chevalier de 
Sévigné à Port-Royal ^ . 

Mars 1676. 

Le lundi 9, M. de Sacy donna les saints sacrements 
à M. de Sévigné entre huit et neuf heures du matin. Il 
étoit malade du vendredi précédent que la fièvre lui avoit 
pris avec un mal de côté qui le fit juger aussitôt en péril... 
Le lundi 16, M. de Sévigné demeura tout d'un coup le 
matin sans connoissanceet sans parole. Il passa tout le jour 
dans cet état jusqu'à un quart d'heure avant onze heures 
du soir qu'il mourut. On réveilla les sœurs au dortoir à la 
même heure pour aller à l'église faire les prières. Comme on 
les achevoit, on vint avertir de sa mort. On Ah Subvenite et 
le reste des prières, et on se retira. 

Le mardi 17 après Nones on chanta vêpres et deux Noc- 
turnes avec les Répons. Le soir, à six heures trois quarts, 
les -Messieurs firent le convoi, où il assista dix ecclésiastiques 
en surplis ; après qu'ils eurent achevé et que le corps fut 
posé dans l'église du dehors, les religieuses chantèrent le 
troisième Nocturne avec les Répons. 

1. Journaux manuscrits de Port-Pioyal (P. R. 42 et 43). Com- 
munication de M. Gazier. 



29f) APPENDICES. 

Le mercredi 18, après tierce, enchanta Laudes des morts, 
la messe, et puis l'enterrement, qui se fit comme celui des 
religieuses avec trois Répons et trois encensements. A la fin 
du dernier, on commença aussi de même le psaume In exi- 
tu, etc. puis l'antienne : Chorus angelorum, etc., pendant 
quoi notre mère, la mère prieure et six anciennes furent à 
la porte des sacrements pour recevoir le corps avec la croix 
et les chandeliers. Le reste des sœurs demeura dans le chœur, 
rangées dans les chaires d'en bas avec leurs grands voiles 
et des cierges allumés. Le corps étant entré, la croix rentra 
dans le chœur, qu'elle traversa, et sortit à l'ordinaire par la 
porte d'en bas pour descendre au cloître, qui étoit le lieu 
de la sépulture, le défunt l'ayant choisi. La communauté 
suivit en procession, et, étant arrivée au cloître, les plus 
jeunes s'arrêtèrent au bout de cette première allée que 
l'on appelle l'allée des Morts, de sorte que de cette manière 
les anciennes se trouvèrent proche de la fosse qui étoit 
justement dans le milieu de ladite allée, au-dessous de la 
croix, comme il l'avoit ordonné, et vis-à-vis de l'arcade par 
où on descend au cimetière. Les sœurs converses, les enfants 
et le reste qui suivoit le corps demeurèrent au-dessous 
dans le reste de cette allée, rangés jusqu'au vestibule et sur 
le degré même, tout étant plein. 

Après le psaume In exitu, etc.. on dit les oraisons et 
les autres prières qui se disent aux religieuses, et Clemen- 
tissime à la fin. M. de Sacy officia le tout. M. de Tillemont 
et M. Chardon 1 firent diacre et sous-diacre, et il y avoit 
outre cela en surplis, M. Bourgeois^, M. de Sainte-Marthe 3, 

1. Gervais Chardon, docteur en théologie, chantre et théolo- 
gal de Saint-Maurille d'Angers, exilé en 1(576 à Rioin où il 
mourut en 1686. 

2. Jean Bourgeois, abbé de la Merci-Dieu, docteur de Sor- 
bonne, mort en 1687 à l'âge de 83 ans. 

3. Claude Sainte-Marlhe, confesseur de Port-Royal, mort 
le 11 octobre 1690 à l'âge de 90 ans. 



APPENDICES. 297 

M. BoreP, M. le curé de Saint-Lambert '^ M. Eustache, 
M. Constant. 

Le corps était porté par M. de Luzancy^, M, Charles^, 
M. Mercier'*, M. Dessaux^, M. Poncet, M. François et 
M. Ollivier'', que suivoit le valet de chambre du défunt. Ils 
demeurèrent au dedans tout le long de l'enterrement et 
ne sortirent qu'avec les ecclésiastiques. L'on retourna au 
chœur en procession comme à l'ordinaire. La croix, qui 
étoit demeurée au pied de la iosse pendant l'enterrement, 
traversa le haut de l'allée où étoient les sœurs et, étant au 
bout, tourna dans l'autre côté du cloître qui est au-dessous 
du petit dortoir de Saint-Benoît pour entrer dans le cime- 
tière par l'arcade du milieu qui sert de porte, et gagner en 
procession celle qui est vis-à-vis, par oîi l'on a accoutumé 
de revenir des enterrements. Le chemin étant beaucoup 
plus long qu'à l'ordinaire, le Qui Lazarum n'y suffit pas, 
il fallut encore ajouter Credo quod Redemptor, etc. tout 
entier. Après Nones on dit les sept Psaumes, prosternés. 

XI. 

Notice sur le chevalier de Sévigjié par M. Fontaine^. 

Mais en parlant d'un ami de M. de Sacy qui mourut 

1. Pierre Borel, prêtre du diocèse de Beauvais, confesseur 
de Port-Royal jusqu'en 1679, mort à Paris en 1687. 

2. Paroisse dont dépendait l'abbaye de P ort-Royal-des- 
Champs. 

3. Fils d'Arnauld d'Andilly, né en 1623, mort en 1684. 

4. Charles du Chemin, prêtre solitaire de Port-Royal, gar- 
dien de la ferme des Granges. 

5. Nom de guerre de Sébastien du Cambout de Ponte bateau, 
né en 1634, mort en 1690. 

6. Sans doute père ou frère d'une religieuse de Port-Royal. 

7. Exécuteur testamentaire du défunt. 

8. Mémoires pour servir à l'Histoire de Port-Royal, par M. 



298 APPENDICES. 

cette année, puis-je oublier la mort d'une autre personne 
qui lui étolt aussi très intime, qui arriva cette même année, 
je veux dire M. de Sévigné, de l'une des plus nobles mai- 
sons de Bretagne. Il avoit passé une grande partie de sa 
vie en divers emplois considérables dans les guerres d'Al- 
lemagne et d'Italie, où il avoit couru mille et mille périls 
dont Dieu qui avoit sur lui des regards favorables pour 
l'avenir, le tira toujours par des espèces de miracles. On 
vit au milieu des emportements de la guerre quelque 
semence de cette bonté qui devoit un jour éclater en lui. 
S'étant trouvé à la prise d'une ville, il rencontra après le 
combat une petite fille de trois à quatre ans, que ses parents 
ou morts ou mis en fuite avoient abandonnée sur un fumier. 
Ce triste objet frappa son cœur. Il fut touché d'un mouve- 
ment de miséricorde qui étoit déjà un effet de celle de 
Dieu sur lui. Il prit lui-même cet enfant dans son manteau 
et résolut d'en avoir soin toute sa \ie ; ce qu'il exécuta 
fidèlement, et depuis, cette fille s'étant faite religieuse, il a 
toujours payé la pension à son monastère. M. de Sévigné 
s'engagea ensuite dans le mariage, ayant trouvé un parti 
très avantageux; je parle selon le monde, car les grands 
biens dont il se vit maître lui causèrent des périls sans 
comparaison plus dangereux pour l'àme que ceux dont 
Dieu l'avoit sauvé dans les armes n'auroient été pour le 
corps. 

Étant devenu veuf. Dieu fit luire un rayon de vérité 
dans son âme et comprenant tout d'un coup le néant du 
monde, de ses richesses, de la noblesse et de ses emplois, 
il résolut d'y renoncer et d'embrasser une vie retirée. Il 
choisit Port-Roval de Paris, où il fit bâtir un logis fort 



Fontaine (Cologne, 1738), t. II, p. 441 et suiv. D'autres notices 
analogues ont été publiées dans divers recueils de Port-Royal 
et notamment dans le Nécrologe de Port-Royal, et dans \ His- 
toire de V abbaye de Port-Royal, publiée à Cologne en 1752 
(2^ partie : Histoire des Messieurs, IV, 293). 



APPENDICES. 299 

propre, clans lequel M. de Sacy et moi avons eu un appar- 
tement. Sa vie retirée et les entretiens de M. Singlin et de 
la Mère Angélique le firent entrer en de grands sentiments 
de pénitence, que M. de Sacy cultiva. Ensuite son repos lui 
fit mieux connoître la laideur de la vie tumultueuse, et, pour 
en mieux réparer les fautes, il voulut employer tout son 
bien en aumônes, dont quelques-unes, et assez considérables, 
ont passe par mes mains, et je puis dire que je m'en suis 
quelquefois senti. Que Dieu, qui ne laisse pas un verre d'eau 
sans récompense, lui en tienne compte en son paradis ! 

Il ne voulut point quitter son carrosse, parce qu'il le 
regardoit comme étant moins à lui qu'à ses amis, au ser- 
vice desquels il l'avoit entièrement sacrifié. On le voyoit 
fréquemment dans la route de Port-Royal de Paris à Port- 
Royal des Champs. Lorsqu'il n'y eut plus guère que M. de 
Sacy qui s'en servoit, il vit que M. de Sacy avoit peur que 
pour lui on fit la dépense de l'entretien d'un carrosse ; ainsi 
sa charité trouva un milieu, qui fut de se défaire de ses 
six chevaux et de son cocher, et de faire prix avec un homme 
de lui donner deux voyages par semaine, avec un cocher 
propre et deux bons chevaux, moyennant six cents livres 
par an. Il avoit cependant retenu le corps du carrosse. On 
ménageoit toujours ces deux jours de la semaine pour les 
visites de M. de Sacy; car, pour M. de Sévigné, il sortoit 
peu, à moins que ce ne fût pour mener M. de Sacy pro- 
mener. Il se contentoit d'aller prendre l'air au jardin des 
Capucins qui sont proches de là. Il n'y avoit qu'une incom- 
modité, qui est qu'allant avec son parasol, de peur du mal 
de tète, les petits enfants, qui n'étoient pas accoutumés à 
voir un homme ainsi coiffé, le suivoient avec quelques cris 
désagréables ; sur quoi il demanda à M. de Sacy s'il ne 
feroit pas bien de se faire suivre de son valet de chambre, 
pour battre régulièrement la mesure lorsque ces enfants 
commenceroient leur musique et pour leur faire changer 
de ton. Il est vrai que ce cas de conscience fit rire M. de 
Sacy et que M. de Sévigné comprit que le meilleur seroit 



300 APPENDICES. 

de ne point battre si dévotement ces enfants, qui ne feroient 
que s'irriter davantage par un traitement qu'ils n'atten- 
doient pas. 

M. de Séviofné demeura ainsi ferme dans la solitude de 
Paris, ne rendant guères d'autres visites qu'au Révérend 
Père Dom de Loron, chartreux. Mais, lorsqu'on fit la 
transmigration des religieuses de Paris à Port-Royal des 
Champs, M. de Sévigné n'hésita point. Il voulut aussitôt 
les suivre. Toute sa maison qu'il s'étoit rendue avec tant de 
dépenses si propre, si commode et si agréable, n'eut pas la 
force de le retenir. On ne vit jamais un si grand détache- 
ment de toutes les choses de ce monde, pour ne s'attacher 
qu'à Dieu seul et aux personnes qui le servoient fidèlement. 

Dieu le récompensa d'avoir pour lui voulu plus d'une 
fois quitter sa maison. Il semble que la nouvelle solitude 
de ce saint désert lui inspira de nouveaux sentiments pour 
la pénitence, la voyant si bien pratiquer devant ses yeux 
par toutes sortes de personnes. Il se regarda lui seul comme 
un grand champ de bataille, où il entreprit de remporter 
à l'avenir autant de victoires sur son ennemi qu'il en avoit 
été terrassé de fois. Il l'attaqua par son plus grand défaut, 
qui étoit un certain air impérieux que lui avoient donné sa 
noblesse et son commandement dans les armées, et qui 
depuis s'étoit nourri dans ses grands biens. 

Il voulut vivre dans la dépendance, avec la soumission 
d'un enfant, se faisant régler jusqu'aux moindres choses 
et prescrire toutes ses obligations, qui étoient pour l'ordi- 
naire de transcrire les traductions de M. de Sacy. Ayant 
toujours jusque-là assez aimé la délicatesse dans son vivre, 
il cultiva l'abstinence et la mortification dans le manger. 
Il n'est pas croyable combien il gourmanda l'avarice, 
donnant toute la vaisselle d'argent dont jusque-là il ne 
s'étoit point défait. 

Mais ce qu'on admira le plus fut la douceur qu'on lui 
vit avoir pour ses domestiques, car il leur avoit été toujours 
extrêmement dur et fâcheux. Cependant, à force de se 



APPENDICES. 301 

combattre, Il devint si bon envers ses domestiques que ses 
infirmités l'obligèrent de garder, qu'il les servoit presque 
autant lui-même qu'il en étoit servi. 



xn. 

Note sur la terre de Champiré. 

Cette terre seigneuriale appartenait, dès le xv® siècle, 
aux Baraton, noble famille d'Anjou' ; elle était possédée, 
en 1519, par Olivier Baraton, baron d'Ambrières, maître 
d'hôtel ordinaire du roi, dont la fille unique et seule héri- 
tière. Renée, épousa cette même année, par contrat du 
24 mai, signé au lieu même de Champiré, Christophe de 
Sévigné, d'une maison bretonne ancienne et bien connue, sg"^ 
de Tréal et de Vigneux (de la branche aînée), qui fut le tri- 
saïeul de Renaud de Sévigné ~. Cette branche finit avec 
Jacques de Sévigné, sg"" des Rochers et autres lieux, mort 
sans enfants, en 1599, dont la sœur et unique héritière, 
Marie de Sévigné, femme depuis 1584 de Joachim de 
Sévigné, sg"" d'OIivet (de la branche cadette), posséda après 
lui la seigneurie de Champiré ; des accords de famille que 
nous ignorons la firent passer d'abord à Charles de Sévi- 
gné, baron d'OIivet, son fils aîné, puis à Renaud, son fils 
cadet, à qui un aveu féodal est rendu par un de ses vassaux 
le 17 novembre 1633 ^. 

Le chevalier Renaud de Sévigné la garda jusqu'àsa mort, 

1. Dictionnaire historique, géograpidque et biograpliique de 
Maine-et-Loire, par M. Célestin Port (Angers, 1874-1878, 
3 vol. in-8), tome I, p. 593. 

2. Archives du Finistère (Fonds Le Bihan de Pennelé, E. 
412), copie collationnée du contrat du 24 mai 1519. 

3. Registre des titres de la châtellenie de Champiré, p. 290 
(iVrchivesde Maine-et-Loire, série B). 



302 APPENDICES. 

en 1676; onze ans après, ses héritiers la vendirent, par acte 
passé devant M® Bretin, notaire à Rennes, le 25 février 
1687, à Louis de Lantivy, seigneur de l'Ile Tizon, et à 
Marie Gouin, son épouse, au prix de 40.000 livres, lods et 
vente compris : entre autres charges, les acquéreurs eurent 
à acquitter nine rente annuelle de 130 livres créée par 
jyjme jg Sévigné, née Elisabeth Péna, pour l'entretien d'un 
prêtre écolàtre, et parle testament de son mari, pour celui 
de la lampe de l'église de Grugé '. 

M. de Lantivy mourut vers 1697 ; Louis-François, son 
fils aîné abandonna, en 1698, la terre de Champiré à ses 
puînés : ce fut de ceux-ci probablement que la lamille Dan- 
digné ou d'Andigné l'acquit directement pour la revendre, 
par acte du 19 juin 1767, à Joachim-André Aveline, comte 
de Narcé dont les descendants l'ont possédée jusqu'à ces 
dernières années '-. 

Cette terre seigneuriale n'avait pas grande importance, 
à en juger par le prix de vente obtenu en 1687 ; sise en 
Grugé, elle s'étendait sur Saint-Erblon, La Chapelle-Hullin et 
autres paroisses de l'évêché d'Angers et relevait féodale- 
ment de la baronnie de Pouancë. Des descriptions authen- 
tiques énoncent qu'elle se composait d'une maison prin- 

1. Archives d'Ille-et-Vilaine, minutes du notaire Bretin, 
1687. — La rente de 100 livres, pour l'entretien d'un prêtre 
écolàtre à Grugé, créée par testament de M™^ de Sévigné, 
née Péna, a eu son assiette définitive par un acte du 20 février 
1680, passé devant les notaires du ChâteletàParis, entre les héri- 
tiers de Renaud de Sévigné et le curé assisté des niarguilliers et 
habitants delà paroisse de Grugé : Charles, marquis de Sévi- 
gné, y figure en son nom personnel, et la marquise, sa mère, 
comme procuratrice et mandataire des autres héritiers ; un 
bourgeois de Paris représentait les autres parties. Cet acte est 
reproduit dans un article de M. de Falloux, publié par la Revue 
de l'Anjou (1852, II, p. 327). 

2. Lettre adressée à M. Saulnier par M. le C* Aveline de 
Narcé, le 6 avril 1878. 



APPENDICES. 



303 



cipale avec ses dépendances, et d'un moulin au boid de 
l'Araise, dont l'eau remplissait les fossés ; de terres labou- 
rables, de prés, de métairies, d'un parc enclos de murs d'un 
circuit de 2000 toises ; d'une chênaie de La Torpelière, le 
tout avec les hommes et sujets, les vassaux, les rentes féo- 
dales et la juridiction qui y était jointe. 

Pour avoir une idée du lieu de l'exil de Renaud de Sévi- 
gné, il faut se reporter à la déclaration passée par Olivier 
Baraton à la baronnie de Pouancé, le 4 octobre 1524 : 
« C'est à scavoir ma maison forte de Champiré enclose de 
douves et foussés tout à l'entour, fermant et ouvrant à 
pont levys à chesnes de fer, avecq ceinture de closture de 
murs à tours garnves d'arbalétrières et canonnières... avec 
la court et jardin enclos desdicts foussés, sises les dictes 
choses sur la rivière l'Arraise, en la paroisse de Grugé '. » 
Telles étaient les choses en 1524, telles Sévigné les a trou- 
vées, telles elles étaient encore à la fin du xvii^ siècle. On 
en a la preuve par un procès-verbal d'estimation de cette 
terre dressé, en 1697, après la mort de Louis de Lantivy, 
l'acquéreur de 1687. On y lit ceci : « Le gros corps de la 
maison forte de Champiré enclos de douves et fossés tout 
autour fermant et ouvrant à pont levis à chaisnes de fer... 
garnie de canonnières et autres choses requises à château 
et maison forte... la maison au fond de la cour, en tout 
inhabitable et indigne de réparation, avec terres, jardins 
et prés, 9000 livres "-. » L'évaluation totale dépasse de près 
de 16.000 livres le prix d'acquisition, ce qui indiquerait 
que les héritiers de Renaud de Sévigné, pressés de se 
défaire de cette terre, l'ont donnée à bas prix. 



1. Le texte complet de cette déclaration est transcrit dans le 
Registre des titres de la Châtellenie de Champiré, cité ci-des- 
sus. 

2. Histoire généalogique de ta maison de Lantivy et de ses 
alliances, par MM. Th. Courtaux et C'^ de Lantivy de Trédion 
(Paris, 1899,in-4°;, p. 308. 



304 APPENDICES. 

Au xvin® siècle, M. d'Andigné fit disparaître les vieilles 
constructions et bâtir le château actuel dans lequel une 
seule des tours a été encastrée : les fossés qu'il avait con- 
servés ne furent comblés qu'au xix^ siècle par M. 
de Narcé dont le fils, qui nous a donné ces détails, nous a 
appris en outre qu'en faisant exécuter des fouilles autour 
du château moderne, il a retrouvé en partie la configu- 
ration du vieux Champiré : quatre tours au sud, fossés au 
sud, est et ouest, au nord la rivière l'Araise, pont-levis au 
sud et au nord ' . 

La tradition du pays a gardé le souvenir du séjour d'une 
dame de Sévigné à Champiré, au xvii® siècle ; on y mon- 
trait la chambre qu'elle avait habitée. On a voulu que ce 
fût la célèbre marquise de Sévigné, née de Rabutin-Chan- 
tal, qui aurait, en 1671, accepté l'hospitalité de son oncle. 
Evidemment on l'a confondue avec la femme de celui-ci, 
née Elisabeth Péna, qui y a tenu plusieurs fois compagnie 
à son mari exilé. Quant à sa nièce, qui a traversé le Maine 
en 1671, pour se rendre aux Rochers, l'itinéraire connu 
de son voyage la fait passer fort en dehors et assez loin 
de Champiré ~. Que serait-elle allée faire dans cette 
demeure délabrée, abandonnée depuis quinze ans, où per- 
sonne n'était là pour la recevoir ? Renaud de Sévigné, tout 
dévoué à Port-Royal depuis son veuvage et son retour à 
Paris, n'y revenait plus. Dès cette époque, la vieille mai- 
son forte étais vouée à la ruine et n'avait plus d'intérêt 
pour son possesseur que par les revenus qu'il tirait de sa 
terre. 



1. Lettre de M. le C'*= de Narcé citée ci-dessus. 

2. V. La marquise de Sévigné au pays du Maine, par 
M. Roger Graffin [Rame historique et archéologique du Maine, 
Le Mans, année 1900, l®"" semestre, p. 159). 



APPENDICES. 305 



XIII. 

Lettres de Vabbé cCAglié, ambassadeur de Savoie en 

France, à Madame Royale. 

(Archives royales de Turin.) 

Paris, 15 décembre 1651. 

Il cavalière di Savigny mi ha poi visitato, e gli ho falto 
ogni offerta del mio servicio, come altresi gli ho signifi- 
cato l'ordine quel tenevo di V. A. R. di passar seco ogni 
confidenza dove occorra valersi dal suo mezzo per avan- 
tagiiiare gli interessi di loro AA. RR., massime al favore 
délia sua parentela col signor Coadiutore délia cui persona 
e del cui merito mostrai la stima che V. A. R. ne faceva 
e la speranza ch' haveva di vederlo in posto più conspicuo 
et in stato di giovare a se stesso et a suoi amici. 

Traduction. — Le chevalier de Savignv ' m'a visité 
depuis, et je lui ai fait toutes mes offres de service, comme 
aussi je lui ai communiqué l'ordre que Votre Altesse 
Royale m'avait donné de traiter avec lui en toute con- 
fiance, lorsque l'occasion se présenterait de se servir de 
son entremise pour favoriser les intérêts de Leurs Altesses 
Royales, principalement grâce à sa parenté avec M. le 
Coadjuteur : je montrai le grand cas que Votre Altesse 
Royale faisait de la personne et du mérite de ce dernier, 
et l'espoir qu'EUe avait de le voir dans une place plus émi- 
nente et en état de rendre service à lui-même et à ses 
amis. 

1. L'abbé d'Aglié n'a jamais écrit correctement le nom du 
correspondant de Madame Royale : dans sa troisième lettre 
ci-après du 15 novembre de l'année suivante, on retrouve la 
même forme vicieuse, Savigny, au lieu de Sévigné ou Sévigny. 

20 



306 APPENDICES 



Paris, 3 mai 1652. 

CoU'occasione che il marchese di Savigny venne avant' 
hieri a visitar mi, egli mi significô l'ordine ch' haveva di 
V. A. R. per il parlicolare concernente la lorma délia scri- 
vere pretesa del signor Cardinale di Retz e le risposte che 
gli venivano fatteper parte di V. A. R. onde io, informato 
del negotio per l'honore ch'Ella mi iece di ragguagliarmene, 
évacuai alcuni dubbi che gli restavano in questa materia, 
havendo raccolto in effetto dal suo discorso esser procedute 
le difficoltà dalla poca pratica più che dal intentione del 
predetto signor Cardinale d'esiger da V. A. R. niente più 
di quello fù osservato dal signor Cardinale di Richelieu, 
benchè gli paresse in qualche modo différente, il grado 
in cui si trovava il re di cognato la felice memoria del duca 
Vittorio-Amedeo a quello di S. A. R. régnante, disparità 
da me non amessa in riguardo di V. A. R. in alhora moglie 
et hora madré, quasi in pari grado di sangue ai due Re, 
padre efiglio,onde credo per questo capo tolta ogni diffi- 
coltà, et altra che si opponga, riserbandosi, mi disse il 
detto marchese di Savigny, di saper solo se dal signor car- 
dinale iNIazarino si fosse per sorte mutato stilo, di che 
non se si haveva per anco informatione. 

Traduction. — A l'occasion de la visite qu'il me fit 
avant-hier, le marquis de Savigny me signifia l'ordre qu'il 
avait de Votre Altesse Royale au sujet de la particularité 
concernant la forme que M. le cardinal de Retz prétend 
employer en écrivant et celle des réponses qui lui étaient 
adressées de la part de Votre Altesse Royale '. C'est pour- 
quoi, instruit comme je l'étais de la question par 1 honneur 
qu'Elle me fit de m'en informer, je résolus quelques doutes 
qui lui restaient en cette matière, ayant en effet reconnu 

1. Voir sur cet incident les lettres ci-dessus de M. de Sévi- 
gné à Madame Royale des 26 avril, 3 et 10 mai 1652 . 



APPENDICES. 307 

par son discours que les difTicultés avaient pour origine 
le peu de prali({ue du Cardinal plutôt que son intention 
d'exiger de Votre Altesse Royale autre chose de plus que 
ce qui était observé à l'égard du cardinal de Richelieu, 
bien qu'il lui parut y avoir une certaine différence entre 
le degré où se trouvait le Roi du duc Victor-Amédée, son 
beau-lrère, d'heureuse mémoire, et celui de Son Altesse 
Royale, actuellement régnant, disparité que je n'admets pas 
h l'égard de Votre Altesse Royale, alors femme et mainte- 
nant mère, presque au même degré de sang, avec les deux 
rois, père et fils. C'est pourquoi je crois que sur ce point 
toute difficulté est levée ou toute autre qu'on pourrait sou- 
lever, se réservant, me dit le même marquis de Savigny, 
de savoir seulement, si, vis-à-vis du cardinal ^lazarin, on 
aurait par hasard changé de style, chose sur laquelle on 
n'avait encore aucune information. 

15 novembre 1652. 

Il marchese di Savigny s'è lasciato intender che dopo 
l'ordine dato mi di non dargli la mano, come agli altri 
marescialU di campo, egli non mi ha visitato per non 
derogare aile qualità ch'ei prétende avère di nascità, honori 
et prérogative in casa sua non communi con ogni altro 
maresciallo di campo, e che aveva per honore ch'io non 
lasciassi di visitare la moglie ; ma perché uno di questi 
giorni, egli si trovô présente alla mia visita ove capitô il 
signor cardinale di Retz, il maresciallo di Plessy e il duca 
di Brissac (cosa da lui sfuggita per il passato), non 
intendendo di accompagnar mi nel sortire, mi vernie per 
ogni modo ad accompagnare sino alla porta di casa comè 
è solito, mi fece dire che non troverei maie da indi in 
poi ch'egli ne usasse famigliarmente, senza ceremonia, 
poichè altretanto havrebbe havuto a caro che facessi io 
d'andar come privato in casa sua, perché in termine di 
visita honoraria come Ambasciatore non corrispondendovi 



308 APPENDICES. 

verso di lui con H trattamenti dovotugli : non stîmava ch'io 
col tal rigore in pretensione dovessi visitare la moglie ; 
ma gli ho fatto rispondere che, salva la riputazione del 
carico, ne userô sempre seco corne piu saprà desiderare, 
perché le mie visite non havevano per fine che d'attestar- 
gli la stima che V. A. R. faceva délia loro amicitia, rincres- 
cendomi di non potergliene dar maggiori prove. lo non li 
vedo molto spesso. 

Traduction. — 15 novembre 1652. — Le marquis de 
Savigny m'a fait entendre qu'après l'ordre qu'on m'a intimé 
de ne plus lui donner la main, non plus qu'aux autres 
maréchaux de camp, il ne m'a plus visité pour rie pas por- 
ter atteinte aux qualités qu'il prétend avoir de naissance, 
d'honneurs et de prérogatives chez lui non communes avec 
tout autre maréchal de camp, et qu'il tenait à honneur que 
je ne laissasse pas que de visiter sa femme ; mais comme 
un de ces jours, il se trouvait présent à ma visite, en même 
temps que le cardinal de Retz, le maréchal du Plessis et le 
duc de Brissac (ce qu'il évitait auparavant), n'ayant pas 
l'intention de m'accompagner au dehors, il me reconduisit 
jusqu'à la porte de sa maison comme d'habitude. Et comme 
il me fit dire que je ne trouvasse pas mauvais qu'il en usât 
familièrement et sans cérémonie, désirant que j'en usasse de 
même, en venant chez lui comme homme privé, puisque 
ma qualité d'Ambassadeur ne me permettait pas de le 
traiter en égal dans une visite de cérémonie, et de lui 
accorder les politesses qui lui sont dues : il n'estimait pas 
que je dusse avoir de telles exigences dans mes visites à 
sa femme. Je lui ai fait répondre que, les droits de ma 
charge sauvegardés, j'en userai avec lui comme il le dési- 
rerait le mieux, parce que mes visites n'avaient pour but 
que de lui prouver le cas que Votre Altesse Royale faisait 
de leur amitié, regrettant de ne pouvoir lui en donner 
de plus grandes preuves. Je ne le vois pas souvent. 



APPENDICES. 309 



XIV. 



CORRESPONDANCE ENTRE LE CARDINAL DE RETZ 

ET LA COUR DE SAVOIE. 

(Archives royales de Turin.) 

1. 

Le cardinal de Retz à Madame Royale. 

Paris, 2 mars 1652. 

Madama Reale, 
Riconosco la riverenza que deve prestarsi dalla mia 
hum™^ servitù a V. A. Reale, neU'oceasione délia promo- 
tione seguita délia mia persona al Cardinalato, mentre 
essendo in tante manière obligato d'impiegare senipre me 
stesso nel suo servigio, posso sperare ora haverne mag- 
giore habilita, come anche sento che il mio animo se ne è 
maggiormente acceso. V. A. Reale, con la sua naturale 
generosità si degni, che ne la supplice, gradire il mio osse- 
quio, et come pur spero che ella la riconoscera, ripieno 
di cordialissima riv^^ [rwerenza] se restarà servita che io 
posso comprobarglelo con l'opère, resti servita di porger- 
mene le occasioni coi suoi commandi et si persuada di 
trovarmi inviolabilmente, tutta la mia vita, 
A Vra Altezza Reale 

Humi™° servitore. 
Il cardinale di Retz . 

Traduction. — Madame Royale, je sais quels respects 
mon très humble service doit à Votre Altesse Royale à 
l'occasion de la promotion faite de ma personne au Cardi- 
nalat : comme j'ai, en tant de façons, l'obligation de m'em- 
ployer toujours à son service, je puis espérer maintenant 



310 APPENDICES. 

de le faire avec plus d'efficacité, de même que je sens 
que mon âme y est portée avec plus d'ardeur. Que Votre 
Altesse Royale, avec sa générosité naturelle, daigne, ce 
dont je la supplie, agréer mon obéissance, et comme elle 
la reconnaîtra, je l'espère, pleine de la plus cordiale révé- 
rence, elle voudra bien que je la lui prouve par mes actes; 
qu'elle me fasse la grâce de m'en fournir les occasions 
par ses commandements et soit convaincue qu'elle me trou- 
vera inviolablement toute ma vie, de votre Altesse Royale 
le très humble serviteur. 

Le cardinal de Retz. 

2. 

Madame Royale au cardinal de Retz. 

16 mars 1652. 

Monsieur mon cousin, 
La haute estime que j'ai toujours faite des grandes qua- 
lités qui sont en vous m'ayant fait prévenir par mes sou- 
haits votre promotion à la dignité de cardinal, m'a aussi 
convié à concourir avec plus de joie à l'applaudissement 
qu'elle reçoit de tous ceux qui s'intéressent au bien et aux 
avantages de l'Eglise. Je confesse avec eux que l'éclat de 
la pourpre, qui sert aujourd'hui de juste récompense à 
votre éminente vertu, peut recevoir d'elle quelque nou- 
veau lustre, et ainsi comme votre mérite est le motif de 
cette approbation publique que chacun fait paroître de 
votre élection, cela augmente la satisfaction que je reçois 
en mon particulier de vous voir élevé en un degré où il 
sera toujours plus connu. Il ne me reste rien à désirer 
pour rendre mon contentement parfait en ce point que de 
rencontrer souvent les occasions de vous témoigner la 
véritable inclination avec laquelle je suis. Monsieur mon 
cousin, etc.. 



APPENDICES. 311 

3. 

Le cardinal de Retz à Madame Royale. 

A Paris, ce 8 avril 1652. 

Madame, 
Je ne pouvois pas recevoir une plus grande preuve de la 
bonté de Votre Altesse Royale que celle qu'il lui a plu 
me donner de sa joie sur ma promotion au cardinalat; 
j'en suis si glorieux que quand elle nem'auroit produit que 
cet avantage, je l'estime infiniment au-dessus de tous ceux 
qui me pourroient jamais arriver. La lettre que M. le mar- 
quis de Sévigné m'a rendue de la part de Votre Altesse 
Royale sur ce sujet m'a touché si sensiblement que je ne 
saurois répondre aux termes obligeants dont elle est con- 
çue que par mon silence. Je n'ai point été surpris de voir 
Votre Altesse Royale dans des sentiments si avantageux 
pour moi, puisque ce sont les mêmes qu'elle a toujours eus 
et que M. le marquis de Sévigné, mon cousin, que Votre 
Altesse Royale honore de sa bienveillance et qui a une 
extrême passion pour son service, m'a fait connoître il y 
a longtemps. Après tant d'occasions si particulières que 
Votre Altesse Royale s'est acquise sur moi par sa pure 
générosité, jeserois bien méconnoissant si je ne meservois 
de tout l'avantage de ma nouvelle dignité pour l'employer 
à donner des marques effectives de mon obéissance à Votre 
Altesse Royale par mes services très humbles et par mes 
soumissions, en lui faisant paroîtreque je suis, avec toute 
la passion et tout le respect que je dois. Madame, de 
Votre Altesse Royale, le très humble et très obéissant 
serviteur. 

Le cardinal de Retz. 



312 APPENDICES. 

4. 

Madame Royale au cardinal de Retz. 



J^ 



1652. 



Monsieur mon cousin, 
Ceux qui ont été informés comme moi des rares qualités 
qui concourent en la personne de Votre Eminence n'ont 
point été surpris de sa promotion à la dignité de cardinal 
qui sembloit être due à votre mérite. Aussi a-t-elle été 
suivie d'une générale approbation de tous ceux qui donnent 
un juste prix à la vertu. Mais je puis dire encore avec 
vérité qu'il n'y en a point qui en ait appris la nouvelle avec 
plus de joie que j'ai fait comme d'un événement que j'avois 
et prévu et souhaité. Je remercie avec affection Votre Emi- 
nence de la part qu'elle m'en a donnée et la conjure de me 
continuer son amitié et de croire que, l'estimant beaucoup, 
j'aurai une particulière satisfaction de me la conserver par 
les marques réciproques de la mienne dont je prie Votre 
Eminence de faire état en toutes les occasions qui me don- 
neront lieu de paroître comme je suis, etc.. 



5. 

Le cardinal de Retz à Madame Royale. 



Paris, ce 18 juillet 1652. 

Madame, 
M. l'abbé Amoretti m'a rendu la lettre dont il a plu à 
Votre Altesse Royale de m 'honorer, et il m'a particulière- 
ment informé de l'état des choses en Piémont et du sujet 



APPENDICES. 313 

pour lequel Elle l'a dépêché en cette Cour. Les marques 
continuelles que je reçois de la bonté de Votre Altesse 
Royale sont si obligeantes que je ne saurois assez lui en 
témoigner mon ressentiment. Je vous supplie très humble- 
ment de croire, Madame, que j'aurois une satisfaction 
toute particulière de vous pouvoir rendre mes très humbles 
services dans la conjoncture présente des affaires. Si j'y 
avois quelque part. Votre Altesse Royale connoîtroit avec 
combien de chaleur je m'intéresse pour tout ce qui la 
peut regarder et avec combien de passion et de respect, je 
suis pour toujours. Madame, de Votre Altesse Royale, 
le très humble et très obéissant serviteur. 

Le Cardinal de Retz. 



6. 

Le cardinal de Retz au duc de Savoie. 

A Paris, 12 décembre 1652. 

Monsieur, 

Je me sers de l'occasion des prochaines fêtes de Noël 
pour renouveler à Votre Altesse Royale les protestations 
de mon très humble service et pour lui demander la con- 
tinuation de ses bonnes grâces. Comme elles me sont infi- 
niment chères. Elle se peut aisément persuader que je 
rechercherai toujours les moyens de les mériter. 

Je supplie très humblement Votre Altesse Royale de ne 
point douter, s'il lui plaît, de cette vérité et qu'Elle ait 
agréable de croire que j'aurai toujours un extrême désir de 
lui rendre mes très humbles services pour lui faire connoître 
que personne ne l'honore plus parfaitement que moi, ni 
n'est plus passionnément. Monsieur, votre très affectionné 
serviteur. 

Le Cardinal de Retz. 



314 



APPENDICES. 



7. 

Le cardinal de Retz à Madame Royale. 

A Paris, ce 12 décembre 1652. 

Madame. 
Comme je reçois des marques de la bonté de Votre 
Altesse Royale en toutes occasions, aussi n'en dois-je 
perdre aucune de lui en donner de la reconnoissance. C'est 
ce qui m oblige de profiter des prochaines lêtes de Noël 
pour renouveler à Votre Altesse Royale mes commissions 
et les continuations de mon très humble service. Je vous 
proteste. Madame, que je ne souhaite rien avec plus d'ar- 
deur comme les occasions de vous les rendre pour vous 
faire connuître combien je m intéresse dans les choses qui 
vous regardent. Je supplierai donc très humblement Votre 
Altesse Rovale de m'honorer de ses commandements afin 
que je lui puisse témoigner par ma prompte obéissance que 
de tous ceux quelle honore de sa bienveillance, il n'y en a 
pas un t|ui ambitionne plus passionnément la qualité de{sic\, 
Madame, de Votre Altesse Rovale, votre très humble et 
très obéissant serviteur. 

Le Cardinal de Retz. 



XV. 



LETTRES ET EXTRAITS DE LETTRES DU BARON 
DE CIZE DE GRÉSY, SECRÉTAIRE DE L AMBASSADE 
DE SAVOIE A PARIS Archives royales de Turin . 

P A Madame Rovale. — 27 septembre 1652. 
...P. S. Le Roi a donné lamnistie telle que MM. les Princes 
la désiroient. Dans la visite que vient de me rendre M. le 



APPENDICES. 315 

marquis de Sévigné ^ il m'a donné la pièce ci-joinle, ne 
sachant si Votre Altesse Royale l'a encore vue, j'ai cru 
devoir la lui envoyer. 

2° A LA MÊME. — 4 octobre 1652. 

...(Il est question que M. de Reims quitte sa profession : 
la duchesse de Nemours a dit au baron de Grésy qu'elle 
désirait qu'il ne la quittât pas tant pour les avantages de 
^jeues jg Nemours, ses filles, que pour la réputation de sa 
maison.)... M. de Reims auroit dit qu'il auroit de la peine 
à prendre aucune résolution, ne pensant qu'à se consoler 
de la perte qu'il a faite, et il ne quilteroit sa profession 
embrassée par dévotion que pour des considérations bien 
fortes : il y est encouragé pour y rester par l'abbé de Beau- 
regard, son frère naturel, qui a la direction de ses prin- 
cipales affaires et qui a le plus de crédit près de lui. 

...J'ai visité M. le marquis de Sévigné de la part de 
Votre Altesse Royale et madame sa femme, qui est fort 
belle. L'un et l'autre m'ont témoigné, par des paroles 
pleines de respect, les obligations qu'ils lui ont. Ledit 
sieur de Sévigné m'a rendu la visite avec beaucoup d'offres 
et de civilités. 

3" A LA MÊME. — 14 octobre 1652. 

...L'on ne met point ici en doute qu'après que les Espa- 
gnols auront pris Casai, ils n'attaquent derechef les places 
de Son Altesse Royale et qu'elle ne soit à la fin contrainte 
de s'accommoder avec eux, ce qu'elle devroit déjà avoir 
fait ; ainsi parlent ceux qui veulent témoigner avoir quelque 
zèle pour les intérêts et service de Leurs Altesses Royales. 
Dans ces termes m'en ont parlé M. le marquis de Sévi- 
gné, etc.. 

1. Le baron de Grésy écrit toujours « Sévigny » au lieu de 
« Sévigné », ainsi que beaucoup de ses contemporains ; celte 
remarque faite, nous avons cru devoir rétablir la véritable 
orthographe du nom. 



316 APPENDICES. 

4° A LA MÊME. — 25 octobre 1652. 

...Une personne me visita hier et me dit qu'il venoit du 
Louvre où il avoit ouï l'ordre que la Reine avoit donné 
que l'on y préparât un appartement pour M. le cardinal 
Mazarin. 

(La lettre de M. de Sévigné datée du même jour, que 
ce dernier a chargé le baron de Grésy de faire parvenir à 
Madame Royale, était jointe à celle-ci.) 

5° Au Ministre. — 25 octobre 1652. 

(Le baron de Grésy l'informe que l'abbé d'Aglié, 
ambassadeur de Savoie, est arrivé à Paris le samedi 19 au 
soir, et que dès le lendemain il est allé lui rendre ses 
devoirs. Les termes de sa lettre semblent indiquer qu'il 
y avait un peu de froid entre le secrétaire d'ambassade et 
son chef : celui-ci, qui entendait l'avoir sous sa main, l'a 
fait loger chez lui.) 

6° Au MÊME. — 8 novembre 1652. 

M. le marquis de Sévigné prit la peine de me visiter 
avant-hier, et, me parlant de la perte de Casai, il me dit 
qu'il ne voyoit pas comment l'on pourra arrêter les pro- 
grès que sont pour faire les Espagnols dans le Piémont... 
Il me dit aussi que la Cour faisoit toujours tout ce qu'elle 
pouvoit pour détacher Monsieur le Prince des Espagnols, 
mais qu'elle n'en viendroit pas à bout, le traitement qu'on 
a fait à Monsieur (qui a toujours eu une conduite fort con- 
sidérée et modérée) lui sert d'exemple. 

M''® de Chevreuse mourut hier à huit heures du matin 
d'une fièvre pourpre, accompagnée de la petite vérole : 
elle n'a été malade que deux jours. 

7° A Madame Royale. — 22 novembre 1652. 

...Dans la visite que j'ai fait cette semaine à Madame la 
marquise de Sévigné, elle m'a invité d'assurer Votre Altesse 
Royale de ses respects et services et lui fais de sa part 



ArPE>DICES. 317 

très humble révérence. J'eus dans cette occasion celle de 
m'entretenir avec M. le marquis de Sévigné sur ce que 
l'on parloit d'éloigner M. le cardinal de Retz de Paris. Il 
m'a dit qu il s'ctoit déjà donné l'honneur d'en écrire à 
Votre Altesse Royale, qui fera [quej ne luy répéterai ce 
qu'il m'en fit savoir, 

8" Au MINISTRE. — 28 novembre 1652. 

Au point de trois heures, monsieur l'Ambassadeur vient 
de recevoir le billet ci-joint que vient de lui écrire Mon- 
sieur le marquis de Sévigné ; mais il n'a le temps (puisque 
le gentilhomme veut partir) ni rien d'extraordinaire à 
écrire à Madame Royale. Il m'a invité de vous écrire 
deux lignes pour accompagner ce billet et vous dire que 
dans peu de jours l'on espère que M. le Cardinal arrivera 
ici- 
Ce jeudi à midi. 

[Billet de Sé{>igné.) — Si monsieur l'ambassadeur ou 
monsieur le baron de Grésy veulent écrire en Piémont, il 
taut qu'ils m'envoient leurs lettres précisément à quatre 
heures du soir; car, à cette heure-là, et non pas plus tard, 
partira un gentilhomme de mes amis qui va à Turin en 
diligence. (Signé :) Sévigné. 

9" Au MÊME. — 29 novembre 1652. 

... L'on attend toujours le retour de JM. le cardinal 
Mazarin avec des grandes impatiences, vu qu'en lui toutes 
choses seront remises. 

10° A Madame Royale. — 6 décembre 1652. 

Monsieur le marquis de Sévigné prit hier la peine de 
me visiter et me donna connoissance de ce qu'il avoit eu 
l'honneur d'écrire à Votre Altesse Royale par ses dernières 
lettres au sujet du voyage que fait en Italie M. le marquis 
de Richelieu et sur les discours que Madame d'Aiguillon 



318 APPENDICES. 

et Monsieur le maréchal du Plessis lui avoient lait ces 
jours passés que Votre Altesse Royale avoit de nouveau 
assuré et déclaré vouloir être constante dans le service du 
Roi... 

M. le cardinal de Retz prêche tous les dimanches dans 
l'église de Notre-Dame : sa dernière prédication a été 
admirée de tous pour son éloquence, mais plusieurs ne 
purent s'empêcher à la sortie d'icelle de dire qu'elle 
sentoit un peu la Fronde. 

il" Au MiMSTRE. — Même jour. 

Je prends soin de visiter toutes les semaines M. le mar- 
quis de Sévigné : il a cette courtoisie de me rendre les 
visites que je lui fais. Celle qu'il me rendit hier me donnoit 
occasion d'écrire à Madame Royale quelque particularité 
des discours qu'il me fit savoir. Je suis le plus succinct 
qu'il m'est possible et ne lui donne aucune nouvelle pour 
ne donner sujet à M. le comte Philippe et à M. l'ambas- 
sadeur, son frère, de se plaindre de moi. Je rends compte 
à celui-ci de tout ce que je puis apprendre... 

P. S. Je vous supplie que le paquet ci-joint de M. le 
marquis de Sévigné soit promptement rendu à M. Poite- 
vin. 

12° A Madame Royale. — 13 décembre 1652. 

... L'onzième du courant, je fus visiter l'ami que Votre 
Altesse Royale sait, lequel, après plusieurs discours super- 
flus de lui écrire, me dit qu'il n'y avoit que deux jours 
qu'un ministre d'Etat affectionné à la Royale Maison de 
Savoie, lui parlant confidentiellement des affaires, dit que 
l'on pensoit fort peu ici à celles du Piémont... 

13" Au Ministre. — Même jour. 

... L'ami m'a prié de vous supplier de sa part de faire 
dire à M. le marquis de Richelieu, si vous l'avez pour 
agréable, qu'il vous envoie les lettres qu'il a occasion 



APPENDICES. 319 

d'écrire à madame d'Ai{;uiilon pendant qu'il sera à cette 
Cour, lesquelles il peut adresser à l'ami el vous les ferez 
mettre, s'il vous plaît, dans mon paquet. 

14" A Madame Royale. — 20 décembre 1652. 

La Cour voyant qu'elle n'avoit pu, avec une conduite 
étudiée, disposer M. le cardinal de Retz à se réunir 
d'amitié avec M. le cardinal Mazarin, ainsi que j'ai eu 
l'honneur d'écrire à Votre xVltesse Royale par ma précé- 
dente i, ni le disposer au voyage de Rome que l'on lui 
faisoit proposer, prit hier résolution, comme il fut au 
Louvre voir Leurs Majestés, de s'assurer de sa personne 
par l'emprisonnement qui s'en est fait, ainsi que l'ami (que 
je viens de visiter) en rend compte à Votre Altesse Royale, 
qui fera [que je] ne lui répéterai toutes les circonstances 
de cette détention. L'on croit maintenant que M. le car- 
dinal Mazarin sera ici dans peu de jours, puisque la véri- 
table cause de son retardement n'étoit que les obstacles 
que lui donnoit la personne dudit cardinal de Retz, qu'il 
considéroit ici comme le chef de quelque cabale qu'il 
disoit se faire, lesquelles (sic) étant contre l'autorité 
royale et l'avantage de son service, a cru que le meilleur 
remède étoit d'en ôter le sujet. Si cette conduite produira 
les effets que la Cour se promet, le temps le fera con- 
noître. 

Cependant, M. l'archevêque de Paris, accompagné de 
quelques chanoines, ont été députés du chapitre de Notre- 
Dame pour aller porter leurs humbles supplications en 
faveur dudit cardinal de Retz à Leurs Majestés, desquelles 
il devoit avoir audience cette après-dînée. L'Université a 
résolu, cette même après-dînée, la députation qu'elle fait 
demain matin au Roi pour lui demander, avec très 
humbles supplications, la liberté de M. le cardinal de 
Retz. M. Laplace, recteur d'icelle, est chef de cette dépu- 

1. Cette dépêche antérieure n'a pas été retrouvée. 



320 APPE>DICES. 

tation : il a laissé entendre à un mien ami qu'il a ordre 
de ne rien oublier dans sa commission. L'on dit déjà que 
quelques curés se laissent entendre que si on ne met en 
liberté ledit cardinal, ils l'ermeront toutes leurs églises : ce 
seroit une résolution qui porteroit de grandes consé- 
quences, à quoi sans doute la Cour par prévoyance por- 
tera les ordres nécessaires. 

Le Père de Gondy a reçu ce matin ordre du Roi de se 
retirer à Aubervilliers, qui n'est qu'à deux lieues d'ici. 
L'ami, n'osant écrire à Votre Altesse Royale l'avis suivant, 
m'a prié de le lui porter par celle-ci, qui est qu'un gen- 
tilhomme, et des plus confidents de Monsieur le Prince, le 
visita hier à onze heures du soir et eut avec lui une 
longue conférence dans laquelle il lui donna connoissance 
comme la Cour voudroit persuader à Monsieur le Prince 
que l'emprisonnement qu'elle a fait de M. le cardinal de 
Retz n'est que pour lui donner plus de satisfaction et 
d'avantagres s'il désire faire son traité avec la Cour, mais 
que, quoi qu'elle sache dire et faire. Monsieur le Prince ne 
s'v fiera point et que ces discours sont plutôt pour le 
mettre en quelque défiance près des Espagnols, et pour 
suspendre les bonnes résolutions de ceux qui sont affec- 
tionnés aux intérêts de Monsieur le Prince qui sont dans 
Paris ; que, dans ces termes, ledit gentilhomme lui en a 
écrit aujourd'hui, ainsi qu'ont fait deux autres qui agissent 
ici avec lui pour ses intérêts, si bien que, hors d'une paix 
générale, il n'y a point d'apparence qu'il se puisse accom- 
moder. 

Ce sont les mêmes mots qui m'ont été confiés dont je 
rends compte à Votre Altesse Royale, laquelle l'ami m'a 
aussi prié de la supplier très humblement de sa part que 
faisant réponse à la lettre que se donne l'honneur de lui 
écrire Madame la duchesse d'Aiguillon, elle lui veuille 
faire la grâce d'y glisser quelques mots par lesquels 
ladite dame d'Aiguillon puisse connoître que lami avoit 
écrit à Votre Altesse Royale en recommandation de M. 



APPENDICES. 321 

le marquis de Richelieu. C'est tout ce que j'aurai l'hon- 
neur de lui faire savoir, lui faisant très humbles révé- 
rences et du Ciel hii souhaite les honnes fêtes pour 
longues années, accompagnées de toute santé et prospé- 
rité, et à moi la grâce de me dire pour jamais, etc.. 

15" A LA MÊME. — 27 décembre 1652. 

Je me trouve chargé, par la prière que Tami m a fait, 
de rendre compte à Votre Altesse Royale, d'une proposi- 
tion qu'il a cru que la conjoncture des affaires lui per- 
mettoit de pouvoir faire ; mais comme il seroit bien marri 
qu elle put en rien préjudicier aux intérêts de V'otre 
Altesse Royale, aussi la fait-il avec cette condition, en 
tant qu'elle sera à iceux avantageuse. Et comme le juge- 
meJit n'en peut être fait que par elle, il la supplie du 
moins de la recevoir pour une marque de son zèle et de 
sa fidélité. L'emprisonnement de M. le cardinal de Uelz 
donnant occasion à tous ceux qui lui sont attachés, ou pai' 
degré de parentage ou par celui d'amitié, de penser aux 
moyens de lui donner la liberté et de travailler à même 
temps pour le repos du public et pour la paix générale, à 
ces fins il a considéré que l'assistance du spirituel et du 
temporel étoit requise. Pour la première, Ion se la pro- 
met du Pape, auquel a été dépêché l'abbé Charrier pour 
lui rendre compte de la détention du cardinal de Retz et 
pour lui suggérer les moyens de lui procurer la liberté ; 
pour l'autre, il a cru, sur les bruits qui courent ici d'un 
traité entre Votre Altesse Royale et les Espagnols, qu il 
pouvoit lui représenter que si, dans les conditions d'icelui, 
ils promettent de lui recouvrer Pignerol, elle doit profiter 
de l'occasion... puisqu'elle ne peut être plus belle, attendu 
que toutes les apparences sont que la guerre se va 
allumer de plus fort, cette campagne, dans divers endroits 
de la France, ce qui favoriseroit non seulement le siège 
de Pignerol, mais qui lairroit encore aux Espagnols de 
faire passer un nerf considérable d Inlanterie et de cava- 

21 



322 APPENDICES. 

lerle dans la Bresse et dans le Dauphiné ou autre province 
voisine, auxquelles joignaiU les troupes de Votre Altesse 
Royale, on se pourroit promettre des succès pour les fins 
ci-dessus représentées. Il se promet que ce dessein sera 
puissamment secondé par Monsieur le Prince et par 
quelques gouverneurs de places frontières, parents du 
Cardinal ou intimes amis, comme encore d'une infinité de 
personnes de condition ; il supplie donc Votre Altesse 
Royale de considérer que, par ce moyen, on voudroit 
mettre dans ses royales mains les moyens d'avahtager ses 
intérêts auprès des Espagnols, en soumettant à sa puis- 
sance de nouveaux mouvements en ce royaume, dans 
lesquels chacun trouveroit son compte, sans parler de la 
gloire qui seroit due à Votre Altesse Royale pour le repos 
qu'elle procureroit à la chrétienté... Que si les intérêts de 
Votre Altesse Royale se peuvent venir à cette proposition 
et qu'il faille seulement penser aux précautions qu'elle 
requiert, l'ami, sur ses sentiments et commandements, 
agira avec la conduite que demande une affaire de cette 
importance : il est donc attendant de les apprendre et a 
concerté avec moi les movens de lui faire savoir où il va. 
Les commandements que Votre Altesse Royale me fait 
de lui rendre compte de ce que l'ami me faisoit savoir est 
la cause que je ne me suis pas excusé sur la prière qu'il 
m'a fait de lui porter ses discours, m'ayant aussi dit qu il 
écriroit à Votre Altesse Royale de me les avoir confiés. Je lui 
en rends donc compte très fidèlement et sans y rien ajouter, 
mais bien ai omis beaucoup de paroles et circonstances 
superflues qui auroient rendu ma lettre importune à Votre 
Altesse Royale. L'ami se promet que JMonsieur le Prince 
et M. le cardinal de Retz se réuniront d'amitié. Il y a des 
personnes qui travaillent puissamment pour cela. Ledit 
Cardinal, avant son emprisonnement, recherchoit déjà avec 
de grands soins l'amitié dudit prince. Etant tout ce qu'a 
digne (sic) de lui faire savoir, de Votre Altesse Royale, 
son très humble, très obéissant, etc.. 



APPENDICES. 323 

16° A LA MÊME. — 27 décembre 1652. 

Ceux qui espéroieut que l'emprisonnement de M. le 
cardinal de Retz dût causer quelque émotion se sont désa- 
busés par l'indifférence que le peuple a conçue pour sa 
détention. La conduite artificieuse qu'il a eue dans les 
derniers mouvements lui a fait perdre le crédit qu'il s'étoit 
acquis auparavant : l'on le considère comme celui (pii a, 
par de malicieuses inspirations, détourné les bons effets 
que Paris se promettoit de l'union de Monsieur avec Mon- 
sieur le Prince, de laquelle il espéroit le repos et la paix. 
L'on remarque que, dans toute sa conduite, l'ambition a 
été le seul but de ses desseins. S'il a, par ses soins et 
intrigues, facilité le retour de la Cour à Paris, c'est dans la 
croyance que Monsieur y resteroit dans le rang et le cré- 
dit qui est dû à sa naissance, par le moyen duquel il se 
seroit fait considérer. Et comme le succès de ce dessein 
dépendoit de l'éloignement de M. le cardinal Mazarin, 
aussi y apportoit-il pour cet effet autant de soin qu'il en 
avoit pris pour le retour de la Cour, mais il lut plus que 
surpris lorsque l'on lui rompit ses mesures par la retraite 
que l'on fit faire à Monsieur. Dans ce malheur, il conser- 
voit encore le désir de félicité {sic) et essaya derechef, par 
les voies d'intrigue et des cabales, se rendre considérable 
et obliger M. le cardinal Mazarin de concevoir de défiance 
[sic) de Paris : il fut persuadé de cette croyance, lorsque 
par de secrets empressements, on lui témoigna désirer 
qu'il fît un voyage à Rome ou qu'il recherchât de se réu- 
nir d'amitié avec ledit cardinal Mazarin. Il fit le fin sur 
l'une et sur l'autre de ces recherches, se repaissant d'une 
fausse autorité et se promettoit par cette conduite se porter 
au degré de ministère. Il croyoit aussi que l'on n'auroit 
osé rien entreprendre contre une personne pour qui le 
monde avoit du respect et que la fortune révéroit. Mais 
cette considération étant au-dessous des raisons que la 
Cour a eu de s'en assurer, elle avoit résolu, il y a plus de 
quinze jours, sa détention et l'éloignement de ceux qui 



o24 APPENDICES. 

pourroient marcher d'intelligence avec lui. L'on a eu celte 
pensée de M. le marquis de Sévigné auquel le Roi, par ime 
lettre de cachet, a commandé de se retirer à une de ses 
maisons aux champs, lequel partit hier d'ici. 

{E}i mavixe de la dernière poge.) La Reine envoya dire 
à Madame la marquise de Sévigué qu'elle pouvoit demeu- 
rer à Paris : elle fait néanmoins état, ce printemps, aller 
trouver M. de Sévigné. 

17" Au MiMSTRE. — 3 janvier 16.53. 

...(Il prie de la part de M'"" d'Aiguillon — piière Irans- 
mise par M™" la marquise de Sévigné — de laire tout ce 
qui est possible pour que le marquis de Richelieu oublie 
M"" de Beauvais : on désireroit que M^'® Ville la lui fît 
oublier ^). 

18" A Madame Royale. — ■ 3 janvier 1653. 

... Je visitai hier Madame la marquise de Sévigué où je 
trouvai M. de Roquelaure^ et quelques autres de ses amis. 
Elle me témoigna, après le départ de ces messieurs, les 
obligations que ^L-idame d'Aiguillon a à Votre Altesse 
Royale pour les accueils et honneurs que ■NL le marquis de 
Richelieu reçoit de Votre Altesse Royale. 

19° Au MIMSTRE. — 10 janvier 1653. 
L'ami, comme je vous ai écrit, s'est retiré eu une 
sienne maison en Touraine"', à soixante lieues d ici. ,1 ai 

1. De la lamille Villa à laquelle appartenait le marquis 
« Ville » nommé dans une lettre de 31. de Sévigné à M'"" 
Royale du 25 août 1048. 

2. Gaston-Jcun-Baplisle de Roquclaurc ;i617-i683), licuie- 
nant-igénéral dans les armées du roi : c'est lui que ses bouflbn- 
neries ont rendu célèbre ; on a mis son nom dans bien des 
anecdotes de pure invention. 

3. M. de Grésy a été mal renseigné : on sait que la terre 
de Chanipiré était en Anjou. 



APPENDICES. 325 

remis la lettre que vous m avez adressée à sa femme (|ui 
la lui fera tenir. Je la visite le plus souvent que je puis, 
caries amis de l'ami confèrent avec elle. Elle a ordre de 
son mari de me dire tout ce qu elle apprendra ; et moi, 
quand il y aura quelque chose digne de la connoissance 
de Madame Royale, je ne manquerai de lui en rendre 
compte... 

20" Au MÊME. — 17 janvier 1653. 

J'ai remis à la ibmmc de l'ami la lettre qui étoit pour 
elle, et le paquet qui étoit pour Madame la duchesse d'Ai- 
guillon laquelle a témoigné à la femme de l'ami qu'elle 
seroit bien aise de me voir... 

21" A Madame Royale. — Même jour. 

J'ai visité la femme de l'ami, laquelle a reçu de lui une 
lettre pour Votre Altesse Royale laquelle elle lui envoie 
par cet ordinaire. Il y a toujours chez elle grand monde : 
plusieurs de ceux qui sont entièrement attachés aux inté- 
rêts de -M. le cardinal Mazarin la visitent assez souvent : il 
ne faut pas douter que ce ne s )it pour voir ceux qui fré- 
quentent chez elle et savoir ce qui se dit, tant sur la déten- 
tion de monsieur le cardinal de Retz que sur l'éloigne- 
ment de l'ami. Je lui rends mes visites aux heures qu'elle 
me marque et qu'elle fait dire qu'elle n'est point chez elle, 
me conduisant de façon que personne n'en a connois- 
sance... 

22" A LA MÊME. — 30 janvier 1653. 

Je fus hier rendre mes devoirs à Madame d'Aiguillon ; 
mais je ne la trouvai point. Je vis Madame la marquise de 
Sévigné, qui me dit qu'elle faisoit état de partir dans 
quatre ou cinq jours pour aller trouver son mari duquel 
bientôt je recevrai des lettres... 

23" A LA MÊME. — 7 février 1653. 

... L'ami est un peu malade, ce qui [a] obligé sa femme 



326 APPENDICES. 

de partir pour l'aller trouver ; je ne l'ai point vue à son 
départ, car j'étois en voyage... 

24" A LA MÊME. — 21 février 1653. 

.le n'ai point eu de réponse de l'ami ; chez lui l'on m'a 
dit qu'il est encore un peu malade. Dans cinq à six jours, 
sa femme arrivera chez lui. J'ai accompagné la lettre que 
Votre Altesse Royale lui a écrite et je l'ai remise à celui 
qui a ordre de les lui faire tenir. 

25° Au MiNiSTHK. — Même jour. 

(Il annonce au ministre qu'il compte partir le 25 de ce 
mois.) 



XVI. 

Lettre du chevalier de Sévigné à Madame Royale ^. 

A Paris, ce 1*" x"^ 1651. 

Il y a quelques jours que m*" le duc dorleans avoit 
envoyé un de ses gent™*^^ nomé Verderonc en la Court 
pour suplier le roy de sursseoir l'enregistrement de la 
déclaration contre ^I. le prince. Cette nuit il est arrivé un 
Courier du roy au M^' de 1 hospital qui lui comande d'aller 
au parlement et de dire que Sa mag*^ se plaint du délai 
que cette comp'" a aporté en cette affaire ; qu'il a ample- 
ment informé le s'' de Verderone des raisons qu'il a pour 
ne pas accorder a son oncle ce qu il lui demandoit sur ce 
sujet et qu'il croit qu'il en demeurera satisfait. 

Le s'" de Verderone debvoit aussi demander au roy s il 
trouveroit bien que m"" de Chavigny alast trouver m"" le 

1. Afin de donner un spécimen de l'orthographe du cheva- 
lier de Sévigné, nous croyons devoir reproduire ici, entière- 
ment conforme à l'original, cette lettre que nous avons déjà 
publiée à son ordre chronologique, page 6. 



APPENDICES. 327 

prince pour travailler à un acommodement ; ie ne scay 
point quelle réponse Ion lui aura faite : il faut attendre son 
retour p"" Taprendre. Les pc^litiques de ce pais ne croient 
pas que l'on l'acorde. 

M"" le duc dorleans a esté ce matin au palais et a prié 
la c'^ dattendre le retour du s' de Verderone avant que 
délibérer. Lon a donné iusques a demain ; mais comme le 
dit s' ne sera pas venu, ie me persuade que la chose sera 
remise à la sepmaine prochaine. Lon m'a assuré que M"" le 
duc dorleans ne lait pas toutes ses démarches par amitié 
pour M. le prince, ains au contraire qu'il le hait beau- 
coup, mais qu'il le craint encore plus et pardessus tout il 
ne peut se résoudre de se fier à la Reyne disant qu'elle l'a 
trompé plusieurs lois. V. A.R. voit que ie non suis pas de 
mesme et que iay une entière confiance en sa bonté 
puisque ie ne lui cache rien. Le zèle et la passion que jav 
de la sci'\ir m'obligeront à en user tousiours ainsi. 

Le mauvais temps a empesché que notre armée n'aie 
encore pu ioindre tout à fait m"" le conte d'Arcourt. Se 
sont les dernières nouvelles que j'ay eues de la Court et 
que le roy ne partira pas d'où il est que l'on ne voie si 
m"" le prince veut donner Bataille. On fera tous les efforts 
possible pour l'y obliger : on me vient de dire qui! 
marche pour secourir La Rochelle et m"" d'Arcourt pour 
l'en empescher : il ne se faut pas trop aresior à tous ses 
bruits. C'est trop parler de guerre. Quelq*^' gazettes de 
poitiers portent qu'il y a plusieurs galanteries à la Cour ; 
mais celle qui y fait plus desclat, c'est de Mad° de Beauvais 
qui a un œil de verre et plus de 60 ans avec m*" de 
Vardes, fils de feu Mad. la contesse de Mores et un des 
plus beaux gent™®^ de son temps. La dame est première 
femme de chambre de la Reyne et fort riche. Lon croit 
icy qu'il y a deux princesses qui veulent épouser le duc 
d'Yorc : c'est M"^ de Longueville et M"" de Chevreuse. M"" 
le Coad. qui en peut savoir des nouvelles m'a assuré que 
la dernière n'y pensoit pas ; en effet se seroit mieux le 



.'{28 APPENDICES. 

lait de 1 autre qui a des biens exesils. J'ay esté plusieurs 
fois chez m'" l'abbé d'Aiglié, mais il a tousiours esté 
malade : i'en ay eu beaucoup de desplaisir puisque cela 
m'empesclie de recevoir plus particulièrement les coman- 
dements de V'"'' A. R. Il faudroit qu'ils fussent bien diffi- 
ciles à exécuter si ie n'en viens pas à bout : ie suplie très 
humblement V. A. R. de dire à son secret''' que les ch^""^ 
en france ne sont pas mariés et que je suis marié et que 
ie m'apelle Sevigné au lyeu de Somûgni ; c'est qu'il y a 
des persones ici qui ont ce dernier nom et ainsi il se pou- 
roit faire des équivoques. Si la femme que iay espousée 
avoit l'honneur destre cognue de Vot. A. R., ie croy 
qu'elle auroit quelque bonté pour elle. Le récit que ie luy 
av faict de vos grandes vertus lui a donné une si grande 
vénération pour V. A. R. qu'elle a une passion extraord""® 
de lui rendre toutes sortes de très humbles obéissances et 
respects. Sil mestoit permis d'en dire du bien, ie l'assu- 
rerés qu'il y a peu de femmes en france qui ayent l'esprit 
meilleur ni plus solide. 

[Au dos, cachets de cire noire et lacs de soie bleu-vert 
clair. Les cachets portent deux faisceaux de torches 
enllammées réunis par un entrelacs et un nœud, et 
autour, cette légende : Vi, flamma, sic vita pcwes.] 



TABLE ALPHABETIQUE 

DES INOMS PROPRES 



Agen (la ville d'), 99. 

Aglié (l'abbé d'), M. de Sévi- 
gné doit le voir, 4 ; il est 
malade, 9, 17; M. de Sévigné 
l'a vu, 18; il a dû envoyer à 
la duchesse de Savoie le texte 
des arrêts du Parlement de 
Paris contre Mazarin, 19,50; 
s'absente de Paris, 66; esta 
Saumur, 69 ; est de retour à 
Paris, 1 14 ; ses relations per- 
mettront à M. de Sévigné 
d'abrégpr les siennes, 123. 
125; il annoncera à la du- 
chesse de Savoie la mort du 
duc de Xemours, 161; et le 
projet de Mazarin de marier 
une de ses nièces avec le duc 
de Savoie. 250; cité, 77, 78. 
82. 170. 

Aiguillon (Marie-Madeleine de 
VignerotduPle.ssis, duchesse 
d'), Mazarin lui écrit. 50; elle 
intervient dans les négocia- 
tions pour la paix, 111, 119, 
126; Mazarin ne veut plus 
exécuter le traité qu'elle a 
négocié, 143 ; elle croit la paix 
faite, 149; prie M. de Sévi- 
gné d'intervenir au sujet 
du mariage du marquis de 
Richelieu. 208; celui-ci était 
son héritier probable. 209 ; elle 



veut le décider à faire annuler 
son mariage, 212, 211! : la du- 
chesse de Savoie lui écrit, 2)i2. 
234 ; elle s'occupe du retour de 
M. de Sévigné à Pari^;.25l. 

Amboise (ville d'), 81. 

Amiens (ville à'], Ml. 

Ancre (maréchal d'I. 161. 

Angers (ville d'), 55, 68. 69.74, 
76. 

Angleterre, 224. 

Anjou (duc d'), 115. 

Anjou (province d'), 55. 

Anne d'Autriche, reine de 
France, inspire de la défiance 
au duc d'Orléans, 7: on croit 
qu'elle va rappeler Mazarin, 
12 ; dé.<ire son retour. 20, 22 ; 
est suppliée de ne pas y con- 
sentir, 23 à 25 ; persiste à le 
désirer. 26; le coadiuteur ne 
peut la persuader d y renon- 
cer, 30; elle reste passionnée 
pour ce retour, 33 à 35; le 
duc d'Orléans l'en blâme, 
4 4 ; réflexion de Mathieu Mole 
à ce sujet, 45; elle fera tout 
ce que Mazarin voudra, 46; 
sentiments des Parisiens à 
ce sujet, 55 ; le coadjuteur 
a traité avec elle. 58 ; Yille- 
roi l'a priée de rappeler Ma- 
zarin au Conseil, 63; elle est 
résolue de garder Mazarin, 
67. 68 ; elle n'en veut pas au 



330 



TABLE ALPHABETIQUE. 



coadjuteur de désapprouver 
le retour de Mazarin. 70; le 
duc de Dam ville voudrait 
lui rapporter une réponse fa- 
vorable du duc d'Orléans. 73 ; 
le coadjuteur la défendra 
contre Condé si elle veut 
éloigner Mazarin, 76 ; elle féli- 
cite le coadjuteur de sa pro- 
motion au cardinalat. 80 ; elle 
se montre bien disposée pour 
ceux qui ne voient pas Maza- 
rin, 81 ; le coadjuteur ne peut 
lui marquer son dévouement à 
cause de Mazarin, 84; elle 
traite avec Fabert, 98 ; le roi 
et la reine d'Angleterre la 
pressent de négocier avec les 
Princes, 109; le coadjuteur 
s'est brouillé avec Condé à 
cause d'elle, 112; elle lui fait 
savoir qu'elle ne veut pas 
traiter sans lui, 113; elle 
reçoit les envoyés de Condé 
et du duc d'Orléans, 115, 116 ; 
elle est mécontente du coad- 
juteur, l'21 ; elle fait prendre 
des nouvelles du duc d'Or- 
léans malade. 121. 123; en 
renvoyant Mazarin. elle aurait 
ardernment rétabli la paix, 
124; elle songe à faire couron- 
ner le roi à Reims, 129 ; la 
reine de Suède lui offre son 
entremise pour la paix. 131 ; 
elle est aveuglée par son atta- 
chement pour Mazarin. 136; 
trompée par le duc de Lor- 
raine, 138; elle reproche au 
coadjuteur ses rapports avec 
ce dernier, 139; le coadjuteur 
sait que c'est Mazarin et non 
elle qui s'oppose à ce qu'il 
prenne le bonnet de cardi- 
nal, 142; elle demeure atta- 
chée à Mazarin, 155. 156; le 
camérier du pape lui remet 
ses lettres sans voir Z\Iazarin. 
156; on dit qu'elle aurait fait 
donner des lettres de duc à 
Mathieu Mole, 158: elle dé- 
sire le retour de Mazarin, 



170; elle veut tout pousser 
à l'extrémité, 174, 176; elle 
néglige les occasions de ren- 
trer dans Paris. 177 ; elle 
donne au coadjuteur le bon- 
net de cardinal et confère avec 
lui, 179 à 181; le prince Tho- 
mas de Savoie est dans sa 
confidence, 182 ; Mazarin veut 
la tenir éloignée du coadju- 
teur, 184; elle attend le re- 
tour de Mazarin pour traiter, 
186; elle négocie avec Condé, 
187 : le duc de Damville lui 
annonce que le traité avec le 
duc d'Orléans est signé, 196; 
elle désire que ce dernier se 
retire à Blois, 197; elle en- 
tend un sermon du coadju- 
teur, 201; elle retarde à re- 
gret la déclaration contre 
Condé. 205; elle fait exiler 
Châteauneuf comme étant 
trop du parti du duc d'Or- 
léans. 209; elle visite M^^ de 
Chevreuse. 210 ; le prince 
Thomas de Savoie l'a préve- 
nue contre le marquis de 
Richelieu. 213; le président 
Perrault lui fait des propo- 
sitions d'accommodement de 
la part de Condé, 221 ; le co- 
adjuteur est arrêté dans une 
de ses chambres, 225; elle 
est mal avec Mazarin, 249; 
elle ne veut pas que le roi 
aille à l'armée, 253. 

Aumont (maréchal d'), 74. 

Avesnes (ville d'i, 99. 



B 



Bar (Guv de). 38. 

Barcelone (ville del. 85. 189. 
206. 

Bar-le-Duc (ville deK 213. 215. 
223. 

Bartet (Isaac), 34. 

Beaufort (François de Ven- 
dôme, duc de), envoie deman- 
der à la Cour les prises faites 



TABLE ALPHABETigUK. 



331 



par des chevaliers franrais, 
21 ; sera liiontôt réconcilié 
avec le cnadjuteur, 35; on 
croit qu'il (ommanflera les 
troupes du duc d'Orléans, 
iO; dévoué à la duchesse de 
Chevreuse. 4G à 'i8; va com- 
mander les troupes du duc 
d'Orléans, 57, 04; il n'arri- 
vera pas à temps pour secou- 
rir Angers, 74; il veut con- 
duire le duc d'Orléans à 
Orléans. 80 à 88; son inca- 
])acité, 90; son ditférendavec 
le duc de Xemours, VII ; les 
Parisiens sont mécontents 
de lui, 119; il est élu gouver- 
neur de Paris, 140; Condé 
promet à la duchesse de Ne- 
mours de ne jamais le voir, 
101, 102; il sortira de Paris. 
193; il a accepté l'amnistie, 
200. 

Beaujeu (Claude-Paul de Beau- 
jeu de Villif'rs, comte de), 
107, 114, 12-2. 

Beauvais {M^" de), 8. 31. 00. 
208, 212. 

Beauvais (M"--' de|, 14, 208, 212. 

Belle-Isle (île de). 252 à 250. 

Bérulle (cardinal de). 157. 

Béthune (comte de), 157. 

Bignon, avocat général au Par- 
lement de Paris, 205. 

Bitault (François), conseiller 
au Parlement de Paris. 38. 

Blois (ville de), 83. 192,190,200. 
205, 217. 

Boisgeffroy (Pierre Mascarel 
de), 97. 

Bois-le-Vicomte (ville de). 197. 

Bordeaux (ville de). 55. 80. 99. 
107. 119. 132. 145, 172, 188. 

Bordeaux (Antoine de), 224. 

Bossu (comtesse de), 193, 198. 

Bouillon (ville de), 129. 

Bouillon (Godefroi de), 05. 

Bouillon (Frédéric-Maurice, duc 
de). 42. 88, 99. 150. 103, 108. 

Bouillon (duchesse de), 118. 

Bourbon-l'Archambauit (ville 
de), 205. 



Bourges (ville de), 205. 
Brégy (M. de), 122. 
Hrest (ville de), 250. 
Brisach (ville de). 107, 108. 
Brissac (duc de), 90. 254, 256. 
Broglic (comte de), 90. 
Hrouage (place de), 99, 250. 
Hroussel (Pierre de), 145, 140, 

183. 
Bruxelles (ville de), 223. 



C 



Caudale (Louis-Oharles-Gaston 
de Nogaret de La Valette, 
duc de), 170. 181. 189. 

Casai (ville de), 128. 180, 189. 
194, 198, 202, 203, 200, 223. 

Catalogne (province de), 99. 
218. 

Champagne (régiment de). 84. 

Champiré (terre de), 250. 

Champlàtreux ( J e a n-Edouard 
Mole, comte de), 40. 

Charenton (ville de), 107. 

Charles II. prince roval d'An- 
gleterre. 13, 109. 

Charles-Emmanuel II. duc de 
Savoie. Voir : Savoie (duc de). 

Charlevoix, 107, 108. 

Charrier (l'abbé), 70, 230, 233. 

Chartres (ville de). 88, 110, 200. 

Châteauneuf (Charles de l'Au- 
bépine, marquis de). 25. 26, 
.30, 40, 50. 62. 137, 139, 209. 

Châteaurenard (ville de), 97. 

Château-Thierry (ville de), 169. 

Ghâtillon (IsaÎ3elle- Angélique 
de Montmorencv'-Bouteville, 
duchesse de), 127, 154, 242. 

Châtillon-sur-Loing. 97. 

Chauny (ville de), loi, 150. 

Chavigny (Léon Bouthillier, 
comte' de), il est question de 
l'envoyer vers Condé pour 
traiter avec lui de la part du 
duc d'Orléans, 7; il est très 
lié avec celui-ci, 40; il le 
presse d'aller à Orléans, 80; 
il va à la Cour négocier pour 
les princes, 109 à 112; est 



332 



TABLE ALPHABETIQUE. 



re(;u par la reine et Mazarin. 
H 5, 116; échoue dans ses 
négociations, 119, 120; son 
rôle dans ces négociations, 
126, 127; Mazarin ne veut 
plus exécuter le traité qu'il 
a fait avec lui, 143; son ami 
intime, le marquis de Morte- 
mart, anégocié l'éloignement 
de Mazarin, 147; il aurait 
accepté d'entrer dans le Con- 
seil des Princes, 158, 150; 
aurait traité avec l'al^bé Fou- 
quet, 184; sa mort, 190. 

Christine de France, voir : Sa- 
voie (duchesse de). 

Christine de Suède, voir : Suède 
(Christine, reine de). 

Coadjuteur, voir : Retz (cardi- 
nal de). 

Cœuvres (marquise de), 21. 

Gondé (Louis de Bourbon, 
prince de), son courage au 
combat de Cognac, 4; projet 
de déclaration contre lui au 
Parlement de Paris, 5 à 7 ; 
il va secourir La Rochelle. 
8; le Parlement de Paris 
délibère au sujet de la décla- 
ration proposée contre lui, 
11, 12; il va combattre le 
comte d'Harcourt, 13; ses 
partisans attaquent le Pre- 
mier Président, 16; on négo- 
cie pour lui à la Cour. 17 ; 
un de ses partisans se dispute 
au Parlement avec le coad- 
juteur, 19; affaiblissement 
de son parti, 20; le maréchal 
d'Estampes va le trouver. 21 ; 
il consent au retour de Ma- 
zarin 24 ; il feint d'ignorer 
que M™'" de Longueville né- 
gocie avec Mazarin, 25;- son 
attitude entre Mazarin et le 
duc d'Orléans, 34, 35; un 
gentilhomme lit de sa part 
une déc laration au Parlement 
de Paris contre Mazarin, 36, 
37 ; le Parlement accorde les 
fins de sa requête, 39; le duc 
d'Orléans n'a pas encore trai- 



té avec lui, 42-43; bruit qu'il 
a été battu, 45; Mazarin est 
prêt à lui donner tout le 
royaume, 46; à quelles con- 
ditions il traitera, 47; il est 
battu par le comte d'Harcourt, 
49,50; demeure suspect au 
duc d'Orléans, 51 à 53; son 
traité avec lui, 54, 55; il né- 
gocie avec le coadjuteur, 57, 
58 ; celui-ci refuse de se ré- 
concilier avec lui, 59 à 62; 
rupture des négociations 
entre eux, 69 ; on dit qu'il est 
maître de la Guyenne, 74 ; le 
coadjuteur soutiendra la Cour 
contre lui, 76; le coadjuteur 
voudrait détacher de lui le 
duc d'Orléans, 80; il est 
obligé de lever le siège de 
Miradoux,81 ; il est repoussé 
par le comte d'Harcourt, 84, 
86; le duc de Beaufort vou- 
drait hii amener les troupes 
du duc de Nemours, 87 ; il 
a commandé à Tavannes de 
ne point quitter le duc d'Or- 
léans, 88; il annonce son 
arrivée à Paris, 89, 90; il ne 
vient pas à Paris, 91 ; il s'em- 
pare de Montargis, 92; la 
répression à Paris a modifié 
son attitude, 95: il bat les 
troupes royales à Bléneau, 
96; il vient à Paris, 97; le 
duc d'Orléans promet au coad- 
juteur qu'il en sortira bien- 
tôt, 98 ; manœuvres de ses 
partisans, 100 à 102; il va au 
Parlement. 102, 103 ; il aurait 
mal parlé du coadjuteur, 103; 
il a refusé de rendre Stenay 
au duc de Lorraine. 107 ; il a 
une dispute au Parlement 
avec un conseiller, 108; il va 
au Parlement. 109; il voit le 
roi et la reine d'Angleterre 
au sujet des négociations de 
paix.' 109. 110; Chavigny 
négocie pour lui. 111. 112; il 
fait relâcher la duchesse de 
Bouillon. 118; subit les re- 



TABLE ALPilARKTIQLE, 



333 



proches dos l'arisiens, 119; 
il est irrité contre le coadju- 
teur, 1-20; celui-ci, j)Our lui 
l'aire échec, s'est rapproché 
de Mazariu. 121; conditions 
de son traité avec la Cour, 
12i ; tîourville traite pour 
lui à la Cour. 12G, 127; il est 
amoureux de M'"" de Ghâtil- 
lon, 127; il reçoit le duc de 
Lorraine, 133, 134; le roi est 
prêt à suivre ses conseils, 
135; sou traité avec le duc 
de Lorraine, 138; il est prêt 
à désarmer si Mazariu s'eu 
va, 130; ses conditions pour 
le renvoi de Mazariu. 141; 
Gaucourt a négocié son traité, 
142; son combat au faubourg 
Saint-Antoine, 143; il est 
maître dans Paris, 143. 144; 
il veut eu faire sortir le co- 
adjuteur, 147; le roi lui fait 
annoncer l'éloignement de 
Mazariu, 149; il escorte les 
députés du Parlement. 150; 
il a reçu une lettre du roi 
d'Espagne, 152; il veut aller 
traiter de la jiaix générale, 
153; le Parlement le nomme 
commandant des armées, 
154; attitude du duc de Lor- 
raine et de l'Espagne à son 
égard, 155; le duc d'Orléans 
protège le coadjuteur contre 
lui, 157; il promet à la du- 
chesse de Nemours de ne 
jamais voir le duc de Beau- 
fort, 161 ; son différend avec 
M. de Rieux, 162: il visite 
la princesse de Guémené, 
163; tout le monde l'aban- 
donnera si Mazarin s'éloigne. 
166; le duc d'Orléans est 
lassé de ses prétentions, 168. 
169; ses envoyés vont trou- 
ver le roi, 170; libelle publié 
contre lui, 171 ; il va chez 
Mademoiselle avec le duc 
d'Orléans, 173; on dit qu'il 
traite avec Mazarin, 174 ; il 
veut mettre fin à la publica- 



tion des libelles contre le co- 
adjuteur, 175; il va rejoindre 
les troupes du duc de Lor- 
rame, 177; il se rend à l'Hô- 
tel de Ville de Paris, 177, 
178; mécontent de la démo- 
lition de Montrond, 178; il 
ne s'est pas réconcilié avec 
le coadjuteur. 179; Mazariu 
veut le gagner. 18! ; a une 
discussion avec le duc d'Or- 
léans. 183, 184 ; ses conditions 
à la Cour. 185; il est malade, 
186, 187; il négocie toujours 
avec la Cour, 187; le duc 
d'Orléans l'y pousse. 189: il 
est trop engagé avec l'Es- 
pagne, 190; son départ facili- 
tera l'entrée du roi dans 
Paris, 191 ; il est à Fismes, 
192; le traité du duc d'Or- 
léans avec la Cour le forcera 
de traiter à son tour. 198; il 
est en mauvais termes avec 
]y|me (le Longueville et le 
prmce do Couti, 201 ; ses 
opérations militaires, 204 ; le 
Parlement doit le déclarer 
criminel de lèse-majesté, 204 ; 
ou dit qu'il négocie encore 
avec la Cour, 205; Saint- 
Aimais s'est déclaré pour lui, 
206; il est aux environs de 
Bar-le-Duc, 213 ; il n'y a pas 
eu de traité de la Cour avec 
lui, 214; on dit qu'il a pris 
Bar-le-Duc et Toul, 215; 
l'armée du roi va agir contre 
lui, 216 ; son traité avec Saint- 
Aunais, 217: Mazarin va lui 
livrer bataille, 218; il va com- 
mander l'armée espagnole, 
219; Mazarin veut prendre 
quelques-unes de ses places, 
220; il est au delà de la Mo- 
selle, 221 ;audelàdelaMeuse, 
223: la prison du coadjuteur ne 
facilitera jioint son accommo- 
dement, 226; on dit que Mi"" 
de Châtillon négocie pour lui, 
242 ; Mazarin va le faire com- 
bat tre, 245; cité, 106,131,160. 



334 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Gondé (Glaire-Clémence de 

Maillé -Brézé, princesse de). 

114, 132, 178, 188. 
Gonti (Armand de Bourbon, 

prince de), 99, 124, 132, 188, 

200, 201. 
Chevreuse (Madame de), 30, 

46, 47, 60, 136, 244, 245. 
Chevreuse (Mademoiselle dei, 

9, 210. 
Choisy (Jean de), 17. 
Choisy (Madame dei, 17. 
Christine, reine de Suède. Voir: 

Suède (reine de). 
Clerc, agent du duc de Savoie 

à Lyon, 78, 82. 
Comniercy (ville de), 223. 
Cognac (combat de), 4. 
Corbeil (ville de). 132. 
Corbie (abbaye de), 63. 
Gromwell, 2l6. 
Crouv, 25(J. 



D 



Dammartin (ville dei, 131. 
Damville (Fraugois-Christophe 

de Lévis-Ventadour. duc de), 

21, 26, 6G à 68. 73, 120. 173, 

196. 197. 
Damvillers (ville de), 12, 20. 
Digbv (comte), 77. 
Dijon (ville de), 20. 
Du Plessis-Praslin (uiaréchaij, 

88, 99, 110. 
Du Daugnon (conitet. 20. l-2\. 

185. 



E 



Elbeuf (Charles II de Lorraine, 

duc d'). 74. 151. 
Elbeuf (ville d'), 156. 
Epernon (duc d'), 243. 
Espagne (Philippe IV. roi di, 

128, 152, 217. 218. 
Estampes (maréchal d'), 21, 25, 

20, 170, 185. 
Este (duc d'), 109. 
Estrées (maréchal d'), 21. 



Etampes (ville d'), 110, 122, 125, 
130, 135, 136, 138. 



Fabert (Abraham), 98. 
Ferdinand II, grand-duc de 

Toscane. Voir : Toscane 

(grand-duc de). 
Fleurv-Machault, conseiller au 

Parlement de Paris, 19. 
Foucquet (abbé), 184, 190. 
Foucquet (Nicolas), 205. 
Fuensaldagne (Alphonse , 

comte de), 162. 217. 



G 



(xardon, 117. 

Gaucourt (comte de), 43, 142. 

Geniers du Goudray (Jacques), 
conseiller au Parlement, 38. 

Genlis (François Brùlarî. mar- 
quis de), 130, 132. 

Gien (ville de), 92. 

G n d V ( Philippe-Emma nuel 
de), 227. 

Goulas, 110,115, 116, 170, 197. 

Gourville (Jean Hérauld, sei- 
gneur de). 126, 127. 

Grancey (maréchal de), 68. 69. 

Grandprey (Charles-François 
de Joyeuse, comte de), 130. 

Gravelines (ville de), 107. 

Grésy (baron de), 107, 186, 201, 
209, 222, 226, 228, 229. 231. 
23l 235, 236, 242. 

Grumello (ville de), 1. 

Guébriant (maréchal de), 107. 

Guémené (prince de), 13'i. 

Guémené (princesse de), 163. 

Guise (ville de), 99. 

Guise (Henri II de Lorraine. 
(duc de), 152, iS8, 193, 198. 

Guise (duchesse douairière de), 
188. 

Guise (Honorée de Glimes, 
comtesse de Bossu, duchesse 



TABLE ALPHABETIQUE- 



33^ 



de). Voir : Bossu (comtessu 
de). 
Guise (clipvalior de), 73. 



H 



Ham (ville de), 63, 74. 
Harcourt (comte d'), 4, 8, 13, 

81, 84, 86, 99, 108. 
Henriette de France, reine 

d'Angleterre, 13, 109, Hl, 

•224. 
llocquincourt (maréchal d'), 

38, 63, 68, 96. 



Innocent X. pape, 71. 79, 156, 
;Î50. ?51. 



Jars (chevalier dei. 73. 
Jars (commandeur de). 63, 210. 
Joigny (ville de), 103, 256. 
Joveuse (Robert de), 135, 187. 



L 



La Chevrette (hameau de;. 141. 

La Fère (ville de). 239. 

La Ferté (maréchal de). 141. 

142, 177. 
La Flèche (ville de), 55. 
La Force (Armand-Nompar dp 

Caumont, duc de), 170. 
Lajiuy (ville dei, 162. 
Laigues (Geolfrov. marquis de). 

34, 210. 
La Londe (marquis dei. 133. 
La Meilleravp (maréchal dci, 

250, 252, 253. 
La Mothe (maréchal de), 85. 

213. 
Languedoc (province de), 55, 

57. 
La Rivière (abbé de), 219. 



La Rochefoucauld (Frani;ois, 
duc de), 53, 60, 126. 

La Rochelle (ville de), 13, 107, 
185. 

La TrémoïUe (famille de), 148. 

La Vergne (Mademoiselle de), 
117. 

La Vieuville (duc de), 116, 133. 

La Vieuville (clievalierde), 130, 
133. 

Léopold (archiduc), 144, 151, 
168. 

Le Tellier (Michel), 23, 40. 

Leucate (ville de), 218. 

L'Hospital (maréchal de), 6, 7, 
23, 143, 192. 

Ligne (prince de), 74. 

Ligny, 223. 

Limours (ville de), 196. 

Lionne (Hugues de), 255, 256. 

Longueville (Henri, duc de), 
42, 51.55,56, 66, 108. 

Longueville (Anne-Geneviève 
de Bourbon, duchesse de), 
14, 25, 53, 66, 132, 188, 200, 
201. 

Longueville (Mademoiselle de), 
9, 219. 

Lorraine (duc de), il est appelé 
par le duc d'Orléans et le co- 
adjuteur, 92; ses troupes 
marchent vers Guise, 99: 
vient pour le parti de la Cour, 
107; on prépare un apparte- 
ment pour lui au Luxem- 
bourg, 114; il est à Sainte- 
Menehould, 122 ; sa prochaine 
arrivée, son incertitude, 13 i ; 
il est arrivé à Paris, 134: le 
duc d'Orléans doit aller voir 
son armée, 135; la Cour 
(M'oyait qu'il serait pour elle. 
i36; sa vie à Paris, 136, 137; 
il trompe tout le monde, son 
traité avec Condé et le duc 
d'Orléans, 138; les Parisiens 
demandent son éloignement. 
139; mouvements de son ar- 
mée, 155; les Espagnols lui 
ontlaissé 6.000 hommes, 166; 
on dit qu'il a traité avec la 
Cour, 166; a une entrevue 



:]:k; 



TABLE ALPIIABETIQIK. 



avec Mazarin, 169; est à Vil- 
leneuve-Saint-Georges, 177; 
dine au Luxembourg, 179 ; 
le duc d'Orléans l'assure de 
la paix, 182; son départ déci- 
dera le duc d'Orléans à se 
soumettre, 185; il est à l'ar- 
mée, 186; il presse son dé- 
part. 188, 189. 

Lorraine (régiment de). 84. 

Louis XIII, roi de France, 157. 

Louis XIV, roi de France, son 
voyage retardé, 6, 8 ; il est 
en colère contre son frère, 
14; il évoque à lui les dilTc- 
rends du Parlement et des 
Etats de Bretagne, 21; Châ- 
teau neuf et le maréchal de 
Villeroi lui conseillent de ne 
pas rappeler Mazarin, 25, 26; 
son entourage est désolé du 
retour de Mazarin, 31 ; M. de 
Ruvigny est envoyé de sa 
part vers le duc d'Orléans. 
4;!, 44; il rassure les dé])utés 
du Parlement sur le retour 
de Mazarin, 45; il est prêt à 
faire tout ce que la reine vou- 
dra, 4(); Mazarin veut lui 
faire épouser une des tilles 
du duc d'Orléans, 46; Chavi- 
gny est mandé près de lui, 
51; ses meilleuis ]iartisans 
sont indignés du retour de 
Mazarin, 55; le Parlement 
de Rouen lui demande l'éloi- 
gnement de Mazarin, 65; il a 
intérêt au départ de ce dernier, 
68 : il est à Saumur, 69 ; on dit 
([u'il est maître delà Guyenne, 
74: il envoie une lettre de 
cachet au Parlement, 77 ; il 
félicite le coadjuteur de sa 
]iromotion au cardinalat, 79, 
80; il est à Amboise, 81; à 
Blois, 8o: le coadjuteur, à 
cause de Mazarin, ne peut 
lui marquer son dévouement, 
81; il échange Sedan avec le 
duc de Bouillon, 88; il est à 
Sully. 92: il a intérêt à s'at- 
tacher le coadjuteur. 95. 96: 



sa réponse au Parlement de 
Paris, 97; celui-ci demande 
à lui présenter de nouvelles 
remontrances, 98 ; va à Saint- 
Germain, 98; il a reçu à 
Cléry le duc de Vendôme. 
99; le Parlement propose à 
nouveau de lui faire des 
remontrances, 102, lOo; il 
est à Joigny, 103; à CorbeiL 
106: son armée cherche à 
combattre celle des Princes, 
107; le duc de Longueville 
s'est déclaré pour lui, 108; 
le roi et la reine d'Angleterre 
le pressent de négocier avec 
les princes. 109; il est à 
Ghilly, 110; le coadjuteur est 
attaché à son service, 112, 
113; il est près de la reine 
quand elle confère avec les 
envoyés du coadjuteur et du 
duc d'Orléans, 115, 116; le 
peuple de Paris demande son 
retour, 118, 119: le coadju- 
teur ne fera rien contre son 
service, 121 ; son armée est à 
Palaiseau, 122 ; il fait prendre 
des nouvelles du duc d'Or- 
léans malade, 123: on attend 
ses passeports pour les trou- 
pes de Condé, 124, 125; la 
reine veut le faire sacrer à 
Reims, 129: est devant Etam- 
pes, 130; sentiments à son 
sujet, 131: il va coucher à 
Corbeil, 132; sa réponse au 
Parlement, 135; on ignore 
les résolutions de son conseil 
sur l'arrivée du duc de Lor- 
raine, 136: le Parlement lui 
envoie de nouveaux députés, 
139; son armée se grossit «le 
troupes demandées par Ma- 
zarin, 140; il est au Ghemin, 
141 ; le coadjuteur lui de- 
mande de lui donner le bon- 
net de cardinal, 141, 142; 
combat de ses troupes au 
faubourgSaint-Antoine, 143 ; 
il mande le coadjuteur à la 
Cour, 14 'i : il permet à ^laza- 



TABLK ALPHABETIQUE. 



337 



nii de sp rotircr, li7; il 
pleurp sur rrloignomont de 
Mazarin, 148: il promet cet 
éloignement au Parlement. 
149; il doit aller à Mantes. 
153; le camérier du pape lui 
remet ses lettres sans voir 
Mazarin, 156; il ne veut pas 
que le coadjuteur prenne le 
bonnet de cardinal d'une 
autre main que la sienne, 
157; il est à f^ontoise, 103; 
il réunit un Parlement à Pon- 
toise, 164. '165, 167: les en- 
voyés du duc d'Orléans et de 
Gondé vont le trouver, 170; 
il écrit au duc d'Orléans, 173, 
174; l'Hôtel de Ville et le 
clergé de Paris veulent lui 
envoyer des députés. 178 ; on 
prépare son retour à Paris, 

180 : Mazarin ne veut pas 
([u'il y rentre en ce moment, 

181 : il doit aller à Sain-Ger- 
main, 182; les marchands de 
Paris lui envoient des dépu- 
tés, 183; conditions de sa 
rentrée à Paris, 187; il va à 
Saint-Germain, 190; Condé 
étant parti, ihpeut rentrer à 
Paris. 191, 192; il est rentré, 
195; son autorité exige que le 
duc d'Orléans aille à Blois, 
196, 197; tant qu'il sera dans 
Paris, le retour de Mazarin 
ne produira point de barri- 
cades, 201 ; il entend un ser- 
mon du coadjuteur. il retarde 
sa visite au Parlement, 205 ; 
Saint- Aunais gouverneur de 
Leucaîe en son nom, 218; 
Mazarin sera près de lui dans 
peu de jours, 220 ; son armée 
est près de Toul, 221 ; il traite 
avec l'Angleterre, 224 ; sa 
réponse au clergé de Paris 
sur la liberté du coadjuteur, 
228; il fait commander à M. 
de Sévigné de sortir de Paris, 
229 ; on ne veut pas du duc 
d'Orléans près de lui, 239 ; 
Mazarin conseille aux évêques 



de lui envoyer des députés 
sur la liberté du coadjuteur, 
245 ; Mazarin surveille ses 
plaisirs. 249 ; le coadjuteur 
lui écrit, 252; il demande à 
aller à l'armée, 253; il per- 
met à M. de Sévigné de se 
retirer à Champiré, 257, 258. 

Louison, 239. 

Lu mil a, 245. 

Lude (comte du), 163. 

Lunebourg (duc de), 23. 



M 



Malinnue (roi de), 129. 

Manci'ni (Paul), 130, 148, 151. 

Manicamp (Achille de Longue- 
val, comte de), 151, 156. 

Mantes (ville de), 74, 77, 81, 
99 153. 

Mantoue (duc de), 190, 194, 199. 

Marcin (comte de), 124, 185. 

Mardick (ville de), 107. 

Marey (comte de), 96. 

Mazarin (cardinal), bruit de son 
retour, 5: le Parlement va 
continuer son procès, 12; 
arrêt contre lui, 19; bruit de 
son retour, 20; a écrit à la 
reine, 22, 23; opposition à 
son retour, 23 à 29 ; la reine 
le désire. 33 à 35; le Parle- 
ment ordonne la vente de sa 
bibliothèque, 36; il fait sa 
rentrée en France, 37 à 39 ; 
troupes qui l'accompagnent, 
40; ses troupes poursuivent 
le duc de Nemours, 44; le roi 
rassure les députés du Parle- 
ment sur son retour, 45 ; il 
aurait ofiert à Chavigny le 
secrétariat de la Guerre, 46 ; 
concessions qu'il est prêt à 
faire au duc d'Orléans et à 
Condé, 46; le Parlement 
donne un arrêt contre lui, 
50; il a écrit à la duchesse 
d'Aiguillon, 50; traité du duc 
d'Orléans et de Condé pour 
le chasser du royaume, 51, 

22 



T.VULt: ALPHABETIQUE. 



5? ; son retour justilie la puis- 
sance des ennemis delà Cour, 
55; il est à Poitiers, 5G; les 
partisans de Condé veulent 
([uele coadjuteur se prononce 
contre lui, 57, 58; le coadju- 
teur est opposé à son main- 
lien, mais refuse de prendre 
des engagements contre lui, 
(JO, 61 ; il l'ait décider le ren- 
voi de Châteauneuf de la 
(Jour, 62 ; Villeroi a demandé 
qu'il rentre au Conseil, 63: 
il comble de faveurs ses par- 
tisans, 63; il envoie au Par- 
lement un arrêt du Conseil 
suspendant le paiement des 
rentes sur l'Hôtel de Ville. 
64; le Parlement de Rouen 
demande son éloignement, 
65; il raille le marquis de 
Tardes sur sa passion pour 
madame de Beauvais, 66; la 
reine veut son maintien, le 
duc d'Orléans son renvoi, 67, 
68; la duchesse de Savoie 
demande des nouvelles de 
plusieurs de ses partisans, 
r>9 ; le coadjuteur n'approuve 
pas son retour, non plus que 
le duc d'Orléans, 70, 73; il 
est mécontent de plusieurs 
personnages de la Cour, 73, 
74; le coadjuteur est toujours 
disposé à le chasser, 76; il 
continue le siège d'Angers, 
77; le coadjuteur ne le hait 
plus, 80; ceux qui ne le voient 
point sont néanmoins bien 
vus du roi et de la reine, 81 ; 
la ville d'Orléans refuse de 
lui ouvrir ses portes. 83; sa 
présence empêche le coadju- 
teur de se dévouer à la Cour, 
84 ; on dit que l'évêque de 
Metz se démettrait en sa fa- 
veur, 84, 85; cris poussés 
contre lui à Paris, 93; il est 
rentré en France sur les 
ordres du roi, 97; il traite 
avec Fabert. 98; Condé est 
disposé à négocier avec lui. 



102, -103; le roi est supplié de 
l'éloigner, 106; il traite avec 
les envoyés de Condé et du 
duc d'Orléans. 112, 113, 116; 
il recherche le coadjuteur. 
120, 121; il s'en ira, mais 
pour peu de temps, 123, 124; 
son départ est résolu, 125; 
il irait à Munster pour traiter 
de la paix générale, 126 ; rup- 
ture apparente des négocia- 
tions avec lui, 127; il doit 
aller à Bouillon, 129; ses 
mauvais procédés à 1 égard 
de la Cour de Savoie, 129. 
130: les députés du Parle- 
ment demandent son éloigne- 
ment, 132 ; il est plus fier que 
jamais, 135, 136: le maréchal 
du Plcssis lui conseille de se 
retirer, 136; la reine, pour le 
conserver, se laisse tromper 
par le duc de Lorraine, 138; 
le Parlement envoie de nou- 
veaux députés demander son 
éloignement, 139; il retarde 
son départ, 140; le coadju- 
teur l'accuse de lui faire refu- 
ser le bonnet de cardinal, 
142; il ne veut plus quitter 
la Cour, 142, 143; son départ 
est décidé, 147; le roi pleure 
sur son éloignement, 148: le 
roi promet son éloignement 
aux nouveaux députés du 
Parlement, 149,150; celui-ci 
n'y croit pas, 151 ; Condé ne 
veut pas qu'il aille traiter de 
la paix générale, 153; le Par- 
lement ordonne la levée d'une 
taxe pour le tuer, 155; la 
reine lui reste attachée, 156; 
il avait songé à l'évêché et 
au gouvernement de Metz, 
157, 163; le roi déclare qu'il 
l'éloigné sans condition, on 
croit qu'il reviendra, 166, 
167; son prochain départ, 
168; il a traité pour l'évêché 
de Metz, 169; faveurs qu'il 
prodigue avant son retour, 
170;irn'est pas brouillé avec 



TAKl.K ALPHABETIQUE. 



339 



ComU'. a dessein d'embrasser 
les ordres, 171 ; en échange 
de son éloignement, le roi 
demande la soumission du 
due d'Orléans, 173; on dit 
qu'il traite avec Gondé, 174; 
la reine veut prouver que sa 
présence n'était pas la cause 
des troubles, 176; ses émis- 
saires traitent avec le coad- 
juteur et les princes, 180; il 
est plus puissant que jamais 
à la Cour, 181 ; le princi» 
Thomas di' Savoie est son 
ami, \S2; il combat le coad- 
jutour auprès de la reine, 
184; la reine attend sou re- 
tour pour traiter. 180; il né- 
gocie avec Condé, 187; il est 
a Bouillon, 189; il conseille 
la paix, 190; il est à Sedan. 
197; la Cour fait passer son 
retour avant toutes choses, 
199;ilrentreraaYant la Saint- 
Martin. 201; son retour est 
retardé, 204; il ne peut avoir 
que de bons rapports avec le 
coadjuteur, 205; il est cause 
de tous les malheurs de la 
France, 206; il est sur le 
jjoint de rentrer, 209 ; on n'a 
pas de ses nouvelles, 214; il 
n'est pas arrivé, 215; raisons 
de ce retard, 216; il est à 
l'armée du roi, 218; ses mau- 
vais procédés à l'égard du 
cardinal de Retz, 219; il est 
a Saint-Dizier, 220; son re- 
lour retardé. 223; il est l'au- 
teur de l'arrestation du co- 
adjuteur, 226; il fait hiverner 
une armée en Piémont, 241 ; 
opposé aux intérêts de la 
Savoie, 242; M. de Sévigné 
l'appelle « la Sicile », 244; il 
aurait conseillé aux évoques 
de demander la liberté du 
coadjuteur, 245; ennuis qu'il 
cause à la duchesse de Sa- 
voie, 246 ; le coadjuteur, à sa 
l)lace. aurait mieux ménagé 
les intérêts de la Savoie, il 



est mal avec la reine, il sur- 
veille les plaisirs du roi, 249; 
il répand le bruit (jue le duc 
de Savoie épouserait une de 
ses nièces, 250. 

Mecklembourg (duc de), 23. 

Mercœur (Louis, duc de), 30. 

Metz (évéché de), 84, 85, 159, 
163. 

Metz (gouvernement de). 163. 

Miolans (Henri Mitte, comte 
de), 31. 

Miossens (César-Phébus d'Al- 
bret, comte de), 170. 

Mole (Mathieu), 5, 16, 23. 25. 
39, 40, 45, 46, 88, 98, 116, 
158, 160, 228, 244, 245, 250, 
252. 

Monchy (Jacques de|, 68. 

Monsieur, voir : Orléans (duc d" ) . 

Monsieur (le petit), voir : Anjou 
(ducd'). 

Montaigu (milord), 115, 116, 
126, 154. 

Montargis (ville de), 91, 92. 

Montbazon (Marie de Bretagne, 
duchesse de), 4, 46, 193, 200. 

Mont-Olympe (forteresse de), 

Montpensier (Mademoiselle 
de), bruit de son mariage 
avec le prince royal d'An- 
gleterre, 13 ; la reine de Suède 
lui écrit, 17 ; elle joue à, colin- 
maillard avec le prince royal 
d'Angleterre, 48 ; sa dispute 
avec M™^ de PouquesoUes, 
48, 49 ; la duchesse de Sa- 
voie lui trouve lieaucoup 
d'esprit, 59 ; le duc d'Orléans 
conduit le coadjuteur à lui 
bal chez elle, 59 ; elle a l'ail, 
une grande débauche aviM- 
le duc d'Orléans, 71 ; celui- 
ci l'autorise à aller à Or- 
léans, 88 ; elle y réconcilie 
les ducs de Beaufort et de 
Nemours, 91 ; le duc de Lor- 
raine va à un bal chez elle, 
137 ; le duc d'Orléans et 
Coudé ont une entrevue 
chez elle, 173; elle ne sort 



340 



TAÎÎLK ALPHABETIQUE. 



plus qu'escortée. 179 ; elle 
est à Bois-le- Vicomte. 197 ; 
elle veut réconcilier le duc 
de G-uise avec la comtesse de 
Bossu. 198 ; le duc d'Or- 
léans défend à ses officiers 
de se laisser débaucher par 
elle, 200 ; elle n'est pas à 
l'armée de Condé, 205 ; elle 
est à Saint-Fargeau. 206 ; 
elle prend auprès d'elle le 
fils de Louison, 239. 240. 

Montpezat (marquis de), 128. 

Montrond (château de), 57, 
171, 178. 

Moret (Jacqueline de Bueil. 
comtesse cie), 8. 

Mortemart (Gabriel de Roche- 
chouart, marquis de), 147. 

Munster (Congrès de), 126. 



IS 



Nantes (ville de), 77, 248, 250, 
251. 

Nanteuil (ville de), 162. 

IVantouillet (marquis de), 15, 
16. 

Navailles (Philippe de Mon- 
tault, duc de), 38, 40. 

Nemours (duc de), amoureux 
de M™« de Longue ville, 14 ; 
il vient voir le duc d'Orléans 
à Paris, 4i, 45 ; il arrive de 
Flandre et forme un corps 
d'armée, 57; il amène 5.000 
hommes de troupes, 64 ; sa 
liaison avec M™^^ de Longue- 
ville, 66 ; est à Ribemont. 
70 ; à Saint-Quentin, 74 ; 
auprès de Mantes, 77 ; le duc 
de Beaufort voudrait faire 
passer ses troupes à Condé. 
87 ; son incapacité, 90 : son 
dilférend avec le duc de Beau- 
fort, 91 ; il est blessé, 97 ; 
Condé demande pour lui h' 
gouvernement d'Auvergne, 
124 ; il est amoureux de M™" 
de Châtillon, 127: sa mort, 



161, 162 ; sonnet sur sa mort. 

167. 
Nemours (duchesse de), 161. 
Noirmoutier (Louis de La Tré- 

moïlle. duc de). 239. 



O 



Orléans (Gaston, duc d'), com- 
bat au Parlemenc la déclara- 
tion contre Condé, 4 à 7,11: 
le coadiuteur le disposera en 
faveur de Mazarin, 12 : il est 
opposé au mariage de M''« 
de Montpensier avec le 
prince royal d'Angleterre, 
13 : il envoie le maréchal 
d'Estampes vers Condé, 21 : 
il est trahi par celui-ci, 25 ; 
le maréchal d'Estampes lui 
annonce qu'il n'a pu empê- 
cher le retour de Mazarin, 26 ; 
pouvoirs que lui donne le 
Parlement pour s'opposer à 
ce retour. 28 ; M. de Sévigné 
est prêt à servir sa cause, ôI ; 
Laigues nommé capitaine de 
ses gardes, 34 ; il veut récon- 
cilier Condé avec le coadju- 
teur, 35 ; se plaint au Parle- 
ment qu'on ait publié une 
lettre que Mazarin lui aurait 
adressée, 36 ; le duc de Beau- 
fort et le maréchal d'Estam- 
pes commandent ses troupes, 
40 ; le duc de Longueville 
s'est offert à lui, 42 ; il n'a 
pas traité avec Condé, 42, 
43 ; le roi lui envoie Ruvi- 
gny pour lui annoncer le 
retour de Mazarin, 43, 44 ; il 
reçoit le duc de Nemours. 
44, 45 ; on dit que Chavigny 
supplantera le coadjuteur 
auprès de hii, 40 ; il n'accep- 
tera pas les avances de 
Mazarin, 47 ; Mazarin ne 
veut pas qu'il connaisse la 
lettre qu'il a écrite à M'»*' 
d'Aiguillon, 50 ; il traite avec 
Condé, mais se méfie de lui, 



TABLE A 1. 1 ' II V n K T I Q L' ]•: . 



341 



51 à 53 ;tlt''tails sur son traité 
avoc Gondé, 54, 55 ; il parle 
contre le retour de Mazarin. 
55 ; il s'efforce de réconcilie)' 
le coadjuteur avec Condé, 
57 à 02 ; le duc de Beaufort 
va rassembler ses troupes. 
64 ; le duc de Lorraine 
croyait qu'il était d'accord 
avec Mazarin. 05; il est op- 
posé au maintien de celui- 
ci, (')7. 68 : il se résigne à la 
rupture des négociations 
entre Condé et le coadjuteur. 

69 ; il garde sa confiance à 
celui-ci, 69, 70; il rappelle 
de Rome l'abbé Charrier. 

70 ; il a fait une grande dé- 
bauche avec Mil" de Mont- 
pensier, 71 ; opposé au main- 
tien de Mazarin, 73; il est 
heureux de la promotion du 
coadjuteur au cardinalat, 
76 ; celui-ci ne l'abandon- 
nera jamais, 80 ; son armée 
est aux environs de Mantes, 
81 ; à Patay, 83 ; le coadju- 
teur lui reste dévoué, 84 ; il 
envoie M'i" de Montpensier 
à l'armée. 86 à 88 ; Condé le 
prévient de sa prochaine 
arrivée à Paris, 89 ; il ras- 
sure à ce sujet le coadjuteur, 
89, 90 ; il fait venir le duc de 
Lorraine, 92 ; ses reproches 
au coadjuteur sur les troubles 
de Paris, 93 ; son armée 
jointe à celle de Condé, 96 ; 
il reçoit Condé à Paris, 97 ; 
rassure le coadjuteur, 98 ; a 
fait rompre les ponts de 
Charenton et de Saint-Maur, 
107 ; son secrétaire Goulas 
traite avec Mazarin, 112, 
113 ; un de ses premiers va- 
lets de chambre annonce la . 

Erochaine arrivée du duc de 
lOrraine, 114 ; le coadjuteur 
ne le voit plus si souvent, 
120. 121 ; il est malade. 
122, 123 ; disposé à traiter 
aveclaCour, 123. 126:Con- 



dé, pour ne pas l'alarmer, 
envoie Gourville à la Cour 
sous des motifs supposés. 
127 ; il craint qu'on ne dis- 
perse son armée, 128 ; il an- 
nonce au coadjuteur l'arrivée 
du duc de Lorraine, 131 : 
il reçoit celui-ci, 133, 134 ; il 
est convoqué au Parlement, 
le roi est prêt à suivre ses 
conseils, 135 ; son traité avec 
le duc de Lorraine. 138; les 
Parisiens lui demandent l'é- 
loignement du duc de Lor- 
raine. 139 ; Turenne se pro- 
pose d'envelopper son armée. 
I il ; il protège le coadjuteur 
contre Condé. 147; le roi lui 
fait annoncer l'éloignement 
de Mazarin, 149 ; il escorte les 
députés du Parlement. 150 ; 
le Parlement propose de le 
nommer régent, 151 ; Condé 
n'a pas pu le décider à trai- 
ter 153; le Parlement le 
nomme lieutenant-général. 
154 ; protège le coadjuteur 
contre Condé, 157 ; Ma- 
thieu Mole se rapproche de 
lui, 158 ; il n'a pas traité avec 
l'Espagne, 160 ; un arrêt du 
Conseil d'Etat casse l'arrêt 
du Parlement le nommant 
lieutenant- général, 161 ; il 
est affligé de la mort du duc 
de Valois, 167 ; conditions 
de sa paix avec la Cour. 
167, 168 ; ses envoyés vont 
trouver le roi. 170 ; il se rend 
au Parlement, a reçu la ré- 
ponse du roi, 172 à 174; les 
Parisiens protestent auprès 
de lui contre le passage de 
l'armée des Princes, 175 ; 
ses troupes vont rejoindre 
celles du duc de Lorraine, 
177 ; il va à l'Hôtel de ville, 
177, 178; prié de donner au 
clergé des passeports pour 
la Cour, 178 ; il croit à la paix 
générale, 182 ; donne des pas- 
seports aux députés des 



ri 



TABJ.E ALPHABETJOUK, 



marchands de l'aris. 183 ; 
a une discussion avec Condé, 
183, 184 ; prêt à se soumettre 
et à abandonner Condé, 185 ; 
il traite avec les agents se- 
crets de la reine, 18G ; il con- 
sulte le Parlement sur la 
paix. 187 ; veut faire proro- 
ger la trêve, 189; ses négo- 
ciations avec la Cour sont 
très avancées, 102 ; d'autres 
traités se font en même 
temps que le sien, 193; con- 
ditions de son traité, 19G, 
197; il a signé sa paix avec 
la Cour, 200; n'a pas donné 
son consentement au retour 
de Mazarin, 201 ; ses troupes 
vont en Italie, 202 ; est à 
Orléans, 203 ; Châteauneuf 
est exilé pour être trop de 
son parti, 209 ; il n'est pas 
trop bien réconcilié avec la 
Cour, 210; est ravi d'être à 
Blois, 217 ; mécontent de la 
Cour et de M'i<= de Montpeu- 
sier, 239, 240. 

Orléans (Marguerite de Lor- 
raine, duchesse d"). (lô, 87, 
lli, 198, 217. 

Orléans (ville d"l. 83. 87. 91. 
205. 

Ormée (le parti de 1'). i'i5. 

Orval (comte d'), 88. 



Palaiseau (ville de), 122. 

Palatin (le prince), 22. 

I>alluau (M. de). J71. 

Parabère (Henri de Beaudéan, 
chevalier de), 133. 

Paris (ville de). 55, 89 à 92, 
93, 95, 105, 106, 118, 119, 
131, 132, 143, 176, 177. 183, 
184, 187,200,214 à 216.226 
à 228, 234, 235, 246. 

Parlement de Bordeaux. 145. 

Parlement de Paris, il délibère 
sur la déclaration contre 



Condé, 5, 7. H. 12: donne 
un arrêt contre Mazarin, 
19 ; s'opposera à son retour, 
23; nouvelles délibérations 
contre Mazarin. 27, 28 ; il 
s'occupe de la vente des 
livres du Cardinal, 35. 36 ; 
reçoit un envoyé de Condé, 
37 ; on lui annonce que deux 
conseillers ont été fait pri- 
sonniers par les troupes du 
roi, 37 à 39 ; rend un arrêt 
contre Mazarin. 50 : arrêt 
sur le paiement des rentes de 
l'Hôtel de Ville, 64, 65, 72, 
73 ; il confirme ses arrêts 
contre Mazarin, 83, 84; est 
hostile à l'entrée de Condé 
dans Paris. 90 ; Condé s'y 
rend, 97 ; il décide de faire 
de nouvelles remontrances 
au roi, 97, 98. 102, 103 ; il 
s'y produit une dispute enti'e 
Condé et un conseiller, 108 : 
(^ondé lui fait part des pro- 
positions pour la paix, 109 ; 
on lui cache les négociations 
de Condé et du duc d'Orléans 
avec la Cour, 112 ; le coad- 
juteur compte sur son appui. 
113 ; il est mis en avant dans 
le projet de paix avec la 
Cour, 123; ses députés doi- 
vent aller trouver le roi, 129, 
132; il convoque le duc 
d'Orléans, 134, 135 ; ses dé- 
putés à la Cour, 139; son 
attitude, 141 ; ses députés 
doivent avoir audience. 144: 
réponse du roi à ceux-ci. 
149 : se réunit au sujet de 
l'éloignement de Mazarin. 
150, 151 ; nomme le duc 
d'Orléans lieutenanl-général. 
154 ; ordonne la levée d'uni- 
taxe pour tuer le cardinal 
Mazarin. 155 ; ses derniers 
arrêts cassés par le Conseil 
d'en haut, 160. 161 ; il casse 
l'arrêt du Conseil. 163 ; sa 
lutte avec le Parlement de 
Pontoiôe. 16'(. 165: le duc 



T\BLK ALl'HAnp:TIQUJ:. 



:Vù\ 



d'Orléans vout (ju'il inter- 
vienne dans la paix avec la 
Cour, 1G8 ; Gondé et le duc 
d'Orléans y l'ont une décla- 
ration, 17(); le duc d'Orléans 
s'y rend, 173 ; la reine veut 
qu'il se joigne à celui de 
Pontoise. IG-i ; son dernier 
arrêt, 177; on y convoque 
le duc d'Orléans, 182 ; les 
députés des marchands de 
Paris demandent qu'il soit 
réuni à celui de Pontoise, 
183 ; le duc d'Orléans le con- 
sulte sur la paix, 187 ; ce 
que le roi fera à son sujet, 
192; le duc d'Orléans avait 
promis de no pas l'abandon- 
ner, 19G ; on parle de le réu- 
nir pour déclarer Condé cri- 
minel de lèse-majesté, 204, 
205 ; il voudrait se .réunir, 
217; il doit s'assembler, 
220; il est en rumeur, 221 ; 
ses remontrances sont re- 
poussées, 227, 228; cité, 53, 
57. 

Parlement de Pontoise, 164, 
165, 167, 174, 183. 

Parlement de Rouen, 65. 

Péna (Elisabeth), voir Sévigné 
(M^^e de). 

Péronne (ville de), 63. 

Perpignan (ville de), 206. 

Perrault (président). 221. 

Philippe IV, roi d'Espagne, 
voir : Espagne (roi d'). 

Philipsbourg (ville de), 107, 108. 

Poitiers (vilïe de), 56. 

Pons (Suzanne de), 186, 193. 

Pont-sur-Seiue (ville de), 103. 

Ponts-de-Gé (Les), 55. 

Pontoise (ville de), 150, 163 à 
165, 167. 

Portail (Paul), 35. 

Précieuses (les). 246. 

Priolo (Benjamin), 42, 56. 



Q 
Quincp (Joachim de), 38. 



R 



lié (île de), 107, 185. 

i{eims (ville de), 129. 

Hénel (marquis de), 131, 133. 

Uothel (ville de). 92, 99. 

Retz (Paul de Gondi, coadju- 
tueur de l'archevêque do 
Paris, cardinal de) ; il ne 
croit])asaupiochain mariage 
de M"« de Ghevrcuse, 9; op- 
posé au retour de Mazarin, 
12 ; dévoué aux intérêts de 
la maison de Savoie, 18, 19 ; 
a une dispule au Parlement 
avec un conseiller part;isan 
de Gondé, 19 ; écrit à la reine 
contre le retour de Mazarin, 
24; dévoué au duc d'Orléans, 
25 ; opposé au retour de Ma- 
zarin, 28. 29; se plaint de 
M"^« et de M"« de Ghevreuse, 
29 ; il n'est pas brouillé avec 
la reine, 34 : sollicité par le 
duc d'Orléans de se réconci- 
lier aA'ec Gondé, 35 ; menacé 
d'être supplanté par Ghavi- 
gny auprès du duc d'Orléans, 
4(); assez hien avec la Gour, 
mal avec Gondé, 46, 47 ; il 
n'a pas fait rappeler Ghavi- 
gny auprès du roi, 51 ; reste 
dévoué au duc d'Orléans, 

52 ; M™" de Longvieville em- 
pêche son union avec Gondé, 

53 ; négociations avec ce der- 
nier, 57, 58 ; il refuse de se 
réconcilier avec lui, 59 à 62 ; 
rupture de ses négociations 
avec Gondé, 69 ; la reine ne 
lui en veut jjas de désapprou- 
ver le retour de Mazarin, 70; 
le pape est disposé à le faire 
cardinal, 71 ; il est opposé 
au maintien de Mazarin, 73 ; 
il est nommé cardinal, ses 
projets, 75, 76 ; sa joie de sa 
promotion, 78 ; en informe 
le duc et la duchesse de Sa- 
voie, 79 ; reçoit les compli- 
ments de la Gour, 79, 80; 
la duchesse de Savoie le fait 



344 



T A BLE ALP H A B E T T Q U E , 



complimenter, 83 ; son em- 
barras entre la Cour et le 
duc d'Orléans, 84 ; il a reçu 
la lettre de la duchesse de 
Savoie, 82, 86 ; va chez le 
duc d'Orléans, 87 ; son atti- 
tude en apprenant la pro- 
chaine arrivée de Gondé ii 
Paris. 89. 90 : il fait venir ]<• 
duc de Lorraine, 92 ; il est 
prêt à lutter dans Paris contre 
Condé, 93 ; la duchesse de 
Savoie croit qu'il rétablira 
la paix, 94 ; il se rend chez 
le âuc d'Orléans, 98 ; son dé- 
vouement pour la duchesse 
de Savoie. 100 ; il veut res- 
ter étranger aux intrigues, 
101, 102 ; ne croit pas que 
Gondé ait mal parlé de lui. 
103; ses difficultés avec la 
Cour de Savoie sur des ques- 
tions d'étiquette, 104, 105 : il 
est consulté par la Gour, 
106 : la duchesse de Savoie 
a reçu sa lettre, 111 ; se désin- 
téresse des négociations de 
Gondé et du duc d'Orléans 
avec la Gour, 112. 113 : il ne 
prendra point de liaison avec 
le duc de Lorraine. 114 ; écrit 
au duc de Savoie, 114, 115 ; 
son rôle dans les négociations 
avec la Gour, 117; donne à 
l'abbé Tinti sa lettre pour le 
duc de Savoie, 117, 118; est 
mal avec Gondé, 120 et avec 
la Gour, 121, 122 ; la duchesse 
de Savoie parle de lui en 
termes obhgeants, 129 ; il 
admire la conduite de celle- 
ci à l'égard de la France. 
130 ; recherché de la Gour. 
reçoit une lettre de la reine 
de Suède, 131 ; il voit le duc 
de Lorraine, 134 ; on le croit 
engagé avec lui, 135 ; il serait 
plus dévoué que Mazarin aux 
intérêts de la Savoie, s'il 
était ministre, 136 ; reproches 
que lui fait la reine. 139 ; il 
demande au roi de lui don- 



ner le bonnet de cardinal, 
141, 142 ; il est mandé à la 
Gour, publie des libelles, 
144 ; Gondé veut l'obliger à 
sortir de Paris, 147 ; il se tient 
sur ses gardes, 152, 157; ne 
se mêle plus d'alfaires, 163 ; 
il avait négocié avec le duc 
de Bouillon, 168 ; libelles 
[lour et contre lui, 171 ; li- 
belles écrits par lui, 175 ; il 
attend pour aller à la Gour, 
175, 176 ; il a ses passeports 
pour y aller, 178 ; n'est pas 
réconcilié avec Gondé, 179 : 
va à la Gour. a une confé- 
rence avec la reine, 179. 180 ; 
ses projets, 180. 181 ; il est 
dévoué à la duchesse de Sa- 
voie, 182 ; la Gour prétend se 
passer de lui, 183 ; Mazarin 
le combat auprès de la reine, 
184; il prêche devant le roi 
et la reine, 201 ; son accom- 
modement avec la Gour est 
prochain, 205 : Mazarin ne 
peut vivi'e à Paris qu'à la 
condition de se réconcilier 
avec lui. 216 : Mazarin ne 
]teut le souffrir, 219, 220 ; 
son arrestation, 225, 226 ; son 
père est exilé à Yillepreux, 
227 ; le clergé de Paris le 
réclame au roi, 228 ; vio- 
lences qu'on lui fait. 230 ; la 
duchesse de Savoie s'inquiète 
de son sort. 231 à 233 ; les 
astrologues prédisent sa li- 
berté prochaine, 234 ; on le 
dit prêt à traiter avec la Gour, 
239 ; il renoncerait à sa coad- 
jutorerie, 241 ; ce ne peut 
être qu'un expédient, 242 : il 
veut rester archevêque de 
Paris, 244 ; il négocie avec la 
duchesse de Ghevreuse et 
Mathieu Mole, 244, 245 ; a sa 
liberté. 247 : conduit àXanles, 
se justifie auprès de M. de 
Sévigné, 248 ; la Gour de- 
mande à Rome sa démission, 
249 ; le maréchal de La Mail- 



T.Vni.K M.PKAHKTIOLE. 



15 



leraye a ordre de le surveil- 
ler de plus près, 250 ; il s'est 
évadé du château de Nantes. 
251 ; est à Belle-Isle, 252 ; il 
a écrit au roi. 252, 253 ; est 
parti de Belle-Isle, 254 ; on 
négocie avec lui, 255 ; est 
allé à Rome, 256. 

Retz (duc de) 254, 256. 

Richelieu (cardinal de), 114. 
209, 212. 

Richelieu (duc de), 212. 

Richelieu (marquis de), 207, 
209 à 214,232, 234. 

Rieux (François de Lorraine, 
comte de), 162. 

Rivoli (ville de). 215. 

Rohan (duc de), 55, 68, Hfl. 
110, 115, 116, 193, 200. 

Rome (ville de). 226, 230, 232, 
248, 255 à 257, 

Roquelaure (chevalier de), 73. 

Roses (ville de), 206. 

Rouen (ville de), 56. 

Roussillon (province de), 218, 
224. 

Ruèil' (ville de), 207. 

Ruvigny (Henri Massue, sieur 
de), 43 à 45. 50. 



Sahlé (M™e de), 14. 
Saint-André (marquis de), 16. 
Saint-Aunais (Henri Bourcier 

du Barry, seigneur de), 2()(), 

213, 217, 218, -.'23. 
Saint-Cloud (ville de), 160. 
Saint-Dizier (ville de), 220. 
Saint-Fargeau (seigneurie de), 

200. 
Saint-Gerraain-en-Laye (ville 

de), 98, 107, 115, 118, 110, 

124, 178, 182, 190, 192. 
Saint-Germain-Beaupré (Henry 

Foucault, marquis de). 
Saint-Luc (François d'Espinay, 

marquis de), 81. 
Saint-Maur (pont de), 107. 
Saint-Maigrin (marquis de). 

148). 



Saintes (ville de), 84. 

Sale (M. de), 36, 37. 

Saumur (ville de), 64, 69. 

Savoie (Charles-Emmanuel IL 
duc de), difficultés d'éti- 
quette dans sa correspon- 
dance avec le coadjuteur. 
105, 114, 117, 118: ses pré- 
tentions à la couronne d Es- 
pagne, 128 ; sa mère le dis- 
pose en faveur de la France, 
130 : intéressé à la défense 
de Casai, 191 ; ruine ses 
Etats pour la France, 195 ; 
prohabilités d'une guerre 
avec le duc de Mantoue, 199 : 
il a fait tout ce qu'il a pu 
pour la France, 200 ; a retar- 
dé autant qu'il a pu la red- 
dition de Casai. 203 ; le ba- 
ron de Grésy dévoué à ses 
intérêts, 222 ; le marquis de 
Richelieu lui plaît, 232 : on 
dit qu'il aurait manqué d'é- 
gards à sa mère, 238 ; qu'il 
doit épouser M"'' de Montpon- 
sier, 239 ; bruit de son ma- 
riage avec une nièce de Ma- 
zarm, 250. 

Savoie (Christine de France, 
duchesse de), M. de Sévigné 
lui otl're ses condoléances sur 
la mort du marquis Villa, 1 ; 
elle n'est plus malade, 2 : 
s'intéresse à M. de Sévigné, 
4 ; celui-ci lui recommande 
sa femme, 10 ; proteste de 
son dévouement pour elle, 
18, 19; M"»" de Sévigné lui 
a écrit, 30 ; elle demande a 
M. de Sévigné son sentiment 
sur la situation, 33 ; elle 
écrit à M'^'= de Sévigné, 41 ; 
M. de Sévigné loue son es- 
prit, 49 ; elle admire le mé- 
moire de M"« de Montpen- 
sier, 59 ; M™'' de Sévigné est 
enchantée de lui écrire, 74, 
75 ; difficultés d'étiquette 
dans sa correspondance avec 
le coadjuteur. 104, 105 ; a 
reçu la lettre de celui-ci. 



340 



TABLE ALPHABETIQUE. 



111 : rabl)é d'Aglié lui 
mandera les nouvelles pu- 
bliques, 114 ; elle parle du 
coadjuteur en termes obli- 
geanls, 129 ; celui-ci admire 
sa conduite à l'éçard de la 
France. 130; s'il était ministre 
il serait dévoué à ses inté- 
rêts. VàO ; elle se plaint des 
procédés de la Cour de 
France. 140 ; M. de Sévisné 
admire son attachement a la 
France, 140 ; elle ne doit 
rien en espérer, 157, 158 ; a 
raison de se plaindre de 
^lazai'in, 159, 160 ; les évé- 
nements de France pourront 
faciliter ses atfaires, 166 : 
dévouement du coadjuteur à 
son égard, 182 ; le traité du 
duc de Mantoue avec l'Es- 
pagne lui portera préjudice. 
190 ; elle soutient les inté- 
rêts de la France, 191 ; ses 
inquiétudes sur le siège de 
Casai, 194, 195 ; M. de Sévi- 
gné parle en sa faveur, 198. 
199 ; le marquis de Richelieu 
a l'intention de se réfugier à 
sa Cour, 211 à 214 : le baron 
de Crésy dévoué à ses inté- 
rêts, 222 ; M. de Sévigné lui 
fait faire des propositions 
d'intervention en faveur du 
coadjuteur, 230 : elle s'inté- 
resse à l'arrestation de celui- 
ci, 231 à 233 ; elle écrit à 
M'"<= de Sévigné, 234; elle 
Murait dû suivre les conseils 
de M. de Sévigné, 242; en- 
nuis que lui cause Mazarin, 
246 ; le coadjuteur la verra en 
allant à Rome. 248. 249 ; elle 
donne des nouvelles de ce 
dernier à M™'^ de Sévigné. 
254 ; elle demande des nou- 
velles de M. de Sévigné, 256, 
257. 
Savoie (Henri de), archevêque 

de Reims, 219. 
Savoie (prince Thomas de), 31. 
182. 213. 



Savoie (Victor-Amédéel^'", duc 
de), 114. 

Schonberg (maréchal de), 131, 
159 163. 

Sedan (ville de), 88, 129. 

Sénantes (François de Ilavart, 
marquis de). 2. 

vSénas (Charles de Gérente, 
marquis de), 16. 

Sens (ville de), 103. 

Sévigné (Henri, marquis de), 
186. 

Sévigné (René-Renauld de), 
ses condoléances à la du- 
chesse de Savoie sur la mort 
du marquis Villa. 1 ; il s'oc- 
cupe de conserver la cavale- 
rie de Savoie, 2 ; proteste de 
son dévouement à la duchesse 
de Savoie, 4 ; déclare qu'il 
s'appelle Sévigné et non Sou- 
riijni, 9 ; recommande sa 
femme à la duchesse de Sa- 
voie, 10 : est heureux que 
celle-ci ait agréé les offres de 
service de M™<^ de Sévigné. 
30 ; la duchesse de Savoie lui 
demande ses sentiments sur 
la situation, 33 ; achète des 
livres de la bibliothèque de 
Mazarin, 36 : se rend chez le 
coadjuteur, 89, 90 ; est à la 
Cour avec celui-ci, 179; la 
duchesse de Savoie lui con- 
fie ses inquiétudes au su- 
jet de Casai, 194, 195 ; il 
parle en sa faveur. 198, 199 ; 
il travaille à décider le mar- 
ri uis de Richelieu à demander 
la nullité de son mariage 
avec Mlle de Beauvais, 208 ; 
sa parenté avec le mar- 
quis, 211 ; a ordre de sortir 
de Paris, 229 ; la duchesse 
de Savoie déplore son éloi- 
gnement, 234 à 236 ; il lui est 
entièrement dévoué. 238, 
242 ; blâme la conduite du 
coadjuteiu-, 247 : ajtprouve 
sa justification, 248 ; l'accom- 
pagne à Belle-Isle. 253,254 ; 
on ne peut obtenir son retour 



TMM.K M l'Il M!K IKtlK, 



'1/ 



à Parus, î."»."), 25G ; il va se 
retirer à Ghampiré, 25C à 
258. 

Sévigné (Elisabeth Péna, clame 
de), M. de Sévigné la recom- 
mande à la duchesse de Sa- 
voie, 10 ; elle écrit à celle-ci 
30 ; elle en reçoit des letlrps, 
32, 41 ; la duchesse de S;i- 
voie demande qu'elle lui 
écrive, 59 ; elle est très fièrn 
de pouvoir faire quelque 
chose pour la duchesse dp. 
Savoie, 74, 75 ; la duchesse 
de Savoie lui écrit, 233 a 
236; citée, 115, 117. 

Soissons (ville de), 155, 177. 

Souvré (chevalier de), 73. 

Souvré (commandeur de), 63, 
137. 

Stenay (ville de), 107, 124, 125. 

Suède (Christine, reine de), 5. 
0,17,131,246. 

Sully (ville de), 92. 

Sully (Maximilien de Béthune. 
duc de), 77. 

Suresnes (ville de), 160, 176. 



Taillebourg (ville de), 34. 

Tavannes (maréchal de). 86 à 
88. 

Thomas de Savoie, voir : Sa- 
voie (prince Thomas de). 

Tinti (abbé), 104, 117. 118. 

Toscane (Ferdinand II. grand- 
duc de), 76. 

Toul (ville de). 221. 

Trino (ville de), 128, 129. 

Turenne (maréchal de), va à 
la Cour, 57 ; décide Mazarin 
à continuer le siège d'An- 
gers, 77 ; pousse le roi à 
combattre, 92 ; repousse Cou- 
dé à Bléneau, 96 ; veut enve- 



lopper l'armée du duc d'Or- 
léans, 141 ; tient tête aux 
Espagnols, 155 ; sa fourbe- 
rie, il est en bonnes relations 
avec Condé, 156 ; obligé de 
se retirer devant Fiinusalda- 
gne. 162 ; Mazarin lui promet 
le bâton de maréchal pour le 
t\uc de La Force, 170 ; il s'oj)- 
pose aux troupes du duc ûo 
Lorraine, 177 ; se retire. 170: 
est victorieux, 192. 

Tupignv. 15. 16. 

Turin (ville de), 105, 215. 221, 
230. 



Valois (duc de), 167. 

Vardes (François-René du Bec- 
Crespin. marquis de), 8. 31, 
66. 130, 132. 133. 

Varin, 15. 

Vassé (marquise de), 186, 189. 

Vendôme (duc de). 88, 99. 

Verderonne (Charles de l'Au- 
bépine, seigneur de), 6, 7. 

Victor-Amédée P"", duc de Sa- 
voie, voir : Savoie (Victor- 
Amédée I*""", duc de). 

Villejuif(ville de). 97. 

Villepreux (seigneurie de), 227. 

Villa (marquis Guido), 1. 

Villa (marquis), 203. 

Villeneuve-Saint-Georges (ville 
de), 177. 

Villeroi (maréchal de), 25. 56, 
62, 63. 209. 

Vincennes (bois [de), 226. 

Viole (président), 141. 



Yorck (duc à'). 9. 



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TABLE DES APPENDICES 



Pages. 

I. Tableau généalogique 261 

II. Acte de baptême du chevalier de Sévigné i20 

septembre 1607) 262 

III. Acte de démission par le chevalier de Sévigné de 

sa charge de capitaine au régiment de Norman- 
die (12 avril 1645) 2G3 

IV. Lettres du chevalier de Sévigné à Le Tellicr 263 

V. Brevet de maréchal de camp pour le marijuis de 

Sévigné (8 juillet 1650; 268 

VI. Contrat de mariage du chevalier de Sévigné et 

d'Elisabeth Péna (20 décembre 1650; 269 

VII. Acte d'inhumation de M'"^ de Sévigné (3 février 

1656) 274 

VIII. Lettres de la mère Agnès Arnauld au chevalier de 

Sévigné 275 

IX. Testament du chevalier de Sévigné (1" mars 1674). 293 

X. Relations de la mort et de l'inhumation du che- 
valier de Sévigné à Port-Royal (mars 1676) .... 295 
XL Xotice sur le chevalier de Sévigné, par M. Fon- 
taine 297 

XII. Note sur la tei're de Champiré 301 

XIII. Lettres de l'abbé d'Aglié, ambassadeur de Savoie 

en France, à Madame Rovale 305 



350 T\BLK 1)1':S APPENDICES. 

XIV. Correspondance entre le cardinal de Relz et la 

Cour de Savoie 309 

X\'. Lettres et extraits de lettres du baron de Cize de 
Grés\ , secrétaire de 1 ambassade de Savoie à 
Paris 314 

XVI. Lettre du chevalier de Sévigné à Madame Royale 

(reproduction figurée) 326 



ERRATA 



P. 180, note 1, ligne 4. — Supprimer : dont Sévigné fait 

léloge. 
P. 268. — Appendice V, première ligne, au lieu de : pour 

le c/ievalier de Séi'ir^né, lii'e : pour le marquis de Sci'ignc. 



MACOX, l'HOTAT rREr.L's, IMl'in.MElltS. 



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